Viola Wither se retrouve veuve à 21 ans. Sans ressources, elle doit aller vivre chez ses beaux-parents, propriétaires d’un manoir dans la campagne de l’Essex. La famille Wither vit une vie monotone et austère. Le père est uniquement intéressé par l’argent et la manière de le placer. Il impose aux autres membres de sa famille une vie réglée, régie par la pendule et ne supporte aucun retard. Les deux filles de la maison ne sont pas mariées : Madge se consacre au sport et à son désir d’avoir un chien, Tina attend toujours l’homme providentiel et le trouve dans le chauffeur de son père. Viola s’ennuie donc ferme parmi les Wither. Elle, si frivole, ne rêve que de la vie des voisins : les Spring qui organisent fêtes sur fêtes. Viola tombe d’ailleurs sous le charme du fils de la famille, Victor, qui malheureusement vient de se fiancer. Va-t-il enfin advenir quelque chose dans la vie de Viola ?
« Le bois du rossignol » est un roman très caustique, so english, qui évoque ceux de Jane Austen. Ce sont en effet les femmes qui en sont le cœur. Stella Gibbons nous en offre toute une galerie. Dans cette société conventionnelle et traditionaliste, ce sont elles qui font bouger les lignes. Viola est issue d’un milieu populaire, son père était propriétaire d’un magasin de mode. Son mariage ne plaisait absolument pas à Mr Wither, une mésalliance pour lui. Il devra en subir une autre avec l’amour de Tina pour le chauffeur. Chez les Spring aussi, c’est une femme qui veut révolutionner les habitudes. Il s’agit de la cousine orpheline de Victor, Hetty. Elle voudrait faire des études à l’université, être indépendante et passe son temps à lire de la poésie. « À présent, Hetty devait s’y consacrer en cachette, sous peine de provoquer les moqueries puis les commentaires acerbes de sa tante et son cousin, ils n’appréciaient pas la singularité et l’intelligence chez les jeunes filles. De telles créatures, incapables de faire carrière malgré leurs dons, étaient des inadaptées. Si, comme Hetty, elles ne montraient aucun talent pour les fêtes, l’équitation, le tennis, le ski, l’avion, la voile et le golf, elles étaient une épreuve, un constant sujet d’irritation pour les Spring. » Hetty rêve du calme et de la vie monacale des Wither ! Elle aussi va à l’encontre du modèle féminin traditionnel et espère pouvoir enfin choisir sa vie.
« Le bois du rossignol » est un roman plein d’esprit qui nous livre des portraits de femmes très modernes et très justes. Une jolie découverte.
Un grand merci aux éditions Points pour ce roman.


















