Bilan livresque et cinéma de juin

Juin

Le mois de juin fut placé sous le signe des dix ans de notre mois anglais et encore une fois vos participations nous ont fait chaud au cœur. Alors un grand merci à tous les participants et mes co-organisatrices du tonnerre : Lou et Cryssilda. Si vous souhaitez continuer à nous accompagner dans nos lectures anglaises, le challenge « A year in England » se poursuit jusqu’à la fin de l’année. En dehors des lectures pour le mois anglais dont j’ai déjà pu vous parler, j’ai eu le plaisir de lire deux BD/romans jeunesse : « Lettres d’amour de 0 à 10 » de Susie Morgenstern et Thomas Baas et « Le plus bel hôtel du monde » de Gwenaëlle Barussaud et Lucie Durbiano. Je vous reparle très vite de la formidable bande-dessinée de Cy « Radium girl », de l’incroyable destinée du « Colosse » de Pascal Dessaint et de la révolution écologique dont parle Pierre Ducrozet dans « Le grand vertige ».

Le cinéma m’a énormément manqué durant les différents confinements et je me suis bien rattrapée ce mois-ci puisque j’ai vu dix films ! Et je vais commencer par mes coups de cœur :

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Mikaël est médecin de nuit, il parcourt Paris dans son break et enfoncé dans sa veste de cuir noir. Il est convoqué par l’assurance maladie qui lui reproche de prescrire trop de subutex. Mikaël aime certes aider les toxicos mais il est surtout coincé dans un trafic d’ordonnance pour aider son cousin pharmacien. Durant une nuit, il va essayer de remettre de l’ordre dans sa vie.

Le film d’Elie Wajeman est un formidable et captivant film noir. L’excellente idée est de ramasser son intrigue sur une seule et unique nuit ce qui génère beaucoup de tension. On voit Mikaël se débattre entre le bien et le mal, entre ses convictions et son affection profonde pour son cousin. Elie Wajeman nous montre également les patients du médecin : l’anxiété, la solitude dues à la nuit sont son quotidien. Les consultations sont des bulles d’humanité dans la noirceur du récit. Je ne suis pas toujours convaincue par les prestations de Vincent Macaigne mais là je suis éblouie par son incarnation de Mikaël; tout en puissance physique et en tourments. « Médecin de nuit » est un film noir maîtrisé, compact avec un Vincent Macaigne saisissant.

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Après le décès de son mari, Virginie décide de transformer son exploitation agricole. Des chèvres, elle passe aux sauterelles dont elle tire de la farine hyper-protéinée pour l’alimentation d’autres animaux. Virginie doit travailler énormément pour se faire connaître et produire assez de farine pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses deux enfants. Elle gère seule sa vie professionnelle et sa vie personnelle et les difficultés se multiplient jusqu’à ce qu’elle trouve un moyen de doper la reproduction des sauterelles.

Le premier film de Just Philippot est une réussite : tendu, horrifique, maîtrisé de bout en bout. Il commence de manière réaliste, on suit le quotidien âpre de Virginie : son courage à vouloir poursuivre son travail comme ses déconvenues. Mais dès le départ, l’ambiance distille de l’anxiété et on sent que les choses ne vont pas tourner comme l’espère Virginie. L’excellente idée de Just Philippot est d’avoir choisi les sauterelles, un insecte qui n’inquiète personne et pourtant il réussit à les rendre de plus en plus menaçantes. L’angoisse, la violence augmentent au fil de l’intrigue et l’étau se resserre impitoyablement sur l’héroïne. Les personnages sont très attachants, notamment Virginie incarnée avec densité par Suliane Brahim. « La nuée » est un formidable film, original et surprenant.

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Fern vivait à Empire, ville du Nevada balayée par la récession. L’usine de plâtre qui faisait vivre toute la ville a fermé et le lieu s’est totalement vidé de ses habitants jusqu’à disparaitre. Fern, qui est veuve, n’a alors d’autres choix que de prendre la route. De petits boulots en petits boulots, elle parcourt l’Amérique. Et elle est loin d’être seule à avoir adopté ce mode de vie nomade. Par goût ou par nécessité, ils sont nombreux à se croiser dans les vastes paysages américains.

J’avais beaucoup aimé « The rider », le précédent film de Chloé Zhao et je retrouve son art de filmer des western modernes. Ici, les nomades, pour la plupart âgés, sont de nouveaux pionniers qui sillonnent le territoire et s’inventent un nouveau mode de vie. Une communauté (bien réelle car la quasi totalité des acteurs sont non-professionnels) s’est créée, se retrouve une fois par an et se donne des conseils sur la vie nomade, les boulots saisonniers. Chloé Zhao nous montre une Amérique alternative, celle des déclassés, comme Fern, qui tentent de survivre. Le film se déploie avec lenteur, s’attarde sur le quotidien de Fern : ses difficultés, sa mélancolie, sa douceur. Frances McDormand habite avec naturel, évidence ce personnage qui n’a pas été épargné par la rudesse du monde. Elle nous bouleverse comme tous les autres personnages aux destins singuliers.

Et sinon :

  • « Balloon » de Pema Tseden : Drolkar et son mari Dargye vivent sur les hauts plateaux du Tibet avec leurs trois enfants et le père de Dargye. La petite famille élève des brebis. Les deux jeunes garçons s’amusent un jour avec des ballons qu’ils ont trouvé dans la chambre de leurs parents. Le problème est qu’il s’agit en réalité des derniers préservatifs de leurs parents. Les autorités chinoises n’autorisent que trois enfants aux paysans tibétains et Drolkar a beaucoup de difficulté à trouver des préservatifs. Leur utilisation est mal vu dans la communauté et le planning familial est bien loin. Le réalisateur Pema Tseden nous propose presque un documentaire sur la vie de cette famille tibétaine. On suit  les personnages dans leurs différentes activités, dans les rituels bouddhistes au fil des jours. « Balloon » est en cela un film très intéressant et les magnifiques paysages des hauts plateaux ne font que renforcer notre plaisir de spectateur. Mais le film est bien plus qu’un documentaire. Le réalisateur choisit un angle féministe en se focalisant sur le destin de Drolkar et sa sœur qui est devenue nonne suite à une déception amoureuse. Toutes les deux sont des femmes fortes, courageuses qui sont prêtes à beaucoup de sacrifices pour affirmer leurs convictions ou leurs droits. Un très beau film poétique et réaliste.
  • « Vaurien » de Peter Dourountzis : Djé vit à la marge. Il n’a pas d’argent, pas de logement. Grâce à son charme, il trouve des petits boulots à droite à gauche, il se fait héberge par des personnes rencontrées le jour même. Ce sont surtout les femmes qu’il cherche à séduire. Mais sous le sourire narquois se cache un prédateur impitoyable. Le premier long-métrage de Peter Dourountzis est un thriller efficace, troublant et féministe. Le réalisateur fait tout d’abord le choix de ne jamais montrer la violence qu’exerce Djé sur les femmes. Ce qu’il montre en revanche parfaitement, c’est le malaise créé par Djé et le sentiment d’être une proie (la première scène dans le train où il s’impose face à une jeune femme, son regard insistant dans un bus). Mais il y aussi des femmes fortes dans le film, des femmes qui résistent et se défendent contre le machisme. La scène dans un bar où Ophélie Bau finit par plonger un tampon hygiénique dans le verre de rouge d’un client est explosive et réjouissante. Pour incarner ce monstre froid et séduisant, il fallait tout le talent de Pierre Deladonchamps qui est encore une fois exceptionnel. « Vaurien » est un thriller réaliste et féministe avec un personnage central glaçant. 
  • « Les deux Alfred » de Bruno Podalydès : Alexandre doit absolument trouver un travail. Chômeur de longue durée, il a été mis à l’épreuve par sa femme après un petit écart. Elle l’a laissé seul avec leurs deux enfants, il doit donc réussir à tout gérer. Il réussit à décrocher un travail de « reacting process » dans une boîte nommée The box. L’ambiance y semble décontractée mais le patron n’embauche que des salariés sans enfant. Alexandre va devoir se débrouiller pour cacher l’existence des siens. Il sera aider par Arcimboldo, rencontré à la crèche, qui enchaîne les petits boulots farfelus (il recharge les drones livreurs tombés en panne sur le trottoir, il remplace ses clients dans les manifs, il revend des stocks de montres connectées). Depuis « Versailles-rive-gauche », je prends toujours un grand plaisir à retrouver l’univers de Bruno Podalydès. Ce dernier opus m’a fait penser à ce moyen métrage : on y retrouve les acteurs fétiches du réalisateur (son frère Denis naturellement, Michel Vuillermoz, Isabelle Candelier, Jean-Noël Brouté, Philippe Uchan) et sa fantaisie débridée. Cette dernière est au service d’une douce critique de notre société ultralibérale et de ses absurdités. Comme toujours, Bruno Podalydès distille beaucoup de poésie dans son film, ses personnages sont lunaires et ils ont conservés une part d’enfance en eux. En plus d’Alexandre (Denis) et Arcimboldo (Bruno), un troisième personnage vient se rajouter, il s’agit de Séverine (Sandrine Kiberlain), qui est chief prospect officer. Brusque, sèche, elle s’avèrera aussi paumée qu’Alexandre dans cette modernité trop connectée ! « Les deux Alfred » est un film drolatique, tendre au casting parfait qui parle de fraternité et de solidarité.
  • « Playlist » de Nine Antico : Sophie a 28 ans, elle est dessinatrice mais sans formation, elle peine à trouver du travail. Elle est également à la recherche du grand amour. Les deux s’avèrent très compliqués. Nine Antico, autrice de bande-dessinée, a choisi le noir et blanc pour nous raconter les difficultés de Sophie. Ce qui n’est pas sans rappeler la Nouvelle Vague d’autant plus que le ton du film est très naturel et réaliste. Ce récit d’apprentissage est semé d’embûches et de personnages aussi fantaisistes que comiques. Entre un patron cyclothymique qui balance des objets sur les bureaux de ses employés, un jeune vendeur de matelas qui ne veux pas faire l’amour ou la meilleure amie de Sophie, actrice en devenir, qui transforme une formation de secouriste en drame déchirant, Sophie est bien entourée ! « Playlist » est un film plein de charme, léger, servi par Sara Forestier et Laëtitia Dosch, toutes deux formidables.
  • « Des hommes » de Lucas Belvaux : Feu-de-bois, un homme solitaire, tient à participer à la fête d’anniversaire de sa sœur Solange. Mais, à part elle, personne ne souhaite voir Feu-de-bois, revenu violent et raciste de la guerre d’Algérie vingt ans plus tôt. La fête tourne bien évidemment au vinaigre et Rabut doit sortir son cousin de la salle. Feu-de-bois va alors s’enfoncer encore un peu plus dans la violence. Le dernier film de Lucas Belvaux est tiré du roman éponyme de Laurent Mauvignier que j’avais beaucoup aimé. On retrouve dans le film la complexité de Feu-de-bois et de Rabut, les deux cousins envoyés ensemble en Algérie. Le premier ne s’est jamais remis de ce qu’il a vu là-bas. Et à son retour, il n’a jamais pu en parler, se libérer. Rabut, quant à lui, n’arrive plus à comprendre son cousin mais il continue à chercher sa part d’humanité. Lucas Belvaux, comme dans le roman, fait des aller-retours entre le présent et la période de la guerre. Et c’est sans conteste cette deuxième partie qui est la plus réussie dans le film. La tension, l’émotion sont palpables et les deux comédiens (Yoann Zimmer et Edouard Sulpice) n’ont rien à envier à leurs prestigieux aînés (Gérard Depardieu et Jean-Pierre Darroussin). « Des hommes » ne m’a pas entièrement convaincue mais la partie algérienne du film vaut vraiment la peine d’être vue.
  • « Petite maman » de Céline Sciamma : Nelly, 8 ans, vient de perdre sa grand-mère. Elle vient vivre dans la maison de celle-ci avec ses parents afin de la vider. Sa mère s’enferme dans son chagrin et finit par quitter la maison de son enfance. En se promenant dans les bois, Nelly rencontre une autre petite fille qui lui ressemble énormément. Nelly comprend rapidement que cette petite fille est en réalité sa mère à l’âge de 8 ans. Céline Sciamma met en scène un conte sans mettre en scène aucune magie. Le croisement temporel se déroule dans un décor réaliste et la forêt fait office de porte sur le passé. L’idée est jolie, les deux petites filles sont filles uniques et semblent par moment bien seules. Leur amitié, leur ressemblance les unissent, les renforcent. Et ce lien consolidé perdurera entre la mère et la fille une fois le sortilège terminé. Même si j’ai trouvé charmant le dernier film de Céline Sciamma, il n’a ni la force, ni la poésie de « Portrait de la jeune fille en feu » que j’avais adoré.
  • « Le discours » de Laurent Tirard : Sonia a mis sa relation avec Adrien en pause. Et cela dure depuis trente huit jours au grand désespoir de ce dernier. Cela ne va pas s’arranger pour lui lorsque le petit ami de sa sœur lui demande, lors d’un repas de famille, s’il pourrait faire un discours lors de leur mariage. Un véritable cauchemar pour Adrien et s’ajoute à cela le fait que Sonia n’a toujours pas répondu au sms qu’il lui a envoyé à 17h26. Voilà un film que je me réjouissais de voir tant j’ai aimé le roman de Fabrice Caro dont il est tiré. Hélas, trois fois hélas, j’en suis ressortie fort déçue. Rien à reprocher aux acteurs, Benjamin Lavernhe en tête, qui sont tous très bien. Mais la réalisation manque de trouvailles visuelles, de fantaisie pour rendre le côté décalé et hilarant du livre. Le film n’est pas non plus assez rythmé pour nous captiver sur la longueur. En clair : lisez le roman de Fabrice Caro plutôt que de voir son adaptation !

4 réflexions sur “Bilan livresque et cinéma de juin

  1. Si j’ai bien aimé Petite Maman, je dois dire que j’ai été déçue par rapport à son film précédent que j’avais également adoré !!
    Je suis aussi allée voir « Billie Holiday, une affaire d’état » que j’ai beaucoup aimé ! L’actrice est excellente.

  2. Bonjour Titine, j’ai regretté de ne pas avoir vu Vaurien et Playlist. Même si je suis sûre que le film est bien, j’ai fait l’impasse sur La nuée. Pour le Discours, la BA suffit (comme parfois pour certains films). Des hommes et Les deux Alfred m’ont plu et Médecin de nuit permet à Macaigne de montrer que c’est vraiment un grand acteur. Bonne après-midi.

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