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Ils me prennent pour un fou, un illuminé. Tous dans le village le pensent. Je le vois bien dans leurs yeux quand je les croise. Ils m’observent à la dérobée, le sourire aux lèvres, lorsque je pars arpenter la montagne avec mes cartes et mes instruments de mesure.
Quelque part, je les comprends, je ne suis pas le premier à avoir cette idée folle. D’autres sont venus épuiser leurs rêves sur les versants de la montagne. Ce qu’ils n’admettent pas, c’est que cette fois, c’est l’un des leurs qui cède aux chimères.
J’ai grandi ici aux pieds de ce massif aride scandé par les cyprès. Au sommet d’un éperon rocheux, les ruines d’un château nous toisent. Seule une tour a su garder son intégrité et sa grandeur. C’était notre repaire.
L’écho de la sonnerie de fin de cours planait encore dans l’air que nous étions déjà loin. Barnabé, Justin et moi passions nos fins d’après-midi à nous imaginer en preux chevaliers défendant notre tour.
C’est là que mon idée, mon obsession diraient certains, a germé. Un jour, un vieil homme est venu nous parler. Il nous conta l’histoire du seigneur cathare qui vivait ici et qui dut fuir les persécutions de la papauté. Il nous expliqua aussi qu’une légende entourait son départ. Le seigneur cathare n’aurait pas emmené son trésor avec lui. Espérant revenir rapidement sur son domaine, il aurait enterré ses biens les plus précieux dans les environs.
Nos imaginations de gamins se sont alors emballées. Nous serions ceux qui allaient redécouvrir le trésor du seigneur cathare. La recherche nous a occupé plusieurs étés. Nous nous sommes documentés, avons récupéré des cartes de la région. Nous scrutions chaque centimètre de terre, soulevions chaque pierre avec détermination. Quelle palpitante chasse aux trésors cette histoire représentait !
Et puis, un été, Barnabé et Justin n’ont plus voulu me suivre. Ils me disaient que nous avions passé l’âge, que la plaisanterie avait assez duré. Ils voulaient m’entraîner dans les cafés, à la piscine où nous pouvions aborder les filles. Mais moi je savais que le trésor était bel et bien là, qu’il ne fallait pas relâcher nos recherches. Barnabé et Justin m’ont dès lors regardé avec moquerie et un soupçon de mépris. Comme le reste des habitants.
Je suis parti un temps mais je suis revenu chercher dans la montagne mon trésor enseveli. Ne me demandez pas pourquoi j’y tiens tant, je ne le sais pas moi-même. Ce que je sais en revanche, c’est que je le trouverai.

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