Appelle-moi par ton nom de André Aciman

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« Je ne savais pas de quoi j’avais peur, ni pourquoi j’étais si anxieux, ni pourquoi cette chose qui pouvait si aisément provoquer l’effroi me donnait parfois un sentiment d’espoir, et, comme l’espoir dans les moments les plus sombres m’apportait une telle joie, une joie irréelle, une joie précaire et menacée. Le bond de mon cœur dans ma poitrine quand je le voyais à l’improviste me terrifiait et me grisait à la fois. J’avais peur quand il apparaissait, peur quand il ne se montrait pas, peur quand il me regardait , et encore plus encore quand il ne me regardait pas. Ce tourment finit par m’épuiser, et , certains après-midi brûlants, je m’effondrais et m’assoupissais sur le divan du séjour (…) ».  Elio, l’été de ses 17 ans, fait la connaissance d’Oliver, un jeune enseignant en philosophie. Chaque année, le père d’Elio, brillant professeur, fait venir un jeune universitaire dans sa villa italienne. Oliver est séduisant, décontracté et il plait à toute la famille. Surtout à Elio qui tombe rapidement sous le charme sans savoir si l’attraction est réciproque. Le jeune garçon découvre les affres du désir sous le soleil caressant et sensuel de la côte italienne.

Le roman d’André Aciman a été publié en 2007 et n’existait plus en français. C’est grâce au formidable film de Luca Guadagnino que le livre ressort chez Grasset. J’ai adoré le film et n’est aucunement été déçue par le roman. Rarement un livre aura su aussi subtilement décortiquer la naissance du désir et du sentiment amoureux chez un jeune homme. Elio raconte des années plus tard sa rencontre avec Oliver. Leur histoire d’amour est de celle qui marque une vie, son souvenir brûlant hantera toute leur vie les deux protagonistes. Cette histoire a en effet tout d’une idylle parfaite. Malgré la différence d’âge, les deux hommes sont en parfaite connexion aussi bien physique qu’intellectuelle. Elio est un jeune homme mâture, extrêmement cultivé qui peut discuter d’égal à égal avec le jeune universitaire américain. Le lieu est lui aussi parfaitement idyllique, l’été en Italie, la chaleur, la torpeur, les bains de mer, tout concourt à faire naître la sensualité. Les pages d’André Aciman en sont empruntes, la langue se fait ardente pour décrire les sentiments complexes d’Elio qui fait face à un véritable torrent d’émotions contradictoires et déroutantes. La tension sexuelle entre les deux hommes est palpable, crue sans jamais être vulgaire. Ce désir n’est en effet que le reflet, la transcription physique d’un sentiment amoureux sublime, d’une grande pureté. La grandeur, la beauté de la relation d’Elio et Oliver nous transporte, nous émeut et compte parmi les plus belles histoires d’amour de la littérature.

La sensualité d’un été sur la côté italienne, l’éblouissement de la naissance d’un grand amour, une prose stylisée et audacieuse = un grand coup de cœur pour ce roman dont je conseille très, très chaudement l’adaptation.

Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal

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Au sortir du lycée, Paula cherche sa voie. Elle hésite, glande beaucoup. Et pourtant, c’est avec décision qu’elle choisit d’entrer dans une école de peintures en trompe-l’œil, rue du Métal à Bruxelles. Au grand étonnement de ses parents, Paula prend les choses en main, elle trouve en trois jours un appartement et le colocataire qui va avec ; elle quitte sa famille et ses amis sans se retourner ; elle déménage loin de sa routine douillette. L’apprentissage de la rue du Métal est difficile, âpre, douloureux physiquement. Paula travaille beaucoup, apprend à apprivoiser les souffrances physiques. Elle peint sans relâche et commence à appréhender la matière grâce à son colocataire, Jonas, lui aussi inscrit dans la même école. Leur duo se transforme rapidement en trio avec Kate, une fantasque écossaise. Tous trois doivent faire front face aux critiques qui les traitent de simple copistes et devront questionner ce qu’est la création.

J’avais adoré « Naissance d’une pont » et « Réparer les vivants », à la suite de ces deux lectures, je pensais pouvoir suivre Maylis de Kerangal dans toutes ses aventures littéraires. Malheureusement, je ressors de « Un monde à portée de main » un peu déçue. J’ai pourtant retrouvé dans ce roman la splendide langue de l’auteure, précise, ciselée. Comme dans ces deux précédents romans, elle a choisi d’explorer une technique, celle de la peinture en trompe-l’œil. Son roman est très documenté, Maylis de Kerangal aime à employer le mot juste pour chaque geste, chaque matière. C’est autant un plaisir de la langue qu’une volonté de sonner juste, d’être dans le concret du métier. D’ailleurs, la partie consacrée à l’apprentissage de Paula m’a beaucoup plu. L’excitation du nouvel apprentissage, la quête commune de la perfection sont très bien rendues. La phrase est vibrante, elle nous entraîne dans la fièvre créatrice de Paula et de ses deux compères.

Par la suite, je trouve que l’on perd totalement Paula. Elle disparait sous l’enchaînement des contrats qu’elle doit trouver après l’obtention de son diplôme. La vie quotidienne sur les plateaux de Cinecittà est, par exemple, très détaillée mais Paula devient une silhouette dans toute cette partie. Malheureusement, cela ne s’arrange pas dans la dernière partie. Paula est engagée pour travailler sur le fac-similé de la grotte de Lascaux. Là, l’héroïne disparaît complètement au profit de l’histoire de la grotte, de sa découverte aux fac-similés. Outre le fait que cette histoire est bien connue, qu’apporte-t-elle au récit de Maylis de Kerangal ? A mon sens, rien, elle ne fait que nous éloigner encore un peu plus de Paula. Et c’est fort dommage car l’idée de la peinture en trompe-l’œil posait des questions intéressantes sur la création.

Après deux coups de cœur, j’attendais beaucoup du nouveau roman de Maylis de Kerangal. Même si j’ai lu « Un monde à portée de main » sans déplaisir, je n’ai pas ressenti le même enthousiasme que pour les précédents romans. La langue est là, le sujet est intéressant mais on perd de vue l’héroïne au fur et à mesure de la lecture et le roman perd de son intérêt. Rendez-vous manqué pour cette fois.

Merci à Rakuten et aux matchs littéraires pour cette lecture.

 

La vraie vie de Adeline Dieudonné

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« A la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et de celle des cadavres. » C’est ainsi que débute le récit de la jeune narratrice de dix ans qui vit dans un lotissement morose. Les cadavres, ce sont des animaux tués par le père et qui font sa fierté. La mère est transparente, une amibe, craintive et soumise à un mari régulièrement violent. La narratrice se donne pour mission de préserver son petit frère de ce quotidien sombre. Elle l’emmène dans une décharge de voitures où il s’amusent au volant, chez Monica, une voisine fantasque, qui invente des histoires. Et puis, il y a les premières notes de la valse des fleurs du Casse-noisette de Tchaïkovski, jouées par la camionnette du marchand de glaces. Malheureusement, un accident brutal vient tout remettre en cause. Gilles, qui y assiste avec sa sœur, se renferme, devient taciturne et ne sourit plus. Sa grande sœur voudrait pouvoir revenir en arrière, effacer l’accident pour retrouver le rire de son frère. Elle se plonge alors dans des recherches pour fabriquer une machine à remonter le temps.

« La vraie vie », premier roman d’Adeline Dieudonné, est à la fois un conte et un roman d’apprentissage. Le livre a toutes les caractéristiques des contes cruels : un ogre inquiétant, une forêt mystérieuse, deux enfants perdus qui doivent se débrouiller tout seuls. Le récit de la narratrice ressemble à un cauchemar oppressant. Elle l’imagine ainsi car elle pense pouvoir reprendre le cour de la « vraie vie » grâce à sa machine à remonter le temps et revenir au moment où Gilles riait encore.

Mais « La vraie vie » est aussi un roman d’apprentissage très réaliste. Le rêve de la narratrice va la plonger dans les lois de la physique, elle découvre l’incroyable destin de Marie Curie et elle se met à la vénérer. Elle va commencer à ressentir les prémices de la puberté : un corps qui change et qui la transforme en proie. Mais, il lui fait également ressentir ses premiers émois auprès du voisin, ancien champion de karaté. La narratrice prend conscience également qu’elle peut influer sur le cour de sa vie, qu’elle peut ne pas devenir une amibe comme sa mère. Elle apprend d’ailleurs à mieux connaître cette dernière. Le chemin vers l’âge adulte est pavé d’épreuves, celles que devra subir la narratrice seront terribles. Elle aura à choisir entre la faiblesse ou la force.

« La vraie vie » est un roman noir, très noir. Un conte terrifiant où la tension grandit au fil des pages. Adeline Dieudonné, qui a reçu le prix Fnac, maîtrise parfaitement sa narration et dresse le magnifique portrait d’une enfant pugnace et pleine de ressources. Un premier roman fort et original.

Sous les branches de l’udala de Chinelo Okparanta

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1968, le Biafra, jeune république, est en guerre contre le Nigéria. Ijeoma a alors onze ans et elle perd son père dans un bombardement. Sa mère, perturbée par ce décès et sans ressource, décide d’envoyer sa fille chez un couple d’amis. Elle y restera tant que sa mère n’aura pas trouvé un moyen de les faire vivre toutes les deux. Le couple fait d’Ijeoma leur domestique en échange du paiement de ses futures études. Alors qu’elle va faire le marché, elle croise la route d’une autre jeune fille, Amina, qui semble également sans famille. Ijeoma réussit à convaincre sa famille d’accueil d’héberger Amina pour qu’elle l’aide dans ses tâches quotidiennes. Rapidement, l’amitié des jeunes filles se transforment en une attirance beaucoup plus sensuelle. Mais au Biafra, dans les années 70, l’homosexualité est interdite. La mère d’Ijeoma vient la récupérer et décide chaque jour de la bombarder de passages de la Bible pour la purifier et la remettre dans le droit chemin.

Chinelo Okparanta a décidé d’écrire ce roman suite à la loi du 7/01/2014 au Nigéria qui criminalise les relations entre personnes du même sexe, ainsi que le soutien apporté à ce genre de relations, rendant de tels actes passibles de peines de prison. Elle explique également, à la fin de son livre, que dans certains états, la lapidation est prévue. Son roman est bien évidemment une mise en lumière des personnes LGBT et de leurs conditions de vie qui sont très loin de s’améliorer dans certains pays. Il faut dire que le Nigéria est l’un des pays les plus religieux. Durant la guerre du Biafra, deux ethnies s’affrontent : les Haoussa qui sont musulmans et les Igbo qui sont catholiques. Les deux religions sont au moins d’accord sur un point : le bannissement (voire le meurtre comme le montre l’une des scènes bouleversantes du roman). des personnes homosexuelles. Ijeoma et Amina sont chacune d’une ethnie et d’une religion différentes. La difficulté n’en est que plus grande de s’aimer.

« Sous les branches de l’udala » est un roman d’apprentissage, on suit Ijeoma de 1968 à 2014. Son parcours est douloureux, brutal mais jamais elle ne se renie, toujours elle gardera au fond de son cœur l’image d’Amina. Malgré la violence de ce qui se joue, Chinelo Okparanta nous raconte son histoire avec une écriture extrêmement fluide et elle arrive à tirer son histoire vers la lumière et l’espoir. A aucun moment, l’auteure ne juge ceux qui rejette Ijeoma. Il n’y a aucune haine, aucun ressentiment dans les pages de « Sous les branches de l’udala ».

Dans son premier roman, Chinelo Okparanta prête sa plume et ses mots au combat des personnes LGBT du Nigéria. Avec limpidité et force, elle nous emporte et nous rend ses personnages extrêmement touchants. Une nouvelle écrivaine à suivre.

Merci aux éditions Belfond pour cette découverte.

Avec toutes mes sympathies de Olivia de Lamberterie

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J’ai toujours trouvé courageux les critiques littéraires qui se lançaient dans l’écriture d’un livre. Il n’est jamais évident de se retrouver de l’autre côté du miroir. Ça l’est d’autant moins lorsque l’on écrit un livre aussi personnel que « Avec toutes mes sympathies ». Olivia de Lamberterie a ressenti la nécessité de prendre la plume suite au suicide de son frère cadet Alexandre en 2015 à Montréal où il vivait avec sa femme et ses enfants.

La douleur et l’incompréhension ne diminuant pas, Olivia de Lamberterie tente de comprendre le geste de son frère et lui rend un hommage vibrant. Alexandre était un homme flamboyant, surprenant, drôle. Sa vie semblait une parfaite réussite sur le plan personnel et professionnel. Mais Olivia de Lamberterie explique que dans leur famille, les émotions et les sentiments ne s’expriment pas au grand jour. Il faut se créer une carapace de politesse à présenter aux autres. Au fil du temps, cette façade se fissure et la mélancolie gagne du terrain. L’auteure est également menacée par la dépression dont elle réussit à sortir. Pourquoi Alexandre n’a-t-il pas connu le même sort ? Quelqu’un, quelque chose aurait-il pu le retenir ? « Et là, c’est à moi de crever le mystère. J’écris pour chérir mon frère mort. J’écris pour imprimer sur une page blanche son sourire lumineux et son dernier cri. Pour dire ce crime dont il est à la fois la victime et le coupable. A moins que nous ne soyons tous coupables, nous qui n’avons pas su l’empêcher, ou tous victimes, nous qui ne vivrons plus qu’à demi. Mais je ne crois pas qu’on empêche les gars de son espèce désespérée de se suicider. Est-ce un service à leur rendre ? C’est une vraie putain de question. » 

Mais le livre de Olivia de Lamberterie n’est pas un tombeau. Malgré l’absence terrible, le récit est lumineux parce qu’Alexandre l’était. L’auteure veut inventer une « manière joyeuse d’être triste ». Elle crée de nouveaux rituels pour cette vie sans son frère comme ce premier Noël après son suicide où tout le monde se déguise car il adorait ça. La douleur vive ne doit pas empêcher la joie, garder Alexandre vivant en soi ne doit pas empêcher de savourer la vie. « Pour le première fois depuis le 14 octobre, j’éprouve le sentiment que la douleur logée à jamais dans nos organes est capable aussi de teinter la joie retrouvée d’une intensité inédite. Nous rions aux étoiles, nous dansons, le vertige est proche, mais nous sommes debout parmi les debout. Nous ne sommes plus tristes à en mourir, juste tristes, à en vivre. On s’habitue au couteau planté dans les tripes. »  La dernière phrase du livre, que je vous laisse découvrir, éclaire le lecteur d’espoir et de réconfort.

« Où es-tu, mon frère » scande Olivia de Lamberterie durant son récit. Il est là entre les pages du livre, dans chaque mot choisi avec une grande justesse ;  Olivia de Lamberterie le fait revivre, le partage avec ses lecteurs. Émouvant, délicat, drôle, « Avec toutes mes sympathies » réussit à nous faire passer par de nombreuses émotions et nous touche infiniment.

Merci aux éditions Stock pour cette lecture.

Capitaine d’Adrien Bosc

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Le 24 mars 1941, le cargo « Capitaine Paul Lemerle » quitte le port de Marseille. A son bord, les réprouvés de Vichy, les exilés de l’Europe de l’Est, des juifs, des républicains espagnols. Les passagers tentent de rejoindre une terre d’asile : New York, le Mexique. Sur le pont du bateau se croisent des anonymes et des grands noms de la culture européenne : André Breton, Claude Levi-Strauss, le peintre Wifredo Lam, la photographe Germain Krull, le peintre André Masson, la romancière Anna Seghers ou le communiste anti-stalinien Victor Serge. La vie sur le bateau s’organise avec des cycles de conférences sur le pont, des répartitions par classes sociales, par intérêt. Tout se passe relativement bien jusqu’à l’escale en Martinique. Les passagers retrouvèrent ce qu’ils avaient voulu fuir : la France de Vichy. Ils sont tous débarqués et emmenés dans des camps de rétention. La municipalité fait du zèle. Sur l’île, quelques intellectuels résistent comme Aimée Césaire et sa femme  qui sont à la tête d’une revue. Le périple du capitaine Paul Lemerle n’est pas de tout repos.

En 2014, Adrien Bosc évoquait les vies de passagers de l’avion transatlantique Constellation qui s’écrasa en 1949 avec quarante huit personnes à son bord dont Marcel Cerdan. L’écrivain aime nous conter des trajets et des trajectoires entre histoire et fiction. Il s’infiltre dans les blancs laissés par l’Histoire pour redonner vie aux passagers du cargo. Le point de départ de ce livre est la photo en couverture où l’on voit Wifredo Lam, Jacqueline Lamba, la femme d’André Breton, et Victor Serge parmi des inconnus. Le voyage est très peu documenté au niveau photographique malgré la présence de Germaine Krull. Adrien Bosc s’est longuement documenté avant d’écrire cette odyssée de l’élite intellectuelle européenne. Son livre est un journal de bord qui nous fait découvrir le quotidien sur le bateau. Il est parsemé de textes écrits par les passagers comme ceux de Victor Serge ou les lettres échangées entre Breton et Levi-Strauss durant la traversée. Les deux hommes réfléchissent au statut d’œuvre d’art du document, comme une mise en abîme du présent livre. « Capitaine » est donc constitué de fragments qui évoquent pour l’auteur « l’esthétique du collage » chère aux surréalistes. « Capitaine » ne se livre donc pas facilement pour cette raison mais également parce qu’il est diablement érudit. La lecture est moins fluide que dans « Constellation ». Le propos est ambitieux, il nous montre, sous un autre angle, le rejet de la culture par le régime de Vichy. « Capitaine » est un livre exigeant qui demande beaucoup à ses lecteurs mais qui vaut le voyage.

« Capitaine » est mon premier roman de la rentrée littéraire ; j’avais beaucoup aimé « Constellation », le précédent livre d’Adrien Bosc. Moins fluide, plus exigeant, ce livre, entre document et roman, brosse l’exode de l’intelligentsia de la culture européenne en 1941.

Les furies de Lauren Groff

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Lancelot, dit Lotto, a rencontré Mathilde en 1991 lors d’une soirée. C’est le coup de foudre. Ils se marient peu de temps après. Ils ont alors 22 ans, ils sont beaux, séduisants, intelligents et la famille de Lotto est richissime. Mais ce mariage si rapide ne plait pas à la mère de Lotto qui lui coupe les vivres. Qu’importe, l’avenir est devant eux et Lotto croit en ses talents d’acteur. Les castings, les fêtes s’enchaînent et Lotto ne décroche aucun rôle. Mathilde, qui travaille dans une galerie, fait tourner le ménage. Devant l’insouciance de son mari, elle gère le quotidien. Et quand Lotto commence à baisser les bras, Mathilde le soutient, l’encourage. Jusqu’à une nuit particulièrement arrosé où Lotto, au bout du désespoir, se met à écrire. Il ne sera pas comédien mais dramaturge et ses pièces connaissent immédiatement du succès. Le couple fusionnel perdure au fil des années et des succès jusqu’à ce que Lotto découvre un détail sur la vie de Mathilde qui pourrait tout changer.

Le titre original du roman de Lauren Groff, « Fates and furies », en souligne bien la structure. Il est dommage que le titre français n’est pas conservé ce couple de mots si significatif. La construction des « Furies » est originale et reflète le couple de Lotto et Mathilde. La première partie nous raconte l’histoire selon le point de vue de Lotto avec d’amples chapitres. Ce personnage a eu une enfance choyée, on lui promet un bel avenir. La mort brutale de son père change tout. Lotto devient un adolescent problématique, il essaie toutes les drogues, boit et séduit beaucoup. De Floride, il est envoyé en pension dans le froid New Hampshire, loin des tentations et des abus. Malgré la solitude et la tristesse, Lotto y trouve ce qui va changer sa vie : Shakespeare. C’est là que son destin se noue, sa vie sera liée au théâtre. Et à Mathilde, douce, aimante, patiente avec son génie de mari, elle règle tout dans l’ombre, lui simplifie la vie. Lauren Groff s’est inspirée de Vera Nabokov pour imaginer Mathilde, une femme discrète qui épaule toute sa vie son écrivain de mari.

« Le mariage est un tissu de mensonges. Gentils, pour la plupart. D’omissions. Si tu devais exprimer ce que tu penses au quotidien de ton conjoint, tu réduirais tout en miettes. Elle n’a jamais menti. Elle s’est contentée de ne pas en parler. » La deuxième partie du roman, constitué de chapitres plus courts, est consacrée à Mathilde qui nous raconte l’histoire de son point de vue. L’histoire est bien la même mais elle recèle de surprises. Mathilde est loin de l’épouse parfaite, effacée que l’on a découvert dans la première partie. Il ne faut pas trop en dévoiler car tout le plaisir de lecture réside dans ce deuxième récit. Le couple parfait de Mathilde et Lotto est une belle illusion, un mirage créé de toutes pièces. Même le talent de Lotto est un mensonge. Lauren Groff joue subtilement avec cette évidence : on ne connaît jamais vraiment la personne avec qui l’on vit. Le personnage de Mathilde est infiniment complexe et intelligent, dans l’ombre au début, elle est pourtant le pivot du couple et de l’histoire.

« Les furies » de Lauren Groff déconstruit le couple et nous montre que le bonheur est bien souvent le fruit d’une illusion. Sa forme narrative originale, ses personnages complexes font de ce livre une belle réussite.

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Festival America 2018

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Voilà, la 9ème édition du Festival America est terminée. Retour sur mon weekend au cœur de la littérature américaine.

-Day 1 :

J’ai commencé en douceur avec deux cafés des libraires : l’un sur la jeunesse tronquée auquel j’assistais essentiellement pour Jacqueline Wodson que j’ai trouvée particulièrement pertinente et intéressante aux différents débats où j’ai vue ; l’autre était consacré au « monde selon Garp » avec un John Irving éloquent et qui regrettait que son roman soit toujours autant d’actualité en ce qui concerne l’intolérance envers les personnes LGBT. Il a également souligné l’importance de sa mère dans son intérêt pour les minorités et la lutte contre les violences qui leur sont faites.

 

J’ai ensuite écouté Patrik DeWitt parler de ses romans et de sa façon utiliser des époques passées pour se mettre à distance et se protéger. Son premier roman était en effet autobiographique. L’humour, la drôlerie lui permettent également de regarder la réalité de manière différente. L’auteur a l’élégance et l’ironie qui sont le propre de ses romans.

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La journée se termina avec une rencontre au sommet autour de quatre écrivains ayant reçu le prix Pulitzer : Jeffrey Eugenides, Michaël Chabon, Richard Russo et Colson Whitehead. Les quatre auteurs ont fait montre d’un humour tout à fait réjouissant. Tous les quatre ont raconté le plaisir, le bonheur d’avoir reçu ce prix (qui permet semble-t-il de s’offrir de splendides chaussures !) mais également que le prix n’écrit pas le livre suivant et que chacun se retrouve seul devant les pages blanches. L’engagement politique des écrivains et le gouvernement américain ont également été évoqués. Pour Jeffrey Eugenides, Trump serait un symptôme de ce qui dysfonctionne dans la politique américaine. Pour Colson Whitehead, il s’agit seulement d’un cycle dans l’histoire américaine, il y a sans cesse un va-et-vient entre bien et mal. Pour lui, l’élection de Trump n’a rien d’étonnant puisque les États-Unis restent un pays profondément raciste. Michaël Chabon et Richard Russo s’engagent d’autant plus que ce président entache l’image de l’Amérique et leur fait honte. La soirée se termine sur les influences de ces quatre écrivains qui vont de Conan Doyle à Faulkner en passant par Joyce.

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-Day 2 :

La journée commença par une conférence très intéressante sur des portraits de femmes avec Wendy Guerra, Laura Kasischke, Claire Vaye Watkins et Leni Zumas. La place des femmes est essentielle chez ses romancières. Wendy Guerra écrit volontairement sur des femmes fortes comme Anaïs Nin, des femmes libres dans un pays machiste, Cuba. Laura Kasischke explique qu’elle ne sert pas consciemment des femmes dans ses romans, c’est uniquement parce que les femmes sont ce qu’elle connait le mieux. Elle est fille unique et sa mère venait d’une famille composée uniquement de filles. Laura Kasischke pense qu’elle aurait du mal à adopter le point de vue d’un homme même si elle aimerait essayer. Toutes ont en commun un féminisme marqué et parfois militant. Laura Kasischke n’a lu que de la littérature féminine jusqu’à ses trente ans. Elles notent également que la condition des femmes est toujours précaire et les violences qui leur sont faites sont fortes. Elles sont exploitées, utilisées, manipulées par des gourous chez Claire Vaye Watkins dans « Les sables de l’Armagosa » ou dans « Eden spring » de Laura Kasischke. Leni Zumas montre dans son roman que les droits des femmes , notamment le droit à l’avortement, étaient toujours menacés et le poids de la société est toujours fort en ce qui concerne le rôle de la femme. Chacune pense qu’il faut rester vigilant quant à ses questions et face à la misogynie de la société américaine.

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J’ai poursuivi ma journée avec une conférence sur l’adolescence et ses possibles avec Jacqueline Woodson, Brit Bennett et Gabriel Tallent. Les trois auteurs ont dépeint dans leurs romans des adolescentes ayant perdu leur mère, des jeunes filles devant faire face à des situations difficiles et devant apprendre à prendre soin d’elles. Les trois auteurs étaient tout à fait intéressants, je n’ai malheureusement pas encore lu « My absolute darling » mais le brillant Gabriel Tallent m’a convaincue de le faire rapidement.

 

La conférence suivante portait sur la middle class avec Jonathan Dee et Jeffrey Eugenides et elle n’a pas été très bien menée par l’intervenant. Les deux auteurs ont vu la diminution des classes moyennes, l’écart grandissant entre les classes sociales qui apportent beaucoup de ressentiment et de désespoir face aux dégâts provoqués par l’ultralibéralisme. Jeffrey Eugenides, né à Detroit, a vu les revers du rêve américain et de la vénération de l’argent.

La dernière conférence s’intitulait « Quand tout s’effondre » et réunissait Claire Vaye Watkins, Christian Guay-Poliquin et James Noël. Que la catastrophe soit réelle (le tremblement de terre qui a ravagé Haïti en 2010) ou de l’ordre de la dystopie, elle permet de rappeler aux hommes leur vulnérabilité, leur insignifiance face à la puissance de la nature. Pour James Noël, elle permet également de mieux profiter de la vie, de la rendre plus précieuse. Pour Claire Vaye Watkins, la catastrophe, qui pourrait balayer l’ancien monde, ne change rien aux rapports de force et aux inégalités. Pour Christian Guay-Poliquin, la dystopie est un bon moyen de regarder le présent en faisant un pas de côté.

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-Day 3 : 

Lauren Groff, Michaël Chabon et Michaël Winter étaient réunis pour la conférence « Pour le pire et le meilleur » dans la salle des mariages de la marie de Vincennes. Dans les trois romans de ces écrivains, le mariage reste une aventure périlleuse. Chez Lauren Groff, le secret, le mensonge permet la paix des ménages et pour qu’il dure il faut savoir vivre dans une bulle, loin de la famille et des amis. Michaël Chabon évoque, quant à lui, un mariage très long, peu souvent vu dans la littérature. Un mariage à l’ancienne, avec des hauts et des bas, mais qui réussit à perdurer. Michaël Winter parle, dans son roman « Au nord-est de tout », du peintre Rockwell Kent qui partit sur l’île de Terre-Neuve avec femme et enfants pour s’isoler de tout. Mais le peintre connaîtra plusieurs divorces, plusieurs échecs sentimentaux qu’il voit comme des expériences enrichissantes. Chacun avait envie de présenter des relations sortant de l’ordinaire.

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J’ai ensuite assisté à une conférence intitulée « Quand l’utopie vire au cauchemar » surtout pour écouter Jean Hegland dont le roman « Dans la forêt » me fait dangereusement de l’œil ! d’ailleurs, elle considère son roman comme étant plus une utopie qu’une dystopie. Elle s’agissait surtout pour elle de montrer l’apprentissage de deux jeunes filles, de les placer dans un milieu hostile et de les voir évoluer. Jean Hegland voulait également souligner l’importance de la reconnexion avec la nature et de la quête de sens. La dystopie reste un miroir qui permet d’observer le présent et de l’analyser.

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Prochain arrêt : New York avec Jacqueline Woodson, Vivian Gornick et Kristopher Jansma. Chacun avait une vision différente de la ville en raison de son histoire personnelle. Jacqueline Woodson est arrivée à l’âge de 7 ans à New York comme beaucoup d’afro-américains qui ont quitté le Sud en masse dans les années 50-70. Kristopher Jansma est né dans le New Jersey mais ses parents n’aimaient pas New York et il n’y venait qu’occasionnellement. Ce n’est que pour ses études universitaires qu’il est venu habité dans la grosse pomme. Vivian Gornick est quant à elle né dans le Bronx et elle réside aujourd’hui à Manhattan. Mais les trois écrivains ont un sentiment de forte appartenance à cette ville qui est également au cœur de leurs derniers livres. New York est une ville idéale pour la littérature, bouillonnante, foisonnante, bruyante, diverse et surtout bigger than life.

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J’ai ensuite retrouvé mon cher Jeffrey Eugenides avec Lauren Groff et Julie Mazzieri. A travers la ville de Detroit où il est né et l’histoire de son père, Jeffrey Eugenides a pu voir la gloire et la chute du rêve américain basé sur l’argent et la réussite matérielle. Ce lien à l’argent est au cœur de ses nouvelles qui viennent d’être traduites en France. Le sens de la perte, d’une époque perdue du à la ruine de Detroit est probablement à l’origine de « Virgin Suicides ». Lauren Groff ne conçoit pas la réussite sous forme de valeurs sonnantes et trébuchantes même si elle est née dans une famille bourgeoise. L’important pour elle est la réalisation des rêves, une vie heureuse qui n’est pas forcément liée aux conditions matérielles. L’argent est sans aucun doute nécessaire mais il est trop lié au pouvoir pour être une composante du bonheur. D’ailleurs, il est souvent à l’origine de problème dans les mariages.

 

Pour terminer ce Festival America, j’ai retrouvé Michael Chabon et Vivian Gornick pour une conférence sur l’héritage mais je vous avoue avoir arrêté de prendre des notes, je commençais à fatiguer !

Encore une fois, il faut saluer la qualité remarquable du Festival America et remercier les organisateurs, les bénévoles pour leur extraordinaire travail. Vivement 2020 !

 

 

 

 

 

 

Platine de Régine Detambel

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Dans un roman aussi bref que la vie de son héroïne, Régine Detambel nous raconte la destinée foudroyée de la première blonde sex-symbol d’Hollywood : Jean Harlow (1911-1937). Cette dernière sera le modèle de Marilyn Monroe. « Platine » est avant tout l’histoire d’un corps qui sera tour à tour adulé et maltraité.

Jean Harlow, née Harlean Carpenter, a un physique exceptionnel. Sa blondeur, à la la limite de la blancheur, éblouit. Sa poitrine parfaite suscite le désir. La jeune femme est attirée par le cinéma qui ne pourra lui résister. C’est Howard Hughes qui lance la fusée sensuelle dans « Les anges de l’enfer ». Elle signe un contrat avec la MGM et passe de son étouffante mère à l’ogre Louis B. Mayer. Les actrices à l’époque doivent correspondre à une image bien précise, leurs corps sont travaillés pour être plus que parfaits. Mayer veut faire rêver les américains, le cinéma est pour lui un pur divertissement. « Divertissement et parfum de bonheur, ni plus ni moins, la MGM alignait donc les perles d’un monde de rêve, maisons de campagne au clair de lune, salles de bains luxueuses, hommes et femmes toujours habillés pour dîner, avec bijoux et nœuds papillons. (…) Alors il montrait des femmes, des femmes belles, jeunes, blanches, des femmes immaculées comme un tapis de laine angora, rien ne devait pouvoir obombrer la beauté de ses stars. » Le corps de Jean Harlow appartient à la MGM, elle n’ait pas censé épouser quelqu’un sans l’aval de Meyer, dans les interviews, elle récite son texte. Mais Jean n’en fait qu’à sa tête et épouse qui elle veut. Elle est pourtant toujours rattrapée par Louis B. Mayer. Lorsque son premier mari se suicide, ce n’est pas la police que l’on appelle mais le producteur. celui-ci arrange les choses, invente une histoire qui n’abimera pas l’image de sa star. C’est ce premier mari qui blessa à mort Jean Harlow sans le savoir ; Paul Bern battit sa femme lors de leur nuit de noces notamment aux reins.

Le corps de Jean Harlow doit pourtant tenir le coup. Les tournages à l’époque s’enchainent à une allure folle, les actrices travaillent souvent quatorze heures d’affilée. Peu à peu, Jean s’épuise, les cystites s’enchainent. Le corps glorieux de l’actrice devient un corps souffrant, maltraité par Hollywood et par sa mère. Celle-ci fait partie de la science chrétienne qui considère que les maladies n’existent pas. Jean Harlow n’est donc pas soignée. Régine Detambel s’attarde sur le tournage de son dernier film « Saratoga » avec Clark Gable. Ce film, plus proche du navet qu’autre chose, est, selon l’auteur, un reportage sur la douleur, sur un corps qui abdique. Clark gable soutient physiquement Jean Harlow qui tient à peine debout. Elle ne termina pas le film et mourra à l’âge de 26 ans d’urémie. Ce corps admiré, désiré, sublimé par la caméra aura raison de Jean Harlow. Régine Detambel raconte avec beaucoup d’empathie l’histoire de cette jeune femme dépossédée de son corps, dominée par sa mère puis par le système hollywoodien.

« Platine » raconte avec concision et un style clinique le destin foudroyé en pleine gloire de Jean Harlow, jeune femme écrasée par sa mère et la domination des producteurs de l’âge d’or hollywoodien.

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Les frères Sisters de Patrick DeWitt

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Oregon City, 1851, Eli et Charlie Sisters sont des tueurs travaillant pour le Commodore. Leur prochaine mission va les amener à Sacramento, Californie. Il leur faut trouver et tuer un chercheur d’or nommé Hermann Kermit Warm. Un émissaire du Commodore a été envoyé sur le terrain en avance, il s’agit de Henry Morris qui permettra aux deux frères de localiser le chercheur d’or. Les deux frères sont différents l’un de l’autre. Eli est grassouillet, un vrai coeur d’artichaut devant les femmes, il n’hésite pourtant pas à tuer mais il questionne beaucoup son mode de vie durant ce voyage. Charlie ressemble plus à une brute épaisse, toujours prêt à obéir aux ordres du Commodore sans se poser de questions et à s’alcooliser plus que de raison. Leur périple vers Hermann Kermit Warm sera peuplé de rencontres étonnantes et de situations totalement rocambolesques.

Patrick DeWitt écrit, avec « Les frères Sisters », un western décalé à l’humour burlesque. Eli est le narrateur de cette épopée. Tout le long du voyage, il oscille entre l’amour pour les différentes femmes qu’il croise et l’envie de tout arrêter pour mener une vie paisible. Son récit sent la lassitude, il aspire au repos sans pouvoir se résoudre à abandonner son frère cadet qui a toujours été là pour lui. Le duo est mal assorti, dépareillé et pourtant aucun des deux frères ne semblent prêt à vivre sans l’autre. C’est finalement l’entraide et l’amour fraternel qui dominent les aventures.

Patrick DeWitt se sert des codes de l’Amérique, de la ruée vers l’or, et du mythe du western pour nous présenter une galerie de personnages totalement barrés : un dentiste débutant, un garçon perdu, des prostituées, une comptable diaphane, un cheval borgne. Le livre donne l’impression de se retrouver chez les frères Coen. Tout est décalé chez l’auteur. C’est Eli qui monte le cheval borgne et qui tombe amoureux d’une mourante. Tout semble à l’unisson de son désabusement. Hermann Kermit Warm s’avérera être une sorte de savant fou qui ne maîtrise pas complètement le résultat de ses recherches. Nous sommes bien loin des personnages héroïques et admirables de certains westerns ! Tous les personnages de Patrick DeWitt semblent au bout du rouleau. Le rêve américain leur est passé dessus comme un rouleau compresseur. C’est la désillusion qui l’emporte et qui s’incarne en Eli.

Avec « Les frères Sisters », Patrick DeWitt rend un hommage décalé au western. C’est avec beaucoup d’humour noir qu’il dépeint la chevauchée des frères Sisters, tueurs à la sinistre réputation. J’ai hâte de voir ce que Jacques Audiard a fait de ce roman parfaitement maîtrisé.

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