
Le mois de juillet fut fructueux avec dix livres lus (enfin 9 1/2 pour être parfaitement honnête !). J’ai débuté le mois avec le très réussi et instructif roman de Marine Carteron « Les effacées », puis j’ai plongé dans les fleurs et les plantes avec la Rosalie de Fanny Ducassé. J’ai enfin pu découvrir le formidable « Divorcée » d’Ursula Parrott paru chez les toutes jeunes éditions Honorine ; autre jeune maison d’édition : Esquif qui ne publie que des nouvelles inédites et j’ai lu, sourire aux lèvres, celle de Fabrice Caro. J’ai également découvert « Toutes les nuances de la nuit » que j’ai dévoré malgré mes bémols, mais aussi le grinçant Pascal Garnier avec « La place du mort » et l’habile Christianna Brand avec « Narcose ». Enfin, j’ai été touchée par l’enquête d’Adèle Yon sur son arrière-grand-mère et par le dernier roman de Raphaël Meltz « Après ». Et je suis actuellement plongée dans l’épais roman noir de Dominic Nolan « Vine Street ».
Côté cinéma, j’ai vu sept films durant le mois de juillet dont voici mes préférés :

Dag Johan Haugerud a obtenu en février dernier l’ours d’or de la Berlinade pour « Rêves », premier volet de sa trilogie d’Oslo à sortir en France. Dans ses trois films, il évoque le sentiment amoureux à l’heure des réseaux sociaux et des applis de rencontre. Ce qui est intéressant, c’est que le réalisateur le fait au travers de générations différentes. Les personnages parlent beaucoup de leurs désirs, de leurs coups de cœur sous forme de confidences à un tiers ou à un journal intime.
C’est le cas de Johanne, 17 ans, qui est tombée amoureuse de sa prof de norvégien et de français et qui confie ses émois et désarrois à un carnet intime. Sa grand-mère, une poétesse baba cool, va le lire et estimer qu’en raison de sa qualité littéraire, il mériterait d’être publié. La mère de Johanne le lit également et les joutes oratoires entre les deux ainées, concernant cette histoire d’amour, sont hilarantes. « Rêves » est mon film préféré de la trilogie. Il aborde avec délicatesse, sensibilité mais aussi beaucoup d’humour ce qu’est un premier amour et comment on survit à celui-ci et à sa première déception amoureuse.
Alors que « Rêves » est un film automnal, « Amour » se déroule en été, on déambule dans les rues d’Oslo, baignées d’une lumière douce et chaleureuse. On suit deux personnages : Marianne, une oncologue, et Tor, un infirmier qui travaille à ses côtés. Tous deux se croisent sur un ferry et débute alors un dialogue qui va explorer leurs vies sentimentales. Tor est homosexuel, sa sexualité est très libre et il rencontre des partenaires sur le ferry grâce à une appli. Marianne ne cherche pas d’attaches sérieuses alors que ses amis veulent absolument la caser avec un géologue divorcé. Il se dégage du film beaucoup de bienveillance (Tor est un infirmier d’une incroyable douceur), d’écoute et d’attention à l’autre.
« Désir » nous entraîne sur les toits de la capitale norvégienne aux côtés de deux ramoneurs. L’un d’eux raconte à l’autre un rêve récurrent et étrange où David Bowie le voit comme une femme. L’autre lui raconte ensuite sa première expérience homosexuelle avec un client. Voulant être honnête, il le raconte également à sa femme qui ne s’avèrera pas aussi compréhensive qu’il l’espérait. C’est sans doute le volet le plus surprenant, le plus désarçonnant et celui que j’ai le moins apprécié. Les personnages sont à nouveau très bavards, décrivant leurs fantasmes en ne les assumant pas réellement. Il flotte dans le film une indécision qui, à mon sens, le rend moins séduisant que les deux autres. Mais comme dans « Rêve » et « Amour », la qualité du casting est remarquable.
Et sinon :
- « Rapaces » de Peter Dourountzis : Samuel travaille depuis des années pour le magazine Détective. Sa fille, Ava, est en stage à ses côtés et il prend plaisir à lui montrer les ficelles du métier. Pour réussir un bon papier, il faut aller là où la police ne va pas et n’avoir pas froid aux yeux. Le meurtre sauvage et brutal d’une jeune femme dans le nord de la France va tout de suite intéresser Samuel qui embarque sa fille dans cette enquête. « Rapaces » est un formidable thriller qui nous offre des scènes hautement anxiogènes et tendues. C’est le cas d’un dîner dans un petit restaurant entre Samuel et Ava qui nous fait retenir notre souffle. Le film aborde une thématique très actuelle : la violence de groupes masculinistes. Cela fait froid dans le dos. Autre point point fort du film, le choix des acteurs principaux : Sami Bouajila et Mallory Wanecque qui sont absolument parfaites. Efficace, glaçant, « Rapaces » est un thriller haletant et maîtrisé.
- « Sorry, baby » d’Eva Victor : brillante doctorante en littérature dans une université du MAssachusets, Agnès accueille sa meilleure amie Lydie chez elle. Cette dernière est partie vivre à New York à la fin de ses études, elle y a rencontré l’amour et est aujourd’hui enceinte. les deux amies se réjouissent de passer du temps ensemble tant elles étaient inséparables à l’université. Lydie fut le seul soutin d’Agnès lorsque celle-ci fut violer par son directeur de thèse qui encensait son travail. Eva Victor a écrit, réalisé et est l’interprète principale de son premier long métrage. Elle y aborde un sujet difficile avec une pudeur et une délicatesse remarquables. Agnès a beaucoup de mal à nommer ce qui lui est arrivé et le film reflète cela en évitant tout pathos. Le corps de l’héroïne est meurtri, les évènements planent toujours autour d’elle. Mais l’intrigue se tourne plutôt vers la consolation, la reconstruction lente du personnage. Lydie permet le partage, d’éloigner la solitude profonde d’Agnès comme peuvent également le faire un chaton trouver dans la rue ou vendeur de sandwiches qui l’aide à faire passer une crise d’angoisse. Un sympathique et farfelu voisin aidera également Agnès à se réapproprie son corps et ses émotions. « Sorry, baby » est un film d’une grande sensibilité et d’une grande justesse, il est touchant comme l’est Agnès et finalement réconfortant.
- « I love Peru » de Hugo David et Raphaël Quenard : Hugo filme depuis toujours le parcours de son ami Raphaël qui rêve de devenir acteur. Lui-même aimerait être metteur en scène. Auditions ratées, petits rôles et figuration, Raphaël galère pas mal et se met ans des situations embarrassantes auprès de stars comme Marina Foïs, Michel Hazavicius, Pascal Zady, etc… Vaniteux, pingre mais également tenace, Raphaël finit par percer et par atteindre la renommée. Il délaisse alors son ami fidèle jusqu’à un coup de fil matinal : « Tu veux aller au Pérou ? ». Le film d’Hugo David et Raphaël Quenard est totalement inclassable. Tous deux jouent sur l’ambiguïté de ce qu’ils montrent, est-on dans un documentaire ou une fiction ? Toute la première partie est plus vraie que nature (véritables images de la cérémonie des césars) avant de basculer dans l’absurde à la manière de Quentin Dupieux. Raphaël se prend pour un condor ! « I love Peru » est un ovni à l’image de son personnage principal, sarcastique mais surtout mélancolique.
- « L’accident de piano » de Quentin Dupieux : Magalie est une star du web grâce à des vidéos où elle s’inflige toutes sortes de violences physiques. Elle a découvert l’émission « Jackass » enfant et elle reproduit le principe. Magalie est en fait totalement insensible à la douleur, ce qui permet d’aller toujours plus loin. Lors d’un tournage, un terrible accident l’oblige à se retirer à la montagne avec son assistant Patrick. Le casting du dernier film de Quentin Dupieux est encore une fois de haut niveau. Adèle Exarchopoulos est hallucinante d’arrogance et de bêtise (en plus des bagues aux dents, des cheveux coupés n’importe comment et des vêtements informes). Elle est bien entourée avec un Jérôme Commandeur lâche et servile, une Sandrine Kiberlain fourbe et manipulatrice et un Karim Leklou complètement idiot. Le vide abyssal des vidéos de Magaloche, son narcissisme, son besoin de surexposition sont dénoncés par l’absurde comme toujours chez Dupieux. Moins drôle que ses derniers films, le réalisateur choisit la noirceur du thriller pour critiquer les travers de son époque.