Souvenirs de Marnie de Joan G. Robinson

Souvenirs-de-Marnie

Après la mort de ses parents et de sa grand-mère, Anna a été placée dans un orphelinat. Elle a ensuite été adoptée par les Preston. L’enfant se révèle difficile, distante et ne semble s’intéresser à rien. « En ce moment, Anna passait le plus clair de son temps à ne penser à rien. C’était même à cause de cette fâcheuse habitude qu’elle allait séjourner dans le Norfolk, chez Monsieur et Madame Pegg. A cause de ça…et d’autres choses. (…) C’était le fait de ne pas vraiment avoir de meilleure amie comme tout le monde, de ne pas vraiment vouloir inviter des camarades à goûter, et de ne pas vraiment tenir à être invitée non plus. » Envoyée chez les Pegg, Anna découvre le littoral à Little Overton et la plage où elle passe tout son temps. En bord de crique, se trouve une maison abandonnée qui, rapidement, fascine totalement Anna. C’est là, qu’une nuit, elle fait la connaissance de Marnie.

Avant de commencer le roman, je ne connaissais rien de l’histoire, je n’ai jamais eu l’occasion de voir l’adaptation réalisée par les studios Ghibli. L’ambiance du livre est très plaisante. Les paysages du Norfolk sont remarquablement bien décrits par Joan G. Robinson. On comprend parfaitement qu’Anna y passe ses journées et se laisse envoûter par la beauté des lieux qui l’entourent. L’aura de la maison de la crique est également très bien rendue, son mystère ne peut qu’attirer la curiosité d’une enfant rêveuse. Anna est un personnage avec lequel nous sommes en empathie immédiatement. Elle ne se sent pas aimer, elle se protège sans cesse pour ne pas souffrir. Solitaire, trop honnête pour respecter les conventions sociales ou la politesse, Anna n’arrive pas à avoir des amis de son âge. Elle préfère celle de Gossdetro, un marin taiseux qui ne pose aucune question. Tout cela va changer avec l’arrivée de Marnie…je ne peux pas en dire trop mais, après la lecture du roman, je comprends pourquoi les célèbres studios japonais l’ont adapté.

« Souvenirs de Marnie » est une très jolie lecture, il s’en dégage beaucoup de douceur.

Traduction Patricia Barbe-Girault

20210522_175412_0000

La vie seule de Stella Benson

Couv-et-bandeau-la-vie-seule-680x1035-1-673x1024

Londres, 1918, lors d’une réunion d’un comité de bienfaisance, une étrange jeune femme fait une apparition fracassante. Elle entre en courant dans la pièce et se réfugie sous une table. Ses explications ne cessent de stupéfier l’assemblée et les participants à la réunion ne tardent pas à découvrir qu’ils sont en présence d’une sorcière. Après le départ de cette dernière, l’une des membres du comité, Sarah Brown, découvre que la sorcière a oublié son balai. Sur celui-ci figure une adresse, Sarah décide de s’y rendre. D’étonnantes aventures attendent alors la jeune femme.

Le court roman de Stella Benson est extrêmement surprenant. Il m’a tour à tour évoqué Harry Potter (nous assistons notamment à une terrible bataille de balais) et Alice aux pays des merveilles (« Les pâquerettes vous regardaient dans les yeux, mais pas les violettes, parce qu’elles refusaient les bonnes manières. »). « La vie seule » est un livre à la fantaisie débridée, aux situations totalement farfelues. Sarah Brown travaillera dans une ferme gérée par un dragon dans une Forêt enchantée. Nous croiserons un balai nommé Harold, une valise appelée Humphrey ou encore un cheval nommé Vivian. Un tourbillon d’évènements fantastiques va venir perturber la vie de Sarah Brown et des autres membres du comité de bienfaisance.

Ce qui rend le roman de Stella Benson vraiment intéressant, c’est la manière dont elle mêle la magie à la réalité de la vie des habitants de Londres en 1918. La ville est alors bombardée et nous assistons à leur repli dans des abris. Stella Benson en profite également pour placer quelques insertions ironiques sur la société anglaise de son temps : « Elle avait un mari, mais aucune autre tragédie marquante dans sa vie. » ; « Lady Arabel était une des personnes les plus gentilles du monde mais elle frémit à l’évocation de la classe moyenne. »  On sent également l’engagement de l’auteure auprès des Suffragettes au travers du destin de Sarah Brown, une jeune femme célibataire qui va conquérir son indépendance grâce à la sorcière.

« La vie seule » est un livre déroutant, original qui mêle réalisme et magie avec humour et ironie.

Traduction Leslie De Bont

10 ans du mois anglais

Un lieu à soi de Virginia Woolf

G02823_Woolf_un-lieu-a-soi.indd

Grâce au Café du classique sur Instagram, j’ai relu « A room of one’s own » de Virginia Woolf. J’ai choisi la récente traduction de Marie Darrieussecq qui m’a semblé plus fluide que celle de Clara Malraux qui est celle par laquelle j’ai découvert ce livre important de l’auteure. Et le choix de la traduction du titre me paraissait plus juste, plus proche de ce qu’avait voulu dire Virginia Woolf.

Cet essai, publié en 1929, a comme point de départ deux conférences sur le thème des femmes et de la fiction qui devaient avoir lieu aux Newnham College et au Girton College, deux institutions de Cambridge dédiées aux jeunes filles. Virginia Woolf choisit de décliner son propos sur deux journées où elle mélange flâneries et réflexions sur le thème des conférences. Il ne s’agit donc pas d’un essai classique, scolaire. L’auteure y écrit comme dans ses romans, exprimant un flux de conscience qui peut donner l’impression d’un livre déconstruit, aux propos éclatés. Comme toujours, Virginia Woolf écrit avec une grande liberté, une ironie grinçante et une culture remarquable. Ce qui m’a frappée durant cette relecture, c’est à quel point elle s’amuse, elle invente des personnages pour nous parler des femmes et de la fiction et le plus intéressant d’entre eux est celui de la sœur de Shakespeare qui, si elle avait voulu écrire, aurait connu un bien funeste destin.

Virginia Woolf choisit d’aborder le thème de ses conférences de manière concrète. Dès le départ, elle fait le constat que les pelouses, les bibliothèques des colleges masculins sont interdites aux femmes, leurs repas sont de meilleure qualité que ceux des jeunes filles. Cela peut paraître anecdotique mais pour elle, cela fait partie intégrante de son constat : « La liberté intellectuelle dépend des choses matérielles. » Les femmes, pour créer, n’ont besoin que de deux choses : une pièce à soi et de l’argent. Elle montre bien à travers l’Histoire à quel point la création doit se libérer des contingences matérielles pour pouvoir exister et sa démonstration est brillante.

Bien entendu, le patriarcat a également tout fait pour brimer les femmes, les a modelées pour limiter leur envie d’expression, les a décrédibilisées. Certaines ont du prendre des noms masculins pour se faire publier (George Eliot, les sœurs Brontë, George Sand, etc…).

Pour autant, Virginia Woolf ne souhaite pas lancer une guerre ouverte entre les deux sexes. Elle préconise que chacun cultive ses différences. Elle insiste sur l’importance de l’éducation, elle qui a vu ses frères partir dans les College alors qu’elle n’a pas pu y aller. Elle invite les jeunes femmes à voir le monde, à avoir plus d’expérience pour en nourrir leurs œuvres et surtout à penser par elle-même : « Je me retrouve à dire brièvement et prosaïquement que le plus important est d’être soi-même, plutôt que n’importe quoi d’autre. »

La démonstration de Virginia Woolf dans « Un lieu à soi » est originale, impeccablement menée et imaginative. Le statut des femmes a changé depuis 1929 et pourtant cet essai résonne toujours avec notre actualité. Le chemin parcouru est important mais il ne s’arrête pas là et Virginia Woolf nous invite à rester vigilantes.

Traduction Marie Darrieussecq

20210522_175412_0000

L’invitation à la valse de Rosamond Lehmann

9782714481337

« Oui c’est certain, ces murs renferment un monde. Ici, la durée tisse sa toile d’une pièce à l’autre, d’un an à l’autre. Le temps est en sûreté dans cette maison. Quelque chose d’énergique, de concentré, de fort, de calme, s’y développe, quelque chose qui a ses lois, ses habitudes, quelque chose d’inquiétant, de tyrannique, à quoi il ne faut pas se fier tout à fait ; quelque chose d’atroce, peut-être. Une plante curieuse, aux fortes racines enchevêtrées, un spécimen unique. Une famille, en un mot. » Cette famille, c’est celle d’Olivia Curtis, qui réside dans le petit village de Little Compton. Nous sommes en hiver et la jeune femme fête ses 17 ans. Dans quelques jours, elle va assister à son premier bal chez Lord et Lady Spencer. Elle reçoit d’ailleurs, parmi ses cadeaux d’anniversaire, une étoffe rouge qui servira pour la confection de sa robe. Une couleur flamboyante choisie par sa sœur Kate et non par sa mère qui aurait préféré une couleur plus discrète pour une jeune fille. Olivia est enchantée et attend avec autant d’impatience qu’inquiétude le jour du bal.

J’ai déjà lu plusieurs romans de Rosamond Lehmann et le résultat n’a pas toujours été concluant. Mais comme il s’agit d’une romancière extrêmement appréciée par Jonathan Coe, je persiste dans la découverte de son œuvre. Cette fois, j’ai été totalement séduite par « L’invitation à la valse ». Ce passage à l’âge adulte est décrit avec beaucoup de délicatesse, de tendresse et avec finesse pour la psychologie de son héroïne. Olivia sent bien qu’elle est à un tournant de sa jeune vie. Le bal est son intronisation dans le monde des adultes, dans la haute société. Elle doit donc se présenter sous son meilleur jour. Cela est d’autant plus vrai que sa sœur Kate va bientôt quitter le foyer pour passer un an à Paris. Olivia devra faire son chemin seule. Le bal, qui occupe la moitié du roman, est formidablement décrit : le jeu social, le paraître, l’humiliation de ne pas avoir son carnet de bal rempli, les rencontres impromptues le temps d’une danse, la courtoisie. La soirée sera riche en expériences pour la jeune femme, beaucoup de possibilités s’ouvrent à elle et tout autant de questions sur son avenir.

« Tout va commencer », cette phrase se situe à la fin du roman et laisse en suspens ce qu’il va advenir de la jeune Olivia Curtis. Rosamond Lehmann nous permet de le découvrir dans « Intempéries ».

Traduction Jean Talva

10 ans du mois anglais

Billet récapitulatif – Le mois anglais 2021

10 ans du mois anglais

  • 1er juin :
-Adely Maelly (Lecture enfant parent) : Présentation
-The Cannibal Lecteur (Belette2911) : « 1984 » de George Orwell et Fido Nesti
 
 
  • 2 juin :
  • 3 juin :

-Anne : Evensongs au King’s College de Cambridge 

-Ingannmic : Moisson de Jim Crace

-Titine : L’invitation à la valse de Rosamond Lehmann

-The Cannibal Lecteur (Belette2911) : London – Tome 01 – La fenêtre fantôme de Rodolphe et Isaac Wens

et  La Survie de Molly Southbourne de Tade Thompson

 
Avant 1837:
 
 
  • 4 juin :

Alexielle : La Mystérieuse Affaire de Styles d’Agatha Christie

Anne : L’affaire Protheroe d’Agatha Christie

-Bianca : Les rêves de nos mères de Carine Pitocchi

-Eimelle : Bal tragique à Windsor de S.J. Bennett

-Enna : Le mystérieux Dr Quinn d’Agatha Christie

Jojoenherbe: Le meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie

-Lou : [Photos] Castle Combe

Rachel : Le dernier mot de Hanif Kureishi

 
  • 5 juin :
 
Animaux :
The Cannibal Lecteur (Belette2911) : La ferme des animaux de George Orwell
  • 6 juin :
Dimanche en cuisine avec Syl :
  • 7 juin :
 
1ère ou 2nd guerre mondiale :
 
  • 8 juin :

-Bianca : Son espionne royale et la fiancée de Transylvanie de Rhys Bowen

-Enna : [Recette] Bakewell tart

-Hilde : [Billet anniversaire : 1er billet Mois anglais 2011] La Pluis, avant qu’elle tombe de Jonathan Coe

-Kathel : Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman

 
  • 9 juin :
Littérature jeunesse/album jeunesse :
  • 10 juin :
 
Époque victorienne
 

-The Cannibal Lecteur (Belette2911) : Agnès Grey d’Anne Brontë

-Yoda Bor : Black Butler – Tome 6 

  • 11 juin :

-Anne : Sa Majesté mène l’enquête – Bal tragique à Windsor de S.J. Bennett

Cryssilda : The Complete Tales of Peter Rabbit de Beatrix Potter

-Bianca : Ada ou la beauté des nombres de Catherine Dufour
-Eimelle : La petite boulangerie du bout du monde de Jenny Colgan

-MyaRosa : Les filles en chocolat, tome 7 : coeur praline de Cathy Cassidy

  • 12 juin :

-Enna : Incendiaires de Chris Cleave

-Kathel : Lignes de fuite de John Harvey

-Jojoenherbe: (Roman jeunesse): Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll et Benjamin Lacombe

-The Cannibal Lecteur (Belette2911) : Lady Sherlock – Tome 1 – Une étude en rose bonbon de Sherry Thomas 

Une saison au choix :
 
-Rien ne s’oppose à la lecture (Anne) : Elizabeth et son jardin allemand de Elizabeth von Arnim
  • 13 juin :
 
  • 14 juin :
 
 
Années 50/60
 
  • 15 juin :

-Anne : Agatha Raisin enquête – Sale temps pour les sorcières de M.C. Beaton

-Bianca : mes cosy mysteries préférés

-The Cannibal Lecteur (Belette2911) : Ganesha‭ ‬-‭ ‬Mémoires de l’Homme-Éléphant de‭ ‬Xavier MauméjeanAgatha Christie – Tome 9 – L’Affaire Protheroe de Norma et William Maury et Blake et Mortimer – Tome 24 – Le testament de William S. de Yves Sente et André Juillard

  • 16 juin :
-The Cannibal Lecteur (Belette2911) : Blood and Sugar de Laura Shepherd-Robinson
 
  • 17 juin :
 
-The Cannibal Lecteur (Belette2911) : Blackwing – 03 – La chute du corbeau de Ed McDonald
 
Epoque édouardienne
 
  • 18 juin :
-Yoda Bor : Les Annales du Disque Monde – Tome 5 : Sourcellerie
 
  • 19 juin :
 
English royals
 
  • 20 juin :
  • 21 juin :

-Eimelle : L’orpheline de Salisbury d’Ann Granger

Années 70/80/90

-Kathel : Billy Wilder et moi de Jonathan Coe

-Pipelette liseuse : Bienvenue au club de Jonathan Coe

  • 23 juin :
-Yoda Bor : The Irregulars 
  • 24 juin :
–Anne : Evensongs à Oxford
-Les papiers de Mrs Turner : Une saison à Longbourn de Jo Baker
 
Années 20/30/40
  • 25 juin :
 
  • 26 juin :
 
 
Voyage/évasion au sens large
-Yoda Bor : La roue de glace
  • 27 juin :
  • 28 juin :
-Bianca : Les dernières heures de Minette Walters
-Eva : La Fille de James Joyce”- d’Annabel Abbs
 
Années 2000 jusqu’à aujourd’hui :
 
  • 29 juin :
-Yoda Bor : It’s a sin
  • 30 juin :

Sœurs de Daisy Johnson

9782234088870-001-T

Sheela et ses deux filles, Septembre et Juillet, quittent Oxford pour s’installer dans une maison dans le Yorkshire suite à un « incident » au lycée. Les filles sont presque jumelles, elles n’ont que dix mois d’écart et sont totalement inséparables. Septembre et Juillet contre le reste du monde : « A quinze et seize ans, elles étaient plus proches que jamais. Septembre répondait à la place de sa sœur, elles partageaient la même assiette, leur repas soigneusement divisé en deux, dormaient la tête posée sur le même oreiller. » Septembre prend toujours le dessus sur sa sœur. Sa domination devient de plus en plus étouffante et malsaine.

J’avais découvert Daisy Johnson avec son 1er roman « Tout ce qui nous submerge ». Je n’avais pas été totalement convaincue par l’histoire mais l’écriture poétique, l’ambiance particulière m’avaient séduite. Cette fois, pas de sentiment mitigé, « Sœurs » est un roman parfaitement maîtrisé, à l’atmosphère sombre, âpre. Daisy Johnson s’est inspirée du roman gothique. On retrouve les éléments classiques de ce genre de littéraire si anglais :  la maison inquiétante « Échouée sur la lande du Yorkshire à peine en retrait de la mer », les cauchemars qui envahissent les nuits de Juillet, les éléments qui sont peu cléments (pluie, vent, tempête, boue) et une pointe de surnaturel pour parfaire l’ensemble. Le thème du double est également présent dans les romans gothiques, Daisy Johnson joue avec les identités des deux sœurs qui se fondent l’une dans l’autre. L’emprise totale de Septembre, ses jeux pervers nous mettent mal à l’aise, créent une ambiance troublante, sombre.

La force du roman est d’allier le roman gothique à des thématiques plus contemporaines. L’auteure sait parfaitement décrire les affres de l’adolescence, les difficultés à affirmer sa personnalité face à un groupe et les troubles du désir naissant. « Sœurs » parle également de harcèlement, de la cruauté implacable de cet âge.

L’écriture ardente, hypnotique de Daisy Johnson happe le lecteur dès les premières lignes et nous entraîne dans la noirceur de la relation exclusive et dévorante de Juillet et Septembre.

Traduction Laëtitia Devaux

20210522_175412_0000

Bilan livresque et cinéma de mai

Mai

Encore une belle moisson de livres pour ce mois de mai, j’ai déjà a eu l’occasion de vous parler des livres suivants :

« Milkman » d’Anna Burns, un livre dont la forme surprend, étouffe son lecteur comme les rumeurs le font avec la jeune héroïne du roman ;

« Fragiles serments » de Molly Keane qui m’a séduite par son ironie grinçante.

Je vous parlerai de « Avant les diamants de Dominique Maisons après le mois anglais et je peux déjà vous dire que je me suis régalée à la lecture de ce roman noir durant l’âge d’or d’Hollywood.

Mes autres lectures sont toutes anglaises, elles seront donc très bientôt à l’honneur sur ce blog dans le cadre du mois anglais que j’organise avec Lou et Cryssilda.

Ce mois de mai fut l’occasion de retrouver ENFIN les salles de cinéma et voici les films que je suis allée voir :

illustration-adieu-les-cons_1-1621237932

Suze, coiffeuse d’une quarantaine d’années, apprend qu’il ne lui reste plus que quelques mois à vivre, voire quelques semaines. Trop de laque et d’aérosols auront eu raison de ses poumons. Suze n’a alors qu’une chose en tête : retrouver l’enfant qu’elle a eu adolescente et que ses parents l’ont forcée à abandonner. C’est en se rendant dans une administration pour retrouver la trace de son fils que Suze va croiser la route d’un cadre supérieur suicidaire. Ce dernier rate son coup et blesse l’un de ses collègues. Il ne lui reste plus qu’à fuir et Suze l’accompagne en espérant qu’il pourra l’aider dans sa quête. Se joint à eux un troisième larron : un archiviste aveugle.

C’est toujours un plaisir de retrouver la fantaisie iconoclaste d’Albert Dupontel. « Adieu les cons » est un film rageur et tendre à la fois. La cavalcade des trois compagnons est un tourbillon, une fuite aux conséquences explosives. Derrière la colère, l’injustice, on trouve beaucoup d’humanité qui s’incarne ici dans des personnages principaux forcément attendrissants. Albert Dupontel, Virginie Efira et Nicolas Marié les interprètent avec beaucoup d’énergie et de justesse. Il ne faut pas oublier les seconds rôles servis par une formidable brochette d’acteurs : Bouli Lanners, Jackie Berroyer, Michel Vuillermoz. J’aurais sans doute aimer plus d’ironie, d’humour noir car c’est ce que Dupontel fait le mieux. Mais il ne faut pas bouder son plaisir, ce film gardera toujours une place particulière dans ma vie de cinéphile puisqu’il marque mon retour dans les salles obscures après sept mois de pause forcée.

Sons-of-Philadelphia-Affiche-e1606735967651

Peter a été élevé par son oncle, aux côtés de son cousin Michael, après le décès de sa sœur. Ses parents n’ont pas réussi à surmonter le choc. En grandissant, Michael a repris les affaires de petit caïd de son père. Peter l’accompagne, il est son homme de main. Lorsque son cousin veut s’attaquer au gang des italiens, Peter tente de le raisonner et de freiner ses pulsions violentes.

Jérémie Guez réalise ici un film noir classique, parfaitement maîtrisé. Le destin de Peter est au centre de « Sons of Philadelphia » . Il est prisonnier de son histoire, de celle que sa famille a choisi pour lui. Il est pris en tenailles entre sa fidélité à ceux avec qui il a grandi et son envie d’ailleurs, de fuite face à la violence. Matthias Schoenaerts prête ses traits à ce personnage entre force et douceur et comme toujours il le fait beaucoup de talent et de sobriété. Joel Kinnaman incarne un Michael inquiétant, glaçant mais pouvant difficilement se passer de son cousin. « Sons of Philadelphia » prend des allures de tragédie familiale d’une implacable noirceur.

The-Father-Affiche-e1611754012370

Anthony vit toujours dans son appartement londonien malgré son âge avancé. Il refuse qu’une aide-soignante vienne s’occuper de lui. Il vient d’ailleurs de congédier la dernière en date au désespoir de sa fille Anne qui ne peut pas toujours être présente à ses côtés. Elle s’inquiète d’autant plus de la situation qu’elle souhaite déménager en France où réside son nouveau compagnon.

Le premier long-métrage de Florian Zeller est quasiment un huis-clos et cela est bien naturel puisqu’il s’agit de l’adaptation de l’une de ses pièces de théâtre. Rapidement, de l’étrangeté vient se glisser dans le quotidien d’Anthony. On frôle parfois le fantastique, le cauchemar. Des scènes se répètent, la temporalité se brouille, l’appartement se modifie. Et peu à peu, on comprend ce qui se passe. La réalisation est la matérialisation de la maladie d’Anthony qui est atteint d’Alzheimer. Et c’est ce qui fait la force du film, il nous fait vivre ce que vit cet homme qui est sans cesse désorienté et ne comprend plus ce qui lui arrive. Bien évidemment le film de Florian Zeller doit beaucoup à ses interprètes. La crème des acteurs britanniques se succèdent devant nous : Olivia Williams, Mark Gatiss, Rufus Sewell ou encore Imogen Poots. Et bien-sûr Olivia Colman et Anthony Hopkins, tous les deux sont extraordinaires, parfaits de justesse et de profondeur. La fin de « The father » est totalement poignante.

483402-falling-0-230-0-345-crop

Un vieil homme, vivant dans sa ferme de l’Ontario, est accueilli pour quelques jours chez son fils en Californie. Le vieil homme est réactionnaire, perpétuellement mécontent et autoritaire. Sa rage s’abat sans cesse sur son fils, pilote de ligne homosexuel qui vit avec son mari et leur fils. Le père doit passer des examens médicaux, a émis le souhait de se rapprocher de ses enfants pour changer d’avis une fois en Californie. La tension monte entre les deux hommes malgré le stoïcisme et la patience du fils.

« Falling » est le premier film de Viggo Mortensen, qui a décidément tous les talents. Il incarne également le fils dont les choix de vie sont durement critiqués par son père. La narration fait des aller-retour entre le présent et la jeunesse du père. Il nous montre un homme dont la rudesse empêche l’expression des sentiments, de la tendresse (sa femme lui manque désespérément et pourtant il n’a jamais su lui montrer son affection). Il se comporte de la même façon avec son fils et sa fille. Son fils ne peut néanmoins pas l’abandonner au moment où il décline. Les face-à-face entre eux, plein d’amertume et de rancœur, questionnent la virilité, ce que signifie être un homme. Lance Henriksen livre une prestation saisissante dans le rôle du père. Le réalisateur nous a réservé une petite surprise cocasse à l’intérieur de ce film poignant, je vous laisse découvrir le rôle tenu par David Cronenberg dans cette histoire !

 

 

 

Milkman d’Anna Burns

Irlande du Nord, années 70, la narratrice a 18 ans, elle est issue d’une famille de douze enfants et elle est qualifiée de « sœur du milieu ». Un qualificatif qui lui vient de son père, maintenant décédé, qui éprouvait des difficultés à se rappeler des prénoms de tous ses enfants. La jeune femme travaille, fait du jogging, lit en marchant et fait tout pour rester invisible durant cette époque si troublée. Mais ses stratégies pour rester à l’écart, à l’abri ne fonctionnent pas, bien au contraire. Elle est vue dans le voisinage comme une  » dépasseuse-de-bornes » et à ce titre elle va attirer l’attention et les commérages. Ceux-ci vont partir d’une rencontre avec Laitier (qui n’est pas du tout laitier), un paramilitaire important qui s’intéresse à elle. La rumeur va alors s’amplifier de manière démesurée.

« Milkman » m’intriguait depuis que ce roman a remporté le Man Booker Prize en 2018 et il me tardait de le découvrir. Et le roman d’Anna Burns est à la hauteur de mes attentes. Sa forme narrative originale est exigeante pour le lecteur. Le texte, écrit à la première personne du singulier, est le flot de pensées de la narratrice. Il n’y a pas de paragraphe, pas de respiration pour le lecteur. Les idées de la narratrice se déclinent en nombreuses digressions qui toutes apportent quelque chose au récit. Le texte est extrêmement dense, presque étouffant. Mais la forme est en adéquation le fond puisqu’il est ici question de violence et de harcèlement.

La violence est d’abord politique. Anna Burns est née en 1962 à Belfast, elle retranscrit donc parfaitement le conflit d’Irlande du Nord : les paramilitaires, la police d’État, les écoutes, les morts violentes, le couvre-feu, etc… La suspicion, la paranoïa dominent dans cette société qui fonctionne par quartiers comme de petits villages. Tout le monde connaît la vie des autres et s’en mêle à coups de rumeurs qui ne font qu’accroître la peur ambiante. Rajoutez à cela le poids de la religion, du patriarcat et vous comprendrez mieux pourquoi notre jeune héroïne tente de passer inaperçue. Malheureusement pour elle, sa jeunesse et sa beauté retiennent l’attention du Laitier. Et comme elle a scrupuleusement rendu l’atmosphère de terribles tensions de cette époque, Anna Burns montre avec justesse les mécanismes du harcèlement. Les rumeurs s’immiscent petit à petit dans le cerveau de la narratrice. L’étau se resserre, le Laitier sait endormir sa proie par le langage, par sa présence insistante et tenace. La jeune femme exprime un engourdissement de sa pensée, elle finit par ne plus pouvoir prendre du recul. Elle s’enferme de plus en plus et ne trouve d’appui nulle part. Son récit est proprement saisissant.

« Milkman » est un livre unique dont la lecture est un peu déconcertante au début mais qui s’avère très riche et d’une étourdissante maîtrise narrative.

Traduction Jakula Alikavazovic

Le parfum des fleurs la nuit de Leïla Slimani

9782234088306-475x500-1

« Le parfum des fleurs la nuit » est le troisième livre de la collection « Ma nuit au musée » que je lis. Après avoir suivi Léonor de Récondo au musée Greco de Tolède et Santiago Amigorena au musée Picasso de Paris, j’ai cette fois accompagnée Leïla Slimani à Venise où elle passa une nuit dans le Fondation Pinault en décembre 2018. Ce projet lui fut proposé alors qu’elle était en train d’écrire « Le pays des autres ». Ce n’est pas le plaisir de se retrouver seule devant des œuvres d’art qui a convaincu Leïla Slimani mais bien la possibilité de s’extraire du monde, d’être inatteignable et inaccessible aux perturbations extérieures. « Être seule dans un lieu dont je ne pourrais pas sortir, où personne ne pourrait entrer. Sans doute est-ce un fantasme de romancier. Nous faisons tous des rêves de cloître, de chambre à soi où nous serions à la fois les captifs et les geôliers. » Durant cette nuit passée à la Punta della Dogana, Leïla Slimani digresse autour de la littérature, des mystères de l’écriture, elle convoque de nombreux écrivains comme Stefan Zweig, Virginia Woolf,  Robert Louis Stevenson, Rainer Maria Rilke, Sandor Marai, Milan Kundera, Charles Baudelaire ou Valery Larbaud.

Peut-être est-ce la position de Venise, entre Orient et Occident, qui ramène Leïla Slimani au Maroc qu’elle a quitté vingt ans plus tôt. Elle se souvient de ce que signifiait être une jeune fille au Maroc où tout se jouait dans une tension entre le dedans et le dehors. Les fantômes de son passé s’animent au fil de la nuit et notamment celui de son père dont elle parle avec beaucoup de pudeur et d’émotion. Cette déambulation dans la Fondation Pinault est l’occasion d’une introspection où l’art qui entoure l’auteure n’a que peu de place (à l’exception des photos de Berenice Abbott) et la laisse perplexe.

Avec lucidité, nostalgie, Leïla Slimani nous livre un texte finalement très intime, loin de l’exercice de style que la commande pouvait provoquer et où elle questionne l’art d’écrire et ce que cela signifie d’être libre.

Merci Netgalley pour cette lecture.

Le mois anglais : 10 bougies en juin

 

C’est avec grand plaisir que nous ouvrons les festivités de ce nouveau Mois anglais, qui débutera le 1er juin. Il y a dix ans LouCryssilda et moi lancions la toute première édition de ce challenge, sans imaginer que c’était le début d’une aussi belle aventure. Nous avons chaque année retrouvé avec bonheur des participant.e.s aussi enthousiastes que nous à l’idée de parler littérature anglaise, voyages, culture, et même cuisine ! D’autres ont rejoint le Mois plus tard avec tout autant de folie et de générosité. Merci pour cela ! Ce Mois anglais c’est un rendez-vous qui nous tient à cœur et nous sommes très heureuses de le passer une nouvelle fois avec vous.
 
Vous pourrez participer :
– Sur les blogs où est né le challenge
– Sur le groupe Facebook du Mois anglais (pour papoter, partager des idées et vos chroniques)
– Sur Instagram, avec le compte @ayearinengland2021 géré ensemble, et #lemoisanglais et/ou #ayearinengland et/ou #ayearinengland2021 (pensez à nous taguer et à utiliser les # pour nous aider à vous suivre).
 
Et voici maintenant le programme que certain.e.s d’entre vous attendaient avec impatience ! Merci pour toutes vos suggestions qui nous ont beaucoup inspirées. Nous avons voulu simplifier cette année pour laisser plus de place aux lectures libres, pour nous permettre de piocher dans nos PAL mais bien sûr, les thèmes non traités directement et surtout les auteurs s’intègrent aisément dans les rendez-vous par période que nous vous proposons (sur l’une de vos suggestions). On espère que ce programme vous plaira :
  • Présentation de PAL, d’envies : dès à présent
  • Billets libres: à tout moment
  • Avant 1837 : 3 juin
  • Animaux : 5 juin
  • 1ere ou 2e guerre mondiale : 7 juin
  • Littérature jeunesse / album jeunesse : 9 juin
  • Époque victorienne : 10 juin
  • Une saison au choix : 12 juin
  • Années 50/60 : 14 juin
  • Époque édouardienne : 17 juin
  • English Royals : 19 juin
  • Années 70/80/90 : 21 juin
  • Non fiction (essai / biographie / livre d’histoire) : 22 juin
  • Années 20/30/40 : 24 juin
  • Voyage / évasion au sens large (régions anglaises, voyage dans le temps, dans l’espace si l’équipage est anglais) : 26 juin
  • Années 2000 jusqu’à aujourd’hui : 28 juin

Nous vous souhaitons un excellent Mois anglais, de belles lectures et un excellent voyage en Angleterre, littéraire mais pas que !