Shirley de Charlotte Brontë

« Si vous croyez, ami lecteur, découvrir dans cette introduction le prélude à une sorte de roman, vous ne vous serez jamais aussi lourdement trompé. Vous attendez-vous à du sentiment, de la poésie ou du rêve ? Espérez-vous de la passion, du mouvement, du mélodrame ? Ne vous emballez pas trop vite. Quelque chose de réel, de froid, de solide se présente à vous, quelque chose d’aussi peu romanesque qu’un lundi matin, lorsqu’on s’éveille avec la conscience qu’il va falloir reprendre le collier. »

« Shirley » est en effet la participation de Charlotte Brontë au courant des romans industriels de l’époque victorienne. Le roman s’ouvre sur la lutte qui oppose Robert Moore aux ouvriers de sa filature. Ces derniers refusent les machines modernes qui, forcément, vont les mettre au chômage. Les ouvriers veulent détruire toutes les machines arrivant dans les usines. Le roman de Charlotte Brontë se situe en 1811-1812 au moment des violentes révoltes ouvrières, mouvement appelé luddisme, du nom de John Ludd ouvrier ayant détruit des métiers à tisser en 1780. S’inspirant de ce personnage, les ouvriers sabotent les tentatives de « modernisation » des usines. Robert Moore voit ses machines détruites par des hommes du village qui craignent la misère. Notre héros est détesté de tous à cause de ses machines mais également car il est étranger. Venant des Flandres, Robert veut à tout prix réussir et effacer la honte de la ruine familiale. Cette idée l’obsède, le préoccupe à tel point qu’il ne se rend pas compte de la pauvreté qui l’entoure. Il est hautain avec les ouvriers, ne comprend rien à leur révolte. Mais fort heureusement Robert Moore est un coeur honnête qui ne demande qu’à s’ouvrir aux autres. Car, malgré son désir de s’éloigner du romantisme avec « Shirley », Charlotte n’est pas une Brontë pour rien et le romantisme prend rapidement le pas sur le roman industriel. C’est donc l’amour qui va rendre meilleur Robert Moore et qui est le centre du roman.

L’histoire se concentre sur deux jeunes filles : Caroline Helstone et Shirley Keedar. La première est la nièce du pasteur Helstone, elle est orpheline et ne possède aucun bien. Caroline est éperdument amoureuse de Robert Moore qui est trop occupé par sa filature pour s’en apercevoir. Elle incarne totalement l’héroïne romantique puisqu’elle se meurt littéralement d’amour. « Elle dépérissait, perdait sa gaieté et pâlissait de jour en jour. Le nom de Robert Moore l’obsédait comme une mélopée. Sans trêve, l’élégie du passé chantait à ses oreilles : les débris de son rêve détruit passaient, de plus en plus lourds, sur sa jeunesse ardente qui se pétrifiait lentement, comme si l’hiver envahissait peu à peu son printemps et enserrait dans la stagnation stérile de ses glaces, ses trésors les plus purs qu’elle recelait en elle.  » Mais Caroline n’est pas qu’un coeur en souffrance, elle est aussi une jeune femme moderne. Elle soutient et comprend les ouvriers. Elle tente tout le long du roman d’adoucir les positions de Robert envers les pauvres. Sa condition sociale l’aide probablement à se sentir proche des démunis. Caroline est très consciente de sa position et elle compte y remédier en devenant préceptrice. Tout son entourage rejette cette idée mais la jeune femme souhaite devenir maîtresse de son destin.

Shirley Keedar est également un personnage très moderne. Elle est propriétaire terrienne et la filature de Robert Moore se trouve sur ses terres. Shirley est une jeune femme riche mais elle ne se contente pas du revenu de ses terres, elle aide Moore à gérer la filature. C’est un personnage extrêmement énergique, entier et attirant le respect par son charisme et son courage physique. Elle agit de même dans sa vie privée puisqu’elle refuse tous les riches prétendants proposés par son oncle. Shirley choisira son mari selon son coeur et non selon les diktats de la société. Il est bien entendu plus facile pour Shirley d’être indépendante puisqu’elle jouit de hauts revenus. La timide et discrète Caroline n’en est que plus méritante dans son envie d’indépendance.

« Shirley » n’est sans doute pas le meilleur des romans industriels, j’ai préféré celui de Elizabeth Gaskell qui d’ailleurs sera la biographe de Charlotte Brontë. Il n’en reste pas moins que ce roman est fort plaisant. Il dresse le portrait de deux jeunes femmes voulant suivre leurs aspirations, leurs désirs sans se plier aux volontés de leurs proches. Cette modernité des personnages m’a séduite et j’y retrouve un des thèmes privilégiés des soeurs Brontë. Contrairement à l’avertissement de départ, Charlotte a bien écrit un roman d’amour mais ce sont les femmes qui y mènent la danse et qui choisissent leurs maris ! La force du désir triomphe pour notre plus grand plaisir.

Lu avec Isil dans le cadre de notre club de lecture.

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Le tag des 15

Céline et Cryssilda m’ont taguée et je dois donner les 15 auteurs qui me viennent spontanément à l’esprit. Roulements de tambour….les voici, les voilà :

 

Edith Wharton est celle qui me vient toujours en premier lorsque je pense à mes écrivains préférés. « Le temps de l’innocence », « Chez les heureux du monde » et « Ethan Frome » font partie de mes romans favoris. J’aime son univers, son écriture, sa modernité et la délicatesse des sentiments qu’elle décrit. Edith Wharton c’est également une ville : New York qui me fascine et c’est l’un des écrivains qui en parle le mieux.

 

 

 

Dans mon esprit Edith Wharton ne va pas sans son cher maître Henry James. J’ai découvert ces deux auteurs en même temps et je suis totalement tombée sous le charme de l’un et de l’autre. Henry James a l’art des grandes fresques romanesques, il m’emporte totalement et j’apprécie tout particulièrement ses comparaisons entre l’Amérique et la vieille Europe qu’il aimait tant.

 

 

 

Ah Marcel Proust… J’ai toujours su que j’aimerais l’univers de Proust et ça s’est confirmé à la lecture. J’aime son écriture envoûtante, sa culture pléthorique, son humour  et son auto-dérision. Il ne me reste plus que deux tomes à lire et je sens qu’il va me manquer une fois « La recherche du temps perdu » achevée !

 

 

 

 

Virginia Woolf est l’un des plus grands génies de la littérature. Chacun de ses livres est un trésor, chacun est un monde à part et un délice pour le lecteur. Son écriture est puissante, profonde et infiniment sensible. La pure beauté de ses livres me ravit à chaque page.

 

 

 

 

 

Comme le dit si bien Jean-Pierre Ohl dans « Les maîtres de Glenmarkie » : « Un Dickens qu’on n’a pas lu, c’est comme une vie de rechange! » Charles Dickens est un immense conteur, son écriture ciselée me transporte dans le Londres victorien. Et ce qui m’a rendue accro à Dickens c’est son humour ! Il n’a pas l’air très drôle sur la photo mais son ironie est mordante.

 

 

 

 

C’est toujours un grand plaisir de lire Jane Austen et de la relire puisqu’elle n’a écrit que peu de romans. Comme pour Dickens, j’apprécie son ironie, son regard critique sur les bonnes moeurs de son temps. Contrairement à ce que beaucoup pensent, les livres de Jane Austen ne sont pas mièvres et sa vision du mariage n’est guère romantique.

 

 

 

 

J’ai découvert cette année l’univers de Elizabeth Gaskell avec « Nord et Sud » et « Femmes et filles ». Le premier a été un énorme coup de coeur, elle est capable de parler avec brio aussi bien d’histoires de coeur que des syndicats ouvriers. Comme Jane Austen, elle sait éviter toute mièvrerie et la psychologie de ses personnages est toujours très fine et très poussée.

 

 

 

 

Que dire sur l’immense William Shakespeare ? C’est un génie !! Il excelle autant dans les tragédies, que dans les comédies et ses personnages sont devenus des mythes.

 

 

 

 

 

 

« Les hauts de Hurlevent » d’Emily Brontë reste un grand souvenir de lecture de mon adolescence. J’hésite d’ailleurs à le relire, j’ai peur d’être déçue ! Me restent en mémoire la passion et la violence de Heathcliff, sa déchirante histoire d’amour avec Cathy, la sauvagerie de la lande et une atmosphère effrayante.

 

 

 

 

 

La grande Agatha Christie a toujours accompagné ma vie de lectrice. J’ai commencé à la lire à l’adolescence et elle fait partie des auteurs qui m’ont rendu la lecture si attractive, si plaisante. Je ne me lasse pas de ses intrigues, j’aime Poirot, Miss Marple et tous les autres.

 

 

 

 

Les premiers livres que j’ai lus toute seule comme une grande, ce sont ceux de Roald Dahl. J’en garde un souvenir très ému, très tendre et j’ai toujours un pincement au coeur en voyant les couvertures du « Bon Gros Géant » et de « Charlie et la chocolaterie ». Et il ne faut pas croire que Roald Dahl n’a écrit que des livres pour enfant, j’ai lu récemment « Matilda » et « Fantastic Mr Fox » et j’y ai pris beaucoup de plaisir. L’imagination de cet auteur est débordante et foisonnante, un régal !

 

 

 

 

Dostoïevski est pour moi le plus grand écrivain russe. L’âme russe est contenue toute entière dans ses romans. J’admire l’incroyable complexité de ses personnages. Il y a certes beaucoup de souffrance chez Dostoïevski mais il y a surtout une grande humanité.

 

 

 

 

 

Jean-Marie-Gustave Le Clézio est un écrivain qui a marqué ma vie de lectrice. Comme d’autres dans cette liste, je l’ai découvert à l’adolescence et il ne m’a plus quitté depuis. Le Clézio m’a fait voyager à travers le monde et le temps. Son écriture est d’une extraordinaire poésie et elle réussit toujours à m’emporter très loin.

 

 

 

 

Patrick Modiano c’est d’abord pour moi Paris, une ville qui n’existe plus d’ailleurs puisqu’il s’agit de celle de l’enfance de l’auteur. Patrick Modiano c’est également un style, une écriture tout en retenue et en mélancolie. Je suis envoûtée à chaque fois et c’est le signe d’un grand écrivain.

 

 

 

Francis Scott Fitzgerald est bien évidemment l’auteur d’un des plus grands romans des USA : « Gatsby le magnifique ». Rien que pour ce sublime roman il méritait d’être dans ma liste. Fitzgerald nous montre l’envers du décor des années folles et il sait de quoi il parle. C’est un écrivain de la désillusion, de la mélancolie mais toujours avec une classe incroyable.

 

 

 

Faire une liste de 15 auteurs c’est extrêmement difficile et j’aurais aimé pouvoir en rajouter bien d’autres qui peuplent mon imaginaire de lectrice. Mais c’est la loi du tag qui décide ! Je tague tous ceux qui souhaitent à leur tour nous faire partager leurs goûts et leurs coups de coeur !

 

Le secret de la Ferme-grise de Mary Elizabeth Braddon

Grâce aux Livres de George, j’ai découvert un court roman de Mary Elizabeth Braddon : « Le secret de la Ferme-Grise ».

Le livre s’ouvre sur l’enterrement du propriétaire de la Ferme-Grise, Martin Carleon. Son frère Dudley hérite des terres familiales. L’atmosphère à la ferme est morose et l’intendant semble quelque peu étrange. Partout où Dudley se trouve, Ralph l’intendant y est également. La vie semble pourtant suivre son cours et Dudley finit par épouser une ravissante jeune femme : Jenny. Rapidement la mariée va se sentir mal à l’aise à la Ferme-Grise. Pourquoi Ralph espionne-t-il tout le monde ? Pourquoi Dudley ne peut-il s’en séparer ? Quels secrets partagent les deux hommes ?

« Le secret de la Ferme-Grise » est un concentré de romans à mystères qui étaient la spécialité de Mrs Braddon. Tous les ingrédients sont réunis pour créer une ambiance inquiétante : une mort suspecte, un personnage d’intendant menaçant, de lourds secrets, une jeune femme innocente en danger, un lieu froid et hostile : « Le vent d’automne soufflait avec des hurlements tristes et étranges, et des sons inarticulés et plaintifs s’élevaient des champs plats et nus. Le brouillard sortait de ces terres dépouillées et des prairies basses, et s’étendait comme un funèbre voile, sous lequel la rivière coulait lentement pour aller se jeter au loin dans la mer. » Pas exactement un endroit paradisiaque cette ferme ! Mary Elizabeth Braddon met rapidement en place son intrigue et fait monter la tension, l’inquiétude en quelques pages. Ce petit livre me semble être une bonne introduction au genre des romans à énigmes chers aux auteurs victoriens comme Mrs Braddon ou Wilkie Collins. Je retrouve toujours avec grand plaisir cette ambiance mystérieuse, angoissante et je dévore chaque livre pour avoir le fin mot de l’histoire.

Après « Sur les traces du serpent » et « Le secret de Lady Audley », la lecture du « Secret de la Ferme-Grise » me conforte dans mon envie de lire toute l’oeuvre de Mary Elizabeth Braddon. Palpitations et plaisir assurés !

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La vie secrète de Walter Mitty de James Thurber

James Thurber (1894-1961) est peu connu en France, il était chroniqueur, illustrateur, humoriste et était l’un des piliers de la célèbre revue « The New Yorker ». Je dois la découverte de cet auteur à l’émission de France 5 « La grande librairie » qui a fait lire à l’inénarrable Jean Rochefort la nouvelle éponyme de ce recueil.  L’originalité et la drôlerie de celle-ci m’ont immédiatement séduite.

Le livre, publié par les éditions Laffont, est constitué de 22 nouvelles et de 6 fables. Le point commun de ses histoires est l’humour, l’absurde parfois et des situations très souvent loufoques. Les personnages de James Thurber sont très fréquemment confrontés à un quotidien qui les dépasse ou qui les ennuie. Certains décident alors de transcender leur vie. C’est le cas dans l’hilarante « Vie secrète de Walter Mitty ». Celui-ci fait des courses avec sa femme mais l’ordinaire de la situation ne lui suffit pas. Il devient alors successivement commandant d’un navire, chirurgien, accusé d’un meurtre et capitaine. L’imagination débordante de Walter Mitty le sauve de la monotonie du quotidien. C’est la même chose avec le héros de « L’amiral sur la bicyclette ». Il voit la réalité de manière très décalée suite à l’accident survenu à ses lunettes et il prend goût à sa nouvelle vision du monde qui l’entoure : « Celui dont la vue est parfaite est enfermé dans le monde de tous les jours, il est prisonnier de la réalité, il est aussi perdu dans l’Amérique de 1962 que Robinson sur son île déserte. Celui qui a un oeil de lynx ne voit pas la vie avec les contours estompés  qui me la rendent si attrayante. »

Un autre grand thème traité par les nouvelles de Thurber est la vie de couple et ses affres. Différentes sortes de couple s’offrent à nous. Nous avons à faire à un couple fusionnel dans « Le trottoir dans le ciel » puisque Dorothy Deshter finit systématiquement toutes les phrases de son mari ! Elle ira jusqu’à le corriger lorsqu’il raconte ses rêves… Un autre couple se met en péril dans « La séparation des Winship » car ils ne peuvent se mettre d’accord sur le talent d’actrice de Greta Garbo. En effet, le mari trouve que Donald Duck a beaucoup plus de talent que Greta… Le summum des problèmes de couple est atteint dans « Mr Preble se débarrasse de sa femme ». Le mari veut ici tout simplement enterrer son épouse dans leur cave afin de profiter de sa maîtresse. Mrs Preble est au courant et réagit de manière assez incongrue. Son mari lui ouvre la porte de la cave et elle répond : « – Brr ! dit Mrs Preble, en commençant à descendre les marches. Il fait rudement froid là-dedans. C’est bien de toi d’avoir une idée pareille à cette époque de l’année ! Un autre mari que toi aurait enterré sa femme en été. »

Je ne peux malheureusement pas détailler toutes les nouvelles de ce recueil mais j’aimerais encore en citer trois parmi mes préférées. « Le plus grand homme du monde » nous parle de la vanité, de l’orgueil et du ridicule de la célébrité et des honneurs. Le plus grand homme du monde est ici le type le plus insupportable qui soit ! « Imprudents voyageurs » tourne en ridicule les guides de voyage qui, si on les suit à la lettre, ne nous font pas passer de si bonnes vacances que cela. Enfin, ma nouvelle préférée est « Le mystère du meurtre de Macbeth » qui est une relecture de la pièce de Shakespeare à la manière d’un roman policier. « (…) D’abord, je ne crois pas une seconde que ce soit Macbeth qui a fait le coup. » Une nouvelle digne de Pierre Bayard !

Je vous recommande chaudement la lecture de ce recueil de nouvelles du malheureusement méconnu James Thurber. Après l’avoir lu, le quotidien vous apparaîtra sous un autre angle !

Loin de la foule déchaînée de Thomas Hardy

Ayant beaucoup apprécié « Tamara Drewe » de Posy Simmons et son adaptation par Stephen Frears, j’ai voulu remonter à l’oeuvre qui inspira les deux premières : « Loin de la foule déchaînée » de Thomas Hardy.

Gabriel Oak est berger à Norcombe. Il possède quelques moutons et espère prospérer afin de devenir propriétaire de sa propre ferme. C’est à Norcombe qu’il rencontre pour la première fois Barbara (Bethsheba en v.o.) Everdene. Il tombe éperdument amoureux d’elle et lui propose de l’épouser. La fière jeune femme refuse, espérant un parti plus enviable qu’un simple berger. Le destin frappe malheureusement Gabriel qui perd tout son troupeau et devient un pauvre hère. Cherchant du travail dans la campagne du Wessex, il finit à Weatherbury où il retrouve Barbara. Mais celle-ci a beaucoup changé. Ayant hérité de tous les biens de son oncle fortuné, elle est à la tête d’un important domaine et elle embauche Gabriel pour s’occuper de ses bêtes. Le berger n’a plus du tout le même rang que la jeune femme et se voit dans l’obligation de cacher son amour. D’ailleurs Barbara est rapidement courtisée par deux autres hommes.

Dans cette tranquille campagne du Wessex, l’amour fait des ravages. Trois hommes sont en lice pour conquérir le coeur de Barbara : Gabriel Oak, Boldwood le propriétaire terrien et le sergent Francis Troy. Tous trois souffriront en raison de leurs sentiments. Gabriel doit garder son amour secret en raison de son niveau social. Il sert fidèlement Barbara malgré son dédain pour les autres prétendants. Gabriel est la constance même et porte bien son nom (oak = chêne). Boldwood est au départ un homme froid et parfaitement maître de ses émotions. Mais un simple petit jeu lui fait perdre la tête pour Barbara. Ce grand fermier est rongé par cet amour, obnubilé par notre héroïne. Boldwood scellera le destin de tous par un acte de violence terrible. Quant au sergent Troy, il séduit facilement Barbara grâce à sa beauté et sa prestance. C’est avec lui qu’elle se marie mais elle fait erreur car Troy n’est pas amoureux d’elle.

Malgré leurs défauts, le lecteur est en empathie avec chacun des personnages. Thomas Hardy a fait en sorte que chacun, à un moment ou à un autre, nous inspire de la sympathie voire de la pitié. C’est le cas pour deux des hommes que l’on peut facilement opposer : Gabriel Oak et le sergent Troy. « Les défauts de Troy étaient soigneusement dissimulés et seul, le beau côté de son caractère paraissait à la surface, tout au contraire de l’honnête Gabriel Oak, dont les défauts sautaient aux yeux et les vertus étaient enfouies comme le métal dans une mine. » Troy est un personnage qui semble futile, aimant s’amuser et rapidement on l’imagine inconstant. Il est facile de détester Troy qui ravit Barbara au nez et à la barbe du fidèle Gabriel. Mais chez Thomas Hardy les choses ne sont jamais aussi tranchées. Troy est en réalité un amoureux transi, il est épris d’une jeune femme nommée Fanny Robin qu’il croyait avoir perdue.  On éprouve beaucoup de pitié pour Troy éperdu de douleur à l’annonce de la mort de sa bien-aimée. Nos sentiments sont également changeants à propos de Gabriel. Notre sympathie lui est acquise dès les premières pages. C’est un homme intègre, consciencieux et solide. Mais il est aussi rustre, timide et on aimerait le voir plus combatif. On désespère de le voir faire le premier pas vers Barbara ! Le talent de fin psychologue de Thomas Hardy est vraiment éclatant dans « Loin de la foule déchaînée ».

Enfin j’aimerais souligner l’importance de la nature chez Hardy. L’homme fait partie d’un tout, la nature l’englobe, sa beauté et sa puissance sont saisissantes. Elle est aussi le reflet des humeurs des personnages et accentue bien souvent leur terrible solitude. A l’image de nos amoureux, la nature apparaît désolée : « Le marais et la lande ne se couvraient du blanc tapis que pour paraître plus désolés encore. Les nuages étaient singulièrement bas  ; on eût dit qu’ils formaient la voûte d’une grande caverne sombre et, comme ils paraissaient se rapprocher de plus en plus de la terre, on était instinctivement porté à croire que la neige répandue sur le sol et celle qui se trouvait encore dans les nuages allaient bientôt s’unir sans laisser le moindre espace d’air. »

Pas étonnant que « Tamara Drewe » soit réussie avec une telle source d’inspiration ! Encore une fois, j’ai été séduite par Thomas Hardy. « Loin de la foule déchaînée » est une oeuvre moins tragique que « Jude l’obscur » mais elle est tout aussi riche et complexe. Hardy y fait magnifiquement l’apologie de la patience, de l’abnégation face à la passion dévorante.

Pour ceux qui liraient cette oeuvre en version française dans la version des éditions du Mercure de France, surtout ne lisez pas la quatrième de couverture ! Toute la trame du roman y est racontée et cela m’a fortement gâché la fin de ma lecture.

Une info de dernière minute : les excellentes éditions Sillages vont très bientôt faire paraître une nouvelle traduction de « Loin de la foule déchaînée ».

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Une bien étrange attraction de Tom Robbins

Tom Robbins est un écrivain à part. Un de ces auteurs américains hallucinés que je rapprocherais d’autres doux dingues tels que Richard Brautigan, John Fante, Charles Bukowski, Tristan Egolf ou John Kennedy Toole pour leur anticonformisme et leur subversion. Ses livres bousculent les codes figés de la société capitaliste, et pour ce faire mettent en pièces les règles de la fiction romanesque classique. La forme rejoint le fond, et vice-versa. J’ai lu il y a presque un an « Féroces infirmes » (il n’est plus disponible, comme tous les livres de Robbins, chez 10/18, à quand une réédition ?), l’histoire délirante d’un agent de la CIA libertaire (!), aux prises avec une étrange malédiction (ses pieds ne peuvent plus toucher le sol sous peine de mort) et avec la mystérieuse troisième prophétie de la Vierge Marie lors de son apparition à Fatima. « Une bien étrange attraction » est son premier roman, sorti en 1971 aux Etats-Unis, et édité récemment en français par les éditions Gallmeister. On les en remercie.

Amanda, jeune femme adepte de la nature et férue de papillons, voyante pratiquant la transe, « sorte de version moderne de déesse de la fertilité et de la nature » (dixit Robbins dans la postface), rencontre John Paul Ziller, magicien, musicien et sculpteur. Ils tombent amoureux. Nous sommes dans les années 60, dans l’extrême nord-ouest américain. Après avoir bourlingué tous deux dans le Cirque Indo-tibétain & le Gipsy Blues Band du Panda Géant, ils ouvrent une « attraction de bord de route », la Réserve naturelle et Stand de Hot Dogs du Mémorial du Capitaine Kendrick (ces noms sont tout un poème !), à la fois zoo et restaurant, et s’y installent avec le fils d’Amanda, Baby Thor (aux yeux électriques), et Mon Cul, le babouin de Ziller. Les y rejoint bientôt Marx Marvelous, jeune prodige scientifique en proie au doute existentiel, attiré par ce couple en qui il voit les créateurs d’une nouvelle religion. Tout irait pour le mieux si un ami de Ziller, Plucky Purcell, fils de bonne famille, ancien footballeur et dealer, n’était entré en possession d’un corps (le Corps !) – véritable bombe pour l’humanité s’il venait à être divulgué -, et n’était venu le cacher chez le couple.

Robbins donne dans la fantaisie échevelée, certes, mais ses histoires sont aussi l’occasion d’aborder des réflexions sur la philosophie, la religion, la spiritualité, la science, la nature, le sexe, d’où ressort sa prédilection pour un hédonisme solaire, pour un mysticisme joyeux. L’homme heureux est celui qui est en phase avec les autres et son environnement, qui se sent en accord avec le cosmos. Pour y parvenir, il faut lutter, car la négativité est partout à l’œuvre. Créer, ou recréer en nous cette « Infinie Loufoquerie » chère à Amanda peut nous aider à éloigner de nous l’instinct de mort et les passions tristes. Robbins sait par son style psychédélique, ses images (Robbins est le roi de l’image), sa description de la Skagit Valley – véritable paysage chinois au cœur de l’Etat de Washington -, retranscrire cet amour de la vie et de la liberté. N’est-il pas appelé l’ « écrivain le plus dangereux du monde » ? On aime ou on déteste. Mais ce qui est sûr, c’est que rien ne vous avait préparé à ça.

 

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Les sortilèges du Cap Cod de Richard Russo

Jack Griffin, le héros du dernier roman de Richard Russo, est en route pour le Cap Cod où doit avoir lieu le mariage de Kelsey, la meilleure amie de sa fille Laura. Jack et sa femme Joy partent habituellement en vacances au Cap Cod mais cette année il est parti en avance, sans elle. Le cap est un lieu privilégié dans la vie de Jack. Il y a passé toutes ses vacances d’enfant. Ses parents, des universitaires aigris, ne juraient que par le Cap Cod qui leur permettait d’oublier leur « Midwest de merde ». Ils n’ont pas eu d’affectations dans de prestigieuses universités, n’ont pas atteint la haute respectabilité à laquelle ils aspiraient et leur mariage est un perpétuel mensonge. Le seul moment où ils semblent apaisés est celui des vacances au Cap. Le voyage de Jack Griffin fait remonter les souvenirs d’enfance, d’autant plus qu’il a les cendres de son père dans sa voiture. Il cherche le lieu idéal pour les disperser depuis des mois sans arriver à le faire. Les réflexions de Jack dépasseront rapidement le cadre de son enfance pour arriver à une totale remise en cause de son couple.

J’ai découvert Richard Russo grâce aux « Sortilèges du Cap Cod » et au festival America de Vincennes. J’ai été totalement séduite par cette histoire de couple douce-amère à l’écriture particulièrement fluide. A 60 ans, Jack questionne les fondements de son mariage, quels étaient ses désirs 40 ans plus tôt ? Jeune homme, il écrivait des scenarii à Los Angeles, sa vie était insouciante et surtout très loin de la vie de ses parents universitaires. Son mariage avec Joy lui a fait changer de vie, lui a fait échanger la légèreté de la Californie pour les responsabilités et le confort. Il est devenu professeur dans une université, a eu une fille et aujourd’hui il a la sensation de ne rien avoir choisi : « Ce n’était pas comme s’il s’était lassé de leur belle vie, de leur beau mariage. Là, ce serait grave. Même s’il devait admettre qu’en dépit des efforts de Joy, il considérait que la maison appartenait plus à elle qu’à eux deux, comme s’ils avaient divorcé et qu’elle en était devenue la propriétaire exclusive. C’était la sienne pour la simple raison qu’elle la rendait heureuse. Elle avait eu ce qu’elle voulait. Etait-il possible que son contentement soit la cause réelle de son cafard à lui ? Cette faculté qu’elle avait de garder ses désirs intacts ? Etait-ce un défaut ? » Jack se pose les questions que chacun finit par se poser : où sont passés les rêves de jeunesse ? Les compromis consentis n’ont-ils pas fini par éteindre tous désirs ?

A ces questions vient se rajouter celle de la famille, des parents. Finalement le thème central du livre de Richard Russo est l’influence des parents sur nos vies d’adulte. Jack ne supporte pas la famille de sa femme et l’importance de celle-ci dans leur vie. Joy aime ses parents, elle en est très proche et cela perturbe beaucoup son mari qui n’a connu qu’une famille dysfonctionnelle. Jack finit par trouver que la famille de Joy prend trop de place dans leur vie. Mais à travers son périple vers le Cap Cod, Jack Griffin va prendre conscience de la place de ses propres parents dans sa vie. Son histoire ressemble de plus en plus à la leur et malgré les mésententes, leurs ombres planent constamment sur ses décisions. Comment se débarrasser de l’emprise de ses parents et dépasser les souvenirs d’enfance ?

« Les sortilèges du Cap Cod » pose de très nombreuses questions sur le couple et la famille. Richard Russo dit d’ailleurs ne pas y avoir répondu ! En effet, ce sont des questions universelles auxquelles chacun doit trouver ses propres réponses. Les personnages de ce roman sont très attachants et j’ai pris grand plaisir à lire les affres de leur couple.

Merci à Blog-o-Book pour cette découverte.

La prisonnière de Marcel Proust

Après de nombreux atermoiements, je me décide à parler de mon écrivain français favori : l’immense Marcel Proust. Intimidée par son génie, je craignais de ne pas être capable de rendre compte de celui-ci et de mon admiration sans borne. Poussée dans mes retranchements par mon co-blogueur et par une autre proustienne avertie, je me lance, advienne que pourra ! Dans la cathédrale du temps proustienne, « La prisonnière » est en cinquième position. C’est un volume assez particulier de « La Recherche du temps perdu » puisqu’il se déroule en grande partie en huis clos. Le narrateur, tombé amoureux d’Albertine sur une plage de Balbec, l’invite à vivre chez lui à Paris. Il est alors totalement dévoré par les affres de la jalousie. 

Dans ce tome quelque peu différent, j’ai retrouvé les grandes thématiques proustiennes. Car comme le narrateur, Marcel, l’explique à Albertine à propos de la musique de Vinteuil, on retrouve des phrases types chez les grands artistes : « Et repensant à la monotonie des œuvres de Vinteuil, j’expliquais à Albertine que les grands littérateurs n’ont jamais fait qu’une seule œuvre, ou plutôt réfracté à travers des milieux divers une même beauté qu’ils apportent au monde. » (C’est tout à fait le cas de Proust qui a écrit une seule œuvre découpée ensuite en divers volumes). Au centre de ce récit est bien entendu la vie amoureuse du narrateur. Celle-ci est extrêmement complexe et jamais satisfaisante. Le narrateur a longuement désiré Albertine à Balbec, son imaginaire était imprégné de l’image de cette fraîche jeune fille. Une fois Albertine conquise, l’amour et le désir se sont éteints. Ce qui n’empêche pas le narrateur d’être dévoré par la jalousie : « Sans me sentir le moins du monde amoureux d’Albertine, sans faire figurer au nombre des plaisirs les moments que nous passions ensemble, j’étais resté préoccupé de l’emploi de son temps (…). » Seule la jalousie réussit à ressusciter l’envie de posséder Albertine, le possible désir des hommes ou des femmes (la pire torture pour le narrateur) réactive l’amour. Cette situation pénible pour Marcel se prolonge durant tout le roman car il ne peut se résoudre à quitter Albertine à cause de sa faiblesse de caractère que l’on peut qualifier de procrastination ou d’indécision. On sait que le narrateur a beau s’appeler Marcel, il ne s’agit pas vraiment de Proust. Néanmoins, Albertine semble fortement inspirée de Alfred Agostinelli qui fut le secrétaire et l’amant de Proust. Ce dernier gardait précieusement Agostinelli dans ses appartements boulevard Haussmann et le surveillait de près. La fin d’Albertine sera dans « Albertine disparue » la même que celle d’Agostinelli qui s’est écrasé avec son avion en 1914. 

Une partie essentielle dans la vie du narrateur de « La Recherche du temps perdu », ce sont les mondanités dans la haute société. Au milieu de « La prisonnière », on assiste à une réunion chez M. et Mme Verdurin. M. de Charlus, frère du duc de Guermantes, a organisé une soirée musicale afin d’introniser Charles Morel, son amant et également violoniste virtuose. J’aime toujours beaucoup ces scènes dans le beau monde. Malgré son admiration pour ces hauts personnages et notamment les Guermantes, le narrateur nous les présente avec beaucoup d’ironie et il est vrai que c’est un monde extrêmement cruel (malgré les dorures et les bonnes manières). C’est très visible ici. M. de Charlus, tout à son plaisir de présenter Morel, en oublie totalement que la réception se passe chez Mme Verdurin. La Patronne n’est saluée par aucun invité et vit très mal cet affront. Elle fait en sorte alors de séparer Morel de M. de Charlus. Ce personnage qui a pu nous sembler terrifiant et hautain dans les volumes précédents, nous paraît ici bien pathétique et son indéfectible amour pour Morel le rend profondément touchant. Et c’est aussi la force de Proust de nous rendre humains ces personnages qui peuvent au départ nous paraître bien détestables. 

Ce qui me plaît également beaucoup chez Marcel Proust, c’est la présence constante de l’art. Il évoque d’ailleurs tous les arts, aussi bien Baudelaire, Mme de Sévigné, Thomas Hardy, que Wagner, Stravinsky, que Vermeer, Bellini, Mantegna. Dans « La prisonnière », le narrateur et Albertine discutent longuement de l’œuvre de Dostoïevski, ce qui nous offre plusieurs fabuleuses pages d’analyse de son œuvre ! La vie et l’art s’entremêlent perpétuellement dans les textes de cet esthète pour mon plus grand bonheur. Une vie sans art n’est pas une vie, ni pour Proust ni pour moi.

Enfin, je ne peux pas terminer sans vous parler du style de Proust. Ses longues phrases sont souvent décriées ; d’aucuns les trouvent indigestes. Pour ma part, je les trouve envoûtantes, précieuses et subtiles. Il faut se laisser emporter, bercer par le flot des mots. Il faut les relire, les déguster, apprécier leur incroyable richesse. Un extrait l’exprimera mieux, le narrateur rêve de partir dans la plus fantasmagorique des villes : Venise. « Aussi bien, pas plus que les saisons à ses bras de mer infleurissables, les modernes années n’apportent point de changement à la cité gothique, je le savais, je ne pouvais l’imaginer, ou, l’imaginant, voilà ce que je voulais, de ce même désir qui jadis, quand j’étais enfant, dans l’ardeur même du départ, avait brisé en moi la force de partir : me trouver face à face avec mes imaginations vénitiennes, contempler comment cette mer divisée enserrait de ses méandres, comment les replis du fleuve Océan, une civilisation urbaine et raffinée, mais qui, isolée par leur ceinture azurée, s’était développée à part, avait eu à part ses écoles de peinture et d’architecture – jardin fabuleux de fruits et d’oiseaux de pierre de couleur, fleuri au milieu de la mer qui venait le rafraîchir, frappait de son flux le fût des colonnes et, sur le puissant relief des chapiteaux, comme un regard de sombre azur qui veille dans l’ombre, pose par taches et fait remuer perpétuellement la lumière.»

L’œuvre de Proust est foisonnante et l’on pourrait en parler pendant des jours entiers. J’espère vous avoir fait passer un peu de ma passion pour lui et vous avoir donné envie de le lire ou de le relire. 

L'affaire du chien des Baskerville de Pierre Bayard

Je ne suis pas très féru d’essais sur la littérature, je préfère lire les œuvres et m’en faire ma propre interprétation plutôt que de me référer à des théories. Pourtant j’ai ouvert un jour un livre de Pierre Bayard, attiré par son titre provocateur : « Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? ». Intrigué et charmé, j’ai lu récemment son dernier essai, titillé cette fois-ci par son titre paradoxal : « Le plagiat par anticipation ». Décidé dorénavant à engloutir l’œuvre de ce professeur de littérature à l’université et psychanalyste, j’ai décidé de m’attaquer à cette « Affaire du chien des Baskerville », non sans avoir préalablement relu l’une plus célèbres aventures de Sherlock Holmes, dont il ne me restait pratiquement aucun souvenir.

Alors que dans les ouvrages que j’ai cités il se référait à de nombreuses œuvres pour exposer ses théories, dans celui-ci Bayard s’attache principalement au fameux « Chien des Baskerville » de Conan Doyle, dont il se propose de faire la « critique policière » : « De nombreux meurtres racontés par la littérature n’ont pas été commis par ceux que l’on a accusés. En littérature comme dans la vie,  les véritables criminels échappent souvent aux enquêteurs et laissent accuser et condamner des personnages de second ordre. Eprise de justice, la critique policière se donne donc comme projet de rétablir la vérité et, à défaut d’arrêter les coupables, de laver la mémoire des innocents. » Ainsi, Sherlock Holmes se serait trompé ? Ce ne serait pas la première fois, comme nous le rappelle Pierre Bayard qui reprend l’enquête, décortique la méthode Holmes, relève les incohérences, repère les maladresses, réinterprète les indices, comble les lacunes pour, au final, disculper le coupable désigné et révéler le véritable meurtrier. Le plus beau est que sa démonstration est absolument convaincante.

La démarche peut sembler sacrilège (comment Sherlock Holmes a-t-il pu commettre tant d’erreurs ?), voire surréaliste (comment Conan Doyle lui-même a-t-il pu se tromper ?), mais comme dans les deux ouvrages susnommés, la provocation ou le paradoxe sont pour Bayard le point de départ de réflexions originales sur la littérature, en particulier sur les relations qu’entretiennent les lecteurs avec les œuvres, les lecteurs avec les personnages, et le créateur avec sa création. Bayard nous rappelle qu’une œuvre littéraire n’est pas un objet fermé, complet, que chaque lecteur y apporte sa propre vision, remodelant le récit avec sa propre imagination. J’ai particulièrement aimé l’idée de l’autonomie du personnage de fiction, de sa vie propre, en-dehors de l’œuvre qu’il « habite » (les fans de Jasper Fforde saisiront), pour le lecteur aussi bien que l’auteur. Ainsi de Sherlock Holmes (les preuves de son existence autonome existent : le tollé que provoqua sa disparition et surtout sa maison, à Londres, que chacun peut visiter) et Conan Doyle qui entretinrent des rapports conflictuels, peut-être pas étrangers d’ailleurs à la légèreté du grand détective dans cette affaire du chien des Baskerville.

Bien d’autres idées émaillent l’essai de Pierre Bayard, toutes plus stimulantes les unes que les autres. Sa manière légère et iconoclaste d’aborder les concepts littéraires est réellement plaisante, sans pédanterie. Deux autres œuvres ont été passées à la moulinette de la « critique policière » de Pierre Bayard : « Le meurtre de Roger Ackroyd » et « Hamlet » (!). En attendant, partez à la (re)découverte du « Chien des Baskerville » (un conseil : (re)lisez le livre de Conan Doyle avant). Ludique et passionnant.

Read-a-Thon : Jour J

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Nous y sommes, voici le grand jour du Read-a-Thon ! Départ à 10h, je vais commencer doucement avec « La fausse maîtresse » de Balzac, 97 pages. Je suis au moins certaine de terminer un livre durant la journée ! Je souhaite bon courage à tous les participants et surtout amusez-vous bien !

11h58 : Je viens de finir « La fausse maîtresse » qui est un petit bijou, quel magnifique écriture ! Ce court roman me donne envie de relire Balzac ! Je change d’univers mais pas de siècle en lisant « Souvenirs de Sherlock Holmes ».

13h28 : Je vais faire une pause déjeuner pour me donner des forces. Je n’avance pas aussi vite que ce que je pensais… 😦

14h49 : Je suis toujours dans Sherlock Holmes mais c’est parce que  je suis distraite par la présence de Bernard Black:

rat2.jpg Merci Isil pour ce grand moment de bonheur, Bernard rules !

18h : Je passe au « Contraire de la mort » de Roberto Saviano car je me crispe sur Sherlock Holmes ! Je reviendrai à Baker Street plus tard.

19h30 : J’ai fini le livre de Saviano et j’ai de la peine pour le Sud de l’Italie qui subit la loi de la Camorra. Je fais une pause et je reviens avec Erri De Lucca.

20h : Je redémarre en restant en Italie du Sud et le style sobre et touchant de De Luca. Plus que deux heures à tenir !

22h : Le mini RAT se termine et j’ai tenu jusqu’au bout ! Je n’ai lu que 417 pages, je suis un peu déçue de mon score…surtout lorsque je regarde celui des autres participants ! Mais la journée a passé à une vitesse folle et je me suis bien amusée, c’est le plus important ! Bravo à Virginie pour l’organisation et toutes celles qui ont participé au mini-RAT !

BON COURAGE A CEUX QUI FONT LE BIG-RAT ET A CEUX QUI COMMENCENT A 22H ! MERCI POUR TOUS VOS ENCOURAGEMENTS !