Guerre et paix de King Vidor

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Ma chère Eliza nous a proposé de passer le mois de mars en Russie en compagnie de Léon Tolstoï et de son chef-d’œuvre « Guerre et Paix ». Ne souhaitant pas me replonger tout de suite dans le roman, j’ai décidé d’accompagner les valeureuses lectrices en regardant différentes adaptations du roman et je commence aujourd’hui par celle de King Vidor datant de 1956.

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La scène d’ouverture sert ici d’exposition : nous sommes chez les Rostov qui regardent passer une parade militaire par leurs fenêtres. Nous y faisons directement connaissance avec Pierre Bezoukhov (Henry Fonda) et la délicieuse Natacha Rostov (Audrey Hepburn). Cette scène n’existe bien entendu pas dans le roman mais nous retombons rapidement sur nos pieds avec la scène où Pierre part faire la fête avec Kouraguine et Dolokhov.

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Dans l’ensemble, le film de King Vidor respecte l’intrigue du roman et reprend les scènes importantes. Le duel de Pierre est une belle scène à la lumière froide et à l’atmosphère crépusculaire. La bataille de Borodino est très réussie, elle a de l’ampleur et du souffle. De même, la traversée de la Bérézina par les troupes françaises montre bien l’ampleur du désastre. Napoléon regarde ses troupes sombrer avec un regard las et désespéré. Dans l’ensemble, les décors sont très élégants et sobres. La palette de couleurs des intérieurs aussi bien que des costumes est pastel et pleine de gaieté. Elle s’assombrit en même temps que les évènements.

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Parlons maintenant du casting. Henry Fonda est excellent dans le rôle de Pierre, il porte le personnage avec la dignité et la gravité qui se doit. Sa prise de conscience, à Borodino, de la nature sanguinaire des guerres menées par son héros Napoléon est un moment fort et juste. Je suis beaucoup moins enthousiaste envers la prestation de Mel Ferrer qui joue le prince Andreï Bolkonski. Il est vrai que je suis exigeante pour ce personnage qui est mon préféré de la fresque de Tolstoï. Mais là, je trouve Ferrer assez fade et par moments un peu niais. La scène de la mort d’Andreï est un moment totalement raté et ridicule. J’ai gardé le meilleur pour la fin : la perle de cette adaptation c’est l’exquise Audrey Hepburn. Elle est absolument parfaite dans le rôle de Natacha Rostov : insouciante et virevoltante au début du film, humaine et responsable à la fin. Sa prestation est un ravissement de chaque instant, le film vaudrait d’être vu uniquement pour la voir évoluer.

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Le film de King Vidor est de facture très classique ; de par ses acteurs et ses décors elle est très plaisante à voir. C’est probablement la plus abordable et celle que je conseillerais à quelqu’un qui voudrait voir une adaptation de « Guerre et paix ». Il faut néanmoins préciser que la fin est malheureusement très hollywoodienne. Une fois la guerre terminée, Natacha et Pierre se retrouvent et se promènent main dans la main dans un champ verdoyant au son d’une symphonie glorieuse.

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La neuvième pierre de Kylie Fitzpatrick

A LA VOLTAIRE !

En 1864 à Londres, la jeune Sarah O’ Reilly a réussi à se faire embaucher au London Mercury où elle compose les pages du journal à l’imprimerie. Elle, et sa sœur Ellen, sont irlandaises et orphelines. Elles vivent  dans le quartier pauvre et insalubre de Devil’s Acre. Sarah est intelligente et curieuse. Elle se fait rapidement remarquer par Lily Korechnya qui rédige une chronique récurrente sur les femmes d’exception. Elle prend la jeune Sarah sous son aile. Par ailleurs, Lily établit le catalogue de bijoux de lady Cynthia Herbert. Cette dernière a rapporté d’Inde neuf pierres magnifiques exposées pour le moment dans un musée londonien. Ces pierres appartiennent au maharajah de Bénarès qui souhaite en faire un navaratna, un talisman sacré. Mais la route des pierres est parsemée de cadavres.

« La neuvième pierre » de Kylie Fitzpatrick est une déception. Après avoir lu et adoré « Code 1879 » dans la même collection, je m’attendais à un roman policier de qualité. Mais ici point d’enquête autour des meurtres et donc il n’y a aucun suspense. Le livre est entièrement centré sur l’évolution de Sarah O’Reilly et tient plus du roman d’apprentissage que du policier. Cela n’est pas inintéressant puisqu’il permet d’aborder la place de la femme à l’époque victorienne. Mais l’intrigue principale n’est pas supposée être l’émancipation d’une jeune irlandaise dans le Londres du XIXème siècle.  Sarah et Lily sont des personnages plutôt attachants mais la plupart des autres sont traités très rapidement à l’instar d’Ellen, la jeune sœur. Il faut néanmoins reconnaître à Kylie Fitzpatrick un sens de l’atmosphère. Les deux villes où se déroule l’intrigue, Londres et Bénarès, sont bien rendues et décrites. On sent parfaitement toute la misère et l’abandon de Devil’s Acre, toutes les couleurs, les épices et l’écrasante chaleur de Bénarès.

« La neuvième pierre » est un roman policier qui ne tient pas ses promesses, ne développant pas du tout son enquête et qui finit par ennuyer.

Une lecture faite avec Soie et Lou.

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Challenge « Le mélange des genres » chez Miss Léo

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Miss Léo, qui fête les deux ans de son très chouette blog, nous propose un challenge intitulé « Le mélange des genres ». Mais qu’est-ce que c’est ??? Le principe est le suivant : il faut lire, avant le 1er mars 2016, 14 livres selon 14 catégories pour « mélanger les genres ». Voici la liste que Miss Léo nous propose pour mélanger les genres pendant une année :

Classique français (première moitié du XXème siècle incluse)
Classique étranger (première moitié du XXème siècle incluse)
Essai
Récit de voyage (là, j’aime autant vous dire que ce n’est pas gagné pour moi…)
Recueil de nouvelles : « L’amour d’une honnête femme » de Alice Munro (c’est ce qui s’appelle commencer un challenge sur les chapeaux de roues !!!)
(Auto)biographie et témoignage
Recueil de poésie 
Pièce de théâtre
Roman historique (les romans policiers historiques ne sont pas acceptés)
Roman noir/policier/thriller
Roman jeunesse
Roman SF/fantasy/imaginaire
Romance et chick-lit  (incroyable mais vrai, j’ai une nouvelle dans mon kobo !)
BD et roman graphique
Je n’ai pas encore préparé ma liste des ouvrages qui me serviront pour ce challenge mais je pense remplir presque toutes les catégories grâce à ma PAL.
Si vous aimez passer d’un monde à un autre, ce challenge est bien évidemment fait pour vous. Et si vous aimez le blog de Mis Léo, allez vous inscrire car c’est son premier challenge !! Un évènement que je ne pouvais bien entendu pas manquer, j’espère que vous ferez de même !

L’amour d’une honnête femme de Alice Munro

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Le blogoclub nous proposait ce mois-ci de lire un livre de la récente lauréate du Prix Nobel Alice Munro. J’avais déjà eu l’occasion de découvrir cet auteur à l’occasion d’un autre blogoclub, j’avais alors lu « Fugitives ».
« L’amour d’une honnête femme » est un recueil de huit nouvelles se déroulant au Canada entre 1950 et 1970. Comme toujours chez Alice Munro, il est y question du destin des femmes. Étant donné la période choisie, c’est la place de la femme dans la société qui est questionnée et les avancées sociétales lui permettant d’être libre. Trois nouvelles me paraissent bien éclairer la volonté d’Alice Munro de défendre la liberté des femmes.
« Avant le changement » évoque la question de l’avortement à une époque où il est encore clandestin. L’auteur souligne le risque sanitaire, la peur mais aussi le courage de celles qui tentent de garder la maîtrise de leur corps. Mais elle n’en oublie pas pour autant la douleur, la tristesse que ce choix engendre.
« Les enfants restent » est l’histoire d’une émancipation, celle de Pauline, mère de deux enfants sans travail, et qui s’ennuie. Pour se sortir de son quotidien, elle se met à faire du théâtre et tombe amoureuse du metteur en scène. Elle décide de quitter son mari mais celui-ci garde les enfants. Pauline est devant un choix impossible et cruel : être femme ou être mère.
« Le rêve de ma mère » nous présente la vie de Jill qui a épousé à la vieille de la seconde Guerre Mondiale George. Ce dernier meurt au combat. Jill déménage dans sa belle-famille. C’est la que naît sa fille. Mais Jill ne se sent pas tout de suite mère, elle ne sait comment s’occuper de son bébé. C’est l’une de ses belles-sœurs qui va prendre soin de l’enfant et l’accaparer jusqu’au drame. Jill passe pour une mauvaise mère comme s’il n’y avait qu’une manière d’élever un enfant.
Même si l’on peut admirer les choix de ces femmes, Alice Munro nous montre leur difficulté et l’amertume qu’ils engendrent bien souvent. L’émancipation de la femme fut un chemin long et douloureux. Le prix payé par certaines fut lourd. Les femmes de « L’amour d’une honnête femme » ont essayé de respecter la norme en se mariant et en ayant des enfants. Mais cela ne leur suffit pas et le temps s’écoulant elles ont peur de passer à côté de leur vie.
Alice Munro sait à merveille dessiner en quelques pages des personnages féminins, des vies aux trajectoires douloureuses qui espèrent que l’avenir leur sera clément.

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Bilan plan Orsec et films de février

Depuis janvier, George et Miss Bouquinaix ont mis en place un plan Orsec pour sauver nos PAL en danger. Je me suis engagée à lire chaque mois 2 livres de ma PAL et 1 de ma PAL prêt (c’est un problème d’avoir des copines blogueuses !). Comme vous allez le constater, le contrat a bien été rempli en janvier mais un peu moins en février. Il va falloir que je me rattrape !

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Ce bilan mensuel me permet d’inaugurer un nouveau rendez-vous : les films du mois. Je me suis rendue compte que je ne partageais plus mes sorties ciné avec vous. Et pourtant, je continue à user mes pantalons dans les fauteuils rouges des salles obscures.

Voici mes coups de cœur de février :

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Lulu passe un entretien d’embauche pour être secrétaire mais peu sûre d’elle et sans expérience elle est refusée. Elle téléphone à son mari qui l’engueule et lui dit qu’elle s’est ridiculisée en allant à cet entretien. Lulu manque son train et commence alors une fugue loin de son foyer, une errance libératoire où les belles rencontres vont se multiplier. « Lulu femme nue » est un très beau film sur la renaissance d’une femme qui se laisse vivre et oublie le temps de quelques jours le poids des responsabilités. Le film est porté par une Karin Viard lumineuse entourée par Bouli Lanners, toujours parfait, et Claude Gensac, émouvante et attachante.

Minuscule

Vous ne regarderez plus votre boîte à sucre de la même manière après avoir vu « Minuscule ». La découverte de l’une d’entre elles par des fourmis noires va occasionner moultes aventures trépidantes et surtout une rencontre avec une charmante coccinelle. C’est un régal absolu de voir évoluer ces insectes vrombissant et bourdonnant. C’est drôle, émouvant, intelligent et cerise sur la gâteau : il y a un clin d’œil à « Psychose » qui a fini de me faire craquer pour ce film d’animation très réussi.

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« Le vent se lève » est le dernier opus de Hayao Miyazaki, le grand magicien du dessin animé prend sa retraite. On retrouve dans ce film sa grande obsession du vol. Son personnage principal, qui a existé, Jiro, ne rêve que de voler. Ayant une mauvaise vue, il ne peut devenir pilote et devient donc ingénieur aéronautique. Il sera le créateur du fameux avion zéro (la redoutable arme japonaise durant la 2nd Guerre Mondiale). Il y a moins de fantaisie dans ce dernier film que dans les précédents, moins de magie et de fantastique. Et je pense que cela m’a manqué, certains passages sur la création du modèle zéro m’ont semblé un peu longs. Malgré cela, je reste enchantée par l’univers de Miyazaki, ses dessins sont magnifiques et poétiques.

Et sinon :

  • « Much ado about nothing » de Joss Whedon est une adaptation honnête de la pièce de Shakespeare avec de bons comédiens mais qui n’arrive pas au niveau de celle de Kenneth Brannagh.
  • « Philomena » de Stephen Frears a un joli casting (Judi Dench et Steve Coogan) pour nous raconter l’histoire de cette irlandaise qui cherche à retrouver son fils qui lui a été enlevé cinquante ans plus tôt. L’émotion et l’humour se marient pour ce plaisant divertissement.
  • « American bluff » de David O’Russel. Contrairement au titre, vous ne serez pas bluffés par cette arnaque simplette et banale. Les acteurs, très bien, ne sauvent pas ce film beaucoup trop long.
  • « Les grandes ondes (à l’ouest) » de Lionel Baier est un road movie à travers le Portugal de 1974 où une équipe de journalistes suisses est envoyée pour mettre en valeur l’aide apportée par leur pays aux Lusitaniens. Et ils tombent au moment de la révolution des Œillets. Une comédie délicieuse, pleine de joie de vivre avec un casting impeccable.

Exposition Brassaï, pour l’amour de Paris à l’Hôtel de ville

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L’Hôtel de ville propose jusqu’au 29 mars une exposition gratuite autour des photographies de Paris d’un grand amoureux de la ville : Brassaï. Ce dernier, né en Transylvanie, s’installe définitivement à Paris à partir de 1924 où il côtoie les milieux artistiques : Desnos, Picasso, Prévert, Miller, Cendrars, etc… Picasso lui propose d’ailleurs de réaliser les photographies de ses sculptures.

L’exposition nous montre des photos allant de 1924 à 1940 environ : les années folles tourbillonnantes et insouciantes. Le photographe a une prédilection pour la nuit où tous les milieux se croisent, où la lumière des becs de gaz et le brouillard créent une ambiance mystérieuse et fascinante.

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Brassaï montre tous les visages de la capitale : les milieux populaires, les travailleurs des halles, les mauvais garçons, les prostituées aussi bien que les milieux huppés sortant de l’opéra ou allant aux courses de Longchamp. Le cirque et les fêtes foraines le captivent à l’instar de son ami Picasso.

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L’exposition nous montre également de très belles photos d’enfants qui font beaucoup penser aux réalisations de Robert Doisneau. Brassaï nous présente de très jolis moments d’innocence.

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Le photographe compose aussi des clichés intemporels de la capitale qu’il a arpentée durant toute sa vie. Des images que nous pouvons toujours découvrir en flânant dans les rues et les ruelles.

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Je vous invite à visiter cette exposition si vous aimez la ville lumière, si vous aimez les belles photos et le noir et blanc travaillé. Vous serez alors séduit par l’univers de Brassaï, par son amour de Paris qui vous plonge dans les années folles si pleines d’espoir  et vous n’aurez qu’une envie en sortant de l’exposition : flâner dans les rues de la ville !

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Le vol du faucon de Daphné du Maurier

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Armino Fabbio est guide touristique, il balade ses clients à travers l’Italie. A Rome, un soir, il voit sur le perron d’une église une vieille mendiante qui lui fait de la peine. Il lui glisse un billet de 10 000 lires, un pourboire donné par un client libidineux. Armino repart vers son hôtel, la vieille femme semble l’appeler : « Beo, Beo ». Mais c’est impossible, Beo, diminutif de Beato, était son surnom enfant. Toute sa famille ayant disparu, plus personne ne l’appelle ainsi. Armino doit s’être trompé, pourtant cette voix, ce visage le hantent. Le lendemain, il apprend dans les journaux que la vieille femme a été assassinée, probablement à cause des 10 000 lires. Armino culpabilise, d’autant plus qu’il a enfin reconnu la mendiante ; il s’agit de Martha qui travaillait chez ses parents avant la guerre et s’occupait de lui. Le passé resurgit alors qu’Armino avait tout fait pour l’oublier. Il n’a plus d’autre choix que de retourner sur les lieux de son enfance : Ruffano.

« Le vol du faucon » me montre encore une fois l’étendue de l’imagination de Daphné du Maurier et son sens de l’intrigue. Nous sommes en Italie, 20 ans après la seconde guerre mondiale, dans une ville imaginée par Daphné du Maurier. Ruffano possède une splendide forteresse médiévale avec tours qui avait appartenu à la famille Malebranche. Le plus célèbre d’entre eux était le duc Claudio dit le Faucon. Celui-ci était tyrannique, orgueilleux et sulfureux. Il terrorisa la ville, plutôt aux prémices de la Renaissance, et finit par se jeter du haut de la plus haute tour de son palais. Armino est habité par cette histoire, son père était conservateur du palais et son frère aîné Aldo l’effrayait en l’obligeant à grimper dans la tour. En retournant dans sa ville natale, Armino redécouvre ses terreurs d’enfant et la domination de son frère. Ruffano est peuplée de fantômes : celui du père mort dans un camp de prisonniers, d’Aldo mort pendant un combat aérien, de la mère morte d’un cancer quelques années auparavant et qui avait fui la ville avec son fils cadet dans la voiture d’un commandant allemand. Le passé de Ruffano et celui d’Armino se mélangent pour créer une atmosphère lourde, pesante et inquiétante. Une menace semble planer au-dessus de lui. Les fantômes de la vie d’Armino n’en sont d’ailleurs peut-être pas tous.

Daphné du Maurier sait comme personne faire monter la tension et tenir son lecteur en haleine. « Le vol du faucon » allie l’Histoire, les secrets de famille, le suspens et la manipulation. L’intrigue est originale et comme toujours bien menée. « Le vol du faucon » n’est pas mon roman préféré de Daphné du Maurier mais, comme tout son travail, il mérite d’être lu.

N’oublie pas les oiseaux de Murielle Magellan

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Devant l’enthousiasme de George, L’irrégulière et Leiloona, j’ai eu envie de découvrir le dernier livre de Murielle Magellan « N’oublie pas les oiseaux ». Ce récit autobiographique est un hommage vibrant à l’homme slave, Francis Morane, le grand amour de sa vie.

A 17 ans, Murielle Magellan débarque à Paris pour entrer à l’École des chansons. L’un de ses professeurs est l’homme russe et elle est tout de suite subjuguée par son charisme et son intelligence. La jeune femme s’éprend de cet homme qui a plus du double de son âge. Celui-ci ne remarque pas tout de suite cette provinciale timide et effacée. Il faut dire qu’il ne manque pas de belles et jolies femmes dans son entourage, l’homme slave est un séducteur impénitent. Pourtant, il finit par se laisser séduire par Murielle et c’est une longue et orageuse histoire d’amour qui commence.

Je suis, comme George, peu friande d’autofiction mais j’ai été emportée par cette histoire. Il faut bien reconnaître que cette histoire d’amour est particulièrement romanesque et l’on comprend le besoin de Murielle Magellan de nous la raconter. L’homme slave sortait totalement de l’ordinaire et cherchait sans cesse à surprendre, à embellir le quotidien : il offre des bouquets de fleurs à 600 Fr ; ne paie pas ses impôts par principe ; organise un feu d’artifice pour le 14 juillet dans son jardin. Cet homme fantasque ne pouvait que captiver une jeune femme sortant tout juste de l’adolescence. Mais cette médaille brillante a son revers sombre. L’homme russe est un Don Juan, un goujat qui blesse profondément par désinvolture ou par peur d’un engagement. Cette histoire d’amour se déroule en huit mouvements, entre rupture et retrouvailles. Murielle Magellan apprend la puissance constructive aussi bien que destructrice d’un amour fou. Pendant vingt ans, elle ne pense qu’à cet homme, n’aime que lui et grandit personnellement et professionnellement grâce à lui.

Murielle Magellan décrit parfaitement le sentiment amoureux dans ses bonheurs comme dans ses affres. L’identification fonctionne pleinement.  Toute personne ayant connu ce sentiment, se souvient de l’angoisse de l’attente, des papillons dans le ventre au premier rendez-vous, de la joie de l’accomplissement, de la douleur infinie de la séparation. Murielle Magellan nous raconte son histoire d’amour sans étalage, sans voyeurisme. Une grande honnêteté se dégage de ce texte.

Une seule chose m’a gênée dans ma lecture, ce sont les extraits tirées des journaux intimes de Murielle Magellan qui ponctuent le texte. Elle semble vouloir nous prouver que ce qu’elle écrit aujourd’hui correspond bien à ce qu’elle pensait à l’époque. Ces passages me semblent redondants par rapport au texte principal. Et sa sincérité ne me parait pas avoir besoin d’être renforcée, elle est évidente dès les premières lignes.

Malgré ce petit bémol, « N’oublie pas les oiseaux » est un texte prenant, un hymne à la gloire d’un amour fou, un portrait magnifique et sensible de l’homme slave.

Mon nom est Dieu de Pia Petersen

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Morgane est une jeune journaliste vivant à Los Angeles. C’est lors d’une enquête sur Jansen, le fondateur d’une secte, qu’elle fait la connaissance de Dieu. Ou du moins d’un SDF grincheux qui dit être Dieu. Ce dernier souhaite que Morgane écrive ses mémoires pour que les hommes puissent l’aimer à nouveau. Profondément athée, Morgane se laisse néanmoins captiver par cet homme allant jusqu’à le loger chez elle et lui proposer d’être son assistant. « Morgane aimerait qu’il arrête de parler pour qu’elle puisse penser. L’homme qui s’appelle Dieu l’intrigue, l’attire, elle a envie d’aller vers lui et en même temps elle veut qu’il s’en aille, elle a envie de lui dire de s’en aller le plus loin possible mais il semble si sûr de lui, comme s’il en savait plus long que quiconque sur toute chose et ça la fascine et la dérange. » Mais bientôt, elle s’interroge sur l’identité de cet homme. Des faits très étranges se produisent autour de lui : des ombres inquiétantes apparaissent lorsqu’il se met en colère, la mer s’ouvre autour de lui et une lumière blanche et intense apparait quand on le prend en photo. Morgane n’est pas la seule à remarquer les dons de celui qui se fait appeler Dieu, Jansen s’y intéresse de près et il se voit déjà l’utiliser comme emblème pour son église.

On retrouve dans « Mon nom est Dieu » la formation philosophique de Pia Petersen. Dans la tradition des écrits de Voltaire, elle interroge notre rapport à la religion sous la forme d’une fable. Ici Dieu s’inscrit dans le quotidien de Los Angeles, il porte des tongs, boit de la bière et aime se faire draguer par de belles femmes. Mais s’il est revenu sur terre, c’est surtout pour essayer de comprendre sa création. Les hommes le détestent, lui en veulent pour tous leurs malheurs et Dieu veut réhabiliter son image. Il pense avoir laissé trop de liberté à l’homme : « Il dit d’un ton maussade qu’il est trop démocrate, voilà tout. S’il n’avait pas donné le libre-arbitre aux hommes, il n’en serait pas là. On lui en veut. Pour se venger, on le rebaptise, on dispense des interprétations farfelues de ce qu’il est censé avoir dicté et là encore, c’est à cause de sa gentillesse. » Les différentes églises tentent de récupérer Dieu dont le discours pourrait remettre en cause leurs règles, leurs diktats. Il se sent plus aimé par la secte de Jansen mais il se rendra compte qu’il ne s’agit que de l’exploiter, de l’utiliser pour embrigader plus de fidèles. L’idée de Dieu défendue par Pia Petersen est intéressante puisque son personnage remonte aux mythologies antiques. Dieu s’appelait, avant, Zeus et il aimait les histoires qui se racontaient sur lui. Le Dieu du livre aime la vie, l’amour et est tolérant. Un message qui est clairement dévoyé par les différentes églises.

« Mon nom est Dieu » questionne le besoin d’un esprit transcendant, d’une hiérarchie supérieure chez l’homme d’autant plus crucial en ces temps troublés. Pia Petersen dénonce les intermédiaires (religion ou secte) qui transforment le message de Dieu en obligations et en contraintes. Elle met surtout en avant ce qui pour elle doit rester le plus important : la liberté de vivre et de penser. Liberté qui est de nouveau portée par une écrivaine comme dans « Instinct primaire ». Une fable drôle et pertinente.

14 de Jean Echenoz

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C’est en ce début d’août, pendant qu’Anthime se baladait à vélo dans la campagne vendéenne, que le tocsin retentit. Anthime et ses copains sont tout de suite mobilisés. Le méprisant Charles pense que la guerre ne durera que quelques jours. Sur le quai de la gare, sa fiancée Blanche vient l’embrasser tout en jetant un regard inquiet vers Anthime. La guerre bien sûr ne durera pas que quelques semaines. Et pendant que le bien nanti Charles sera exempté du front, Anthime et ses copains connaîtront l’horreur des tranchées.

Je ne vous ai que peu parlé de mon immense admiration pour le travail de Jean Echenoz qui n’a pas été déçue par la lecture de « 14 ». La sortie de ce nouveau roman me permet de corriger cela. En cette année de célébration du centenaire de la Grande Guerre, il est bien évident que Jean Echenoz n’apportera pas ce que Céline, Henri Barbusse ou Maurice Genevoix nous ont déjà donné. Leur expérience en tant qu’acteurs de cette guerre est irremplaçable. « 14 » n’a d’ailleurs pas comme but de nous la raconter, Echenoz le dit d’ailleurs dans son roman. Il se contentera de passages brefs mais néanmoins forts sur les conditions de vie des soldats. « On s’accroche à son fusil, à son couteau dont le métal oxydé, terni, bruni par les gaz ne luit plus qu’à peine sous l’éclat gelé des fusées éclairantes, dans l’air empesté par les chevaux décomposés, la putréfaction des hommes tombés puis, du côté de ceux qui tiennent encore à peu près droit dans la boue, l’odeur de leur pisse et de leur merde et de leur sueur, de leur crasse et de leur vomi, sans parler de cet effluve envahissant de rance, de moisi, de vieux, alors qu’on est en principe à l’air libre sur le front. »

Ce qui intéresse Jean Echenoz, ce sont les conséquences de la guerre sur les destins de ses personnages. Que va-t-il advenir d’Anthime et de ses copains ? Comment leur participation à ce carnage organisé va influer sur le cours de leurs vies ? Et Jean Echenoz exploite toutes les possibilités : ceux qui reviennent, ceux qui désertent, ceux qui meurent dans le cloaque des tranchées, ceux qui rejoignent les rangs des gueules cassées. Anthime et ses copains forment un échantillon de cette génération sacrifiée sur l’autel de la nation. Et c’est toujours avec une langue admirable de précision et de laconisme que Jean Echenoz nous raconte cette histoire. Une langue extrêmement travaillée, allant vers l’épure mais qui arrive toujours à dire l’essentiel d’un personnage, d’une situation, d’un paysage.

« 14 » démontre une nouvelle fois la perfection de l’écriture de Jean Echenoz et son formidable talent de conteur.