Un livre, un peintre : un swap en couleurs

Après quelques déboires avec la Poste (qui apparemment n’aime pas trop me laisser des avis de passage lorsque je reçois des paquets…), j’ai récupéré mon colis du swap « Un livre, un peintre ». Le voici :

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J’ai ensuite sorti un à un les différents cadeaux et là une évidence m’est apparue : ma swappeuse m’a énormément gâtée, c’est incroyable tout ce qu’il y a de ce carton. Démonstration :

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Sur chaque paquet, il y a un petit message adorable de ma swappeuse qui n’est autre que Karine, ce qui veut dire également que mon paquet vient de très, très loin puisqu’il vient du Québec ! Et là je suis encore plus heureuse puisque je suis sûre de découvrir plein de choses et ça a été le cas.

D’abord les livres :

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– Le portrait de Madame Charbuque de Jeffrey Ford

– Le portrait de Pierre Assouline

– Les nouvelles de St Pétersbourg de Gogol

– Homme invisible à la fenêtre de Monique Proulx

Les objets et les friandises débordaient littéralement du paquet, je vous laisse admirer avec la photo car tout énumérer est impossible !!! Les chocolats sont délicieux… bon je vous rassure je n’ai pas encore réussi à tout manger !

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Et je vous ai gardé le clou du paquet pour la fin, l’oeuvre d’art de Karine qui m’a laissée bouche bée pendant un moment tellement elle est réussie :

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Vous aurez sans aucun problème reconnu « La nuit étoilée » de Vincent Van Gogh, bravo à Karine qui a réalisé cette superbe tasse. Je la remercie énormément pour ce paquet magnifique qui m’a comblée de joie. C’était vraiment Noël avant l’heure. Un grand merci aux organisatrices de ce swap qui nous a toutes beaucoup amusées : mes copines Isil et Lamousmé.  Si vous voulez voir mon oeuvre, elle est chez Sarawastibus.

 

 

La vie mode d'emploi de Georges Perec (Blog-o-trésors)

Avec « La vie mode d’emploi », Georges Perec a réalisé un véritable tour de force littéraire. Rien d’étonnant pour ce membre de l’Oulipo (OUvroir de LIttérature POtentielle), mouvement littéraire (bien qu’il s’en défende) expérimental qui se propose d’écrire en s’inventant des contraintes, bien souvent fondées sur des problèmes mathématiques, faisant de l’auteur oulipien « un rat qui construit lui-même le labyrinthe dont il se propose de sortir ». Fondé par Raymond Queneau et par un mathématicien, Marcel Duchamp et Italo Calvino, pour les plus connus, en ont également fait partie.

Perec décrit un immeuble parisien de huit étages, au 11 rue Simon-Crubellier dans le 17ème arrondissement, tel qu’il se présente le 23 juin 1975 à huit heures du soir. Comme si la façade en avait été retirée et que son intérieur se dévoile à nos yeux, Perec nous raconte ce qu’il y voit à cet instant précis. Tout, des caves aux combles, en passant par le hall d’entrée, les escaliers et chaque pièce de chaque appartement, y passe : décoration, sols, meubles, tableaux, livres, le moindre objet, mais aussi les personnes qui s’y trouvent, leur physique, comment elles sont habillées, ce qu’elles font, leur attitude, tout est méticuleusement décrit. Mais fort heureusement pour le lecteur, cet inventaire maniaque alterne avec l’histoire de ses habitants actuels et de ceux qui les ont précédés. On trouve ainsi des nantis et des pauvres, des antiquaires, un médecin, une ancienne cantatrice, un artisan, un producteur de télévision, un expert international, un peintre, un chimiste, une concierge, un serveur, des domestiques, des retraités, et bien d’autres encore. Leur histoire personnelle ou celle de leurs ancêtres, l’évocation de leurs relations conflictuelles, amicales, amoureuses ou professionnelles se mêlent à des anecdotes, des légendes ou autres fictions tirées de livres ou de tableaux imaginaires, ou bien encore de l’esprit des personnages.  Le sous-titre du livre, romans (vous avez noté le pluriel) s’en trouve pleinement justifié, tant les récits qui le composent sont nombreux.

Perec fait également référence à tous ces jeux de l’esprit chers aux oulipiens : échecs, énigmes, devinettes, rébus, jeux de mots, anagrammes, mots croisés, puzzle. Ce dernier offre d’ailleurs une métaphore utile à « La vie mode d’emploi » : comme les pièces au départ éparses du puzzle, toutes les histoires éparses, tous ces romans dans le roman, une fois assemblés, reliés les uns aux autres, finissent par composer un tableau d’ensemble qui donne alors son sens à chacun des éléments. Le puzzle achevé, c’est la vie d’un immeuble et de ses habitants depuis sa fondation en 1875 jusqu’à ce jour de juin 1975, les pièces, ce sont les hommes, les femmes, les animaux, les objets, les évènements, l’imaginaire, les actions, les pensées, toutes choses qui constituent la vie même.

On sent que Perec s’est beaucoup amusé avec cette œuvre monumentale, érudite et unique. Le jeu n’est-il pas, d’ailleurs, au cœur même du principe oulipien ? Cette lecture reste toutefois exigeante, on peut se perdre dans cette succession d’histoires et la pléthore de personnages. Mais cela vaut la peine de s’accrocher car on en sort avec la sensation d’avoir embrassé la totalité de la vie.

P.S. : sur le cahier des charges (les fameuses contraintes) qui ont présidé à la composition du texte (l’ordre des chapitres, les éléments, évènements, objets, personnages, histoires, etc. qu’ils doivent contenir), et pour ceux que ça intéresse, cliquez ici.

 coffretrsors31.jpg4/4 : Challenge terminé aussi !

Au voleur de Sarah Leonor

L’histoire d’Isabelle (Florence Loiret-Caille) et de Bruno (Guillaume Depardieu) est née d’un malentendu. Isablle se fait renverser par une voiture à la sortie d’un café et Bruno se précipe auprès d’elle. Elle pense qu’il prend soin d’elle alors qu’il lui fait les poches. Bruno vit effectivement de petits larcins, il vole toutes sortes d’objets et les revend. Isabelle fait tout pour retrouver son soit-disant sauveur et une fois cela fait, ces deux-là ne se quitteront plus.

Après avoir été dénoncé par un autre voleur, Bruno est poursuivi par la police. Isabelle, prof d’allemand remplaçante, abandonne tout pour suivre Bruno. Là le film de Sarah Leonor bascule, nos deux fuyards vagabondent dans la campagne d’Ile-de-France. Ils semblent totalement seuls au monde, vivent en harmonie dans une nature luxuriante. La joie de vivre domine cette partie du film d’une beauté élégiaque. Sarah Leonor s’inspire semble-t-il du « Badlands » de Terrence Malick où Martin Sheen et Sissy Spacek fuient à travers le désert du Dakota après avoir commis un meurtre. Terrence Malick est un grand amoureux de la nature et il ne cesse de lui rendre hommage, de la sublimer à travers son oeuvre. La référence à Terrence Malick est renforcée par la sublime bande-son de « Au voleur » constituée de folk américain et de musique native américaine. Cette musique contribue à notre dépaysement, on finit par oublier que l’on est en France. Isabelle et Bruno semblent évoluer dans un territoire indéfini et primitif.

La grande réussite de ce film vient également du jeu des deux acteurs principaux. « Au voleur » est l’avant-dernier film tourné par Guillaume Depardieu et c’est avec émotion qu’on le retrouve. Il est, comme toujours, parfait. Il incarne avec bonheur, légèreté, le personnage de Bruno.  Comme souvent dans sa filmographie, son personnage vit dans la marge, en dehors des règles de la société et cela lui correspond à merveille. Sa partenaire est également une grande actrice que l’on ne voit que trop peu dans des premiers rôles. Son personnage se libère totalement dans la nature, elle s’épanouit aux côtés de Bruno. Leur duo fonctionne parfaitement et on s’attache à ces deux personnages en dehors de la civilisation, vivant sans entrave leur amour.

« Au voleur » est un film d’une grande poésie, gracieux comme la nature sauvage où évoluent Isabelle et Bruno. Il s’en dégage une forte liberté mais aussi beaucoup de douceur. J’ai eu un gros coup de coeur pour ce film et pour ces deux formidables acteurs.

Vera de Elizabeth von Arnim

J’avais précédemment lu « Avril enchanté » que j’avais beaucoup apprécié et grâce à Lilly, j’ai découvert un autre roman de Elizabeth von Arnim : « Vera ». Les deux romans sont forts différents, autant « Avril enchanté est lumineux, autant « Vera » est sombre et glaçant.

Une semaine après être arrivée en vacances en Cornouailles, Lucy voit son père mourir. Elle rencontre alors Everard Wemyss qui vient de perdre sa femme, Vera, dans un accident. La douleur, le deuil les rapprochent. Everard, bien plus vieux que Lucy, prend les choses en main et se charge des funérailles du père de la jeune femme. Au fil des jours, Lucy se laisse séduire par Everard : « De son côté, elle n’avait jamais rencontré quelqu’un d’aussi agréable ni un soutien moral aussi puissant. Du point de vue physique (…) il était tout aussi charmant. Il évoquait pour elle le plus doux des sofas, ceux qui coûtent cher, parce qu’ils sont encombrés de coussins. » Tous deux se marient très rapidement. Everard emmène alors Lucy dans sa maison de campagne « Les Saules » où Vera est tombée du balcon du deuxième étage.

Le résumé vous rappelle quelque chose ? L’intrigue fait bien entendu penser au « Rebecca » de Daphné Du Maurier. En réalité, c’est l’inverse puisque « Vera » fut écrit avant « Rebecca ». On retrouve dans les deux romans l’histoire d’un trio : un homme d’une quarantaine d’années qui épouse une jeune femme de vingt ans sa cadette et qui a perdu sa première femme dans des circonstances dramatiques. La maison où sont mortes les deux premières épouses joue un rôle important dans le récit. La narratrice de « Rebecca » et Lucy sont inquiètes d’habiter dans leur nouvelle demeure, elles pensent que le passé hante les lieux. Les deux jeunes femmes sont obsédées par Rebecca et Vera. C’est ainsi que Lucy parle des Saules : « Oh ! Oui ! Cette maison l’obsédait, et quel réconfort cela eût été de lui faire part de ses hantises, et qu’il l’aide à les chasser – et de le voir en rire ! Même s’il la jugeait trop stupide et trop morbide pour avoir la moindre envie de rire, quel réconfort, tout de même, ce serait s’il pouvait lui passer son caprice et consentir d’en changer la décoration. »  Cette histoire, qui inspira peut-être Daphné Du Maurier, occupe la première partie de « Vera ».

Une fois le couple installé aux Saules, l’atmosphère change totalement. Lucy pensait avoir épousé un homme charmant, éperdument amoureux de « sa petite fille ». Durant le voyage de noces, Lucy commence à comprendre que Everard Wemyss n’est pas l’homme qu’il semblait être. Aux Saules, l’atmosphère devient irrespirable pour Lucy. Everard est totalement obsédé par les détails de la vie quotidienne. Tout doit être fait selon ses caprices. A l’heure du thé, une servante apporte tout le nécessaire mais fait malencontreusement tomber les toasts. Everard lui demande d’en ramener mais lorsque cela est fait, il estime que le thé n’est plus assez chaud. La servante repart avec le thé mais à son retour ce sont les toasts qui ne sont plus assez frais ! Everard torture la servante uniquement  pour la punir de sa maladresse. Cela donne une bonne idée de l’état pathologique d’Everard Wemyss. Le problème c’est qu’il s’en prend également à Lucy qui est totalement désorientée par les changements d’humeur de son mari. Elizabeth von Arnim est dure avec son héroïne. Elle plonge une jeune femme naïve et innocente dans un piège infernal. Aucune porte de sortie ne s’offre à Lucy, même sa tante bien aimée, Mrs Entwhistle, ne peut lui venir en aide. Le livre se termine sans une note d’espoir, on devine malheureusement quelle va être la vie de Lucy.

« Vera » est un roman très noir, cruel pour son héroïne. Il m’a beaucoup intéressée pour sa proximité avec « Rebecca » mais au final Elizabeth von Arnim écrit une histoire totalement différente. « Vera » m’a fait fortement penser à « Le destin de Mr Crump » de Ludwig Lewisohn, et pour moi c’est un immense compliment car ce livre est un chef-d’oeuvre.

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Rebecca de Daphné Du Maurier (Blog-o-trésors)

La narratrice de « Rebecca »est une jeune femme timide, peu sûre d’elle et maladroite. Après avoir perdu son père qu’elle adorait, elle s’est faite embaucher comme dame de compagnie auprès de Mrs Van Hopper. Les deux femmes passent des vacances à Monte Carlo et c’est là qu’elles rencontrent le très séduisant Maximilien De Winter. Ce dernier est très riche, propriétaire d’un immense domaine nommé Manderley, il a perdu sa femme, Rebecca, quelques mois plus tôt. Cette dernière est morte noyée lors d’une sortie en mer et Maxim semble tenter d’oublier ce drame loin de Manderley. Mrs Van Hopper tombe malade ce qui permet à Maxim et à la narratrice de se rapprocher. Ils tombent rapidement amoureux malgré leur différence d’âge d’une vingtaine d’années. Maxim demande à la narratrice de l’épouser immédiatement. Après une délicieuse lune de miel, le couple De Winter rentre à Manderley où plane le souvenir de Rebecca.

Il est impossible d’en raconter plus sous peine de déflorer l’intrigue. « Rebecca » est un livre à suspense. L’histoire est racontée tambour battant, le lecteur est totalement entraîné et ne peut lâcher le livre avant la fin. Daphné Du Maurier fait monter la tension dans de nombreuses scènes et elle ne la relâche jamais. La fin abrupte ne laisse pas les personnages souffler. Parmi les différentes scènes, celle dont je me souviendrai longtemps est celle du bal masqué marquée par une montée du suspense et par une grande cruauté.

« Rebecca » est le livre d’une obsession : celle de la narratrice pour Rebecca. Elle n’est pas très à l’aise d’arriver dans la maison où a vécu celle-ci et tout est fait pour qu’elle ne l’oublie pas. A part la chambre à coucher du couple, rien  n’a changé. La narratrice doit écrire sur le papier de Rebecca, elle trouve son mouchoir dans un imperméable, les habitudes de la maison sont celles de la première femme de Maxim. La chambre de cette dernière a été conservée intacte par la gouvernante, Mrs Danvers. La narratrice ne peut donc trouver sa place à Manderley et elle le peut d’autant moins qu’elle est tout le contraire de Rebecca. Elle ne vient pas du même monde que Maxim, elle est gauche, réservée et ne sait comment se tient une demeure comme Manderley. Elle n’a rien de la grande dame du monde qu’était Rebecca. Au début du roman, elle nous explique à quel point elle est insignifiante : « Cela signifiait que j’étais une jeune personne sans importance et que point n’était besoin de prendre garde à moi dans la conversation. » Daphné Du Maurier ne nous donne quasiment aucune indication sur sa vie passée et surtout elle ne se donne pas la peine de lui trouver un prénom !

Face à elle , un personnage de méchante parfaite : Mrs Danvers. La première description de la gouvernante est très parlante : « Quelqu’un se détacha de cette mer humaine, une personne grande et maigre, vêtue de noir mat, et dont les pommettes saillantes et les grands yeux creux lui faisaient une tête de mort d’un blanc de parchemin. Elle vint à moi et je lui tendis la main, enviant son air de dignité, mais lorsqu’elle prit ma main je sentis la sienne molle et lourde, d’un froid mortel, posé sur mes doigts comme un objet inanimé. »  Mrs Danvers est habitée par le souvenir de Rebecca qu’elle a connue enfant. L’obsession montante de la narratrice  vient en grande partie de la gouvernante, c’est elle qui est à l’origine de l’humiliation dans la scène de bal. Mrs Danvers est un personnage très réussi, froid, psychotique et terriblement inquiétant.

J’ai adoré ce livre de Daphné Du Maurier à la construction palpitante et aux personnages bien dessinés. A noter l’adaptation d’Alfred Hitchcock avec Laurence Olivier et Joan Fontaine qui sont parfaits dans leurs rôles respectifs. Hitchcock prend quelques libertés avec le roman mais il montre bien l’oppression, l’angoisse montantes de la narratrice. Une oeuvre à lire et à voir donc !

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Le Père Goriot d'Honoré de Balzac

Il faut toujours laisser une seconde chance aux livres étudiés à l’école. Le roman de Balzac, au programme de la classe de troisième, m’avait laissé un souvenir déplorable : descriptions interminables, intrigue alambiquée, sentiments exacerbés, « Le père Goriot » n’avait pas grand-chose pour séduire un élève de quinze ans obligé de se coltiner cette « vieillerie » très XIXème. Des années – et beaucoup de livres – plus tard, c’est avec grand plaisir que je me suis replongé dans ce classique, avec l’impression de le lire pour la première fois.

Il commence avec une longue description de la miteuse pension bourgeoise de madame Vauquer, sise dans un quartier misérable de Paris. Trois de ses pensionnaires sont les personnages principaux de cette histoire qui commence en 1819 : Goriot, Vautrin et Rastignac.

Goriot est un ancien commerçant qui s’est considérablement enrichi pendant la Révolution, et qui s’est retiré dans cette pension après avoir marié ses deux filles, Delphine et Anastasie, la première à un riche banquier, l’autre à un aristocrate. Il idolâtre ses filles au point de se ruiner pour elles, mais celles-ci en retour n’ont que dédain pour ce père aimant jusqu’à la bêtise. Vautrin est un forçat évadé, recherché par la police, un homme révolté contre la société mais lucide sur son compte, qui ne connaît de morale que son intérêt. Il cherche le coup qui lui permettra de se retirer aux Etats-Unis, dans une plantation avec des esclaves. Eugène de Rastignac pourrait lui en fournir l’occasion.

Rastignac est le personnage central du roman. Issu d’une noblesse provinciale peu fortunée, il est monté à Paris faire son droit et tenter de se faire une place. Ebloui par la haute société dans laquelle il est introduit par une vague parente, il rêve d’en faire partie et de s’y faire un nom. Il comprend vite que le moyen le plus sûr pour gravir les échelons passe par les femmes. Sa route croisera celle d’Anastasie, puis celle de Delphine, les propres filles de Goriot qu’il tentera d’utiliser à ses propres fins avec la bénédiction de ce dernier.

Balzac fut un fin observateur de la société de son temps. Le Paris qu’il décrit est peu reluisant et tient plus de la jungle que d’une cité civilisée. Tout n’y est qu’ambition, intérêt, tromperie, calomnie, manipulation et corruption. Le mariage n’est qu’une forme déguisée de prostitution, et tout sentiment noble passerait pour un aveu de faiblesse. La médiocrité règne partout en maître, chez les nantis comme dans le peuple. Rastignac, qui ne manque pourtant pas de cœur, en fera l’expérience et retiendra la leçon.

C’est cette férocité, cette cruauté dans les rapports sociaux qui m’ont tant plu dans ce chef-d’œuvre. Bien sûr on peut déplorer le côté outrancier et quelque peu théâtral des dialogues et des situations. Mais ce défaut propre aux œuvres de cette époque ne parvient pas à éclipser à mes yeux la finesse psychologique et le sens de la dramaturgie. Un livre à découvrir donc – ou à redécouvrir.

La diagonale du vide de Pierre Péju

J’ai reçu « La diagonale du vide » dans le cadre de l’opération masse critique de Babelio. J’avais choisi ce livre car j’étais attirée par l’histoire et que j’avais entendu parler en bien de Pierre Péju. J’ai été quelque peu déçue.

Marc Travenne est designer, son entreprise fait beaucoup de bénéfices. Après la mort de son associé, Marc est plongé dans le doute : n’est-il pas passé à côté de sa vie ? C’est à l’aéroport qu’il prend sa décision : « Minuscule voyageur de l’aéroport Charles-de-Gaulle, je renonçais à un énième voyage en Extrême-Orient. Au moins le vingtième ! En dix ans, douze ans, je ne sais plus. Tantôt Shanghai, tantôt Hong-Kong. Parfois Singapour. « Pour affaires », comme on dit, même si le fait d’être devenu « homme d’affaires » me semblait toujours aussi incroyable et comique. J’étais un champion du décalage horaire. Un champion de l’attente et de la somnolence dans des fauteuils qui vous cassent les reins. Sur la terre comme en plein ciel. Un masque de tissu bleu ou blanc sur les yeux. Mais c’était fini. J’arrêtais pour de bon. »  Marc laisse toute sa vie derrière lui pour un gîte en Ardèche, sur la diagonale du vide qui est la zone la moins peuplée de France.

Cette première partie du roman me plaisait bien. L’histoire de Marc Travenne me touchait, il avait le courage de repartir à zéro, de s’interroger sur ses choix de vie. Les descriptions de l’Ardèche sont très belles et l’on comprend que l’on puisse s’y ressourcer, y faire le point : « Il est vrai qu’en été, par grand beau temps, un tel paysage peut faire naître l’exaltation, surtout lorsque la vue se perd en glissant sur toutes ces rondeurs, et que le crépuscule compose à l’ouest un subtil dégradé de bleus tandis qu’à l’est la chaîne des Alpes pourtant lointaine semble se rapprocher au fur et à mesure qu’elle devient plus rose. Quand miraculeusement le vent tombe, l’ivresse de cette nature qui cesse un moment de lutter contre les éléments devient contagieuse. »

Le livre commence à moins me plaire avec l’arrivée des deux femmes. L’une est randonneuse, elle est craintive, se méfie de toute personne l’approchant. Pierre Péju fait naître alors un suspense, Marc Travenne part à la recherche de la jeune femme après son départ du gîte. Son histoire nous emmène jusqu’en Afghanistan, dans l’armée de terre. Mais on abandonne assez vite Marion, la randonneuse, pour faire la connaissance d’Irène qui vivait à New York et nous raconte son 11 septembre. Entre la guerre en Afghanistan et l’effondrement du World Trade Center, cela fait déjà beaucoup pour un seul homme mais il faut y rajouter un enfant caché, un village d’enfance où eurent lieu de nombreux suicides et une mère qui perd la tête. Pierre Péju multiplie les histoires, s’éparpille et me perd en route. Marc Travenne, face à ces nombreuses péripéties, ne réagit pas. Il semble totalement en dehors de sa propre histoire qu’il tente pourtant de reconstruire. Il est distant face aux récits terribles de Marion et d’Irène et j’avais hâte de le quitter.

Une lecture très mitigée donc, je me suis perdue dans les méandres des histoires des différents personnages. L’écriture de Pierre Péju est plaisante, pleine de belles métaphores, mais elle n’a pas suffi à me convaincre.

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Seven things shaping my fall

Je suis en retard sur mes tags, je fais d’une pierre deux coups en répondant à celui de Lou, puis celui d’Emma.

Seven things shaping my fall

Ce qui rythme mon automne :

1-Les victorians frogs (and ladies)

C’est un groupe de lectrices spécialistes de l’Angleterre victorienne et de la bière irlandaise ! Initié par Lou, ce joyeux club se réunit au moins une fois par mois pour parler d’un livre de cette époque passionnante.

2-Les challenges et les swaps

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Les images parlent d’elle-même je crois !!! Je suis supposée participer à tous ces challenges pour l’année 2010, j’ai déjà fini le Wilkie Collins mais Cryssilda, dans sa grande mansuétude, n’avait exigé qu’un livre. Pour ce qui est des swaps, le Bloody swap est terminé. Mais si vous aimez la franche rigolade, guettez le swap « Un livre un peintre » de Isil et Lamousmé car nous devons réaliser une oeuvre !

3-Londres

Je pars à Londres durant un week-end au mois de décembre et je suis pressée d’y être ! Cela fait très longtemps que je n’y suis pas allée et j’ai plein de choses à y voir. Je prépare donc un emploi du temps serré entre musées et magasins.

4-Le thé

Je bois toute l’année mais en automne cette boisson est particulièrement réconfortante.

5-La lecture et le cinéma

Mes deux passions de toujours dont je ne pourrais pas me passer, j’ai mis une photo de Hitchcock et Truffaut juste pour le plaisir de voir mes deux chouchous sur notre blog !!! Et puis Truffaut aimait également beaucoup la littérature.

6-Les expositions.

J’ai mis celle du Louvre car elle est superbe dans son choix de tableau et d’un grand intérêt du point de vue de l’histoire de l’art. Il y a aussi celle du Luxembourg sur Tiffany qui est vraiment réussie. Je voudrais également voir celle sur l’art nouveau à Orsay, sur l’âge d’or de la peinture du nord à la Pinacothèque, celle sur Renoir au Grand Palais… Paris est quand même une ville culturelle formidable.

7-Noël

Oui je sais, je ne suis pas en retard ! Mais ça se prépare longtemps à l’avance, il faut réfléchir et trouver les bons cadeaux !

 

J’ai donc ensuite été tagguée par Emma pour citer 7 choses que j’aime faire :

– Aller au cinéma plusieurs fois par mois afin que ma santé mentale reste stable !

– Lire et c’est une occupation qui envahit de plus en plus ma vie

– Papoter avec ma soeur et mes copines

– Boire du thé avec mon chat sur les genoux

– Manger des macarons à la rose dont je ne me lasse pas

– Regarder des séries tv, en ce moment c’est la saison 4 de « Weeds » et je découvre « Mad men » et « Le docteur Who » (si je ne regarde pas le docteur je vais me faire expulser du club victorien, ça ne rigole pas !!!)

– Parler littérature avec Lolo, on a bien fait de se créer un blog, non ?!!

Je vais tagger Keisha, Romanza, Manu, Mango et Cécile, vous choisissez le tag que voulez ou celui auquel vous n’avez pas encore répondu !

Eloge de la démotivation de Guillaume Paoli

Pour faire avancer un âne, deux méthodes : le bâton, c’est-à-dire la sanction ou la menace de sanction, et la carotte, autrement dit la récompense. Tout repose sur le bon dosage de ces deux ingrédients. C’est sur cette métaphore que s’ouvre l’excellent essai de Guillaume Paoli, philosophe et membre du mouvement « Chômeurs heureux ». Les ânes, ce sont nous les salariés que la crainte de la pauvreté et du déclassement, et l’espoir d’une gratification financière et sociale, enchaînent au travail. « Soumis à une âpre concurrence, les propriétaires des ânes ne sont plus décidés à gaspiller de coûteuses carottes à l’exercice. Afin de baisser les coûts du travail, ils substituent à celles-ci des images coloriées, ou ils engagent des communicateurs chargés de persuader leurs employés que la perche à laquelle rien n’est accroché est en elle-même un mets succulent. Ou bien que le bâton se transformera en carotte le jour où il aura été suffisamment asséné sur leurs dos. On admire leurs efforts ».

« La motivation est une question centrale de l’époque et elle est appelée à le devenir toujours plus. » Du taylorisme, où le travail répétitif était contrôlé par des petits chefs, nous sommes passés à un système où la contrainte a été intériorisée, où toutes nos « ressources » doivent être mobilisées pour répondre aux exigences du marché, en tant que travailleurs et en tant que consommateurs. Pour les managers, rien ne vaut l’implication des employés. Celle-ci peut aller pour certains jusqu’à la dépendance au travail, plus forte à mesure que les tâches sont plus créatrices, innovantes et à responsabilités, et source de grandes souffrances (en témoignent de nombreux suicides ou dépressions). Le système capitaliste se nourrit de cette addiction qui se vit également sous la forme du manque, dans le cas des chômeurs et des stagiaires par exemple. Le travail moderne tue la joie de vivre. 

Guillaume Paoli fait dans cet essai limpide et passionnant quelques observations que le discours dominant tend à éclipser. Ainsi rappelle-t-il par exemple que le « marché » est avant tout une idéologie, un modèle d’interprétation, et non cette réalité transcendante, « naturelle », contre laquelle – veut-on nous faire croire – il serait vain de lutter. Son expansion suppose l’affaiblissement de l’état politique. C’est ce à quoi s’emploie une élite mondialisée qui fait sauter les dernières barrières nationales qui protégent du marché, imposant plus que jamais sa logique à tous les aspects de notre vie, dans le travail ou en-dehors, et façonnant les rapports sociaux.

C’est volontairement que l’auteur se borne à une critique négative du système, ne proposant rien en échange : « On en a assez vu, de ces utopies qui ne dénigraient la carotte en vigueur que pour y substituer une carotte plus tyrannique encore. » Il remarque que la critique de la société de consommation a souvent tendance à fourbir les armes de ce qu’elle prétend combattre. D’autre part, il n’existe plus d’un côté le travailleur aliéné, de l’autre le capitaliste exploiteur, mille liens les rattachent désormais l’un à l’autre, chacun est à la fois bourreau et victime. S’appuyant sur le « Discours de la servitude volontaire » de La Boétie, il constate que le système capitaliste ne perpétue sa domination que parce que nous le laissons faire. Certes, nous n’avons pas le choix de vivre en-dehors, et la lutte est par trop inégale. Alors le meilleur moyen de le combattre est-il peut-être de ralentir, voire de ne rien faire, d’opposer au mouvement perpétuel requis par le capitalisme, à l’immolation de nos énergies vitales imposées par les marchés, une inertie salutaire, une grève du zèle, de « constituer pour ainsi dire des unités de partisans du moindre effort ». « L’abstention, la suspension d’activité, le non-engagement sont aussi des moyens d’agir ». En somme, pratiquons la démotivation. Chiche ?

Pierre de lune de W. Wilkie Collins

Le colonel Herncastle a dérobé, lors de la prise de Seringapatam en 1799, un diamant appelé Pierre de lune. Cette pierre était incrustée dans le front de la statue du dieu hindou personnifiant la lune. D’une très grande valeur, elle était protégée par trois brahmanes qui se succédaient de génération en génération. La légende de la Pierre de lune dit : « Le dieu prédit de terribles catastrophes aux mortels présomptueux qui oseraient s’emparer de la pierre sacrée et à leurs descendants ; la malédiction fut écrite en lettres d’or sur les portes du temple. »

A sa mort, le colonel Herncastle décide de léguer la Pierre de lune à sa nièce Rachel Verinder. Etant brouillé avec la mère de celle-ci, on imagine que le colonel veut attirer le mauvais sort sur sa famille. Le soir de l’anniversaire de Rachel, son cousin Franklin Blake lui remet le précieux bijou. Le lendemain matin, la Pierre de lune a disparu ! Qui a pu la voler dans le boudoir de Rachel ? Sont-ce les trois hindous que l’on a vu roder autour de la maison ? Les domestiques attirés par la taille du diamant ? Ou bien encore un membre de la famille ?

« Pierre de lune » a été écrit en 1868 par W. Wilkie Collins qui l’a fait paraître en feuilleton dans la revue « All the year around ». Cette forme de publication se ressent dans certains chapitres où le narrateur s’adresse directement au lecteur pour réveiller son attention ou accentuer le suspens : « Je vous en prie, soyez fort attentif ou bien vous ne vous y retrouverez plus du tout quand nous progresserons plus avant dans l’histoire. Oubliez enfants, dîner, emplettes, que sais-je encore ? (…) J’espère que la liberté que je prends en vous parlant de la sorte ne vous choquera nullement. De cette seule façon, il me semble, je puis captiver l’attention de mon aimable lecteur. » Ce dernier devait effectivement rester attentif puisqu’il ne pouvait avancer dans l’histoire qu’au rythme des publications du journal.

W. Wilkie Collins invente avec « Pierre de lune » l’archétype de l’inspecteur qui m’a beaucoup fait penser à son successeur littéraire Sherlock Holmes. Le sergent Cuff est un enquêteur intuitif, très observateur pour qui chaque détail est signifiant et peut changer le cours de ses recherches. Comme Holmes joueur de violon passionné, le sergent Cuff a un hobby loin du crime : les roses, ce qui donne lieu à de fréquentes altercations avec le jardinier de la famille Verinder ! Un dernier point commun entre Holmes et Cuff : leur réputation qui les précède et les entoure d’une aura de respect et d’admiration. « -Je commence à croire que nous verrons bientôt la fin de notre anxiété, dit-il, car si la moitié des histoires qu’on raconte sont vraies, le sergent Cuff n’a pas son pareil en Angleterre pour éclaircir les mystères les plus ténébreux. »

Mais ce que j’ai trouvé de très intéressant dans « Pierre de lune » c’est que W. Wilkie Collins ne reste pas dans le roman policier classique. Tout d’abord, le sergent Cuff n’enquête pas sur un meurtre comme c’est souvent le cas dans les livres de Conan Doyle ou d’Agatha Christie. Il y aura bien une mort mais il s’agit d’un suicide. Ensuite le lecteur ne suit pas le sergent Cuff du début à la fin de son enquête. « Pierre de lune » est constitué de différents récits. Une fois l’affaire terminée, Franklin Blake a demandé aux différents témoins de l’affaire de raconter ce qu’ils ont vu. Le sergent Cuff n’occupe donc pas tout le récit qui est fragmenté et reflète des personnalités différentes. W. Wilkie Collins force son lecteur à faire la part des choses dans les différents textes en fonction du narrateur. Cette diversité de points de vue apporte beaucoup au récit qui devient extrêmement vivant.

W. Wilkie Collins en profite pour étudier la société victorienne en plaçant sa loupe sur les Verinder, grande famille aristocratique. L’auteur déplace les préjugés habituels. Le voleur de diamant n’est pas forcément à chercher parmi les domestiques ou les couches inférieures de la société. Les apparences peuvent être trompeuses comme nous le montre le médecin Ezra Jennings détesté de tous à cause de son curieux physique et qui sera pourtant le héros de cette investigation. Le vernis des bonnes moeurs se fendille chez Wilkie Collins pour montrer la noirceur des nantis.

« Pierre de lune » est une réussite comme, j’ai l’impression, tous les Wilkie Collins ! L’enquête est palpitante, extrêmement bien construite avec des rebondissements relançant à point nommé l’intérêt du lecteur. J’ai été totalement captivée par l’histoire de la Pierre de lune qui offre tout ce dont on peut rêver : du suspens, de la psychologie, des personnages attachants et un questionnement sur les moeurs de la société victorienne. Du grand art.

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