
« La recluse de Wildfell Hall » est le second roman de la cadette des soeurs Brontë, Anne. Le premier, « Agnès Grey », a été publié en 1847, celui-ci en 1848 sous le pseudonyme de Acton Bell. Les trois soeurs avaient en effet envoyé leurs manuscrits aux éditeurs sous des pseudonymes masculins pour avoir plus de chance d’être publiées.
L’histoire de « La recluse de Wildfell Hall » commence à l’automne 1827. Le narrateur est Gilbert Markham, un fermier de 24 ans. Dans le village, une nouvelle habitante vient de s’installer à Wildfell Hall. Elle se nomme Helen Graham, est veuve, mère d’un fils de cinq ans, reste très réservée et à l’écart de la vie sociale de la petite communauté. Son logement se prête d’ailleurs fort bien à l’isolement : » Près du sommet de cette colline, à 2 miles environ de Linden-Car, se dressait Wildfell Hall, une vieille bâtisse de l’époque élisabétahaine, construite en sombres pierres grises, vénérable et pittoresque, mais sans aucun doute aussi froide que triste à habiter, avec ses épais meneaux de pierre, ses petites vitres treillissées, ses soupiraux rongés par le temps et son isolement. »
La nouvelle arrivée suscite immédiatement l’intérêt de tous. Gilbert Markham ne fait pas exception et son attention devient de plus en plus tendre. Mais il ne comprend pas l’attitude froide et distante d’Helen alors même qu’ils passent beaucoup de temps ensemble. Elle ne veut pas approfondir ses relations avec Gilbert : »(…) si vous ne pouvez vous contenter de me regarder comme une amie…une amie sincère, sans passion, maternelle ou fraternelle, je dois vous prier de me laisser seule à présent, et de me laisser seule désormais. » Cette solitude est rapidement l’objet des pires rumeurs sur la moralité d’Helen. Elle doit alors s’expliquer auprès de Gilbert.
Là s’ouvre un deuxième récit dont le narrateur est Helen elle-même. A travers son journal intime, elle nous raconte son mariage avec Arthur Huntingdon qui ne se déroula pas exactement comme la jeune fille romantique l’avait imaginé. « Il n’est pas non plus un mauvais mari; mais ses notions de devoir et de bonheur conjugal sont opposées aux miennes. Si l’on en juge par l’apparence, son idée est que la femme est faite pour aimer l’homme avec dévotion et pour rester à la maison. Elle doit attendre son mari, l’amuser, pourvoir à son confort de toutes les façons possibles, tant qu’il lui plaît de rester avec elle. Quand il est absent, elle doit veiller à ses intérêts domestiques et autres et patienter jusqu’à son retour. Peu importe ce qu’il fait pendant ce temps. »
« Le recluse de Wildfell Hall » est un des premiers romans féministes. Helen, déçue par son mariage, revendique sa liberté et défie son mari. Les femmes ne sont que secondaires dans le couple et doivent tout mettre en oeuvre pour être agréables aux hommes. Anne Brontë n’était bien entendu pas de cet avis, Helen en est la preuve mais également Esther qui ne cède pas à la pression sociale et attend l’amour véritable.
On trouve dans « La recluse de Wildfell Hall » des thématiques proches « Des hauts de Hurlevent » de Emily Brontë. Notamment celui de la violence sauvage des hommes (même le charmant Gilbert peut réagir de manière violente) et surtout l’alcoolisme qui les détruit. Branwell Brontë, le frère d’Anne, était lui-même alcoolique ce qui le mena à une déchéance physique mortelle.
J’ai beaucoup apprécié cette lecture même si l’écriture de Anne est moins fluide que celle de ses deux soeurs. Les thématiques, le réalisme social en font une oeuvre tout à fait intéressante. Anne confirme l’extraordinaire créativité artistique de la famille Brontë.









