
Lady Susan, veuve sans le sou, vient s’installer à Churchill dans la demeure du frère de son mari. Malgré la cordialité de ses rapports avec sa famille, c’est contrainte et forcée que Lady Susan atterrit chez eux. Elle a précédemment logé à Langford chez Mr et Mrs Manwaring et son comportement n’a été que peu apprécié par la maîtresse des lieux ; « Sa façon d’agir avec Mr Manwaring a rendu sa femme jalouse et malheureuse, et l’attention qu’elle a porté à un jeune homme auparavant attaché à la soeur de Mr Manwaring, a privé une aimable jeune fille de son prétendant. »
Lady Susan cherche donc à se faire un peu oublier durant son séjour chez son beau-frère, Mr Vernon. Mais il y a peu de mondanités à Churchill et Lady Susan, séductrice invétérée, s’ennuie rapidement. Pour occuper son esprit, elle tente tout d’abord de marier sa fille Frederica, qu’elle considère comme « la plus grande sotte de la terre » à l’ancien prétendant de Miss Manwaring. Frederica étant des plus réticentes à ce projet, Lady Susan se donne un autre but : séduire le frère de sa belle-soeur, Reginald de Courcy, qui pourtant avait un avis des plus négatifs sur elle. « Ce sera mon objet désormais d’humilier toujours davantage l’orgueil de ces De Courcy pleins de suffisance, de convaincre Mme Vernon que ses mises en garde fraternelles ont été faites en pure perte et de persuader Reginald qu’elle m’a scandaleusement calomniée. Ce projet aura au moins le mérite de m’amuser (…) » Reginald De Courcy se laissera-t-il abuser par les charmes dévastateurs de Lady Susan?
Jane Austen écrivit ce court roman en 1793-1794. Elle choisit une forme typiquement XVIIIème pour raconter l’histoire de Lady Susan : le roman épistolaire. C’est d’ailleurs cette forme qu’elle choisit au départ pour écrire « Raison et sentiments » intitulé alors « Elinor et Marianne ». Elle se rend assez vite compte que cette forme est quelque peu désuète et elle réécrit son roman à l’aide d’un narrateur omniscient. La limite du roman épistolaire est également perceptible dans « Lady Susan » puisqu’il n’y a plus de lettres à la fin de l’histoire, un narrateur nous expose les destinées des différents personnages.
La personnalité de Lady Susan est plutôt réjouissante et Jane Austen compose l’un de ses personnages les plus manipulateurs. Lady Susan joue de sa beauté, de son intelligence pour manipuler tout son petit monde à son avantage. Elle est fausse, double en société et abuse surtout de la naïveté des hommes. Elle se fait de miel devant son beau-frère pour qu’il l’aide financièrement et n’a de considération pour lui que parce qu’il est facilement manipulable. Je n’ai eu que peu de compassion pour ces hommes qui changent d’avis face à la spirituelle Lady Susan. Les hommes considèrent les femmes comme de faibles personnes qu’il faut protéger. Lady Susan, qui est tout le contraire, en profite et on ne saurait l’en blâmer si elle ne s’occupait que de son propre destin.
Jane Austen nous fait le portrait d’une femme forte qui décide elle-même qui elle doit épouser. Le mariage n’est plus alors qu’une possibilité de s’enrichir ou de s’élever socialement. Mais il faut prendre en compte bien des paramètres pour s’assurer la tranquillité en plus de la fortune. Lady Susan à son amie Mme Johnson : « Ma chère Alicia, quelle erreur n’avez-vous pas commise en épousant un homme de son âge – juste assez vieux pour être formaliste, pour qu’on puisse avoir prise sur lui et pour avoir la goutte – trop sénile pour être aimable et trop jeune pour mourir. » Mais pour arriver à cette liberté de ton, il faut oublier sa réputation. Lady Susan est considérée, à juste titre quand même, comme une aventurière. On ne peut impunément s’asseoir sur les convenances !
« Lady Susan » est un roman mineur de Jane Austen qui se lance dans l’écriture avec un personnage à la Madame de Merteuil. Le choix des lettres nous montre l’ancrage de l’auteure dans le XVIIIème mais c’est avec « le roman XIXème » qu’elle atteint la pleinitude de son art. « Lady Susan » est néanmoins tout à fait charmant, agréable à lire et la méchanceté de Lady Susan est assez jubilatoire.











