Challenge Prix Campus

 Les éditions Folio ont organisé cette année le Prix Campus qui s’adresse aux jeunes lecteurs de 15 à 25 ans. Une liste de 40 livres a été établie par un jury de libraires, blogueurs, journalistes et en présence de Carole Martinez, marraine du prix.  Vous trouverez la liste des ouvrages choisis à la fin de mon billet. Les jeunes doivent voter pour leur livre préféré jusqu’au 1er décembre, l’un d’eux sera tiré au sort pour gagner un séjour à New York. Le Prix Campus sera décernée en janvier 2013.

Regrettant de ne pas participer à ce prix en raison de mon âge canonique, je vais néanmoins lire certains titres en compagnie de Cryssilda et de Lou (toute hypothèse de votre part sur l’âge de ces deux blogueuses est indépendante de ma volonté…). Et nous vous proposons de vous joindre à nous dans ce petit challenge qui durera jusqu’au 31 décembre.  Point de nombre de livres imposé, la seule règle est de choisir parmi la liste ci-dessous. Et si vous nous suivez, vous aurez peut-être le plaisir de gagner des livres grâce à des jeux-concours. (Je dis peut-être afin de  vous allécher et de vous obliger à venir sur nos blogs durant les prochains mois  !!!)

La liste de livres propose des ouvrages, des auteurs très variés et de grande qualité. Vous y trouverez forcément votre bonheur, alors n’hésitez à participer et à valoriser ce prix qui incite les jeunes à la lecture.

 

Mon pire ennemi est sous mon chapeau de Laurent Bénégui

Laurent Minkowski est à une période de sa vie où son karma n’est pas au mieux de sa forme. La quarantaine ne lui réussit pas. Chercheur en génétique, il vient d’être licencié de son laboratoire et il découvre rapidement que le secteur est bouché. Laurent commence sérieusement à s’angoisser malgré ses qualifications professionnelles et comme il le dit : « Il y avait à peu près autant de chances de trouver un job intéressant en venant à Pôle Emploi que de trouver une perle dans une moule. » Pour couronner la situation, son médecin vient de lui trouver un problème d’hypertension artérielle. Laurent panique, tout ça à cause de Juliette sa compagne de vingt ans sa cadette. Il veut paraître fort, invincible devant elle et ne veut rien lui avouer de ses problèmes de santé ou de boulot. Et Laurent se met à faire absolument n’importe quoi en commençant par le vol d’un écran plat dans un camion Darty. La pente de la délinquance est difficile à remonter et notre héros a mis le doigt dans l’engrenage sans s’en apercevoir. Il se met ensuite au trafic de vélib ce qui le mènera au cambriolage d’un appartement du 18ème arrondissement.  C’est là que les choses se corsent pour Laurent. Dans ledit appartement, il découvre un couple abattu et un bébé presque mort de froid. La cavalcade et les  imbroglios ne font que commencer.

Je ne connaissais pas Laurent Bénégui avant d’ouvrir « Mon pire ennemi est sous mon chapeau » mais je me suis délectée de son imagination et surtout de son humour. L’auteur plonge son généticien dans une situation totalement abracadabrante et voit comment il peut s’en sortir. Un peu comme un scientifique réalisant une expérience. Ainsi Laurent Minkowski se retrouve-t-il mêlé aux affaires de l’ennemi public n°1 : Hassan Cherkaoui dit l’Albinos, particularisme génétique aussi étonnant que les aventures rocambolesques de notre héros ! Cet Albinos est un dangereux et violent truand qui a une passion pour Julien Lepers et « Questions pour un champion » ! Ce détail faisant sans doute de lui le plus grand psychopathe de tous les temps…

Outre son talent à créer des intrigues farfelues, Laurent Bénégui a surtout un humour et un sens de la formule irrésistibles. Deux exemples pour vous mettre en appétit : « Et si je commençais une psychanalyse ?  Il paraît qu’après dix ou quinze ans de divan certains parvenaient à choisir le calendrier des éboueurs sans hésiter entre la photo du chaton et celle du chiot. » « J’étais passé du trafic de bicyclette à la scène crime en moins de 24 heures. A ce rythme on allait me retrouver mêlé à la pose d’une bombe sale dans le métro d’ici la fin de la semaine. »

J’ai donc passé un moment désopilant en compagnie de Laurent Minkowski, généticien immature qui a l’art de se mettre dans le pire des pétrins en un temps record !

Merci à Christelle et aux éditions Julliard pour ce moment de franche rigolade !

Le confident de Hélène Grémillon

Camille est éditrice à Paris et elle vient de perdre sa mère dans un accident de voiture. Parmi les nombreuses lettres de condoléances, elle découvre un courrier sans signature qui ne semble pas lui être destiné. Un certain Louis y parle de son enfance et de sa rencontre avec une Annie. Ne connaissant ni de Louis ni d’Annie, Camille imagine qu’il s’agit d’une erreur de destinataire. Mais les lettres de Louis continuent à arriver tous les mardis. Il poursuit sa narration et raconte la vie d’Annie. Celle dont il est tout de suite tombé amoureux, celle qui s’éloigna au profit d’une femme bourgeoise venue s’installer au village. Camille, agacée, finit par penser qu’il s’agit d’un écrivain essayant de capter son attention. Mais personne ne se manifeste et Camille comprend de manière indicible qu’elle est concernée par l’histoire d’Annie. Quels terribles secrets vont être révélés à Camille ? 

L’histoire de Louis et Annie se déroule durant la Seconde Guerre Mondiale. Hélène Grémillon allie parfaitement l’histoire intime et le déroulement de la guerre. Celle-ci n’est pas juste un arrière-fond, un prétexte, elle influe sur le destin des personnages. La guerre sépare, coupe les communications, brise des vies sans que pour cela les personnages principaux soient engagés fortement dans un camp ou un autre. Il faut dire que le drame se noue essentiellement autour des deux femmes : la belle et fraîche Annie et Madame M., femme déprimée ayant besoin de compagnie : « Annie, d’une nature sauvage, semblait avoir trouvé en cette jeune femme la personne qu’on ne rencontre qu’une fois dans sa vie : celle qui peut remplacer toutes les autres. En prenant l’habitude de cette tasse de thé chez Madame M., Annie perdit ses autres habitudes, dont moi. Elle s’écarta de ma vie, ou plutôt, elle m’écarta de sa vie. Et ce, sans la moindre difficulté, ne me donnant aucune explication de son détachement. » La belle idée d’Hélène Grémillon c’est de multiplier les points de vue. On entend la voix de Louis, celle d’Annie, de Madame M. et de Camille. Chaque témoignage dévoile un pan de l’histoire, une parcelle de vérité. 

L’idée de départ du livre d’Hélène Grémillon, le secret de famille, est classique mais elle est bien amenée par la multiplicité des narrateurs et une fine psychologie des personnages. L’intrigue m’a accrochée et j’ai lu très rapidement ce premier roman de l’auteur.

Merci à Lise et aux éditions Folio.

 

En pause…

Pour raison de vacances en Écosse ! A très bientôt et je vous laisse sur une bonne nouvelle : en octobre-novembre les éditions Points nous gâtent avec « Cranford » et « Les confessions de Mr Harisson » de Elizabeth Gaskell.

 

L'hypocrite heureux de Max Beerbohm

« Parmi tous ceux qui s’amusent à la cour du Régent, nul ne posséda, dit-on, la moitié de la malfaisance de Lord George Hell. Je n’ennuierai pas mes petits lecteurs avec un long récit de sa grande vilenie. Mais il serait bon qu’ils sachent qu’il fut cupide, destructeur, et désobéissant. Je crains qu’il ne soit établi qu’il veilla souvent à Carlton House bien après l’heure du coucher afin de s’adonner au jeu, et qu’en général, il buvait et mangeait plus qu’il n’était bon pour lui. Son penchant pour le beau linge était tel qu’il avait l’habitude de se vêtir les jours de semaine aussi magnifiquement que les honnêtes gens le dimanche. Il avait 35 ans et il faisait l’immense chagrin de ses parents. » Nous voilà prévenus : Lord George Hell est un dandy peu fréquentable ! Il est déplaisant, tricheur et cela se voit sur son visage. Les enfants, qui le croisent, ont peur de lui et son nom est associé au croquemitaine dans les nurseries pour calmer les petits. Mais le mécréant est bientôt frappé par le destin. Celui-ci prend les traits de Cupidon et transperce le coeur du dédaigneux Lord George. Il est séduit par une petite danseuse de chez Garble, lieu de rendez-vous des débauchés de la haute société. Sa Seigneurie se jette aux pieds de la jeune femme qui prend peur en voyant son visage. Comment faire disparaître ce vil aspect pour que la danseuse tombe amoureuse ?

« L’hypocrite heureux » fut écrit en 1897 par Max Beerbohm et fut publié dans « The Yellow Book », revue artistique dirigée par Aubrey Beardsley. Oscar Wilde y publia également. Le court roman de Beerbohm est d’ailleurs un clin d’oeil au « Portrait de Dorian Gray ». L’auteur utilise l’idée du visage marqué par les vices du personnage. Celui de Lord George est effrayant car il n’est que méchanceté et défauts. Son nom Hell est significatif comme celui qu’il se choisira par la suite : Heaven. Comme dans le chef-d’oeuvre de Wilde, le bien et le mal s’affrontent. Max Beerbohm fait également appel au surnaturel. Dorian Gray faisait faire son portrait pour cacher sa vraie nature. Lord George porte un masque qui se fond à son visage, le masque de l’amoureux transi.

Mais le sous-titre du livre est essentiel : « Un conte de fées pour hommes fatigués. » Et c’est ce qui différencie l’histoire de Lord George de celle de Dorian Gray. Max Beerbohm a composé un conte moral, nous assistons à la rédemption d’un homme et non à sa perte. L’âme du dandy n’est pas totalement perdue et elle finit par déteindre sur le physique. Les hommes fatigués du sous-titre ont de quoi espérer à nouveau.

« L’hypocrite heureux » a l’élégance du dandy qu’était Max Beerbohm. L’humour, l’espoir insufflés par l’auteur m’ont enchantés. So witty !

 

La maison du Marais de Florence Warden

Violet Christie est une jeune femme de milieu modeste qui cherche une place d’institutrice. Manquant d’expérience en la matière, l’annonce qu’elle découvre dans le Times est inespérée. Une jeune institutrice est recherchée pour l’éducation d’une petite fille dans la propriété des Sureaux. Violet se précipite sur le poste. Son arrivée dans la maison de Mr et Mrs Rayner est quelque peu glaçante : « Un effroyable sentiment de solitude s’empara de moi. Mr Rayner, qui pendant le trajet s’était complètement absorbé dans la lecture de son courrier, était rentré dans la maison et m’avait tout simplement oubliée. La servante avait disparu avec ma dernière caisse ; au lieu de suivre cette femme, je restai à la même place, suivant des yeux le dogcart de Mr Reade, qui bientôt disparu, jusqu’à ce que je fusse tirée de ma rêverie par une voix rêche. » La pauvre Violet fait connaissance de l’étrange famille Rayner. La maîtresse de maison est totalement fantomatique, mutique et murée dans la mélancolie. Haidée, dont Violet a en charge l’éducation, déteste cordialement son père. Mona, la deuxième fille, est une sauvageonne qui passe son temps dans les marais environnants et est perpétuellement couverte de boue. Heureusement pour Violet, il y a Mr Rayner, séduisant musicien qui est dévoué à sa triste femme. Mais qu’a-t-il bien pu arrivé à ce couple ? Et pourquoi la servante nommée Sarah haît tel tant Violet ?

« La maison du marais » est un roman à suspense dans la veine de Mary Elizabeth Braddon. Florence Warden parvient à créer une ambiance inquiétante à souhait. Le cadre s’y prête naturellement. En raison des marais, la maison est très humide, malsaine et perpétuellement noyée dans le brouillard. La galerie de personnages est intéressante, notamment l’opposition de caractère entre Mr Rayner et sa femme, l’un est brillant et charmeur alors que l’autre est terne et apathique.

Mais l’intrigue m’a posé deux problèmes. Tout d’abord, la résolution du mystère est par trop évidente. On devine presque dès les premiers chapitres le canevas de l’histoire. Il est vrai que j’ai lu un certain nombre de romans du même type et les intrigues finissent par beaucoup se ressembler. Le deuxième problème c’est le personnage principal. Je suis plutôt tolérante avec les héroïnes victoriennes, oies blanches s’il en est. Mais Violet dépasse les limites de ma patience. Tant de naïveté est désespérant. D’ailleurs, à ce niveau, ce n’est plus de la naïveté mais de la bêtise.  Alors que les indices se multiplient, Violet ne voit rien, ne comprend rien à ce qui se passe autour d’elle. Mais rassurez-vous quant au destin de notre jeune péronnelle, elle trouvera quand même un mari !

« La maison du marais » est l’archétype des romans à suspense victoriens : un lieu inquiétant, des personnages mystérieux et une jeune femme innocente au cœur d’un complot. Pas déplaisant à condition de ne pas avoir abusé du genre auparavant !

Le mois de septembre sera américain

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Le formidable Festival America de Vincennes fête cette année ses 10 ans et j’ai donc eu l’idée d’accompagner cet évènement avec un mois américain en septembre. Je sais que le festival couvre une zone plus faste que les seuls États-Unis mais je vais me concentrer uniquement sur cette zone géographique. Déjà parce que je connais mal la littérature cubaine ou mexicaine et puis surtout parce que je raffole de la littérature américaine ! Je vous propose de nous concentrer sur des auteurs contemporains, pour une fois je vais laisser de côté le 19ème siècle !

Voici pour le moment mon programme de lecture, n’hésitez pas à vous joindre à moi pour des lectures communes (pour le moment je n’ai pas fixé de date précise, j’attends de voir si vous êtes tentés ou non !) :

-Rosemary’s baby de Ira Levin

-Limousines blanches et blonde platine de Dan Fante

-Les privilèges de Jonathan Dee

-La dernière séance de Larry McMurtry

-Le triomphe de l’oeuf de Sherwood Anderson

-Indignation de Philip Roth

-Stoner de John Williams

-Les règles du jeu de Amor Towles : le 20 septembre avec Cryssilda, Emma , Adalana et Miss Léo (no pressure at all !)


Valérie vous propose une LC de « Une prière pour Owen » de J. Irving le 6 septembre dans le cadre de son challenge consacré à l’auteur, n’hésitez pas vous joindre à elle.

Si vous êtes intéressés par une ou plusieurs lectures, n’hésitez pas me l’indiquer en commentaire. Sinon, je vous laisse entièrement libre de vos choix de lectures à partir du moment où l’auteur est un écrivain contemporain américain !!! Je vous proposerai également un jeu concours pour gagner des exemplaires de l’un des livres de ma liste, je ne vous dis pas lequel pour créer un peu de suspens (c’est Hitchcock qui déteint sur moi…). 

J’espère que vous serez nombreux à partager ma passion pour la littérature américaine et que comme moi, vous passerez un bel été en compagnie de ses grands auteurs.

Les participantes : Cryssilda, Miss Léo, Maggie, Eliza, Valérie, Adalana, Emma , Keisha, Céline, Somaja, Asphodèle, Natiora , Manu Sharon, Jérôme , Lou, Brize ,Les p’tits cartons d’Emma, Mrs Figg, Jeneen et Shelbylee.

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La mort s'invite à Pemberley de PD James

A Pemberley House, en ce vendredi 14 octobre 1803, se prépare un grand bal. Elizabeth Darcy et son époux ont décidé de remettre au goût  du jour le bal de Lady Anne, la mère de Fitzwilliam Darcy. Tous les habitants de la splendide demeure sont bien occupés par ce grand évènement qui doit avoir lieu le lendemain. Plusieurs membres de la famille sont déjà arrivés : Jane Bingley, la sœur d’Elizabeth, et son mari, ainsi que le colonel Fitzwilliam, cousin de Mr Darcy. Dans la soirée, une tempête se déchaîne : « La tempête qui faisait rage au-dehors ne contribuait guère à détendre l’atmosphère. Le vent s’engouffrait de temps en temps dans la cheminée, le feu sifflait et crachotait comme un être vivant et il arrivait qu’une bûche embrasée se brise dans un spectaculaire jaillissement de flammes, projetant sur les visages des convives un bref éclat rouge qui leur prêtait un aspect fiévreux. » C’est dans cette ambiance agitée qu’arrive, dans la cour de Pemberley à vive allure, un équipage à bord duquel se trouve une femme hystérique. Celle-ci est en fait Lydia Wickham, la sœur d’Elizabeth et Jane. Elle venait assister au bal auquel elle n’était d’ailleurs pas invitée. En descendant de sa voiture, Lydia se met à hurler : « Wickham est mort ! Denny l’a tué ! Allez donc le chercher voyons ! Mais que faites-vous ? Ils sont là-bas, dans les bois ! Faites quelque chose ! Oh, mon Dieu, il est mort, j’en suis certaine ! » Mr Darcy lance alors les recherches sur son domaine.

Quel plaisir de retrouver Pemberley et ses habitants ! PD James rend hommage à Jane Austen et son roman le plus connu « Orgueil et préjugé ». Pour ceux qui ne l’auraient pas lu (eh oui il y en a encore !), l’auteur anglais rappelle les différents évènements de l’intrigue d’origine dans son prologue et au fil du livre. Le dernier PD James peut donc être lu par tous. Mais bien entendu il s’adresse en priorité aux amoureux de la grande romancière du XVIIIème. Le cadavre retrouvé dans les bois de Pemberley est un prétexte pour PD James. L’intrigue policière n’est pas extrêmement prégnante. Le système judiciaire de l’époque est certes fort bien documenté mais j’ai trouvé la fin un peu rapide.  La révélation finale arrive très brusquement, à point nommé et du coup semble artificielle. L’intérêt du livre est bien évidemment la reconstitution de l’univers austenien. PD James écrit dans la langue, l’esprit de Jane Austen. La psychologie des personnages est parfaitement respectée. Elle décrit parfaitement l’univers, les mœurs dans lesquels les Darcy évoluent. Des clins d’œil aux autres romans amuseront également les amoureux de la romancière. Il ne manque que la piquante ironie de Jane Austen pour rendre le style de « La mort s’invite à Pemberley » parfait.

PD James rend un  hommage délicieux à « Orgueil et préjugé » qui ravira les lecteurs de l’original. Voici une austenerie de qualité, respectant l’univers, la langue et les personnages.

Une lecture commune avec ma chère Lou.

Le cadeau de Eliane Girard

Félicien a pris une matinée de RTT pour trouver un cadeau à sa petite amie Laure. Il arrive sûr de lui aux Galeries Lafayette et se dirige vers une veste en tweed repérée par Laure. Plus de taille 38 sur les portants, et plus non plus en réserve. Félicien commence à avoir peur d’autant plus que sa deuxième idée échoue également. Il n’a pas d’autres idées et l’anniversaire de Laure a lieu le lendemain. Il tourne dans les rayons du grand magasin et là ils les voient : « Fuselées, d’une ligne et d’une texture attirante. Des bottes d’un beau brun profond évoquant le chocolat le plus pur, au moins 85% de cacao. Des bottes magnifiquement galbées, hautes mais pas trop, pointues mais pas trop, sexy mais pas trop. Laure méritait ces bottes, elles étaient faites pour elle et ses jambes parfaites. Il en était tout excité. Son cadeau était là.  » Le seul hic c’est leur prix : 869.95 euros, le prix du loyer de Félicien, plus de la moitié de son salaire. Mais il n’a pas d’autre idée, le temps presse, l’angoisse monte, Félicien finit par acheter les bottes Kucci. Il le regrette immédiatement et ses ennuis commencent alors.

Eliane Girard nous narre, dans ce court roman, la folle et drolatique journée de Félicien. Tout va aller de mal en pis au fur et à mesure des heures. Félicien tente tour à tour de justifier son achat (l’amour ça n’a pas de prix, Laure vaut bien un tel sacrifice financier, les bottes font marcher un artisanat ancestral en Italie), de trouver des solutions pour compenser la perte d’argent (arrêter de fumer, ne plus sortir le soir et le plus beau : demander à Laure de vivre avec lui pour diviser le loyer par deux !) et de culpabiliser. Félicien devient totalement obnubilé par les bottes et leur prix démentiel. Il imagine que les autres le jugent notamment au travail, on va le penser plus riche qu’il n’est. La panique gagne Félicien, il ne sait plus quoi faire de son cadeau et fait donc n’importe quoi !

Ce petit livre est réjouissant et porte un regard ironique sur notre rapport à l’argent et sur la valeur des choses. L’obsession de l’argent, de l’apparence vont faire perdre pied à Félicien qui ne procrastinera plus pour acheter ses cadeaux !

Un grand merci aux éditions Buchet-Chastel et à Bénédicte pour ce délicieux moment de lecture.

Ma cousine Phillis de Elizabeth Gaskell

 Le jeune Paul Manning a la joie de devenir réellement indépendant. A 17 ans, il a été embauché par une ligne de chemin de fer qui met en place une voie ferrée entre Etham et Hornby. Loin de ses parents, il découvre les plaisirs de la vie adulte et travaille assidûment avec M. Holdsworth, ingénieur de son état. Les travaux avancent petit à petit durant un an et approchent du petit village de Heathbridge. A la lecture de ce nom, la mère de Paul l’informe que son oncle et sa tante Green habitent le village. Le jeune leur rend donc visite et fait la connaissance de sa cousine Phillis : « Je la revois encore – ma cousine Phillis. Le soleil déclinant l’éclairait directement et déversait un flot de lumière oblique dans la pièce qui s’ouvrait derrière elle. Sa robe, en tissu de coton bleu sombre, lui montait jusqu’au cou et descendait sur ses poignets, avec un petit ruché assorti partout où le vêtement touchait sa peau blanche. Et Dieu sait qu’elle était blanche, cette peau ! Je n’en ai jamais vu de pareille. Sa chevelure était claire, plus proche du jaune que de tout autre couleur. Elle me dévisageait sans ciller, de ses grands yeux paisibles et étonnés, mais que la vue d’un inconnu n’était pas pour inquiéter. »  Une forte affection lie dès cet instant les deux cousins. Paul assistera avec tendresse et inquiétude à l’éveil sentimental de sa cousine Phillis.

Cette longue nouvelle fut publiée en feuilleton dans The Cornhill Magazine de novembre 1863 à février 1864. Elizabeth Gaskell avait tout juste achevé « Les amoureux de Sylvia » (enfin disponible en français aux éditions Fayard) et allait s’atteler en 1865 à l’un de ses chefs-d’œuvre « Femmes et filles ».  A travers « Ma cousine Phillis », Elizabeth Gaskell parle de ce qui lui tient à cœur : la beauté de la campagne anglaise et sa disparition programmée par l’industrialisation galopante. Ce thème est présent dans toutes les grandes œuvres de l’auteur : « Cranford », « Femmes et filles » et « Nord et sud ». Elizabeth Gaskell décrit avec une tendresse nostalgique cette vie rurale. La campagne profonde semble un lieu paisible, protégé. La ligne de chemin de fer, symbole de la modernité, brisera le calme de cette vie.

Elizabeth Gaskell exploite également son talent pour la psychologie de ses personnages. Phillis en est un bel exemple, elle est décrite avec beaucoup de délicatesse. La jeune femme est pleine de fraîcheur, d’authenticité. Elle connaîtra les palpitations de l’amour mais aussi ses souffrances.  » Ma cousine Phillis » n’est pas simplement la chronique d’un premier amour, c’est également celle d’une famille. L’amour des parents de Phillis est immense, ils l’entourent, la choient comme un petit enfant. L’harmonie de la famille séduit Paul qui bénéficiera lui aussi des largesses affectives de son oncle et sa tante.

Les éditions de l’Herne continuent la publication des œuvres de Elizabeth Gaskell qui reste méconnue en France. « Ma cousine Phillis » est une œuvre mineure, néanmoins elle concentre ce qui fait le talent de l’auteur : l’amour de la vie rurale et la finesse psychologique.  La mélancolie due à un monde qui disparaît, la tendresse pour ses personnages font encore une fois merveille. « Ma cousine Phillis » séduira sans peine les amoureux tels que moi de la grande romancière anglaise.

Un grand merci aux éditions de L’Herne et à Caroline pour cet envoi qui m’a enchantée.