Billet récapitulatif – Le mois anglais 2021

10 ans du mois anglais

  • 1er juin :
-Adely Maelly (Lecture enfant parent) : Présentation
-The Cannibal Lecteur (Belette2911) : « 1984 » de George Orwell et Fido Nesti
 
 
  • 2 juin :
  • 3 juin :

-Anne : Evensongs au King’s College de Cambridge 

-Ingannmic : Moisson de Jim Crace

-Titine : L’invitation à la valse de Rosamond Lehmann

-The Cannibal Lecteur (Belette2911) : London – Tome 01 – La fenêtre fantôme de Rodolphe et Isaac Wens

et  La Survie de Molly Southbourne de Tade Thompson

 
Avant 1837:
 
 
  • 4 juin :

Alexielle : La Mystérieuse Affaire de Styles d’Agatha Christie

Anne : L’affaire Protheroe d’Agatha Christie

-Bianca : Les rêves de nos mères de Carine Pitocchi

-Eimelle : Bal tragique à Windsor de S.J. Bennett

-Enna : Le mystérieux Dr Quinn d’Agatha Christie

Jojoenherbe: Le meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie

-Lou : [Photos] Castle Combe

Rachel : Le dernier mot de Hanif Kureishi

 
  • 5 juin :
 
Animaux :
The Cannibal Lecteur (Belette2911) : La ferme des animaux de George Orwell
  • 6 juin :
Dimanche en cuisine avec Syl :
  • 7 juin :
 
1ère ou 2nd guerre mondiale :
 
  • 8 juin :

-Bianca : Son espionne royale et la fiancée de Transylvanie de Rhys Bowen

-Enna : [Recette] Bakewell tart

-Hilde : [Billet anniversaire : 1er billet Mois anglais 2011] La Pluis, avant qu’elle tombe de Jonathan Coe

-Kathel : Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman

 
  • 9 juin :
Littérature jeunesse/album jeunesse :
  • 10 juin :
 
Époque victorienne
 

-The Cannibal Lecteur (Belette2911) : Agnès Grey d’Anne Brontë

-Yoda Bor : Black Butler – Tome 6 

  • 11 juin :

-Anne : Sa Majesté mène l’enquête – Bal tragique à Windsor de S.J. Bennett

Cryssilda : The Complete Tales of Peter Rabbit de Beatrix Potter

-Bianca : Ada ou la beauté des nombres de Catherine Dufour
-Eimelle : La petite boulangerie du bout du monde de Jenny Colgan

-MyaRosa : Les filles en chocolat, tome 7 : coeur praline de Cathy Cassidy

  • 12 juin :

-Enna : Incendiaires de Chris Cleave

-Kathel : Lignes de fuite de John Harvey

-Jojoenherbe: (Roman jeunesse): Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll et Benjamin Lacombe

-The Cannibal Lecteur (Belette2911) : Lady Sherlock – Tome 1 – Une étude en rose bonbon de Sherry Thomas 

Une saison au choix :
 
-Rien ne s’oppose à la lecture (Anne) : Elizabeth et son jardin allemand de Elizabeth von Arnim
  • 13 juin :
 
  • 14 juin :
 
 
Années 50/60
 
  • 15 juin :

-Anne : Agatha Raisin enquête – Sale temps pour les sorcières de M.C. Beaton

-Bianca : mes cosy mysteries préférés

-The Cannibal Lecteur (Belette2911) : Ganesha‭ ‬-‭ ‬Mémoires de l’Homme-Éléphant de‭ ‬Xavier MauméjeanAgatha Christie – Tome 9 – L’Affaire Protheroe de Norma et William Maury et Blake et Mortimer – Tome 24 – Le testament de William S. de Yves Sente et André Juillard

  • 16 juin :
-The Cannibal Lecteur (Belette2911) : Blood and Sugar de Laura Shepherd-Robinson
 
  • 17 juin :
 
-The Cannibal Lecteur (Belette2911) : Blackwing – 03 – La chute du corbeau de Ed McDonald
 
Epoque édouardienne
 
  • 18 juin :
-Yoda Bor : Les Annales du Disque Monde – Tome 5 : Sourcellerie
 
  • 19 juin :
 
English royals
 
  • 20 juin :
  • 21 juin :

-Eimelle : L’orpheline de Salisbury d’Ann Granger

Années 70/80/90

-Kathel : Billy Wilder et moi de Jonathan Coe

-Pipelette liseuse : Bienvenue au club de Jonathan Coe

Sœurs de Daisy Johnson

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Sheela et ses deux filles, Septembre et Juillet, quittent Oxford pour s’installer dans une maison dans le Yorkshire suite à un « incident » au lycée. Les filles sont presque jumelles, elles n’ont que dix mois d’écart et sont totalement inséparables. Septembre et Juillet contre le reste du monde : « A quinze et seize ans, elles étaient plus proches que jamais. Septembre répondait à la place de sa sœur, elles partageaient la même assiette, leur repas soigneusement divisé en deux, dormaient la tête posée sur le même oreiller. » Septembre prend toujours le dessus sur sa sœur. Sa domination devient de plus en plus étouffante et malsaine.

J’avais découvert Daisy Johnson avec son 1er roman « Tout ce qui nous submerge ». Je n’avais pas été totalement convaincue par l’histoire mais l’écriture poétique, l’ambiance particulière m’avaient séduite. Cette fois, pas de sentiment mitigé, « Sœurs » est un roman parfaitement maîtrisé, à l’atmosphère sombre, âpre. Daisy Johnson s’est inspirée du roman gothique. On retrouve les éléments classiques de ce genre de littéraire si anglais :  la maison inquiétante « Échouée sur la lande du Yorkshire à peine en retrait de la mer », les cauchemars qui envahissent les nuits de Juillet, les éléments qui sont peu cléments (pluie, vent, tempête, boue) et une pointe de surnaturel pour parfaire l’ensemble. Le thème du double est également présent dans les romans gothiques, Daisy Johnson joue avec les identités des deux sœurs qui se fondent l’une dans l’autre. L’emprise totale de Septembre, ses jeux pervers nous mettent mal à l’aise, créent une ambiance troublante, sombre.

La force du roman est d’allier le roman gothique à des thématiques plus contemporaines. L’auteure sait parfaitement décrire les affres de l’adolescence, les difficultés à affirmer sa personnalité face à un groupe et les troubles du désir naissant. « Sœurs » parle également de harcèlement, de la cruauté implacable de cet âge.

L’écriture ardente, hypnotique de Daisy Johnson happe le lecteur dès les premières lignes et nous entraîne dans la noirceur de la relation exclusive et dévorante de Juillet et Septembre.

Traduction Laëtitia Devaux

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Bilan livresque et cinéma de mai

Mai

Encore une belle moisson de livres pour ce mois de mai, j’ai déjà a eu l’occasion de vous parler des livres suivants :

« Milkman » d’Anna Burns, un livre dont la forme surprend, étouffe son lecteur comme les rumeurs le font avec la jeune héroïne du roman ;

« Fragiles serments » de Molly Keane qui m’a séduite par son ironie grinçante.

Je vous parlerai de « Avant les diamants de Dominique Maisons après le mois anglais et je peux déjà vous dire que je me suis régalée à la lecture de ce roman noir durant l’âge d’or d’Hollywood.

Mes autres lectures sont toutes anglaises, elles seront donc très bientôt à l’honneur sur ce blog dans le cadre du mois anglais que j’organise avec Lou et Cryssilda.

Ce mois de mai fut l’occasion de retrouver ENFIN les salles de cinéma et voici les films que je suis allée voir :

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Suze, coiffeuse d’une quarantaine d’années, apprend qu’il ne lui reste plus que quelques mois à vivre, voire quelques semaines. Trop de laque et d’aérosols auront eu raison de ses poumons. Suze n’a alors qu’une chose en tête : retrouver l’enfant qu’elle a eu adolescente et que ses parents l’ont forcée à abandonner. C’est en se rendant dans une administration pour retrouver la trace de son fils que Suze va croiser la route d’un cadre supérieur suicidaire. Ce dernier rate son coup et blesse l’un de ses collègues. Il ne lui reste plus qu’à fuir et Suze l’accompagne en espérant qu’il pourra l’aider dans sa quête. Se joint à eux un troisième larron : un archiviste aveugle.

C’est toujours un plaisir de retrouver la fantaisie iconoclaste d’Albert Dupontel. « Adieu les cons » est un film rageur et tendre à la fois. La cavalcade des trois compagnons est un tourbillon, une fuite aux conséquences explosives. Derrière la colère, l’injustice, on trouve beaucoup d’humanité qui s’incarne ici dans des personnages principaux forcément attendrissants. Albert Dupontel, Virginie Efira et Nicolas Marié les interprètent avec beaucoup d’énergie et de justesse. Il ne faut pas oublier les seconds rôles servis par une formidable brochette d’acteurs : Bouli Lanners, Jackie Berroyer, Michel Vuillermoz. J’aurais sans doute aimer plus d’ironie, d’humour noir car c’est ce que Dupontel fait le mieux. Mais il ne faut pas bouder son plaisir, ce film gardera toujours une place particulière dans ma vie de cinéphile puisqu’il marque mon retour dans les salles obscures après sept mois de pause forcée.

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Peter a été élevé par son oncle, aux côtés de son cousin Michael, après le décès de sa sœur. Ses parents n’ont pas réussi à surmonter le choc. En grandissant, Michael a repris les affaires de petit caïd de son père. Peter l’accompagne, il est son homme de main. Lorsque son cousin veut s’attaquer au gang des italiens, Peter tente de le raisonner et de freiner ses pulsions violentes.

Jérémie Guez réalise ici un film noir classique, parfaitement maîtrisé. Le destin de Peter est au centre de « Sons of Philadelphia » . Il est prisonnier de son histoire, de celle que sa famille a choisi pour lui. Il est pris en tenailles entre sa fidélité à ceux avec qui il a grandi et son envie d’ailleurs, de fuite face à la violence. Matthias Schoenaerts prête ses traits à ce personnage entre force et douceur et comme toujours il le fait beaucoup de talent et de sobriété. Joel Kinnaman incarne un Michael inquiétant, glaçant mais pouvant difficilement se passer de son cousin. « Sons of Philadelphia » prend des allures de tragédie familiale d’une implacable noirceur.

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Anthony vit toujours dans son appartement londonien malgré son âge avancé. Il refuse qu’une aide-soignante vienne s’occuper de lui. Il vient d’ailleurs de congédier la dernière en date au désespoir de sa fille Anne qui ne peut pas toujours être présente à ses côtés. Elle s’inquiète d’autant plus de la situation qu’elle souhaite déménager en France où réside son nouveau compagnon.

Le premier long-métrage de Florian Zeller est quasiment un huis-clos et cela est bien naturel puisqu’il s’agit de l’adaptation de l’une de ses pièces de théâtre. Rapidement, de l’étrangeté vient se glisser dans le quotidien d’Anthony. On frôle parfois le fantastique, le cauchemar. Des scènes se répètent, la temporalité se brouille, l’appartement se modifie. Et peu à peu, on comprend ce qui se passe. La réalisation est la matérialisation de la maladie d’Anthony qui est atteint d’Alzheimer. Et c’est ce qui fait la force du film, il nous fait vivre ce que vit cet homme qui est sans cesse désorienté et ne comprend plus ce qui lui arrive. Bien évidemment le film de Florian Zeller doit beaucoup à ses interprètes. La crème des acteurs britanniques se succèdent devant nous : Olivia Williams, Mark Gatiss, Rufus Sewell ou encore Imogen Poots. Et bien-sûr Olivia Colman et Anthony Hopkins, tous les deux sont extraordinaires, parfaits de justesse et de profondeur. La fin de « The father » est totalement poignante.

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Un vieil homme, vivant dans sa ferme de l’Ontario, est accueilli pour quelques jours chez son fils en Californie. Le vieil homme est réactionnaire, perpétuellement mécontent et autoritaire. Sa rage s’abat sans cesse sur son fils, pilote de ligne homosexuel qui vit avec son mari et leur fils. Le père doit passer des examens médicaux, a émis le souhait de se rapprocher de ses enfants pour changer d’avis une fois en Californie. La tension monte entre les deux hommes malgré le stoïcisme et la patience du fils.

« Falling » est le premier film de Viggo Mortensen, qui a décidément tous les talents. Il incarne également le fils dont les choix de vie sont durement critiqués par son père. La narration fait des aller-retour entre le présent et la jeunesse du père. Il nous montre un homme dont la rudesse empêche l’expression des sentiments, de la tendresse (sa femme lui manque désespérément et pourtant il n’a jamais su lui montrer son affection). Il se comporte de la même façon avec son fils et sa fille. Son fils ne peut néanmoins pas l’abandonner au moment où il décline. Les face-à-face entre eux, plein d’amertume et de rancœur, questionnent la virilité, ce que signifie être un homme. Lance Henriksen livre une prestation saisissante dans le rôle du père. Le réalisateur nous a réservé une petite surprise cocasse à l’intérieur de ce film poignant, je vous laisse découvrir le rôle tenu par David Cronenberg dans cette histoire !

 

 

 

Milkman d’Anna Burns

Irlande du Nord, années 70, la narratrice a 18 ans, elle est issue d’une famille de douze enfants et elle est qualifiée de « sœur du milieu ». Un qualificatif qui lui vient de son père, maintenant décédé, qui éprouvait des difficultés à se rappeler des prénoms de tous ses enfants. La jeune femme travaille, fait du jogging, lit en marchant et fait tout pour rester invisible durant cette époque si troublée. Mais ses stratégies pour rester à l’écart, à l’abri ne fonctionnent pas, bien au contraire. Elle est vue dans le voisinage comme une  » dépasseuse-de-bornes » et à ce titre elle va attirer l’attention et les commérages. Ceux-ci vont partir d’une rencontre avec Laitier (qui n’est pas du tout laitier), un paramilitaire important qui s’intéresse à elle. La rumeur va alors s’amplifier de manière démesurée.

« Milkman » m’intriguait depuis que ce roman a remporté le Man Booker Prize en 2018 et il me tardait de le découvrir. Et le roman d’Anna Burns est à la hauteur de mes attentes. Sa forme narrative originale est exigeante pour le lecteur. Le texte, écrit à la première personne du singulier, est le flot de pensées de la narratrice. Il n’y a pas de paragraphe, pas de respiration pour le lecteur. Les idées de la narratrice se déclinent en nombreuses digressions qui toutes apportent quelque chose au récit. Le texte est extrêmement dense, presque étouffant. Mais la forme est en adéquation le fond puisqu’il est ici question de violence et de harcèlement.

La violence est d’abord politique. Anna Burns est née en 1962 à Belfast, elle retranscrit donc parfaitement le conflit d’Irlande du Nord : les paramilitaires, la police d’État, les écoutes, les morts violentes, le couvre-feu, etc… La suspicion, la paranoïa dominent dans cette société qui fonctionne par quartiers comme de petits villages. Tout le monde connaît la vie des autres et s’en mêle à coups de rumeurs qui ne font qu’accroître la peur ambiante. Rajoutez à cela le poids de la religion, du patriarcat et vous comprendrez mieux pourquoi notre jeune héroïne tente de passer inaperçue. Malheureusement pour elle, sa jeunesse et sa beauté retiennent l’attention du Laitier. Et comme elle a scrupuleusement rendu l’atmosphère de terribles tensions de cette époque, Anna Burns montre avec justesse les mécanismes du harcèlement. Les rumeurs s’immiscent petit à petit dans le cerveau de la narratrice. L’étau se resserre, le Laitier sait endormir sa proie par le langage, par sa présence insistante et tenace. La jeune femme exprime un engourdissement de sa pensée, elle finit par ne plus pouvoir prendre du recul. Elle s’enferme de plus en plus et ne trouve d’appui nulle part. Son récit est proprement saisissant.

« Milkman » est un livre unique dont la lecture est un peu déconcertante au début mais qui s’avère très riche et d’une étourdissante maîtrise narrative.

Traduction Jakula Alikavazovic

Le parfum des fleurs la nuit de Leïla Slimani

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« Le parfum des fleurs la nuit » est le troisième livre de la collection « Ma nuit au musée » que je lis. Après avoir suivi Léonor de Récondo au musée Greco de Tolède et Santiago Amigorena au musée Picasso de Paris, j’ai cette fois accompagnée Leïla Slimani à Venise où elle passa une nuit dans le Fondation Pinault en décembre 2018. Ce projet lui fut proposé alors qu’elle était en train d’écrire « Le pays des autres ». Ce n’est pas le plaisir de se retrouver seule devant des œuvres d’art qui a convaincu Leïla Slimani mais bien la possibilité de s’extraire du monde, d’être inatteignable et inaccessible aux perturbations extérieures. « Être seule dans un lieu dont je ne pourrais pas sortir, où personne ne pourrait entrer. Sans doute est-ce un fantasme de romancier. Nous faisons tous des rêves de cloître, de chambre à soi où nous serions à la fois les captifs et les geôliers. » Durant cette nuit passée à la Punta della Dogana, Leïla Slimani digresse autour de la littérature, des mystères de l’écriture, elle convoque de nombreux écrivains comme Stefan Zweig, Virginia Woolf,  Robert Louis Stevenson, Rainer Maria Rilke, Sandor Marai, Milan Kundera, Charles Baudelaire ou Valery Larbaud.

Peut-être est-ce la position de Venise, entre Orient et Occident, qui ramène Leïla Slimani au Maroc qu’elle a quitté vingt ans plus tôt. Elle se souvient de ce que signifiait être une jeune fille au Maroc où tout se jouait dans une tension entre le dedans et le dehors. Les fantômes de son passé s’animent au fil de la nuit et notamment celui de son père dont elle parle avec beaucoup de pudeur et d’émotion. Cette déambulation dans la Fondation Pinault est l’occasion d’une introspection où l’art qui entoure l’auteure n’a que peu de place (à l’exception des photos de Berenice Abbott) et la laisse perplexe.

Avec lucidité, nostalgie, Leïla Slimani nous livre un texte finalement très intime, loin de l’exercice de style que la commande pouvait provoquer et où elle questionne l’art d’écrire et ce que cela signifie d’être libre.

Merci Netgalley pour cette lecture.

Le mois anglais : 10 bougies en juin

 

C’est avec grand plaisir que nous ouvrons les festivités de ce nouveau Mois anglais, qui débutera le 1er juin. Il y a dix ans LouCryssilda et moi lancions la toute première édition de ce challenge, sans imaginer que c’était le début d’une aussi belle aventure. Nous avons chaque année retrouvé avec bonheur des participant.e.s aussi enthousiastes que nous à l’idée de parler littérature anglaise, voyages, culture, et même cuisine ! D’autres ont rejoint le Mois plus tard avec tout autant de folie et de générosité. Merci pour cela ! Ce Mois anglais c’est un rendez-vous qui nous tient à cœur et nous sommes très heureuses de le passer une nouvelle fois avec vous.
 
Vous pourrez participer :
– Sur les blogs où est né le challenge
– Sur le groupe Facebook du Mois anglais (pour papoter, partager des idées et vos chroniques)
– Sur Instagram, avec le compte @ayearinengland2021 géré ensemble, et #lemoisanglais et/ou #ayearinengland et/ou #ayearinengland2021 (pensez à nous taguer et à utiliser les # pour nous aider à vous suivre).
 
Et voici maintenant le programme que certain.e.s d’entre vous attendaient avec impatience ! Merci pour toutes vos suggestions qui nous ont beaucoup inspirées. Nous avons voulu simplifier cette année pour laisser plus de place aux lectures libres, pour nous permettre de piocher dans nos PAL mais bien sûr, les thèmes non traités directement et surtout les auteurs s’intègrent aisément dans les rendez-vous par période que nous vous proposons (sur l’une de vos suggestions). On espère que ce programme vous plaira :
  • Présentation de PAL, d’envies : dès à présent
  • Billets libres: à tout moment
  • Avant 1837 : 3 juin
  • Animaux : 5 juin
  • 1ere ou 2e guerre mondiale : 7 juin
  • Littérature jeunesse / album jeunesse : 9 juin
  • Époque victorienne : 10 juin
  • Une saison au choix : 12 juin
  • Années 50/60 : 14 juin
  • Époque édouardienne : 17 juin
  • English Royals : 19 juin
  • Années 70/80/90 : 21 juin
  • Non fiction (essai / biographie / livre d’histoire) : 22 juin
  • Années 20/30/40 : 24 juin
  • Voyage / évasion au sens large (régions anglaises, voyage dans le temps, dans l’espace si l’équipage est anglais) : 26 juin
  • Années 2000 jusqu’à aujourd’hui : 28 juin

Nous vous souhaitons un excellent Mois anglais, de belles lectures et un excellent voyage en Angleterre, littéraire mais pas que !

Fragiles serments de Molly Keane

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La luxueuse demeure de Silverue, située entre mer et montagne en Irlande, est en effervescence  : Lady Bird et son mari Julian attendent le retour de leur fils aîné John. Officiellement, il revient d’un voyage à l’étranger mais en réalité, il séjournait en maison de repos pour soigner sa dépression. Sont également présents pour accueillir John, sa sœur Sheena qui découvre le bonheur des premiers émois amoureux, et son frère Mark qui, a sept ans, est aussi affectueux que cruel. Lady Bird, qui adore son fils aîné, est nerveuse et elle a invité son amie Eliza à Silverue pour la soutenir. Malgré cela, l’équilibre familial reste fragile et Lady Bird va avoir beaucoup de mal à sauver les apparences.

« Fragiles serments » était le premier roman de Molly Keane que je lisais et j’ai eu  quelques difficultés à rentrer dans l’histoire. L’auteure prend son temps pour installer son cadre et ses personnages. Et ce sont bien eux qui sont au cœur du roman. L’auteure nous offre une belle galerie de personnages, ils sont assez nombreux et d’ailleurs le titre original est « Full house ». L’ironie grinçante de l’auteure ne les épargne pas. Lady Bird est une coquette, écervelée qui veut se faire passer pour la sœur de son fils aîné. Julian, quant à lui, ne s’intéresse qu’à sa femme, ses enfants passent après !  Les pauvres vont avoir beaucoup de mal à trouver leur équilibre et encore plus à être heureux. Et malgré les efforts de Lady Bird pour maintenir l’illusion  d’une famille unie, les failles, les secrets enfouis vont bientôt gâcher le tableau d’ensemble. Le roman familial se transforme en satire cruelle de la haute société anglo-irlandaise. Et c’est vraiment quand le ton de Molly Keane se fait mordant qu’elle me plaît le plus (la pauvre gouvernante du petit dernier de la famille en fait les frais entre son envie de frissons romantiques et sa pilosité excessive). Les portraits des personnages sont vraiment réussis, incisifs et sans concession. L’intrigue aurait sans doute pu être un peu raccourcie mais elle est émaillée de très belles et poétiques descriptions de la nature irlandaise.

Même si le début du roman est un peu lent, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire « Fragiles serments » notamment grâce au ton caustique de Molly Keane qui me donne envie de la lire à nouveau.

Traduction Cécile Arnaud

Les Oxenberg & les Bernstein de Catalin Mihuleac

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Deux familles, deux époques. Washington DC, les Bernstein ont fait fortune dans le commerce des vêtements de seconde main. La narratrice, Suzy Bernstein, est originaire de Roumanie où elle a rencontré Ben Bernstein et sa mère Dora venus prospecter pour l’affaire familiale. Au fil des années, Suzy a su prendre une place importante dans l’entreprise. Son credo : chaque pièce vintage doit avoir une histoire. Celle de la famille Oxenberg se déroule à Iasi en Roumanie dans les années 40. Jacques est un gynécologue-obstétricien réputé. Sa femme, Roza, rédige une anthologie sur la nouvelle roumaine traduite en allemand. Leur position privilégiée ne les protégera pas et leurs enfants non plus lorsque le climat va devenir de plus en plus pesant et nauséabond. Bien au contraire, leur statut social ne fera qu’aggraver les jalousies et les rancœurs.

« Les Oxenberg & les Bernstein » m’a fait découvrir l’existence du pogrom de Iasi de juin 1941, un évènement terrible bien caché dans les tréfonds de l’Histoire roumaine. Mais après avoir lu le roman percutant de Catalin Mihuleac, ces évènements resteront à jamais gravé dans ma mémoire. Et pour cause, « Les Oxenberg & les Bernstein » est à la fois saisissant et déroutant. Le ton du roman est surprenant, il est ironique, cynique et particulièrement irrévérencieux dans les pages consacrées à Suzy qui aime à se moquer de sa belle-famille.

La construction du roman se fait avec une alternance de chapitre : un pour les Bernstein et un pour les Oxenberg. Cette brillante construction intrigue, interroge quant aux liens entre les deux familles qui ne se laissent deviner qu’à la fin du roman. Les deux narrations se font écho par le biais de répétitions qui soulignent certains moments.

Les personnages sont également particulièrement marquants et décrits sans manichéisme. Suzy est par exemple aussi agaçante qu’amusante. La petite Golda Bernstein est extrêmement attachante dans sa volonté de réinventer le monde grâce à son imagination (l’histoire de ses canards en plastique est tellement émouvante). Roza Bernstein est quant à elle totalement aveugle sur la situation et pense que son travail sur la traduction allemande va la protéger. Chacun est particulièrement bien caractérisé, réaliste et inévitablement le lecteur s’attache à eux et la lecture n’en sera que plus éprouvante.

Car Catalin Mihuleac ne nous épargne pas dans les pages de son livre. Il ne nous cache rien de la brutalité sans nom, de l’horreur absolue qui frappent Iasi en juin 1941. Ces passages sont difficiles à lire tant les actes de haine sont insoutenables. Mais il ne faut pas avoir peur de plonger dans ce texte car l’auteur nous offre un final bouleversant d’humanité et de bienveillance.

« Les Oxenberg & les Bernstein »est un roman marquant, puissant par sa construction, son ton, ses personnages et les évènements tragiques qui sont au cœur de ses pages. Un livre aussi terrible que poignant à côté duquel il ne faut pas passer.

Traduction Marily Le Nir

Harvey de Emma Cline

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Harvey s’est réfugiée dans la luxueuse villa d’un ami dans le Connecticut. Il est là en attendant le verdict de son procès qui tombera le lendemain. Mais Harvey en est persuadé, il sera forcément acquitté. Il ne comprend pas l’acharnement contre lui. « Car il n’était qu’un homme, un homme seul avec des chaussettes rouges et un T-shirt trop fin, une molaire gauche douloureuse, un dos fragile sur le point de s’effondrer, tout le cartilage avait été gratté, si bien que sa colonne vertébrale était un jeu de casse-briques. » Harvey s’apitoie beaucoup sur lui-même, se gave de bonbons et d’antalgiques. Et il anticipe la suite, lorsqu’il sera libre et débarrassé du bracelet électronique vissé à sa cheville. Harvey a un grand projet, il veut adapter « White noise » de Don DeLillo qu’il pense avoir reconnu dans la maison voisine. Voilà un projet de taille pour relancer sa carrière !

Emma Cline avait fait une entrée très remarquée en littérature avec son formidable « The girls » en 2016. Cette jeune femme n’a pas froid aux yeux puisqu’elle se place ici dans la tête de Harvey Weinstein. Son texte est une novella qui a été publiée l’année dernière dans le magazine New Yorker. Le nom de famille d’Harvey n’est jamais cité car il reste un personnage de fiction. Emma Cline explique ne pas avoir fait de recherches particulières sur sa biographie, elle ne sait, par exemple, pas s’il a réellement des filles adultes.

Comme dans « The girls », l’auteure s’intéresse à l’emprise de certains individus sur les autres, au mécanisme de domination. On le voit bien ici à l’œuvre, Harvey est un personnage qui exerce son pouvoir sur tous ceux qui l’entourent avec mépris et brutalité. Il pensait jusque là que son argent, sa réussite le protégeaient et lui permettaient tout. Emma Cline nous le montre à un moment charnière, juste avant le basculement du verdict. Harvey peut encore se percevoir comme une victime, il peut s’illusionner sur son avenir et il nous paraît alors bien pathétique. Des failles dans ce résonnement percent de temps en temps le voile qu’il jette sur ce qui l’attend. Mais le projet « White noise » lui permet de rapidement de se voiler à nouveau la face. Emma Cline réussit à explorer la psyché perverse d’Harvey avec beaucoup de finesse et d’intelligence.

Dans « Harvey », Emma Cline dresse le portrait d’un personnage aussi glaçant que ridicule et elle montre à nouveau sa grande maîtrise de la narration et de la complexité de la nature humaine.

Traduction Jean Esch

Tea rooms de Luisa Carnés

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Dans le Madrid des années 30, Matilde tente désespérément de trouver du travail. Après de nombreux entretiens, elle finit par se faire embaucher comme vendeuse dans un salon de thé. Elle y croise d’autres jeunes femmes, des serveurs qui, comme elle, viennent de milieux défavorisés et dont les familles subsistent grâce à eux. Entre peur du chômage et conditions de travail contestables, Matilde prend conscience de l’oppression subie par les ouvriers dans la société espagnole.

« Tea rooms » a été publié en 1934, Luisa Carnés était elle-même ouvrière et engagée notamment au parti communiste. Autodidacte, elle devint journaliste  et écrivaine. L’auteure commença à travailler à l’âge de onze ans dans l’atelier de chapellerie de ses tantes. Mais elle travailla également dans un salon de thé et son roman est proche du reportage.

Dans un style très moderne et concis, Luisa Carnés nous offre des descriptions extrêmement minutieuses du travail dans ce salon de thé mais également du caractère de chaque vendeuse (elle est plutôt dure sur leurs physiques !). Le monde dans lequel évolue ces ouvrières est totalement chaotique : la crise de 29 est passée par là et la 2nd guerre mondiale est proche. La condition des femmes à cette époque est vraiment au cœur du livre. Les ouvrières sont encore moins considérées que les ouvriers, elles sont totalement invisibles. « Les hommes qui passent dans le salon regardent à peine la vendeuse. La vendeuse, dans son uniforme, n’est rien de plus qu’un appendice du salon, un appendice humain très utile. Rien d’autre. » Et cet emploi n’empêche pas la misère, l’une des vendeuses vole pour pouvoir s’offrir de nouvelles chaussures ou des trajets en tramway pour rentrer chez elle. Mais Luisa Carnés n’arrête pas son analyse de la condition des femmes au salon de thé. Elle nous montre également que l’oppression existe aussi dans la sphère privée avec le poids de la religion et des traditions. Luisa Carnés n’hésite d’ailleurs pas à parler d’avortement.

Le monde, qui voit évoluer Matilde, est celui où montent le fascisme (un vendeur de glace italien fait le récit de ce qui se passe en Italie grâce aux lettres de son fils) et le communisme. Ce dernier est encore source d’espoir et de possible rébellion. Matilde, double de l’auteure, s’éveille à la politique, prend conscience dans ce salon de thé du sort réservé aux plus pauvres. Elle croit au communisme, à la solidarité entre travailleurs comme Luisa Carnés elle-même. Nous savons que l’Histoire leur donnera tort.

Roman social et politique, « Tea rooms » nous montre avec justesse et minutie le sort des ouvrières dans le Madrid des années 30. Luisa Carnés nourrit son livre de ses propres expériences, de ses propres combats et on ne peut que remercier les éditions de la Contre Allée de l’avoir sortie de l’oubli et de nous faire découvrir le talent de cette auteure espagnole.

 Traduction Michelle Ortuno