C’en est fini de moi de Alfred Hayes

Hayes

Fuyant Los Angeles et sa seconde femme, Asher revient à New York, là où il est né. Il est écrivain, scénariste et il a rencontré un certain succès. Mais les contrats ont fini par s’espacer, sa seconde femme a fini par le tromper. Asher espère retrouver une innocence, une jeunesse en revenant dans sa ville. Il y rencontre un couple : Michael, un petit cousin, et sa petite amie Aurora, vingt ans. Asher en a presque soixante mais il tombe sous le charme de la jeune femme. Pour garder contact et jouer les maîtres à penser de Michael qui souhaite être écrivain, Asher l’emmène se promener dans les rues où il a vécu. Il lui raconte son enfance au fil des promenades : « Peut-être que pour Michael, qui marchait, mains dans les poches de son manteau, à mes côtés, cela s’apparentait à la visite non d’une ville, mais d’un entrepôt à l’abandon, un après-midi passé dans un immense garde-meuble, empli de tout et de rien, d’objets poussiéreux portant une étiquette et que personne, jamais, ne viendrait chercher. Je voyais qu’il pourrait ressentir les choses ainsi. Bon Dieu : dans quoi m’étais-je fourré, une histoire de résurrection ? Quoiqu’il en soit, j’avais besoin de susciter son intérêt. » Il veut également susciter celui de la belle Aurora et pas uniquement pour être son mentor.

Après « Une jolie fille comme ça », je continue à découvrir l’oeuvre de Alfred Hayes, romancier et scénariste né en Grande-Bretagne et mort à Los Angeles. « C’en est fini de moi » est une histoire bien cruelle, celle d’un homme vieillissant et essayant d’arrêter la course du temps en se frottent à la jeunesse. Il partage leur quotidien, leurs sorties nocturnes. Son sentiment d’avoir rater sa vie s’estompe à leurs côtés. Il s’imagine leur protecteur, leur conseiller. Il ne voit pas que ses deux jeunes compères l’entraînent petit à petit dans un jeu ambigu et pervers. Il ne voit pas que l’écart est trop grand entre les générations pour espérer le combler. Cette jeunesse n’a que faire des conseils qu’il pourrait leur apporter. La leçon que Michael et Aurora lui réservent lui laissera un goût amer et celui d’une profonde solitude. Comme dans « Une jolie fille comme ça », le ton est très désabusé, le narrateur nous raconte la fin de ses illusions.

« C’en est fini de moi » est également un bel hymne à la ville de New York que Asher redécouvre avec surprise et fascination. Ses souvenirs s’ancrent dans ceux des rues, des immeubles, des petits magasins de quartier. « Je longeais ce qui avait été autrefois la 6ème avenue et que l’on avait rebaptisée Avenue des Amériques. Je n’avais qu’à marcher lentement et, lentement, la ville viendrait à moi. Mais New York ne vient jamais lentement à qui que ce soit. Ce n’est pas un paysage. Elle vient à vous simultanément. Elle existe continûment à la périphérie du regard. Presque toujours, on aperçoit à la limite de ce que l’on voit quelque chose que l’on ne voit pas encore. J’avais toujours su cela, même à l’époque où c’était une ville différente, une ville que j’habitais, la même que celle où je tentais de vivre aujourd’hui. » Une ville qui, comme Asher, a changé imperceptiblement et où les souvenirs ne sont plus que des images lointaines.

« C’en est fini de moi » est le récit d’un homme aveuglé par la jeunesse, espérant un souffle nouveau et qui finit plus seul que jamais. Un roman âpre sur le déclin d’un homme sous le ciel gris de New York en janvier.

3 réflexions sur “C’en est fini de moi de Alfred Hayes

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