Mari et femme de W. Wilkie Collins

Anne Silvester et Blanche Lundie sont amies d’enfance comme l’étaient leurs mères. Suite à l’annulation de son mariage, la mère d’Anne est morte de chagrin laissant la petite aux bons soins de la mère de Blanche. Les deux enfants grandissent ensemble et deviennent inséparables. Arrivée à l’âge adulte, Anne Silvester se met dans une position très délicate. Elle est tombée amoureuse de Geoffrey Delamayn, un sportif sans âme et sans moralité. La malheureuse Anne va rapidement se retrouver dans la même situation que sa mère : les lois écossaises iniques sur le mariage vont mettre sa vie en péril. Anne refuse de demander de l’aide à Blanche qui prépare elle-même son mariage. Mais cette dernière sera mêlée bien malgré elle aux problèmes de son amie.

Dans « Mari et femme », Wilkie Collins se lâche et dénonce fortement la société britannique. Son point de départ est le problème des lois sur le mariage totalement injustes envers les femmes. La mère d’Anne Silvester a été répudiée par son mari du jour au lendemain à cause de la loi irlandaise sur le mariage inter-religieux. Quant à Anne, elle se retrouve mariée sans le savoir à cause d’une loi écossaise ! Wilkie critique bien évidemment ces différentes lois. Mais ce qui le révolte le plus c’est l’apathie des Anglais face à cela. Il trouve parfaitement inacceptable que ses compatriotes acceptent de pareilles aberrations au sein de leur royaume. Il n’est pas tendre avec les Anglais et dénonce leur mode de vie et leurs goûts. Notamment celui qui les porte à admirer les sportifs. Wilkie Collins présente ces derniers comme de parfaits crétins, tous semblables et incapables d’ouvrir un livre. « Est-il besoin de les décrire ? Le portrait que nous avons donné de Geoffrey les caractérise tous. Il y a autant de diversité dans une réunion d’athlètes anglais qu’au sein d’un troupeau de moutons anglais. » Comme vous pouvez le voir, Wilkie est féroce ! Sa dénonciation de la société anglaise se fait, comme souvent chez lui, avec beaucoup d’ironie.

Au risque de perdre une amie, je dois vous avouer que j’ai connu un passage à vide vers la page 350. Wilkie prend vraiment son temps pour faire décoller son intrigue. Il annonce régulièrement en fin de chapitre qu’il va très bientôt se passer quelque chose de terrible mais 30 pages plus loin on en est toujours au même point ! Je sais bien que la publication en feuilleton l’obligeait à tenir son lectorat en haleine, mais lorsqu’on le lit d’un trait (784 pages en 6 jours…) c’est un peu agaçant… mais je ne lui en ai pas voulu bien longtemps. L’intrigue finit par repartir et il est alors impossible de lâcher le livre. Car une histoire ficelée par Wilkie Collins est toujours un attrape-lecteur (et je ne dis pas ça pour regagner les faveurs de l’amie citée plus haut !). Et celle-ci est pleine de rebondissements et de surprises.

Malgré ma petite réserve, « Mari et femme » m’a fait passer un moment agréable. Wilkie Collins y défend farouchement la liberté des femmes contre une société fascinée par le culte de la virilité. J’apprécie toujours autant son ironie féroce et son art des intrigues complexes. 

Je remercie Bénédicte et les éditions Phébus pour cette réédition qui m’a accompagnée pendant mes vacances.

Victoria

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Drood de Dan Simmons

Le 9 juin 1865, le train où se trouvent le célèbre Charles Dickens et sa maîtresse déraille à Staplehurst. Fort heureusement l’écrivain est sain et sauf et il se précipite hors de son wagon pour venir en aide aux blessés. En contrebas du pont où l’accident a eu lieu, Dickens découvre l’ampleur du désastre. C’est également là qu’il croise  un étrange et très inquiétant personnage nommé Drood. De retour à Londres, il racontera à son ami Wilkie Collins les évènements de ce 9 juin. Dickens devient rapidement totalement obnubilé par Drood et il décide de partir à sa recherche. Commence alors pour Charles Dickens et Wilkie Collins une aventure de longue haleine dans les tréfonds de l’âme humaine et de la capitale anglaise.

W. Wilkie Collins est le narrateur du dernier livre de Dan Simmons. Le récit raconte les cinq dernières années de la vie de Dickens, tout en faisant des va-et-vient dans le temps. Il mélange la réalité et la fiction à différents niveaux. Dan Simmons s’est visiblement beaucoup documenté pour écrire « Drood » et le lecteur retrouve de nombreux éléments de la vie des deux écrivains victoriens. C’est le cas pour l’accident de Staplehurst ou pour le besoin immodéré de laudanum de Collins.

La relation entre les deux hommes est très fouillée et probablement très proche de la réalité. Wilkie Collins et Charles Dickens étaient collaborateurs mais ce dernier a connu un succès beaucoup plus important que son cadet. L’amitié-rivalité des deux écrivains est parfaitement rendu par Dan Simmons. Wilkie Collins est d’une jalousie maladive allant jusqu’à dire que Dickens était un piètre écrivain. Cette mauvaise foi (flagrante pour toute personne ayant un jour ouvert un livre de Dickens…) est finalement très cocasse, j’avoue m’être beaucoup amusée des piques de Wilkie Collins. Et il faut reconnaître que Dan Simmons n’épargne aucun des deux hommes qui n’ont pas eu de comportements exemplaires avec les femmes. pas de jaloux de ce côté-là !

Le livre est également très réaliste en ce qui concerne la ville de Londres. Dan Simmons explore les tréfonds de la capitale britannique. Ses descriptions précises des bas-fonds rappellent celles de Dickens lui-même. « C’était la période la plus caniculaire, la plus fiévreuse d’un été caniculaire et fiévreux. Les excréments de trois millions de Londoniens exhalaient leurs miasmes dans des égouts à ciel ouvert, dont le plus vaste de tous (malgré les efforts auxquels nos ingénieurs s’étaient livrés cette année-là pour créer un réseau complexe de canalisations souterraines) n’était autre que la Tamise. Des dizaines de milliers de Londoniens dormaient sur le porche de leur maison ou sur leur balcon, n’attendant qu’une chose : la pluie. Mais quand elle tombait, c’était sous forme d’une douche chaude qui ne faisait qu’ajouter une couche de moiteur à la chaleur. Cet été-là, le mois de juillet pesait sur Londres comme une strate lourde et mouillée de chair en décomposition.  » Je suis fort heureuse de n’avoir pas connu la grande puanteur de 1858 !

Dan Simmons même l’Histoire, les biographies de Dickens et Collins à son récit. Mais à l’intérieur même de la narration, il est difficile de démêler le vrai du faux. Wilkie Collins nous raconte les dernières années de Dickens dans un brouillard d’opium. Ce dernier était également un adepte du mesmérisme ce qui contribue à brouiller encore plus les pistes. L’intrigue est parfaitement maîtrisée et très réussie.

Outre le plaisir de percer le mystère de « Drood », j’ai beaucoup aimé le livre de Dan Simmons car il est truffé de références aux œuvres de Dickens et Collins. On les voit également au travail et c’est passionnant. Dickens est en pleine écriture du « Mystère d’Edwin Drood » et Collins de son chef-d’œuvre « Pierre de lune ». (D’ailleurs si vous n’avez pas encore lu ce livre, évitez « Drood » qui vous révèle la fin.) Dans Simmons imagine leurs influences, leurs discussions pour peaufiner leurs intrigues, leurs désaccords.

 Vous l’aurez compris, je me suis régalée à la lecture du dernier livre de Dan Simmons. L’intrigue est haletante, l’atmosphère victorienne très bien rendue et on vit pendant 865 pages avec deux génies dela littérature anglaise. Que vouloir de plus ?

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George et Sharon.

Le mystère d’Edwin Drood de Charles Dickens

Cloisterham est une petite ville anglaise paisible dont l’activité tourne autour de la cathédrale. John Jasper est musicien, il fait chanter les choeur des moines. Son neveu, Edwin Drood, est promis depuis l’enfance à Rosa Bud, orpheline et pensionnaire dans une école de la ville. Les deux jeunes gens se posent beaucoup de questions sur leur avenir. S’aiment-ils assez pour passer leur vie ensemble ? Leurs doutes sont renforcés par l’arrivée de M. Neville et de sa soeur Helena, séduisants et fascinants personnages venus de l’étranger. Neville n’est pas insensible aux charmes de Rosa. Ce qui occasionne une violente dispute entre Neville et Edwin. Durant la nuit de Noël, Edwin Drood disparaît. Bien entendu Neville est tout de suite suspecté. Faute de preuves, ce dernier est relâché mais M. Jasper lui voue une haine terrible. Il jure de retrouver l’assassin de son neveu et de se venger.

« Le mystère d’Edwin Drood » est le dernier roman de Charles Dickens et il est malheureusement inachevé. Le romancier n’en a écrit que la moitié. Il ne laisse cependant pas de doute sur l’identité de l’assassin. Néanmoins de nombreuses questions restent en suspens à la fin : qu’est-il arrivé à Edwin Drood ?  Que va devenir Rosa ? Qui est le mystérieux M. Datchery qui semble espionner M. Jasper ? Le lecteur ne peut compter que sur son imagination pour y répondre.

J’ai retrouvé dans « Le mystère d’Edwin Drood » tout ce qui me plaît chez Charles Dickens. Il crée une extraordinaire galerie de personnages. Ceux qui sont au centre de l’intrigue sont très vivants, très attachants, ou terrifiant pour le criminel supposé. Comme toujours les nuances ne sont pas de mise dans la caractérisation des héros. Les personnages secondaires sont très pittoresques et souvent victimes de la plume acide de Dickens : M. Sapsea est un âne à la stupidité suffisante, M. Durdles est un prodigieux abruti et M. Honeythunder est « un peu semblable à une pustule sur le visage de la société. »

Les descriptions de Dickens sont saisissantes et son écriture de toute beauté comme dans ce passage : « Le lendemain matin, un soleil éclatant brille sur la vieille cité. Ornés d’un lierre vigoureux qui luit au soleil, entourés d’arbres somptueux qui se balancent dans l’air embaumé, ses monuments anciens et ses ruines sont d’une beauté incomparable. Les jeux d’une lumière radieuse, qui changent avec le mouvement des branches, les chants des oiseaux, les parfums qui s’exhalent des jardins, des bois et des champs – ou plutôt de cet immense jardin qu’est toute l’Angleterre cultivée à cette époque de la récolte – tout cela pénètre dans la cathédrale, triomphant de son odeur terreuse et prêchant la résurrection et la vie. Les froides tombes de pierre, vieilles de plusieurs siècles, se réchauffent, le soleil lance des points lumineux sur le marbre jusque dans les coins les plus austères de l’édifice, où ils palpitent comme des ailes. » 

Ces quelques lignes montrent à quel point Charles Dickens était au summum de son style au moment de sa mort. Même inachevé « Le mystère d’Edwin Drood » reste un excellent témoignage du génie de l’écrivain anglais. D’ailleurs, le fait que le roman ne soit pas terminé a attisé la curiosité de nombreux écrivains cherchant à élucider la disparition d’Edwin Drood, nous donnant ainsi l’occasion de retrouver le personnage de Charles Dickens.

Victoria

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HAPPY NEW YEAR !!!

Un rapide bilan des lectures 2011 avant de commencer la nouvelle année. Le compteur de mes lectures s’est arrêté sur 79, un chiffre un peu moins important que celui de l’année dernière. Il faut dire que j’ai croisé quelques pavés sur ma route : Guerre et Paix de Tolstoï, Daniel Deronda de George Eliot et Crime et châtiment de Dostoïevski.  Trois immenses chefs-d’œuvre qui confirment mon amour de la littérature russe et britannique. Cette dernière m’a encore beaucoup occupé avec des grands auteurs comme Thomas Hardy, Robert Louis Stevenson, Elizabeth Gaskell, Daphné du Maurier, Sheridan Le Fanu, Agatha Christie, Wilkie Collins, William Shakespeare, Virginia Woolf et Vita Sackville-West entre autres. J’ai d’ailleurs fini l’année et commence la nouvelle avec un mois anglais organisé avec mes grandes copines Cryssilda et Lou. Et vous êtes très nombreux à participer et nous vous en remercions.

Mon année 2011 aura été marquée par des découvertes  : « Comment j’ai tué un homme » de  Carlo Gébler, Daniel Deronda de George Eliot, Le vent dans les saules de Kenneth Grahame, L’étrange disparition de Esme Lennox de Maggie O’Farrell et « Miss Mackenzie » de Anthony Trollope. Je ne vais pas tarder à en retrouver certains.

Durant cette année, j’ai également été harcelée par des nains qu’ils soient dans l’ombre, noir ou venant d’Inde.

Grâce à mon challenge sur les romans noirs des années 50, j’ai pu retrouver ou découvrir de grands auteurs américians : Jim Thompson, Chester Himes et David Goodis.

 

Pour 2012, je vais poursuivre le challenge d’Agatha Christie organisé par Georges et débuté le challenge Romans sous influence de Georges et Sharon.

 

Mais l’année 2012 sera surtout marqué par un bicentenaire, celui de l’anniversaire d’un des plus grands auteurs anglais de tous les temps (non, non je n’en fais pas trop, il le mérite !) : Charles Dickens ! Je commence la célébration de Charlie dès demain !

Il ne me reste plus qu’à vous présenter mes vœux de bonheur, de réussite, de rigolade, de voyage, de lectures riches et variées pour 2012.

 

HAPPY NEW YEAR !!!!!!!!!!

 

La maison sur le rivage de Daphné du Maurier

Richard Young vient passer quelques jours de vacances dans la maison de son ami Magnus Lane en Cornouailles. Ce dernier est professeur et chercheur en chimie. Il a un laboratoire dans son cottage et propose à Richard de tester une de ses potions. Seul en attendant l’arrivée de sa femme et de ses fils, Richard se fait rat de laboratoire pour Magnus. Il est loin d’imaginer l’incroyable effet de la potion. Après l’avoir ingérée, Richard se retrouve au XIVème siècle dans le même village des Cornouailles. Il suit un intendant de domaine nommé Roger et découvre la vie des nobles familles Champernoune, Bodrugan et Carminowe. Le problème, c’est qu’une fois revenu au XXème siècle, Richard n’a qu’une envie, c’est de reprendre de la potion. Il se prend de passion pour la belle Isolda Carminowe. « Plus que jamais encore, je mesurais en cet instant tout ce qu’avait de fantastique, et même de macabre, ma présence parmi eux. Invisible, pas encore né, monstrueux jouet du temps, j’étais témoin d’événements qui s’étaient passés plusieurs siècles auparavant et dont il n’avait été conservé aucune trace. Je me demandais pour quelle raison, tandis que j’étais là dans l’escalier, invisible mais présent, je me sentais tellement concerné et troublé par ces amours et ces morts. » Le quotidien entre deux mondes de Richard va se compliquer avec l’arrivée de sa femme, d’autant plus qu’il commence à ressentir des effets secondaires…

« La maison sur le rivage » est un roman passionnant et particulièrement réussi. Ce qui m’a frappée, c’est l’incroyable imagination de Daphné du Maurier. Sur le thème classique du voyage dans le temps, elle réussit à développer une intrigue particulièrement originale. Richard est transporté au XIVème siècle au même endroit en Cornouailles. Il est invisible pour les personnes qu’il croise, mais il se déplace réellement avec eux. Ce qui est la source de situations ambiguës et compromettantes lorsque l’effet de la potion s’atténue. Que fait-il dans ce champ ou dans le jardin d’une maison particulière ? Lorsque sa femme arrive, Richard ne peut lui expliquer ces situations étranges. Qui à part Magnus pourrait croire qu’il voyage dans le temps ? 

Daphné du Maurier s’empare également de questions métaphysiques sur la mort. La potion de Magnus abolit le temps, mais également la mort. Richard rencontre des personnes mortes il y a six siècles. L’hier, l’aujourd’hui et le demain existent-ils au même moment sur des strates différentes du temps ? Cette idée est bien entendu fort plaisante puisque nous pourrions voyager à notre guise dans les différentes strates. On comprend que Richard devienne rapidement accro à la potion de Magnus !

Enfin, je tiens à souligner le fait que les deux narrations sont réussies. On s’attache aussi bien à Richard et Magnus qu’aux personnes du XIVème siècle. Daphné du Maurier réussit à mener de front deux histoires captivantes. Je me suis inquiétée pour Richard, mais aussi pour Isolda Carminowe et Otto Bodrugan.

Un tour de force maîtrisé, passionnant et en prime la splendeur des Cornouailles chère à Daphné du Maurier.

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Jane Eyre de Cary Fukunaga

En début d’année est sortie en Angleterre une nouvelle adaptation du roman de Charlotte Brontë : « Jane Eyre ». J’ai eu la chance de la voir et j’ai énormément apprécié ce film.

Le film s’ouvre sur Jane Eyre (Mia Wasikowska) courant à perdre haleine dans la lande. L’atmosphère sombre est tout de suite mise en place grâce aux paysages arides et désolés, à la pluie qui se déchaîne et au visage désespéré de l’héroïne. Elle finit par trouver une habitation isolée où elle est recueillie par la famille Rivers. Le fil de la vie de Jane Eyre va ensuite se dérouler par flashbacks. Ce choix narratif est vraiment pertinent et il fonctionne parfaitement bien. L’enfance et le pensionnat sont ainsi évoqués à travers des scénettes qui permettent de comprendre le personnage.

Bien entendu le film se concentre assez vite sur la vie de Jane Eyre à Thornfield où elle est engagée comme gouvernante. Cette gigantesque demeure contribue elle aussi à l’ambiance lugubre puisque très peu d’habitants y vivent : 2 ou 3 femmes de ménage, 1 intendante (Judi Dench), Jane Eyre et sa pupille. Le maître des lieux Edward Fairfax Rochester (Michael Fassbinder) est absent la plupart du temps. La demeure est totalement isolée dans la lande.

Commence entre Jane Eyre et Rochester un jeu du chat et de la souris à coup de dialogues plein de subtilités et de sous-entendus. La jeunesse et l’honnêteté de Jane conquièrent rapidement l’ombrageux Rochester. Mais tant de mystère semble planer sur cet homme : son caractère est très changeant et il semble terriblement préoccupé. Des faits étranges se produisent à Thornfield : le feu prend la nuit dans la chambre de Rochester, un jeune homme en visite se fait agresser pendant la nuit et Jane entend des bruits de pas à travers les murs.

Comme vous le voyez, le film est bien fidèle au livre de Charlotte Brontë. J’ai tout apprécié dans cette adaptation. Les acteurs sont tous extraordinaires. Mia Wasikowska a l’âge de l’héroïne ce qui est rarement le cas dans les autres adaptations de « Jane Eyre ». Son jeu est tout en retenue, en passion contenue. Elle sait être discrète dans son rôle de gouvernante tout en répondant toujours de manière pertinente à Rochester. Ce dernier est superbement incarné par Michael Fassbinder. Son jeu est sobre mais laisse transparaître une fougue, une passion pour Jane Eyre. Son mal de vivre, sa culpabilité sont prégnants. Le couple fonctionne parfaitement. Certaines pourraient regretter un manque de romantisme échevelé mais la retenue des deux acteurs me convient  très bien.

La photographie est également superbe : les paysages sont incroyablement beaux malgré leur isolement, les costumes parfaits. La musique accompagne délicatement tout le film.

Le film de Cary Fukunaga m’a totalement séduite, il réalise une adaptation tout en finesse et en délicatesse. J’espère que le film sortira en France pour que vous puissiez à votre tour en profiter.

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Le Noël d’Hercule Poirot d’Agatha Christie

Ah Noël, ses décorations, ses sapins, ses cadeaux, ses réunions de famille…A Gorston Hall se prépare l’une d’elles. Le vieux Simeon Lee décide de réunir toute sa famille pour fêter Noël. Ce qui n’est pas sans laisser perplexe ladite famille. On ne peut pas dire que l’ambiance est cordiale entre les différents membres. Alfred Lee et sa femme Lydia vivent à Gorston Hall avec Simeon. Alfred a repris l’affaire familiale faute de mieux, faute de caractère. David a quitté la maison suite au décès de sa mère qu’il attribue aux maltraitances psychologiques de son père Simeon. George Lee est devenu député, il a épousé une jeune écervelée et ne pense qu’à la respectabilité de sa position et à l’argent qui va avec. Le dernier frère, Harry, n’a pas remis les pieds à Gorston Hall depuis des années, depuis qu’il a roulé son père dans la farine pour de l’argent. Simeon Lee avait également une fille, Jennifer, qui s’est enfui en Espagne avec son amant. Elle est morte pendant la guerre, laissant une fille que le vieil homme a retrouvé : Pilar. Elle aussi arrive pour Noël.

Mais Simeon Lee n’est pas un sentimental, il n’a pas réuni sa famille pour se réconcilier avec elle. Il souhaite plutôt dire à ses fils ce qu’il pense d’eux et c’est ce qu’il fait le 24 décembre : « – Ta mère n’avait pas plus de cervelle qu’un piaf ! Et j’ai comme l’impression qu’elle a transmis ça à ses enfants ! (…) Vous ne valez pas un pet de lapin, tous autant que vous êtes ! Vous me dégoûtez ! Vous n’êtes pas des hommes ! Vous êtes des mauviettes, une bande de mauviettes lamentables, voilà ce que vous êtes ! Pilar vaut autant que vous tous réunis ! » Il leur annonce également qu’il va changer son testament. Bien évidemment Simeon Lee n’aura pas l’occasion de goûter à la dinde de Noël. Pour l’aider à mener l’enquête, le chef de la police fera appel à un ami de passage, un petit homme à la moustache soignée originaire de Belgique…

« Le Noël d’Hercule Poirot » est un roman à énigmes très classique. Tous les éléments sont réunis pour créer le suspens : Simeon Lee est retrouvé mort dans une pièce fermée de l’intérieur dont les fenêtres sont inaccessibles ; l’énigme se déroule dans un huis-clos ; tous les membres de la famille ont un mobile valable pour avoir commis le crime. Hercule Poirot va mettre en branle ses petites cellules grises pour percer ce mystère. Il est toujours plaisant de le voir à l’œuvre, d’essayer de comprendre son raisonnement avant le dénouement. Comme toujours, Agatha Christie sème des petits cailloux tout le long du roman pour nous mettre sur la voie. Je dois bien reconnaître que je n’ai pas démasqué l’assassin avant la dernière page. J’avais pourtant identifié toutes les pièces du puzzle mais sans réussir à les emboîter ! J’ai donc passé un moment délicieux avec notre cher détective et Agatha Christie réussit encore à contrecarrer mes déductions.

HAPPY CHRISTMAS !!!

Time3

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En quête du rien de W. Wilkie Collins

William, le narrateur de cette nouvelle, est exténué, à bout de force. Son médecin lui conseille donc un repos total et absolu. William ne doit rien faire, ni lire, ni écrire, ni réfléchir. Il s’en réjouit car il aspire à la tranquillité. Direction la campagne, une auberge perdue au milieu de nulle part où William et sa femme pourront mettre en oeuvre les prescriptions du médecin. Mais, le calme n’est pas si simple à obtenir. Les animaux et les habitants mettent beaucoup de soin à rendre le village bruyant, mouvementé. Et le silence tant espéré se perd sous les insanités ! « En ce monde de vacarme et de confusion, je ne sais où nous pourrons trouver le bienheureux silence, mais ce dont je suis sûr à présent, c’est qu’un village isolé est sans doute le dernier endroit où le chercher. Lecteurs, vous que vos pas guident vers ce but qui a nom tranquillité, évitez, je vous en conjure, la campagne anglaise.« 

Qu’à cela ne tienne, si la campagne ne convient pas, pourquoi pas une station balnéaire ? Le narrateur et son épouse s’y installent et le calme est enfin au rendez-vous… peut-être trop : « La mer. Oui, la mer, bien sûr. Si vaste, si grise, si calme… si calme, si grise, si vaste. Qu’en dire de plus ? Rien ! » Que la quête du rien est difficile !

Ce très court livre recèle tout l’humour de W. Wilkie Collins. Le narrateur est plein d’ironie envers lui-même et le monde qui l’entoure. On constate d’ailleurs que la société était déjà pleine de bruit et de fureur, de ce côté-là nous n’avons pas évolué ! Pour notre plus grand plaisir, ce narrateur graphomane (on est victorien ou on ne l’est pas !) doit se forcer à la paresse. Un petit bijou d’humour que l’on aurait aimé plus long.

Victoria

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Virginia Woolf de Michèle Gazier et Bernard Ciccolini

Cette bande-dessinée raconte la vie de la plus grande romancière anglaise du XXème siècle : Virginia Woolf. Le portrait tracé par Michèle Gazier et Bernard Ciccolini est tout en nuances. Virginia Woolf s’exprime à la première personne, ce qui pouvait être assez risqué mais est parfaitement réussi.  Elle nous raconte son enfance si joyeuse entre ses parents, ses frères et sœurs. Les étés à St Ives sont paradisiaques pour Virginia : la mer, la chaleur, les pommes, l’heure du thé lui procurent un plaisir infini. Ce sont ces moments de pure félicité que Virginia cherchera toujours à recréer. Car la mort vient très tôt tout gâcher : celle de la mère, puis de la demie-soeur exemplaire Stella, le père et enfin le frère adoré Thoby. La profonde mélancolie de l’auteur vient de là mais également des viols perpétrés par son demi-frère George.

Après la mort du père, les enfants Stephen s’émancipent et déménagent au 46 Gordon Square dans le quartier de Bloomsbury. Leurs talents peuvent alors s’exprimer au milieu d’intellectuels et artistes  tels que Lytton Stratchey, Clive Bell, Duncan Grant ou Roger Fry.

Virginia et Vanessa

La bande-dessinée laisse voir le bouillonnement de cette période de la vie de Virginia Woolf, son envie de devenir écrivain, son engagement auprès d’ouvrières et son sens de l’humour que l’on néglige trop souvent. C’est également à ce moment qu’elle rencontre Leonard Woolf. Je trouve les passages consacrés à leur couple assez juste : d’une grande richesse intellectuelle mais assez triste au niveau de la passion amoureuse. Leonard couve Virginia comme une porcelaine trop fragile. Ensemble ils fondront la Hogarth Press.

Virginia et Leonard

Les oeuvres de Virginia Woolf sont bien entendu évoquées tout au long de la bande-dessinée. Le succès grandit au fil des années et des romans publiés. L’écriture : le bonheur et le malheur de Virginia Woolf. Ceci est très bien exprimé dans ce livre : « J’ai toujours aimé lire, rédiger des critiques. Mais ce qui est pour moi aussi nécessaire que destructeur, c’est ce long travail de l’écriture, transformer la vie, les frustrations, les souvenirs en mots. » J’ai beaucoup aimé les vignettes qui représentaient les oeuvres comme celle sur « Orlando » :

Orlando

Vita Sackville-West fait partie des grandes rencontres de la vie de Virginia Woolf. On croise également dans cet album : Katherine Mansfield, Sigmund Freud, Julia Margaret Cameron et toute la bande de Bloomsbury. L’entourage de Virginia fait rêver.

Vita

Mais tous les amis de Virginia ne peuvent empêcher l’angoisse de la gagner. La montée du fascisme amplifie sa mélancolie et son désespoir. J’ai toujours pensé que le suicide de Virginia Woolf était comparable à ceux de Stefan Zweig ou Walter Benjamin.  Devant le fascisme et l’antisémitisme de Hitler, y-a-t-il un autre avenir que la mort ? La bande-dessinée rejoint cette idée : « Les troupes d’Hitler sont entrées dans Paris. C’est la fin. Comment l’Angleterre pourrait-elle leur résister ? Et nous, juifs, leur échapper ? Le suicide est notre seule issue. »

Les textes de Michèle Gazier et les dessins de Bernard Ciccolini sont d’une grande délicatesse et dessinent un portrait remarquable de Virginia Woolf avec ses zones d’ombre et ses moments de joie. Le suicide de Virginia Woolf notamment est suggéré avec beaucoup de finesse : la canne de l’auteur repose au bord de l’Ouse, le thé est servi mais personne n’est plus là pour le boire. Cette biographie dessinée de Virginia Woolf est une grande réussite et un bel hommage à cette immense écrivain.

Time3

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Cranford BBC

L’adaptation de la BBC mélange trois romans d’Elizabeth Gaskell : « Cranford » bien-sûr, « Les confessions de Mr Harrison »et « Lady Ludlow ». Je n’ai malheureusement pas encore lu ce dernier mais le regroupement des trois oeuvres est très cohérent. J’avais déjà noté la proximité très forte entre les deux premiers lors de mes lectures, à chaque fois l’histoire se situe dans un village dominé par la gente féminine. Les personnages des différentes histoires se croisent donc dans le Cranford de la BBC.

On retrouve beaucoup des anecdotes rencontrées dans les livres, ce qui récrée parfaitement l’univers de Gaskell. Les dames de Cranford aiment les ragots, les petites économies et les bonnes manières. Le docteur Harrison est la victime des coeurs d’artichaut de ces dames. Les petits évènements cocasses ou dramatiques (la mort n’épargne pas ce petit monde) parcourent la série.

Néanmoins il y a une grande thématique qui se dessine au fil des épisodes et qui était chère à Elizabeth Gaskell : le changement d’époque, l’arrivée du monde moderne. Ce passage à la modernité qui était au coeur de « Nord et Sud », est développé à différents niveaux. Il est déjà visible dans les affrontements entre Lady Ludlow et son intendant M. Carter. Ce dernier voudrait donner une éducation au jeune et pauvre Harry Gregson. Lady Ludlow s’y oppose car elle pense que chacun doit rester à sa place. Elle fait d’ailleurs référence à la Révolution Française et à la Terreur pour justifier sa position. M. Carter est très progressiste et très humaniste face à l’aristocratique Lady.

Ensuite, le chemin de fer commence à se rapprocher dangereusement de Cranford. Le capitaine Brown (qui a une destinée très différente du roman mais aime toujours autant Dickens) met tout en oeuvre pour que sa ville soit desservie par le train au grand désarroi des dames. L’arrivée du train les terrorise, Cranford ne serait plus paisible et calme. Leur peur est assez compréhensible quand on voit les dégâts occasionnés.  Les voies ferrées traversent les propriétés, exproprient les plus pauvres et ne semblent profiter qu’à une poignée.

Enfin la modernité apparaît également dans les pratiques du docteur Harrison. Il apporte de nouvelles méthodes, tente des opérations que l’on osait pas faire auparavant.

La reconstitution de ce petit village campagnard du 19ème siècle est vraiment parfaite. Les décors, les costumes sont à l’unisson pour recréer cette ambiance. Le casting est excellent avec en tête Judi Dench qui interprète une Miss Matty émouvante. Encore une adaptation réussie de la BBC qui ravira les adeptes de Elizabeth Gaskell.

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