Jeu concours Nord et Sud

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Jérôme des éditions Points et moi vous proposons de gagner 10 exemplaires de mon coup de coeur 2010 : Nord et Sud de Elizabeth Gaskell. Pour remporter un exemplaire, je vous propose de répondre aux questions suivantes :

1-Dans quelle revue a été publié « Nord et Sud » entre 1854 et 1855 ?

2-A quel genre typiquement 19ème peut-on rattacher « Nord et Sud » ?

3-Quel autre roman de Elizabeth Gaskell fait partie du même genre ?

4-De quelle ville s’est inspirée Elizabeth Gaskell pour imaginer Milton ?

5-Quel est au début du roman le métier du père de l’héroïne ?

6-Comment Elizabeth Gaskell souhaitait-elle au départ intituler son roman ?

7- Quel acteur interprète le rôle de John Thornton dans la récente adaptation de la BBC ?

J’attends vos réponses à l’adresse suivante : nordetsud@yahoo.fr  et vous avez jusqu’au dimanche 23 janvier pour m’écrire. J’afficherais les résultats le 24 janvier.

BONNE CHANCE A TOUS !

Un grand merci à Jérôme et aux éditions Points.

L'art du roman de Virginia Woolf

 

Dans « L’art du roman », Virginia Woolf nous parle de son amour inconditionnel de la lecture et nous explique l’évolution d’un jeune genre de la littérature : le roman. Ce livre est constitué de différents articles ou conférences réalisés autour de ce thème durant toute la vie de l’auteur. L’association des articles s’est fait après le décès de l’auteur mais je trouve l’ensemble plutôt homogène.

Le roman est un genre assez récent dans la littérature anglaise mais Virginia Woolf note son extraordinaire essor durant le XIXème siècle. De très nombreux courants se développent à cette époque qui sont détaillés par Virginia Woolf dans le chapitre intitulé « Les étapes du roman ». Les plus grands auteurs anglais s’y retrouvent dans différentes catégories comme les réalistes avec Defoe, Trollope,  les colporteurs de personnages comme Dickens ou Jane Austen, les satiriques comme Sterne ou Peacock, etc… Ce chapitre permet à Virginia Woolf d’insister sur l’incroyable inventivité des romanciers et leurs possibilités infinies de création. Mais pourquoi cette forme littéraire s’est-elle ainsi développée ? Virginia Woolf l’explique par la volonté des écrivains de créer des personnages et de les approfondir : « Autrement dit je crois que tous les romans ont affaire au personnage et que c’est pour exprimer le personnage – pas pour prêcher des doctrines, chanter des chansons ou célébrer les gloires de l’Empire britannique – que la forme du roman, si lourde, si verbeuse, si peu dramatique, si riche, si élastique, si vivante, s’est développée. » Le personnage comme centre de la création artistique a apporté un changement d’importance : l’arrivée des femmes en littérature. Elles sont de grandes observatrices de la vie quotidienne et des personnes qui les entourent. Cette prédisposition et la possibilité de disposer d’espaces intimes leur permettent d’investir le champ du roman. Mais, comme pour les hommes, leur matériau principal reste l’humain, son comportement et ses émotions. Virginia Woolf fait le même constat en Russie où le roman a également pris son essor au XIXème siècle. L’âme humaine est le sujet principal des oeuvres de Dostoïevski ou Tolstoï.

Après l’écrivain, Virginia Woolf consacre de longs passage au deuxième acteur du roman : le lecteur. Le rôle du lecteur est essentiel car il peut influencer le goût de l’époque. Le lecteur doit avant tout suivre son instinct et s’éduquer grâce à ses multiples lectures. Virginia Woolf souligne d’ailleurs la difficulté d’être lecteur : « Ainsi, aller d’un grand écrivain à un autre, de Jane Austen à Hardy, de Peacock à Trollope, de Scott à Meredith, c’est être arraché et déraciné, projeté ici puis là. Lire un roman est un art difficile et complexe. Il vous faut être capable non seulement d’une grande finesse de perception mais encore d’une grande hardiesse d’imagination si vous voulez mettre à profit tout ce que le romancier – le grand artiste – vous apporte. » Le lecteur, à force de lectures, devient plus critique et recherche la qualité ce qui, normalement, doit élever le niveau des livres écrits.

L’époque contemporaine, à partir de 1910, permet d’ailleurs une démocratisation de la lecture avec l’ouverture d’écoles et de bibliothèques publiques. On assiste également à une démocratisation du métier d’écrivain. AU XIXème siècle et au début du XXème, l’écrivain est issu, à l’exception de Charles Dickens et D.H. Lawrence, des classes sociales les plus élevées. Cette ouverture, espère Virginia Woolf, permettra une diversité créatrice accrue. Cette nouvelle génération d’écrivains doit trouver sa place et chercher de nouveaux moyens d’expression. La période est instable politiquement, les guerres mondiales ont profondément modifié les comportements et bouleversé l’ordre social. Aussi la période semble peu propice à la naissance de chefs-d’oeuvre. Malgré cela, Virginia Woolf attend et croit beaucoup en l’avenir du roman qui ne peut que s’enrichir de tous ces changements.

Ce recueil d’articles de Virginia Woolf est passionnant et passionné. Elle nous transmet son plaisir de lectrice et ses goûts. Ses fines et pertinentes analyses éclairent à la fois l’histoire du roman mais également ses choix d’écrivain. Lire « L’art du roman » incite à lire de plus en plus et comme  le dit fort bien Virginia Woolf : « (…) on ne saurait jamais trop lire. »

Merci à Jérôme et aux éditions Points.

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Bilan 2010

Pour bien commencer 2011, un petit bilan des lectures de 2010 s’impose ! Au total j’ai lu 80 livres mais nombreux ont été ceux qui n’ont pas été chroniqués par manque de temps ou d’inspiration. De ces lectures,se détache une certitude : ma passion pour la littérature anglo-saxonne ! Ce n’est pas une découverte pour ceux qui suivent un peu ce blog …Les coups de coeur de l’année sont essentiellement anglais avec Virginia Woolf qui m’enchante à chaque lecture, Charles Dickens le meilleur conteur de tous les temps et Wilkie Collins qui ne cesse de me surprendre. Les découvertes de 2010 viennent également de la perfide Albion : Vita Sackville-West que j’ai découverte grâce à sa chère Virginia; Elizabeth Gaskell qui commence à être plus connue en France grâce aux Editions de L’Herne qui ont traduit 3 de ses livres cette année et « Nord et Sud » est un de mes gros coups de coeur de 2010; Thomas Hardy qui manquait à ma connaissance de la littérature victorienne et qui fait partie dorénavant de mon panthéon d’auteurs.

 

J’ai lancé deux challenges cette année :

 

 

Et tout récemment (pour m’obliger à lire autre chose que de la littérature victorienne…) :

 

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J’ai participé à de nombreux challenges et je dois dire que je suis assez contente du résultat…bon ok je n’ai choisi que des challenges autour de ce que je lis habituellement ce qui limite les risques.

 Les challenges 2010 :

challengedickens.jpg Deux ouvrages lus pour un obligatoire.

 

englishclassicsmaxicopie1.jpg Le challenge de l’année : 17 livres lus pour deux obligatoires !!

 

braddon.gif 1 livre et une nouvelle pour un livre obligatoire.

 

wilkie.jpg 4 livres lus pour un obligatoire.

 

2 livres de VirginiaWoolf + 2 pour la challenge Bloomsbury de Mea.

 

2 livres lus pour cette année en Russie.

 

1 seul livre lu pour ce challenge qui était pourtant fait pour moi mais contrat rempli quand même !

 

Je me suis lancée dans d’autres challenges que je n’ai pas encore pu commencer mais cela ne saurait tarder :

Les challenges 2011 :

 

 

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Je vous entends d’ici me dire que mes challenges portent quasiment tous sur des auteurs anglo-saxons mais qu’est-ce que vous voulez on se refait pas ! Au moins, je suis presque assurée de tous les réussir ! On se motive comme on peut…

 

Je vous souhaite pour 2011 plein de lectures passionnantes, plein de challenges réussis et plein de bons moments sur nos blogs !

PS: J’avais oublié un challenge auquel je me suis inscrite, merci à Lilly de m’y avoir fait penser !

 

 

Bonne année 2011

                                                                  

Je vous souhaite à tous une excellente année 2011,

qu’elle soit remplie de lectures passionnantes et

enrichissantes.

 

Challenge romans noirs des 50's

Vous en avez assez de la gentillesse et des bons sentiments ? Vous en avez assez des sucreries ? Marre des boules scintillantes et des guirlandes clignotantes ? Je vous propose de revenir à la réalité, à la noirceur du quotidien avec trois auteurs majeurs du roman noir américain des années 50 : Chester Himes, Jim Thompson et David Goodis.

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Le but du challenge est de lire au moins une oeuvre de chacun de ces trois auteurs et vous aurez jusqu’au 31 décembre 2011 pour vos lectures. Je ne vous fais pas une bibliographie détaillée car ces trois-là ont quand même beaucoup écrit. Je citerai seulement quelques oeuvres majeures : « La reine des pommes », « Dare-dare », « Il pleut des coups durs » pour Chester Himes, « 1275 âmes », « Le démon dans ma peau », « Des cliques et des cloaques » pour Jim Thompson, « Tirez sur le pianiste », « La lune dans le caniveau », « Vendredi 13 » pour David Goodis.

Vous pouvez vous inscrire dans les commentaires de ce billet et y laisser également vos liens vers vos billets.

Si vous aimez les polars, vous trouverez votre bonheur auprès de ces trois auteurs américains à l’univers très, très sombre.

Les participants :

Maggie : « La pêche aux avaros » de David Goodis

Mic

Cryssilda

Mazel

Emma

Le Mange-livres

Good Lady Ducayne de Mary Elizabeth Braddon

Pour clôturer son Mary Elizabeth Braddon Challenge, Lou nous a proposé de lire une nouvelle en anglais intitulée « Good Lady Ducayne ».

Bella Rolleston est une jeune femme très pauvre qui vit avec sa mère dans un petit logement londonien. Après un mariage malheureux, Mrs Rolleston a du se mettre à travailler pour élever sa fille. Malgré cela les deux femmes s’adorent et tentent de faire contre mauvaise fortune bon coeur. Arrivée à l’âge adulte, Bella décide de soulager sa mère en cherchant un poste de dame de compagnie. Malheureusement, Bella n’a pas les qualifications recherchées pour ce travail. Sa situation semble plutôt mal engagée jusqu’à ce qu’elle rencontre Lady Ducayne. Cette lady, très âgée et très flétrie, recherche une jeune femme en bonne santé pour l’accompagner en Italie. Elle choisit Bella et lui offre un salaire très élevé. La jeune femme ne peut qu’accepter une telle proposition. En Italie, Bella est éblouie par la beauté des paysages et par la libéralité de Lady Ducayne qui ne lui demande que peu de travail. Les choses prennent un tour inquiétant lorsque Bella apprend que les dames de compagnie précédentes de Lady Ducayne sont toutes mortes. Bella, elle-même,  semble brusquement manquer de vitalité …

Avec cette nouvelle, Mary Elizabeth Braddon revisite le mythe du vampire. Bella se réveille avec des piqûres aux bras. Lady Ducayne lui explique qu’il s’agit de moustiques qui semblent particulièrement voraces étant donné la taille des plaies ! Mais un jeune médecin, séjournant dans le même hôtel que Bella, comprend rapidement qu’il s’agit de prises de sang faites sous chloroforme durant le sommeil de Bella. Le vampirisme se médicalise ! D’ailleurs Lady Ducayne n’est pas tout à fait un vampire. Sa préoccupation est elle aussi très moderne : prolonger sa vie à tout prix. Et elle paye son médecin excessivement cher pour qu’il trouve un élixir miracle.

Subrepticement dans sa nouvelle fantastique, Mary Elizabeth Braddon nous parle de la condition des femmes et des problèmes de classes sociales. La soeur du jeune médecin lui glisse à plusieurs reprises : « No young man can afford to marry a penniless girl nowadays. Life is too expensive. » Mais le jeune homme est lui aussi très moderne. La vie de médecin dans un hôpital lui a appris que la maladie faisait fi du rang social. Le corps souffrant est finalement le même biologiquement, la richesse ou la pauvreté n’y change rien. Et le médecin soigne sans différenciation les nobles et les démunis.

Cette nouvelle de Mary Elizabeth Braddon se lit agréablement et assez facilement en anglais. Mrs Braddon n’est pas restée cantonnée au mythe traditionnel du vampire et l’a modernisé de manière originale. Habituée aux romans gothiques, elle réussit néanmoins à innover et à surprendre son lecteur. Une bonne raison pour se replonger dans sa grammaire anglaise !

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Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet de Antoine Bello

Emillie Brunet est une jeune héritière mal-mariée. Lorsqu’elle disparaît avec son amant, Stéphane Roget, le chef de la police Henri Gisquet demande à Achille Dunot d’enquêter de son côté. Ce dernier a résolu de nombreuses énigmes en tant que policier mais un grave accident a stoppé sa carrière. Achille s’est bêtement retrouvé enseveli sous sa bibliothèque et depuis il souffre d’amnésie antérograde. Ce qui signifie que sa mémoire ne peut plus enregistrer de nouveaux souvenirs. Pour remédier à ces pertes de mémoire, Achille est contraint à noircir des cahiers des évènements de la journée.

Le principal suspect dans la disparition d’Emilie Brunet est son mari Claude. Ce dernier est un très célèbre neurologue qui, suite à un interrogatoire musclé, a tout oublié de la journée durant laquelle sa femme a disparu. L’enquête voit donc se confronter deux amnésiques !

Fort heureusement Achille Dunot a un allié de poids pour l’aider à résoudre son enquête : Hercule Poirot ! Notre enquêteur est un grand admirateur d’Agatha Christie et de son héros belge. Achille est un fin connaisseur et il calque ses méthodes sur celles d’Hercule Poirot, en un mot : il fait travailler ses petites cellules grises. « Je n’ai pas besoin de me mettre à quatre pattes pour examiner les traces de pas, moi. Ni de ramasser les mégots ou d’examiner les brins d’herbe. Il me suffit de m’installer dans mon fauteuil et de réfléchir. (En tapotant mon crâne) : c’est ça mon instrument de travail. » Mais Achille va plus loin dans ses références à Agatha Christie. Etant incapable de retenir de nouveaux noms ou de nouveaux visages, il associe les suspects interrogés à des personnages de la grande romancière anglaise. Il utilise également des intrigues de romans pour chercher des pistes comme si Agatha Christie avait répertorié tous les crimes possibles.

Face à Achille se trouve Claude Brunet, spécialiste du cerveau. Les deux hommes sont fort intelligents et ils se mettent à jouer au chat et à la souris de manière très subtile. Brunet se met à lire Agatha Christie pour pénétrer l’univers d’Achille. Le lecteur a alors le plaisir d’assister à des joutes oratoires sur les mérites et les défauts d’Hercule Poirot. « L’enquête sur la disparition d’Emilie Brunet » est un très bel hommage à Agatha Christie. Antoine Bello profite de son enquête pour disserter sur l’oeuvre de la reine du crime et nous montre son admiration sans borne. Il explique notamment que l’écriture d’Agatha Christie était simple pour rendre la complexité de l’intrigue. On peut souligner le fait qu’Antoine Bello a suivi ce précepte à la lettre en adoptant la sobriété dans son style.Antoine Bello utilise également une autre idée de la romancière anglaise, ce que Annie Combes nomme les « détectandes » dans « Agatha Christie, l’écriture du crime ». Il s’agit en fait de remarques qui permettent au lecteur très attentif de découvrir le meurtrier très tôt dans le livre. A la fin de l' »Enquête sur la disparition d’Emilie Brunet », j’ai eu envie de tout relire pour découvrir toutes les « détectandes » que j’avais manquées.

Antoine Bello aime jouer avec l’intelligence de son lecteur, cette qualité m’avait déjà séduite lors de la lecture de « Eloge de la pièce manquante ». Je me suis faite mener en bateau avec grand plaisir. De plus, ce roman donne une folle envie de se replonger dans l’oeuvre d’Agatha Christie et est finalement une bonne introduction au challenge des Livres de George. Et la grande leçon d’Antoine Bello est peut-être celle-ci : le plus grand détective d’Agatha Christie n’est pas Hercule Poirot mais Ariadne Oliver…

 

 

La maison du splendide isolement de Edna O'Brien

Irlande. Un homme s’est échappé des mains de la gendarmerie royale et de l’armée britannique. Pour eux, cet individu, McGreevy, est un dangereux terroriste, pour ses compagnons c’est un patriote héroïque. McGreevy trouve refuge dans une maison isolée où habite une femme âgée, Josie. Le roman d’Edna O’Brien confronte ces deux vies, ces deux solitudes. Josie est seule depuis de nombreuses années, elle ressasse son passé au fil des jours. Jeune femme, elle a tenté de fuir la misère de l’Irlande en travaillant aux Etats-Unis. Mais la vie outre-Atlantique est difficile pour les immigrants et Josie finit par rentrer au prix de son émancipation. Car une fois en Irlande, Josie n’a d’autre choix que de se marier. Et elle, qui rêvait d’autres choses, est forcément déçue par cette union. Son mari est un paysan, rustre et violent. Mais il meurt dans un accident en partie causé par Josie. Alors malgré son amertume due au mariage, elle est rongée par la culpabilité. Elle revient inlassablement depuis toutes  ces années sur ces évènements. Et voilà cet homme inconnu qui force son hospitalité. Ce McGreevy décrit comme dangereux par la radio, qui s’est évadé plusieurs fois, tournant en ridicule les forces de police. Cet homme taciturne se laisse découvrir petit à petit, enlève son armure pour laisser voir sa souffrance et son immense solitude. Edna O’Brien sait parfaitement rendre la psychologie, les états d’âme de ces personnages. Ce sont eux qui nous parlent, les voix intérieures de chacun s’entrecroisent, se succèdent sans transition. Nous entendons également celles des gendarmes et surtout un en particulier qui se questionne sur l’engagement de McGreevy.

« La maison du splendide isolement » est bien entendu un livre sur les combats en Irlande. Cette guerre larvée qui ne dit pas son nom et qui oppose les Irlandais entre eux. McGreevy et les gendarmes sont de la même nationalité et pourtant ils s’affrontent. Ils ont pourtant appris la même histoire à l’école : « Miss McCloud leur parlait de batailles et d’insurrections, d’immenses batailles et de moins grandes, de la forge du forgeron qui forgeait les piques et les fusils, de la fuite tragique des Comtes, la fine fleur de la noblesse d’Irlande, contraints de s’enrôler dans les armées d’Europe, puis des années noires, 47 et 48, la mort rampante, les femmes arrachant l’herbe pour nourrir leurs enfants, les hommes décimés se traînant jusqu’aux élevages de bestiaux dans l’espoir de rapporter à leur famille une pinte de sang de boeuf.  » Alors qui sont les vrais patriotes ? Les gendarmes qui souhaitent que leur pays connaisse un peu de paix ou McGreevy qui veut libérer son pays du joug anglais ? Le roman d’Edna O’Brien pose aussi la question du sang versé pour la cause. Josie se demande si les idéaux de justice, d’identité de McGreevy valent le sang versé. « La maison du splendide isolement » montre bien le clivage qui partage le peuple irlandais et la culpabilité qui accompagne le combat armé.

L’écriture d’Edna O’Brien est poétique et lyrique. Elle parle formidablement bien de la campagne irlandaise, chaque page sent la tourbe. La construction par enchevêtrement des récits est très réussie et permet au lecteur de rentrer progressivement dans les pensées de chaque personnage.Un beau roman sur les souffrances de l’Irlande.

 

Seule contre la loi de W. Wilkie Collins

J’avais offert à Maggie, lors du Portrait of a lady swap, « Seule contre la loi » de W. Wilkie Collins.   Nous avons donc décidé de faire une lecture commune de ce roman.

Le livre s’ouvre sur le mariage de Valeria et de Eustace Woodville. Les deux jeunes gens se connaissent depuis peu mais ils ont décidé très rapidement de s’engager l’un envers l’autre. La famille de Valeria trouve d’ailleurs cette union précipitée. La jeune femme ne connaît que peu de choses sur son futur époux et notamment rien sur sa famille. Eustace prétend que sa mère n’assiste pas au mariage car elle s’y oppose sans que ses raisons soient très claires. L’atmosphère le jour de la noce n’est d’ailleurs pas très engageante : « Le ciel, déjà couvert ce matin-là, s’est encore assombri pendant que nous étions dans l’église et une forte pluie se met à tomber. Les badauds, abrités sous une forêt de parapluies, l’air maussade, nous regardent passer entre les rangs pour nous engouffrer dans la voiture. Point d’acclamations ni de rayon de soleil, pas de fleurs lancées sur notre passage, de banquet suivi de discours chaleureux, pas de demoiselles d’honneur, pas de voeux de bonheur adressés par nos pères et mères respectifs. Un bien triste mariage – force est de le reconnaître – , doublé, si ma tante Starkweather a dit vrai, d’un mauvais départ ! » Le mauvais départ en question étant le fait que Valeria ait signé le registre des mariages avec son nom de jeune fille et non son nom de femme mariée. Le départ de l’intrigue est d’ailleurs un problème de nom car Valeria découvre rapidement que son mari ne se nomme pas Woodville mais Macallan. Que peut bien cacher Eustace à sa femme ? C’est ce qu’elle celle-ci va tenter de découvrir.

Dans « Seule contre la loi », c’est Valeria la narratrice, elle qui va se lancer dans une longue enquête pour en savoir plus sur le passé de son mari. Les hommes qui entourent notre héroïne n’ont guère confiance en ses talents. Une faible femme est-elle capable de mener une enquête ? Certains propos sont assez misogynes et Maggie trouve que vraiment les victoriens sont d’affreux bonshommes !! Il est vrai qu’à l’époque la femme est réduite à une simple potiche sans cervelle. Malgré cela, je trouve Wilkie Collins audacieux. C’est une femme qui est au coeur du roman et qui va réussir à démêler l’intrigue. Valeria a une vraie force de caractère, elle ne cède à aucun moment face aux hommes qui aimeraient la voir abandonner ses recherches. Son obstination va permettre de résoudre le mystère qui entoure son mari. Ce n’est pas elle directement qui va trouver les dernières preuves mais c’est sa volonté qui va pousser les autres à agir. Du coup, je trouve que l’on peut pardonner à Wilkie Collins ses quelques propos misogynes.

Et comme toujours, Wilkie met en place une intrigue palpitante et pleine de fausses pistes. Même si j’aurais aimé avoir une fin plus surprenante, j’ai quand même été tenue en haleine. Je suis une bonne cliente pour les romans de Wilkie, je marche à chaque fois !

 

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Le vin de la jeunesse de John Fante

Ce mois-ci le thème du blogoclub était l’enfance. Les participants ont choisi de lire l’excellent et unique livre de Harper Lee : « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ».  L’ayant déjà lu, j’ai choisi le livre pour lequel j’avais voté, à savoir « Le vin de la jeunesse » de John Fante.

Ce livre est un recueil de nouvelles qui a été publié après le décès de l’auteur. Elles sont divisées en deux parties. Le premier ensemble est plus cohérent et apparaît clairement autobiographique. Le deuxième est constitué de nouvelles toujours sur le thème de l’enfance mais elles sont plus tournées vers la fiction. Une petite critique au passage, les deux dernières nouvelles du recueil me semblent assez incongrues. Dans « Le rêveur », le narrateur-écrivain est adulte et aide son voisin à conquérir une femme. Dans « Helen, la beauté est à moi », la narrateur est un ouvrier philippin ce qui nous éloigne de l’auto-fiction des premières nouvelles, et de l’enfance.

Dans les autres nouvelles, John Fante nous raconte sa vie d’enfant d’immigrés italiens dans le Colorado. Certaines thématiques se retrouvent dans ce recueil. La première d’entre elles est bien entendu la famille et surtout les parents. Le père était maçon, travailleur dur au mal. Mais tous les hivers, il se retrouve sans emploi, le froid gèle le mortier. Lui si dynamique, se retrouve coincé chez lui à tourner en rond. Cet état des choses le rend violent et il s’en prend à toute la famille. Pour s’occuper, il boit, beaucoup. Dan Fante, le fils de John, parle d’ailleurs de l’alcool comme une donnée génétique chez les hommes de la famille ! Ce père irascible, menant la vie dure à sa famille pendant les mois d’hiver, est néanmoins présenté avec beaucoup de tendresse par son fils. On devine la crainte mais aussi l’amour, l’admiration. La mère est d’ailleurs, par moments, traitée avec moins de considération. Les enfants l’imaginent comme la raison de la violence du père. Ils aimeraient la voir plus tendre, plus compréhensive. Mais on sent également que l’enfant qui nous raconte sa vie a pris du recul et qu’une fois adulte il a eu de la compassion pour sa mère. Les plus beaux passages de ce recueil sont consacrés à cette femme brisée par le travail quotidien, qui a ruiné sa beauté pour ses enfants et son mari bien souvent ingrats. Voici comment John Fante parle de sa mère, le passage se situe après une dispute avec le père : « Alors, tous en même temps, nous avons senti ça dans notre dos, et avant de nous retourner pour la regarder nous avons compris toute la souffrance accumulée derrière nous, qui nous submergeait, et nous nous sommes retournés en même temps, et elle était là qui nous regardait, elle semblait âgée d’un million d’années, Mamma, notre mère, et nous ses enfants avons senti son coeur brisé, elle était debout sur le seuil de la cuisine, son tablier masquant la douleur de ses mains usées, des petits ruisseaux de beauté évanouie descendant lamentablement ses joues ravagées. » Toute la douleur d’une vie est ici révélée par ces quelques mots émouvants.

L’autre grand thème du recueil est bien-sûr la religion, John Fante n’était pas d’origine italienne pour rien ! Le catholicisme a une place centrale dans l’éducation de notre narrateur. Sa mère voulait devenir nonne lorsqu’elle était jeune, elle oblige donc ses enfants à aller à l’église. Le rapport de Fante au christianisme est très ambigu. D’un côté, il aime la messe, la communion et est très imprégné par le discours des prêtres. De l’autre, c’est un enfant turbulent, bagarreur, pauvre qui est tenté par le vol. Mais les mauvaises actions sont toujours accompagnées d’une forte culpabilité et d’une volonté de se confesser. Cela donne lieu à des scènes et des raisonnements très cocasses : « D’ailleurs un péché de plus ou de moins ne ferait pas grande différence, car j’avais déjà commis un péché mortel en souhaitant du mal à un prêtre. Un péché mortel était aussi mortel que vingt péchés mortels. Je veux dire qu’il suffit d’en commettre un seul pour se retrouver en enfer aussi vite que si on en commet vingt. C’est écrit noir sur blanc dans le catéchisme. »

D’autres thématiques traversent les nouvelles comme la honte d’être un fils d’immigrés italiens ou encore le baseball dont Fante était un grand fan. Mais je ne peux pas les aborder toutes ici. Encore une fois, je suis sous le charme du talent de conteur de John Fante, de la fraîcheur et du naturel de son écriture, de son humour. Se rajoute à tout cela une véritable émotion. John Fante nous raconte ses souvenirs d’enfance de manière extrêmement touchante et j’en suis ressortie fort émue.