Ma chère Eliza nous a proposé de passer le mois de mars en Russie en compagnie de Léon Tolstoï et de son chef-d’œuvre « Guerre et Paix ». Ne souhaitant pas me replonger tout de suite dans le roman, j’ai décidé d’accompagner les valeureuses lectrices en regardant différentes adaptations du roman et je commence aujourd’hui par celle de King Vidor datant de 1956.
La scène d’ouverture sert ici d’exposition : nous sommes chez les Rostov qui regardent passer une parade militaire par leurs fenêtres. Nous y faisons directement connaissance avec Pierre Bezoukhov (Henry Fonda) et la délicieuse Natacha Rostov (Audrey Hepburn). Cette scène n’existe bien entendu pas dans le roman mais nous retombons rapidement sur nos pieds avec la scène où Pierre part faire la fête avec Kouraguine et Dolokhov.
Dans l’ensemble, le film de King Vidor respecte l’intrigue du roman et reprend les scènes importantes. Le duel de Pierre est une belle scène à la lumière froide et à l’atmosphère crépusculaire. La bataille de Borodino est très réussie, elle a de l’ampleur et du souffle. De même, la traversée de la Bérézina par les troupes françaises montre bien l’ampleur du désastre. Napoléon regarde ses troupes sombrer avec un regard las et désespéré. Dans l’ensemble, les décors sont très élégants et sobres. La palette de couleurs des intérieurs aussi bien que des costumes est pastel et pleine de gaieté. Elle s’assombrit en même temps que les évènements.
Parlons maintenant du casting. Henry Fonda est excellent dans le rôle de Pierre, il porte le personnage avec la dignité et la gravité qui se doit. Sa prise de conscience, à Borodino, de la nature sanguinaire des guerres menées par son héros Napoléon est un moment fort et juste. Je suis beaucoup moins enthousiaste envers la prestation de Mel Ferrer qui joue le prince Andreï Bolkonski. Il est vrai que je suis exigeante pour ce personnage qui est mon préféré de la fresque de Tolstoï. Mais là, je trouve Ferrer assez fade et par moments un peu niais. La scène de la mort d’Andreï est un moment totalement raté et ridicule. J’ai gardé le meilleur pour la fin : la perle de cette adaptation c’est l’exquise Audrey Hepburn. Elle est absolument parfaite dans le rôle de Natacha Rostov : insouciante et virevoltante au début du film, humaine et responsable à la fin. Sa prestation est un ravissement de chaque instant, le film vaudrait d’être vu uniquement pour la voir évoluer.
Le film de King Vidor est de facture très classique ; de par ses acteurs et ses décors elle est très plaisante à voir. C’est probablement la plus abordable et celle que je conseillerais à quelqu’un qui voudrait voir une adaptation de « Guerre et paix ». Il faut néanmoins préciser que la fin est malheureusement très hollywoodienne. Une fois la guerre terminée, Natacha et Pierre se retrouvent et se promènent main dans la main dans un champ verdoyant au son d’une symphonie glorieuse.































