Le chapeau de M. Briggs de Kate Colquhoun

Le 9 juillet 1864, un évènement fait basculer la tranquillité du royaume de la reine Victoria. En ce fameux été pestilentiel, le chef de gare Benjamin Ames fit une découverte macabre : un compartiment de 1ère classe de la North Londaon Railway est tâché de sang. A l’intérieur, il découvre également un sac de cuir, un chapeau et une canne à lourd pommeau maculé de sang. Après des recherches, le corps d’un homme est trouvé sur les voies. L’homme est sévèrement blessé à la tête et décèdera quelques heures plus tard. Les objets retrouvés dans la compartiment permettent d’identifier la victime, il s’agit de Thomas Briggs, employé de banque à la City. Un homme respectable, très probablement assassiné dans un train, voilà une affaire épineuse qui nécessite une résolution rapide pour calmer les esprits. Les enquêteurs de Scotland Yard ont un point de départ : le chapeau découvert dans le wagon n’est pas celui de M. Briggs. Tout le mystère réside dans cet objet : à qui appartient-il et où se trouve le chapeau de M. Briggs ?

L’historienne Kate Colquhoun s’est emparé de manière magistrale de ce fait divers qui en dit long sur l’époque victorienne. « La mort de Thomas Briggs signifiait que, pour la première fois depuis l’invention du chemin de fer, un meurtre avait eu lieu à bord d’un train anglais. » Le train est l’une des inventions majeures du XIXème siècle et on sait à quel point l’Angleterre y a passionnément adhéré. Il réduit les distances, le transport de marchandises, permet les loisirs et le développement des affaires. Des romanciers comme Charles Dickens en font l’apologie. Mais le train défigure les paysages (c’est une des peurs des habitantes de Cranford dans l’adaptation BBC) et les accidents frappent les esprits (Dickens ne se remettra jamais de son terrible accident à Stappelhurst). L’image du train est déjà fragilisée et le meurtre du banquier va augmenter l’angoisse des Anglais. La sécurité de ce moyen de transport est remis en doute. La rapidité, la brutalité de l’agression stupéfient mais pire que tout : personne n’a rien vu ou entendu. La méfiance s’installe.

Et ce sont des inspecteurs modernes qui sont chargés de enquête. Depuis 1842, existent les premiers détectives. « Encouragée par l’adulation que leur vouaient des auteurs comme Dickens, l’Angleterre s’était largement laissé convaincre de l’intelligence supérieure de ces inspecteurs en civil, perspicaces et obstinés. » De nouvelles techniques se mettent en place. Les faits sont étudiés de manière logique et méthodique. Par exemple, les échantillons de sang sont testés et l’on peut déterminer s’il est d’origine humaine ou non. Ce sont les balbutiements de la police scientifique et on constate d’ailleurs que les résultats priment totalement sur les faits.

L’affaire du meurtre de M. Briggs déchaîne l’opinion publique pour deux raisons. Tout d’abord l’engouement des romans à sensation. Les œuvres de Wilkie Collins et Mary Elizabeth Braddon connaissent un succès fou. Les Anglais aiment se faire peur d’autant plus que leurs livres se terminent toujours par la résolution du mystère et l’arrestation du meurtrier. Le cadre de cette littérature est, comme dans le cas de l’assassinat de la North London Railway, la haute société. Le crime sort littéralement du cadre des romans. La deuxième raison qui a rendu ce fait divers si connu, est le développement de la presse à scandale. Les journalistes s’emparent de l’évènement. Les faits sont analysés, décortiqués quotidiennement de manière pléthorique. Aucun détail morbide n’est épargné et le principal suspect est jugé coupable à la une de tous les journaux bien avant le véritable jugement. Le sensationnel l’emporte rapidement sur la véracité des faits. Ces journaux peu scrupuleux déchaînent la haine de l’opinion publique contre le pauvre suspect qui n’avait dès lors plus aucune chance.

« Le chapeau de M. Briggs » est un livre passionnant et haletant de bout en bout. Ce fait divers illustre parfaitement les évolutions engendrées par le progrès galopant et les peurs inhérentes à celui-ci. Kate Colquhoun nous éclaire intelligemment sur l’époque victorienne et l’incroyable retentissement de ce fait divers.

Home de Toni Morrison

Frank Money revient de la guerre de Corée. Il s’installe à Chicago où il tente d’oublier le traumatisme de la guerre. Il y a laissé deux de ses amis d’enfance. Il rencontre Lily qui travaille dans une blanchisserie, Frank voudrait construire une relation avec elle. Les cauchemars des champs de bataille le réveillent toujours la nuit. Un jour, il reçoit un message lui demandant de retourner dans le Sud, sa petite sœur Cee serait en danger de mort. Frank quitte donc Chicago pour rejoindre sa sœur et la ramener à Lotus en Georgie, leur ville natale.

Cette rentrée littéraire m’a permis de découvrir enfin la grande romancière américaine Toni Morrison. Nos chemins ne s’étaient jusque là pas croisés mais je pense que « Home » est une bonne introduction à son œuvre. La construction de ce court roman est très travaillée et nous laisse entendre plusieurs voix. Régulièrement au fil du roman, nous entendons Frank s’exprimer à la première personne. Ces passages en italique nous laissent deviner que Frank raconte sa vie à quelqu’un chargé de la retranscrire. Ils nous permettent de découvrir plus profondément la psychologie de Frank et les horreurs vécues durant la guerre. La narration à la troisième personne est donc la retranscription du témoignage, il semble l’enjoliver (notamment à propos de l’histoire terrible d’une jeune coréenne). Néanmoins le récit n’est pas uniquement celui de la vie de Frank, s’y mêlent également les voix de Lily, de Leonore la grand-mère de Frank et de Cee. Une multitude de destinées qui enrichit le roman.

Le thème central est bien évidemment la ségrégation. Le voyage de Frank allant de  Chicago au Sud est un témoignage des humiliations subies par les noirs. Frank doit toujours faire profil bas, se mettre à l’arrière des bus, dans des compartiments spéciaux dans les trains. Mais Toni Morrison souligne également l’incroyable solidarité qui existe entre noirs. Un guide a été écrit pour aider les noirs à voyager à travers les États-Unis : « Guide de voyage à l’usage des noirs » édité de 1936 à 1964. Frank y trouve des noms, des adresses où demander de l’aide. Malgré cela, il est frappant de constater la résignation totale de Frank, il n’y a pas une once de rébellion en lui. L’enrôlement des noirs dans l’armée avait fait espérer un changement, une égalité de traitement. Mais les noirs ont servi de chair à canon aux blancs qui les exposaient en première ligne. Dans le roman de Toni Morrison, ce sont les femmes qui sont fortes et veulent faire évoluer leur vie. Lily veut devenir couturière à son compte. Leonore,  la grand-mère sans cœur et brutale, dirige sa famille et contrôle les finances. La fragile Cee finit par être plus déterminée, plus volontaire. Elle veut conquérir son indépendance et le plus compliqué sera de le faire admettre à Frank, lui dont le reste d’humanité réside dans son amour pour sa sœur.

Avec une écriture concise et extrêmement poétique, Toni Morrison parle de ce qui lui tient le plus à cœur : la ségrégation aux États-Unis. Un roman d’une grande justesse qui me donne envie de découvrir le reste de son œuvre.

Lu dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire de Price Minister, note : 16/20.

Frankenweenie de Tim Burton

Le jeune Victor Frankenstein est bouleversé après la mort de son chien Sparky, renversé par une voiture. Incapable de se remettre de cette disparition, il a l’idée folle de faire revivre son chien. Féru de science, Victor met en place une machinerie infernale qui redonne vie à Sparky. Son secret sera malheureusement rapidement mis à jour et crée des envieux. D’autres, beaucoup moins bien intentionnés, voudraient tenter de ramener les morts à la vie.

Tim Burton reprend là l’un de ses tous premiers courts-métrages réalisé en1984. Cette fois, le réalisateur choisit de raconter l’histoire de Victor et Sparky à l’aide de petites marionnettes comme dans « L’étrange Noël de Mr Jack » ou « Les noces funèbres ». Cette veine lui a toujours particulièrement réussi, je trouve que c’est dans ce cadre que s’exprime au mieux son univers gothique.

Tim Burton effectue un retour aux sources de son inspiration avec « Frankenweenie », à savoir les films d’horreur d’Universal et de la Hammer. Il reprend le noir et blanc très contrasté de ces films, à la limite de l’expressionnisme. Plusieurs clins d’œil à ces deux grandes maisons de production sont visibles. Les parents de Victor regardent à la télévision « Dracula » avec Christopher Lee et la chienne d’Elsa (la voisine de Victor) se retrouve, après avoir été touchée par la foudre, avec la coiffure de la fiancée de Frankenstein !

« Frankenweenie » m’a beaucoup fait penser à « Edward aux mains d’argent ». L’histoire se passe dans une banlieue américaine où toutes les maisons se ressemblent et où tout se sait rapidement. Comme Edward, Sparky devient une créature étrange et inquiétante pour le voisinage. Sa différence est immédiatement rejetée et un lynchage sera organisé par les voisins de Victor pour se débarrasser de l’intrus. Je trouve également que le professeur de science de Victor (qui a la voix de Martin Landau, encore un acteur Burtonien) ressemble beaucoup à Vincent Price qui était le créateur de Edward. La voisine de Victor a quant à elle la voix de Winona Ryder, la fiancée d’Edward.

Comme dans « Edward aux mains d’argent », Tim Burton glisse des pointes d’humour dans la noirceur ambiante. Il y a déjà la galerie pittoresque et étrange des camarades de classe, de vrais freaks ! Et les trouvailles à la résurrection de Sparky sont très amusantes comme sa queue qui se détache quand il la remue ou l’eau qui sort de ses coutures lorsqu’il boit.

J’ai donc été enchantée de retrouver la meilleure veine de Tim Burton dans ce conte gothique pour enfants.

La fabrique des illusions de Jonathan Dee

Molly Howe grandit dans la petite ville d’Ulster, dans l’État de New York. Ville née uniquement grâce à l’arrivée d’IBM dans les années 1960-70 et qui s’avèrera aussi fragile qu’une coquille vide. C’est dans ce décor au bord du déclin que s’installe la famille Howe et qui sera comme une illustration de Ulster : une mère dépressive, un père jouant les hommes heureux à tout prix, un fils qui deviendra gourou et Molly, insaisissable et distante.

A dix ans de là, à New York, John Wheelwright travaille dans une agence de publicité après avoir fait des études d’histoire de l’art. Malgré son succès, John est un peu insatisfait de l’univers de la pub. Il se fait alors remarquer par l’un des fondateurs de l’agence où il travaille : Mal Osbourne. Ce dernier a une vision singulière de la pub : « Le langage de la publicité est le langage de la vie américaine : de l’art américain, de la politique américaine, des médias américains, de la loi américaine, des entreprises américaines. En changeant ce langage, par voie de conséquence, nous changerons le monde. » Osbourne décide de créer une communauté d’artistes à Charlottesville pour réinventer la pub et John décide le suivre.

Ce deuxième roman de Jonathan Dee traduit en français fait montre des mêmes qualités et défauts que « Les privilèges ». La construction du livre est encore une fois brillante. La première partie alterne les vies de Molly et de John sans rapport apparent et à des époques différentes. L’alternance s’accélère petit à petit pour en arriver à leur rencontre. La deuxième partie est le journal de John à Charlottesville. La dernière reprend la voix d’un narrateur neutre pour clôturer le roman. Ces choix apportent beaucoup de rythme au livre et Jonathan Dee est passé maître dans l’art d’alterner les points de vue.

« La fabrique des illusions » est une critique du monde des images et de la pub en particulier à travers la colonie d’Osbourne. Le personnage fait bien entendu penser à Oliviero Toscani (le créateur des campagnes de Benetton qui avait fait beaucoup de bruit à l’époque). Il veut changer le monde mais sa démarche finit par être cynique. Remplacer la pub par des œuvres d’art dévalorise le travail intellectuel des artistes et annihile tout message subversif porté par l’art. Le consumérisme galopant n’en est en rien modifié, la pub a au moins l’honnêteté  de son objectif. Elle ne peut utiliser le langage subtil et intelligent des artistes. Dans cet univers voué au désastre, se retrouvent Molly et John. Deux personnages extrêmement intéressants et décortiqués sous la plume de Jonathan Dee. Molly semble ne faire que passer, instable et indifférente, elle est dans l’incapacité d’aimer. John est notre Candide, plein d’illusions, d’envies, il ira de déception en catastrophes. Serait-il à l’image du rêve américain ?

Malgré sa brillante construction et sa fine analyse sociétale, je suis restée un peu extérieure au roman. Comme pour « Les privilèges », Jonathan Dee regarde son monde avec beaucoup de distance et laisse peu de place à son lecteur. J’aurais aimé ressentir de l’empathie ou de l’antipathie pour les personnages, me sentir plus impliquée dans leur histoire.

« La fabrique des illusions » nous montre encore une fois le grand talent de Jonathan Dee, auteur brillant et lucide sur notre époque. S’il laisse un peu plus son lecteur rentrer dans son monde, ce sera grandiose. J’attends donc la suite.

Merci à Babelio et Masse Critique pour cette lecture.

tous les livres sur Babelio.com

Résultats des concours

Pour bien commencer la semaine, voici les résultats des différents concours que j’ai lancés sur mon blog.

Les gagnants de « Cranford » sont …. roulements de tambours !

-George

-Romanza

-Lilly

-Touloulou

-Les cartons d’Emma

Les gagnants « Des confessions de Mr Harrison » sont :

-Miss Léo

-Maggie

-Mrs Figg

-Jo

-Keisha

Il me manque seulement les adresses de Romanza, Touloulou et Mrs Figg. Vous pouvez me les transmettre à l’adresse suivante : cranfordharrison@yahoo.fr

Et la gagnante de « Corniche Kennedy » est Yolande.

Bravo et merci pour vos participations, merci aux éditions Points et Folio.

Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal

La corniche Kennedy à Marseille est une portion de terre coincée entre la mer et le route. Un petit bout de terrain qui attire les adolescents dès que le soleil et la chaleur se font sentir : « On sait qu’ils vont venir quand le printemps est mûr, tendu, juin donc, juin cru et aérien, pas encore les vacances mais le collège qui s’efface, progressivement surexposé à la lumière, et l’après-midi qui dure, dure, qui mange le soir, propulse tout droit au cœur de la nuit noire. Chaque jour il y en a. Les premiers apparaissent aux heures creuses de l’après-midi, puis c’est le gros de la troupe, après la fin des cours. Ils surgissent par trois, par quatre, par petits groupes, bientôt sont une vingtaine qui soudain forment bande, occupent un périmètre, quelques rochers, un bout de rivage, et viennent prendre leur place parmi les autres bandes établies çà et là sur toute la corniche. » Parmi ces bandes, il y a celle d’Eddy. Ce sont des habitués de la Plate et des sauts vertigineux depuis celle-ci. Ils les appellent les Just do it ou les Face-to-face pour les plus risqués, un moyen comme un autre de rompre l’ennui. Mais l’imprudence de ces jeunes gens dérange la municipalité qui craint l’accident. Le chef de la sécurité du littoral, Sylvestre Opéra, surveille la corniche depuis son bureau. L’été bat son plein, les sauts depuis la Plate se multiplient et le drame se rapproche.

Ce petit roman de Maylis de Kerangal est une réussite. L’auteur a su parfaitement retranscrire l’adolescence et ce moment particulier des vacances d’été. On sent le soleil frapper ces corps juvéniles, l’eau dégouliner sur eux. L’adolescence c’est à la fois la défiance et l’arrogance. Eddy et sa bande se méfient de cette Suzanne qui vient des quartiers riches et veut se mélanger à eux. Il faudra qu’elle prouve sa valeur en sautant comme les autres du haut de la corniche. La bande a ses codes, ses rituels. Les adolescents paradent, s’exhibent devant la police et vont même jusqu’à la défier. C’est l’âge du frisson, de l’insolence.

Malgré la taille du roman, Maylis de Kerangal arrive à donner de l’épaisseur, de la chair à ses personnages. C’est le cas de Sylvestre Opéra qui est pétri de mélancolie, de regrets et de failles. Quand sa route croise celle de la bande  d’Eddy, le rythme du roman s’accélère. L’écriture de l’auteur nous entraîne, crée un véritable suspense. L’ambiance de Marseille est rendue par des dialogues gouailleurs intégrés au récit, à la langue imagée et poétique de l’auteur.

« Corniche Kennedy » est un beau roman sur l’adolescence rendue par une écriture maîtrisée et rythmée.

Pour vous faire partager le Prix Campus des éditions Folio, je vous propose d’en gagner un exemplaire en répondant à la question suivante :

Quel prix Maylis de Kerangal a-t-elle gagné en 2010 et pour quel roman ?

Vous pouvez m’envoyer vos réponses à cette adresse : leprixcampus@yahoo.fr

Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

En 1919, un bateau transportant des femmes japonaises fait route vers les États-Unis. Ces femmes quittent leur pays pour se marier, pour un avenir meilleur ou pour aider leurs familles. La plupart n’ont jamais quitté leur pays, leur province. Elles n’ont pas choisi leur futur mari, elles ont juste correspondu avec lui et reçu une photo. Le temps sur le bateau se partage entre angoisse et excitation. La traversée est longue et fatigante. Et l’arrivée à San Francisco est des plus décevantes : « Sur le bateau nous ne pouvions imaginer qu’en voyant notre mari pour la première fois, nous n’aurions aucune idée de qui il était. Que ces hommes massés aux casquettes en tricot, aux manteaux noirs miteux, qui nous attendaient sur le quai, ne ressemblaient en rien aux beaux jeunes gens des photographies. Que les portraits envoyés dans les enveloppes dataient de vingt ans. Que les lettres qu’ils nous avaient adressées avaient été rédigées par d’autres, des professionnels à la belle écriture dont le métier consistait à raconter des mensonges pour ravir le cœur. »  Premiers mensonges, premières désillusions, un début bien triste pour leur nouvelle vie américaine.

Lors du Festival America, j’ai eu l’occasion d’entendre parler Julie Otsuka et j’ai tout de suite été intriguée par son roman. L’auteur a choisi une forme originale en employant la première personne du pluriel pour raconter l’histoire de ces femmes japonaises. L’emploi du « nous » est un véritable tour de force, Julie Otsuka réussissant ainsi à englober de multiples voix, de multiples destinées. En seulement 142 pages, toutes ces vies nous sont exposées à travers différents moments comme la première nuit, les naissances ou les enfants. Chacune de ces étapes fait l’objet d’un chapitre.

Ces femmes ne connaissent que les épreuves, le travail, le regard malveillant des blancs. Leurs vies sont un combat continuel pour se faire accepter, se faire comprendre et apprécier. Leurs rêves sont étouffés, leurs espoirs vains. Et lorsqu’elles se sont un peu intégrées, la guerre éclate. Le Japonais devient l’ennemi, le traître qu’il faut bannir. La vie de ces femmes japonaises se transforme en cauchemar. Le soupçon pousse les Américains à les chasser, les parquer dans des camps. Les Japonais disparaissent des villes américaines.

Le drame de ces femmes est porté par une écriture incantatoire, Julie Otsuka choisissant de répéter ses débuts de phrases. Ce procédé transforme la narration en litanie et donne toute sa force aux témoignages des personnages. Leurs voix perdues dans l’oubli de l’Histoire nous arrivent aujourd’hui grâce au formidable talent de Julie Otsuka. Ces destins touchants résonneront longtemps dans les têtes de ceux qui ouvriront ce livre.

Un grand merci à Bénédicte et aux éditions Phébus pour cette découverte.

Les confessions de Mr Harrison et Cranford : jeu concours

Les éditions Points ont la bonne idée de continuer à sortir en poche les ouvrages de ma chère Elizabeth Gaskell. Après « Nord et sud », sont réédités « Cranford » et « Les confessions de Mr Harrison » que j’avais beaucoup appréciés.

Pour célébrer cette année hautement gaskellienne (en début d’année, les éditions Fayard avaient édité « Les amoureux de Sylvia » et les éditions de L’Herne « Ma cousine Phillis ») et le déménagement de mon blog, je vous propose en collaboration avec les éditions Points un jeu concours pour gagner l’un de ces deux livres.

Ce jeu est ouvert aux personnes ayant déjà laissé un commentaire sur mon blog et vous devrez répondre à l’une des deux questions suivantes en fonction du livre que vous souhaitez gagner.

Pour « Les confessions de Mr Harrison » : – Où exerce notre jeune médecin ?

Pour « Cranford » : – A quelle date et dans quelle revue a été publié « Cranford » ?

Vous devrez m’envoyer votre réponse à l’adresse suivante : cranfordharrison@yahoo.fr

Il y a cinq exemplaires de chacun des deux livres à gagner et vous avez jusqu’au 1er novembre pour jouer.

Bonne chance à tous et un grand merci à Jérôme des éditions Points !

Allmen et les libellules de Martin Suter

Johann Friedrich von Allmen a hérité de la fortune de son père, entrepreneur agricole qui fit des millions grâce à son sens aigu des finances. Malheureusement, avant de décéder subitement, Kurt von Allmen avait oublié d’inculquer son talent pour les affaires à son fils. Johann Friedrich von Allmen était alors un étudiant international doué pour les langues et la vie dispendieuse. Arrivé à la quarantaine, Allmen a réussi à dilapider son capital. Mais il ne saurait abandonner son luxueux train de vie, il y a des limites qu’un homme ne saurait supporter et il décida de se séparer du superflu : villas, objets d’art et moins de voyages à l’étranger. Réduit à vivre dans la maison de son ancien jardinier, le laconique mais toujours serviable Carlos, Allmen se voit dans l’obligation de trouver un autre moyen de gagner de l’argent une fois sa collection épuisée. C’est ainsi qu’Allmen commence à voler des œuvres d’art, des antiquités, ce qui lui permet de garder son piano, son abonnement à l’opéra et ses cocktails dans les grands établissements suisses. Mais cela n’est plus suffisant puisque l’un de ses créanciers devient menaçant. C’est là que Allmen croise sur son chemin une coupe Gallé ornée d’une libellule.

Dans la famille des gentlemen cambrioleurs, je demande le suisse Johann Friedrich von Allmen. Je suis tombée sous le charme de ce dilettante raffiné. Quel beau personnage Martin Suter a inventé ! Comment résister à Allmen qui aime faire la sieste l’après-midi, non pas pour se reposer, mais pour avoir le plaisir de ne rien faire pendant que les autres s’agitent au-dehors. Et dont la passion principale est la lecture : « Allmen était un toxicomane de la lecture. Cela avait commencé dès ses premiers pas dans le livre. Il avait rapidement constaté que lire était la manière la plus simple, la plus efficace et la plus belle d’échapper à son environnement. » Ces aventures au milieu des coupes Art Nouveau est un véritable délice. Comme tout ce qu’il fait, Allmen pratique le vol en dilettante mais cette affaire va mettre à profit son intelligence et son sang-froid.  Il  s’y montre fin tacticien et s’ouvrent à lui de lucratives perspectives.

Ce premier volet des péripéties d’Allmen est parfaitement réussi. Le personnage de Martin Suter est élégant, distingué et séduisant. Un régal de petit livre qui donne envie de retrouver Allmen au plus vite et cela tombe bien puisque « Allmen et le diamant rose » est sorti il y a quelques mois.

Un grand merci aux éditions Points et à Jérôme pour cette découverte.

Un hiver en Russie

L’hiver arrive lentement mais sûrement avec ses températures basses, ses écharpes, ses gants, ses bottes fourrées et ses flocons de neige. Tout cela donne bien envie de rester au chaud dans son isba en lisant pendant que le samovar chauffe.

Pour vous accompagner durant votre hibernation (du 21 décembre au 21 mars), ma copine Cryssilda et moi-même vous proposons de partir en Russie avec Tolstoï, Dostoïevski, Gogol, Pouchkine, Tchekov, Gontcharov, Tourgueniev, Lermontov, Pasternak, Kourkov, Oulitskaïa, Boulgakov, etc…Vous avez donc trois mois pour découvrir ou approfondir avec nous vos connaissances sur la littérature russe.

Nous vous proposons quelques lectures communes dont les dates vous serons communiquées ultérieurement :

  • Un héros de notre temps de Lermontov
  • L’idiot de Dostoïevski
  • Les cosaques de Tolstoï le 31 janvier 2013

Alors enfilez une chapka, grimpez sur un traîneau et rejoignez-nous !