
L’adaptation de la BBC mélange trois romans d’Elizabeth Gaskell : « Cranford » bien-sûr, « Les confessions de Mr Harrison »et « Lady Ludlow ». Je n’ai malheureusement pas encore lu ce dernier mais le regroupement des trois oeuvres est très cohérent. J’avais déjà noté la proximité très forte entre les deux premiers lors de mes lectures, à chaque fois l’histoire se situe dans un village dominé par la gente féminine. Les personnages des différentes histoires se croisent donc dans le Cranford de la BBC.

On retrouve beaucoup des anecdotes rencontrées dans les livres, ce qui récrée parfaitement l’univers de Gaskell. Les dames de Cranford aiment les ragots, les petites économies et les bonnes manières. Le docteur Harrison est la victime des coeurs d’artichaut de ces dames. Les petits évènements cocasses ou dramatiques (la mort n’épargne pas ce petit monde) parcourent la série.

Néanmoins il y a une grande thématique qui se dessine au fil des épisodes et qui était chère à Elizabeth Gaskell : le changement d’époque, l’arrivée du monde moderne. Ce passage à la modernité qui était au coeur de « Nord et Sud », est développé à différents niveaux. Il est déjà visible dans les affrontements entre Lady Ludlow et son intendant M. Carter. Ce dernier voudrait donner une éducation au jeune et pauvre Harry Gregson. Lady Ludlow s’y oppose car elle pense que chacun doit rester à sa place. Elle fait d’ailleurs référence à la Révolution Française et à la Terreur pour justifier sa position. M. Carter est très progressiste et très humaniste face à l’aristocratique Lady.
Ensuite, le chemin de fer commence à se rapprocher dangereusement de Cranford. Le capitaine Brown (qui a une destinée très différente du roman mais aime toujours autant Dickens) met tout en oeuvre pour que sa ville soit desservie par le train au grand désarroi des dames. L’arrivée du train les terrorise, Cranford ne serait plus paisible et calme. Leur peur est assez compréhensible quand on voit les dégâts occasionnés. Les voies ferrées traversent les propriétés, exproprient les plus pauvres et ne semblent profiter qu’à une poignée.
Enfin la modernité apparaît également dans les pratiques du docteur Harrison. Il apporte de nouvelles méthodes, tente des opérations que l’on osait pas faire auparavant.

La reconstitution de ce petit village campagnard du 19ème siècle est vraiment parfaite. Les décors, les costumes sont à l’unisson pour recréer cette ambiance. Le casting est excellent avec en tête Judi Dench qui interprète une Miss Matty émouvante. Encore une adaptation réussie de la BBC qui ravira les adeptes de Elizabeth Gaskell.

























