
Sainte Cécile de JW. Waterhouse
Le musée d’Orsay reprend une exposition, qui a eu lieu il y a quelques mois au Victoria and Albert Museum, intitulée « Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde ». Cette exposition met en lumière un mouvement peu connu en France nommé l’Aesthetic Movement et qui se développa de 1860 à 1900 environ. Ce mouvement artistique prend sa source dans deux groupes d’artistes : les Préraphaélites avec à leur tête Dante Gabriel Rossetti et le groupe de Holland Park avec Frederic Leighton et George Frederic Watts.
Bocca baciata de Rossetti

Pavonia de Leighton
Ces artistes ont une même idée de l’art, comme on peut le voir sur les deux portraits ils aiment à rompre avec le classicisme. Leur travail va rapidement se théoriser. L’Aesthetic Movement cherche à fuir le matérialisme ambiant, la vulgarité et la laideur engendrées par une industrialisation forcenée. L’art pour l’art devient leur credo, l’art n’a pas besoin d’être utile pour exister. Cette notion va rallier d’autres artistes comme James McNeill Whistler, l’Américain arrivé à Londres en 1859, ou Oscar Wilde en parfait accord avec l’esprit dandy de ce mouvement. Dans le même temps, le mouvement s’ouvre aux arts décoratifs. Comme l’Art Nouveau, ces artistes cherchent à embellir le quotidien et chaque objet devient un objet d’art, et la beauté pénètre dans les foyers bourgeois.

L’exposition montre un ensemble d’objet très cohérent et varié qui permet de visualiser tous les domaines touchés par l’Aesthetic Movement, cela passe par le mobilier (avec Edward William Godwin), les vases, les bijoux, la vaisselle (avec le designer Christopher Dresser), les papier-peints (avec William Morris), les costumes, la photographie (notamment avec Jane Margaret Cameron), les illustrations et/ou couverture de livres et de magazines.
Théière diamant de Dresser Papier-peint de Morris Buffet de Godwin
Ces artistes ont été influencés par différentes périodes qui sont bien montrées dans l’exposition : le Moyen-Âge, le Japon avec l’arrivée des porcelaines bleues et blanches, la Grèce Antique. Certains motifs sont très présents comme les plumes de paon ou les tournesols.

Arthur Silver pour Liberty & Co
James McNeill Whistler est un condensé de ce mouvement artistique. Il théorise et participe pleinement de ce courant, ce qui provoqua des prises de bec avec Ruskin. Différents exemples de son investissement profond à l’Aesthetic Movement : il collabore avec Godwin pour réaliser du mobilier et l’expo présente une armoire aux papillons signée de ces deux artistes ; il réalise la fameuse pièce aux paons pour l’armateur Frederick Leyland. Ce salon est visible à l’exposition sous forme d’un film ce qui permet de montrer l’harmonie du décor créé par Whistler. Il faut également noter la présence au musée d’Orsay de deux des trois splendides Symphonies en blanc.

Ce mouvement artistique est très apprécié notamment par les milieux bourgeois qui veulent montrer leur richesse et faire partie d’une certaine élite culturelle. Les critiques affluent à partir des années 1890 et portent essentiellement sur l’affectation esthétique exagérée et la moralité des artistes eux-mêmes. Le coup de grâce viendra de l’emblème du mouvement : Oscar Wilde. Son procès et sa condamnation aux travaux forcés décrédibilisent le groupe et nuisent à la moralité déjà entachée des artistes.
L’exposition présentée au Musée d’Orsay est plus réduite que celle du Victoria & Albert Museum. Il manque notamment la Symphonie n°3 de Whistler ou le portrait d’Ellen Terry de George Frederic Watts. L’espace est très joliment agencé et l’exposition est particulièrement bien aérée. Le visiteur est plongé dans une ambiance très feutrée grâce aux cimaises de couleur verte et violette avec des bandes de papier-peint fleuri. La scénographie nous rappelle l’intérieur d’une maison, l’entrée de l’exposition nous présente effectivement un guéridon avec une porcelaine japonaise.Tout le long de l’exposition, le visiteur peut lire sur les murs des aphorismes d’Oscar Wilde ce qui complète parfaitement les objets exposés.
Je ne peux que vous recommander cette exposition très complète et très bien scénographiée sur ce mouvement artistique fécond et passionnant. Vous avez jusqu’au 15 janvier pour en profiter !

Un jardin de AJ. Moore