Père d’Elizabeth Von Arnim

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A la mort de sa mère, Jennifer Dodge a promis qu’elle n’abandonnerait jamais son père. Elle devient donc sa secrétaire, il est écrivain, et son souffre-douleur. Pendant douze ans, Jen va se dévouer à ce tyran domestique et vivre une vie morne et sans joie. A 65 ans, Père apprend à sa fille qu’il vient de se marier avec une jeune femme. Remise de sa surprise, Jen envisage son avenir avec espoir, son père n’aura plus besoin d’elle. « La liberté, la liberté de sa personne, le droit d’être seule, voilà ce à quoi elle aspirait et qui lui était miraculeusement donné, la possibilité d’agir avec naturel, d’arranger les choses comme elle l’entendait, de décider (cela semblait un détail, mais faisait elle en était sûre, toute la différence entre vivre et s’étioler) ce qu’on ferait ensuite. » Mais Père n’a pas l’intention de la laisser partir. Durant sa lune de miel, Jen va devoir préparer sa fuite.

« Père » d’Elizabeth Von Arnim est un roman plein de charme, de légèreté et d’humour. De nombreuses scènes sont très cocasses, basées sur des malentendus, des situations incongrues. Le talent d’Elizabeth Von Arnim fait merveille dans ces moments comiques qui rendent la lecture particulièrement agréable et plaisante.

Mais le ton amusant et optimiste du roman n’empêche pas l’autrice de nous montrer la réalité des femmes célibataires dans les années 30. En raison de la première guerre mondiale, on image que les jeunes femmes avaient peu de prétendants et que les vieilles filles devaient être nombreuses. Leur situation financière était bien entendu compliquée. Jen n’a que cent livres de rente annuelle grâce à sa mère. Elle est un peu inexpérimentée et la faible somme ne semble pas l’inquiéter outre mesure. Alice, la sœur du pasteur du village où Jen va louer un cottage, est un personnage détestable et odieux avec son frère. Elle veut à tout prix qu’il reste célibataire car elle dépend totalement de lui économiquement. Alice est prisonnière de son frère comme Jen l’est de son père et leur position de célibataire les affaiblit. L’argent reste  le nerf de la guerre lorsque l’on veut conquérir sa liberté. Et Jen n’en apparait que plus courageuse dans sa volonté d’enfin prendre son destin en main, de vivre seule pour la première fois de sa vie.

Je me suis régalée à la lecture « Père », l’ironie, les charmantes descriptions de la campagne anglaise, les personnages bien incarnés et attachants en font un roman réussi et réjouissant.

Traduction Marguerite Glotz

Laura Willowes de Sylvia Townsend Warner

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Laura Willowes a presque 30 ans lorsque son père décède l’obligeant à quitter le Somerset pour habiter à Londres avec l’un de ses frères. La jeune femme n’avait jamais eu envie de briller en société et n’appréciait guère les réceptions : « Elle n’aimait pas les simagrées et ne voyait pas pourquoi elle aurait feint  de s’amuser. Le manque de coquetterie la rendait indifférente au devoir qu’à toute jeune fille à marier de se montrer charmante, que son charme soit destiné à une personne précise ou, à défaut, qu’il s’exprime plus largement au travers d’un amour désintéressé pour l’humanité. » Sans époux, Laura doit passer de la tutelle de son père à celle de son frère aîné. C’est ainsi que pendant des années, elle resta dans l’ombre et devint tante Lolly. Vingt ans plus tard, ses neveux et nièces devenus grands, Laura décide de déménager pour habiter seule à la campagne, dans le Buckinghamshire à Great Mop. La famille Willowes est stupéfaite devant une telle excentricité mais Laura ne semble pas prête à revenir sur sa décision.

« Laura Willowes » est le premier roman de Sylvia Townsend Warner, publié en 1926. Je souhaitais le lire depuis des années et je suis enchantée de l’avoir enfin découvert. Ce roman est original, singulier et étonnamment moderne. Il se compose de trois parties qui pourraient presque être des histoires indépendantes. La première partie nous raconte la jeunesse de Laura, ignorée par ses frères mais choyée par son père. Elle n’est déjà pas prête à se fondre dans le moule, à se plier au destin que la société assigne aux femmes. Néanmoins docile, elle accepte de vivre chez son frère à Londres. La deuxième partie du roman voit Laura s’émanciper à 47 ans et s’installer à la campagne où elle peut goûter à la liberté pour la première fois de sa vie. La troisième partie est extrêmement surprenante et féministe. Elle a un petit côté « Le maître et Marguerite » puisque Laura devient une sorcière ! Atypique, imprévisible, indépendante, farouchement libre, tout ce qui caractérise Laura s’incarne dans cette figure surnaturelle. Elle explique ainsi son envie de devenir sorcière : « C’est au contraire pour échapper à tout cela – pour mener sa propre vie, et non plus une existence parcimonieusement accordée par les autres, pour ne plus se contenter du trop plein charitable de leurs pensées, tant de tranches de vie rassise par jour, tout comme le régime des asiles de pauvres qui est scientifiquement calculé pour maintenir la vie. » Une vieille fille qui vit seule dans un cottage à la campagne, voilà une transgression très moderne pour ce début de 20ème siècle et qui m’a ravie.

Avec une écriture élégante, Sylvia Townsend Warner met en scène une héroïne attachante qui fait fi des conventions sociales pour gagner son indépendance. Un roman surprenant et malicieux.

Traduction Florence Lévy-Paoloni

L’invitée d’Emma Cline

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L’été s’achève à Long Island où Alex, 22 ans, vit depuis peu. Elle habite chez Simon, la cinquantaine, rencontré dans un bar new-yorkais. Et cela tombait bien car Alex devait à tout prix quitter la ville. Elle n’arrivait plus à payer son loyer et un de ses ex était à ses trousses. Malheureusement, Alex se comporte mal lors d’une soirée mondaine chez des amis de Simon. Il lui demande alors de partir et lui paye son billet retour pour la ville. Adieu les luxueux cadeaux, les cocktails et la piscine personnelle. Sans aucune ressource, Alex décide de rester à Long Island et elle espère reconquérir Simon lors de la fête qu’il organise pour Labor day, cinq jours plus tard. Cinq jours à tenir où Alex devra faire preuve de ruse, d’obséquiosité pour survivre. Après tout, c’est ce qui lui a permis de vivre aux crochets des autres jusqu’à présent.

Le nouveau roman d’Emma Cline est le récit d’une errance, celle d’Alex qui passe de piscine en piscine, essayant d’amadouer ceux qui ont la gentillesse de l’écouter. Comme toujours chez l’autrice américaine, Alex est un personnage trouble et troublant. Elle vient perturber le calme idyllique des riches de Long Island durant la saison estivale. Elle les manipule (même les enfants ne sont pas épargnés), les vole (mais pas trop pour que cela ne se remarque pas), elle est un véritable parasite qui semble sans remords ni regret. Un personnage détestable mais qui éveille d’autres sentiments lorsqu’elle souhaite « (…) quitter tranquillement la réalité. » Elle n’est pas à sa place dans ce monde parfaitement propre et lisse. Elle y évolue comme un fantôme, dans une brume cotonneuse  due aux antalgiques qu’elle absorbe régulièrement.

Encore une fois, le talent d’Emma Cline fait des merveilles. Elle a l’art de créer une atmosphère oppressante de malaise et de profonde tristesse. La tension, créée par le compte-à-rebours jusqu’à la fête de Lador day, est remarquablement bien menée. Alex est persuadée que Simon sera heureux de la retrouver mais n’essaie-t-elle pas simplement de se convaincre que tout va s’arranger ?

« L’invitée » est pour moi à la hauteur de « Girls », l’extraordinaire premier roman d’Emma Cline. Elle a l’art de créer des atmosphères malaisantes, étranges  et totalement envoûtantes.

Traduction Jean Esch

Brontëana de Paulina Spucches

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Après nous avoir offert une formidable bande dessinée sur Vivian Maier, Paulina Spucches a choisi de se pencher sur les sœurs Brontë après un voyage à Haworth. « Brontëana » s’intéresse plus particulièrement à Anne dont les deux romans, « Agnès Grey » et « La recluse de Widfell Hall », sont malheureusement méconnus. Emily et Charlotte font de l’ombre à leur cadette qui mérite pourtant d’être lue. Dans les premières pages de sa bande dessinée, Paulina Spucches nous rappelle à quel point « La recluse de Widfell Hall » avait fait scandale lors de sa publication (la perversité de son auteur, la mauvaise influence que le roman pourrait avoir sur les femmes). Pour redorer le blason de sa sœur, Charlotte la présenta après sa mort comme très lisse et vertueuse et sans doute participa-t-elle à son invisibilisation.

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Paulina Spucches redonne vie à Anne Brontë entre les pages de sa bande dessinée. Elle montre à quel point son imaginaire n’avait rien à envier à celui de ses aînées. On la voit chercher à s’affirmer face aux fortes personnalités de ses frère et sœurs et vouloir devenir indépendante économiquement. Derrière les splendides dessins à la gouache, on sent une documentation très poussée et très solide. Mais c’est bien une vision personnelle de la famille Brontë que nous propose la dessinatrice. Les landes sont ici flamboyantes, elles sont une explosion de couleurs vives loin de la noirceur des romans gothiques. J’ai particulièrement aimé le rapprochement entre Anne et un corbeau, loin de son image fragile, qui nous offre une magnifique illustration d’Anne dans une robe violette et rouge recouverte de plumes sombres. Le découpage des pages est également très réussi et très original.

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Avec sa deuxième bande dessinée, Paulina Spucches s’impose comme une illustratrice de talent, à l’univers singulier et éclatant. Je salue son choix de remettre en lumière à travers son travail deux artistes qui restèrent longtemps dans l’ombre. Sa vision des sœurs Brontë m’a totalement séduite et je ne peux que vous encourager à lire les deux romans d’Anne Brontë si ce n’est pas déjà fait.

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Les liaisons dangereuses selon Fragonard d’Anne de Marnhac

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Lorsque Louis Gabriel de Véri décida de donner un pendant à « L’adoration des bergers », peint quelques années auparavant par Jean-Honoré Fragonard, il eut la folle audace de choisir « Le verrou » parmi les dessins proposés par le peintre. Une œuvre licencieuse, profane pour compléter une œuvre sacrée, pleine de la tendresse de Marie pour son enfant, voilà qui a de quoi surprendre mais le commandaitaire voit dans chacun des tableaux  une émotion puissante. « Le verrou » est effectivement plus qu’une scène de séduction. « Il y a quelque chose de très puissant, une énergie, une force. Une ambiguïté aussi : quelle est la part de consentement, de ravissement, de fausse résistance, de feinte, d’abandon ? Que raconte cette scène qui hésite entre le jeu et la joute ? »

Fragonard a 45 ans lorsqu’il peint « Le verrou », un chef-d’œuvre de mouvement qui saisit un instant fugitif et indécis. Anne de Marnhac remet le tableau dans son contexte historique et culturel. La carrière de Fragonard est intimement lié au règne de Louis XV. Même si elle débuta de façon académique dans les ateliers de Chardin, de Boucher puis se poursuivit avec le Grand Prix de l’Académie Royale, l’Académie de France à Rome et l’Académie royale à Paris, les œuvres du peintre sont immanquablement associées au libertinage. La mort de Louis XV a entraîné un changement de mœurs et balayé la légèreté et les polissonneries. L’amour pur est dorénavant glorifié comme le montre « La nouvelle Héloïse » de Rousseau.

Anne de Marnhac nous raconte également la postérité de l’œuvre après le décès de son propriétaire, son succès sous forme de gravure malgré l’austérité grandissante et comment Fragonard fut protégé par David durant la période de la Révolution qui ne goûtait guère les mœurs corrompues de l’Ancien Régime. Ce qui est touchant dans l’histoire du Verrou, c’est que, malgré les soubresauts de l’Histoire et des mœurs, il a retrouvé son pendant sur les murs du musée du Louvre.

« Quatre ans avant la publication des « Liaisons dangereuses », le tableau de Fragonard avait donc déjà incarné cela : la puissance de l’élan spontané contre la volonté rationalisante, l’impétuosité du désir contre le calcul cynique, le moment de vertige, l’incertitude sur ce qui advient. Fragonard l’avait exprimé dans un merveilleux mouvement d’envol et d’étreinte des personnages, dans la subtile chorégraphie des corps, dans la beauté de visages saisis par le ravissement. » On ne saurait mieux décrire le tableau de Jean-Honoré Fragonard.

Bien sous tous rapports de Louise Candlish

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Lowland Way est une rue londonienne calme, paisible et très cossue. Les habitants ont été félicités par la mairie pour l’organisation de « Dimanche on joue dehors » qui permet aux enfants de jouer dans la rue, la circulation étant bloquée d’un commun accord. Cette tranquillité va être perturbée après la mort de la grand-mère vivant au n°1. N’ayant pas d’héritier, elle laisse sa maison à son neveu Darren Booth. Celui-ci ne cadre pas vraiment avec ce quartier familial et bourgeois. Il écoute du hardrock à fond toute la journée, picole beaucoup et répare illégalement des voitures d’occasion. Les véhicules sont garés partout dans Lowland Way et le jardin du n°1 ressemble rapidement à une décharge. De quoi gâcher l’existence des autres habitants, les relations avec le nouveau voisin s’enveniment rapidement jusqu’au drame.

J’avais beaucoup aimé « Chez nous », le premier roman de Louise Candlish qui portait également sur la thématique de la maison et utilisait différents types de narration. L’intrigue est ici également très travaillée et maîtrisée. Elle se développe au départ comme un compte-à-rebours vers un évènement tragique. Celui-ci est connu dès le départ puisque chaque chapitre débute par un extrait de la déposition à la police de l’un des habitants du quartier. Après ce moment fatidique, l’histoire ne faiblit pas et reste haletante avec de nombreux rebondissements. Chaque chapitre est consacré à l’un des personnages permettant ainsi de parfaitement déployer la psychologie de chacun. « Bien sous tous rapports » est une confrontation de classes sociales. Les à-priori sont légion malgré la bienveillance et la bienpensance des habitants. L’arrivée de Darren Booth et de sa femme, d’extraction populaire, va être un révélateur et un catalyseur de violence. Le vernis des bonnes manières se craquèle et ce qui est dessous n’est pas beau à voir : mesquineries, mensonges, coups bas, jalousie. Louise Candlish joue avec les apparences et nous montre qu’elles sont souvent trompeuses.

« Bien sous tous rapports » est un thriller implacable qui égratigne la bourgeoisie londonienne et dont les rebondissements nous empêchent de le lâcher !

Traduction Caroline Nicolas

Sauvage de Julia Kerninon

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A Rome, Ottavia Selvaggio est propriétaire d’un restaurant dans le quartier de l’Esquilino. La jeune femme a toujours baigné dans la cuisine, elle est la descendante d’une lignée de restaurateurs. A 16 ans, elle décide d’arrêter l’école pour être formée par son père. Chez elle, la cuisine a beaucoup à voir avec la passion amoureuse, la sensualité. Dans les cuisines de son père, elle croise la route de Cassio, son second. Leur relation sera houleuse, tumultueuse, souvent basée sur la rivalité. Par la suite, Ottavia épouse Arturo Bensch, qui fut critique culinaire. Ils auront trois enfants ensemble. Mais le feu, l’énergie farouche, qui habitent Ottavia, vont-ils lui permettre d’apprécier la vie de famille ? La question se pose d’autant plus qu’un homme, aimé autrefois,  va resurgir dans la vie de la jeune femme.

« Sauvage » m’a beaucoup fait penser à « Liv Maria », le précédent roman de Julia Kerninon. L’autrice semble ici explorer un autre destin possible, une autre voie par rapport aux choix faits par Liv Maria. Ottavia partage avec elle un même besoin irrépressible de se sentir libre, maitresse de son destin. Ce sont des jeunes femmes déterminées, indépendantes qui savent ce qu’elles veulent et qui sont capables de tout plaquer du jour au lendemain. Les deux derniers romans de l’autrice sont travaillés par les mêmes questionnements notamment l’équilibre à trouver entre la vie de famille et un travail qui est ici émancipateur et épanouissant. Julia Kerninon fait parfaitement passer la passion d’Ottavia pour la cuisine où elle expérimente énormément et l’on salive à la lecteur des pages qui lui sont consacrées.

« Sauvage » creuse le sillon de Julia Kerninon, elle nous propose à nouveau une héroïne forte, indépendante, impulsive et imprévisible qui interroge son rapport aux hommes et au travail, à l’équilibre à trouver entre les différentes parties de sa vie.

Pisse mémé de Cati Baur

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Marie, Nora et les jumelles Marthe et Camille imaginent un soir, où elles ont pas mal bu, ouvrir un bar à tisanes qui s’appellerait « Pisse mémé ». L’endroit aurait également un coin librairie et proposerait des ateliers notamment de yoga. Un coup de pouce du destin va leur permettre de de réaliser leur rêve. Mais concrétiser « Pisse mémé » n’est pas si simple et changer de vie est un grand saut dans le vide pour les quatre amies.

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La dernière bande-dessinée de Cati Baur est absolument réjouissante. Les jeunes femmes ont des personnalités bien dessinées, bien tranchées et elles se complètent parfaitement dans leur projet. Leur amitié fait plaisir à voir. Et même si l’esprit de la BD est très positif, Cati Baur ne cache pas les difficultés rencontrées par certaines (plusieurs petits boulots pour s’en sortir, burn out, etc …). Cela ne les rend que plus sympathiques et on espère que l’ouverture de leur bar va leur permettre de connaître une vie meilleure.

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J’ai découvert Cati Baur grâce à son adaptation des « Quatre sœurs » de Malika Ferdjoukh. C’est un immense plaisir de retrouver la douceur de son dessin, le peps de ses couleurs. Il y a beaucoup de tendresse envers ses personnages. J’ai été totalement conquise par les quatre amies qui pétillent de malice et de drôlerie. Et j’aimerais avoir à côté de chez moi un Pisse mémé aussi chaleureux et convivial.

Bilan livresque et cinéma d’août

Le temps des vacances, le temps de lire à sa guise…15 lectures à mon actif et je vous ai déjà parlé des livres suivants :

-Le fitzgeraldien et réjouissant « A sky painted gold » de Laura Wood,

-« La plage » de Cesare Pavese qui ne m’a pas totalement convaincu,

-« La librairie sur la colline » d’Alba Donati qui rend hommage aux librairies indépendantes et aux amoureux des livres,

-le tome 3 des Chroniques de la place carrée de Tristan Saule toujours aussi noir et réussi que les précédents,

-« La ballade du feu » d’Olivier Mak-Bouchard qui nous plonge à nouveau dans la nature sauvage du Luberon et les légendes.

Je vous parlerai de mes autres lectures au fil du mois de septembre.

Côté cinéma, je n’ai pu voir que quatre films :

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Sandra, une écrivaine, reçoit chez elle une étudiante qui souhaite l’interviewer. Rapidement, le dialogue devient impossible. Samuel, le mari de Sandra, a mis la musique à fond probablement par jalousie. Lui aussi voudrait être écrivain mais l’inspiration lui manque. Sandra raccompagne l’étudiante et monte ensuite dans sa chambre. Plus tard dans la journée, Daniel, l’enfant malvoyant du couple, trouve, en rentrant de balade, le corps inerte de son père en contrebas de leur maison. Sandra est rapidement soupçonnée d’avoir assassiner son mari et elle fait appel à un ancien ami avocat pour la défendre.

« Anatomie d’une chute » a tout d’une intrigue policière à la tension grandissante. Sandra a-t-elle tué son mari ? Daniel invente-t-il des souvenirs pour sauver sa mère ? Le doute est présent durant tout le film et le spectateur ne cesse de s’interroger sur Sandra. Ce personnage est passionnant, complexe, ambigu et il est formidablement incarné par Sandra Hüller. Les scènes au tribunal sont particulièrement réussies, Antoine Reinartz incarne un avocat général d’une arrogance insupportable. Dans ce lieu, se joue le cœur du film : la dissection d’un couple. Leur vie est exposée dans les moindres détails. Sandra et Samuel étaient deux créateurs qui s’entredéchiraient : bataille d’ego, jalousie, trahison, tromperie sexuelle, déséquilibre dans le partage des tâches quotidiennes. Samuel semblait ne plus trouver sa place dans son couple mais était-il la victime qu’il prétendait être ? N’était-il pas simplement jaloux du succès de sa femme ? Où est la vérité ? Autre personnage essentiel à l’intrigue : Daniel, le fils, qui montre une maturité et un aplomb fascinants (Milo Machado Graner est parfait). Son rôle, ses témoignages seront décisifs. L’écriture du film (écrit par un couple : Justine Triet et Arthur Harari) est remarquable, les acteurs fabuleux (je n’ai même pas parlé de la prestation du toujours impeccable Swann Arlaud), l’ambiance tendue de bout en bout. Oui, « Anatomie d’une chute » méritait bien une palme d’or.

Et sinon :

  • « Yannick » de Quentin Dupieux : Alors qu’il assiste à une pièce de boulevard intitulée « Le cocu », Yannick se lève et interrompt la représentation. Il n’apprécie pas le spectacle, le trouve nul et voudrait réécrire le texte. Yannick ne peut pas venir souvent au théâtre, il vient de loin et travaille de nuit. Alors quand il peut se permettre de sortir le soir, il faut que ça en vaille la peine. Les trois comédiens ne sont évidemment pas d’accord et tentent de le faire sortir. Yannick sort alors un revolver. En général, j’apprécie beaucoup l’univers décalé et absurde de Quentin Dupieux. « Yannick » fait partie de ses meilleurs films. Il s’agit d’un huis-clos, la mise en scène est sobre et rien d’incongru, en dehors de Yannick, n’intervient. Le personnage principal fait partie de ceux qui n’ont pas accès à la culture, il n’a pas les codes. Ses revendications en plein spectacle, qui peuvent s’entendre, créent un malaise, il est difficile d’imaginer comment tout cela va se terminer. Les acteurs, sur qui tout le film repose, sont exceptionnels avec un Raphaël Quenard et un Pio Marmaï très, très en forme. Leurs prestations justifient à elles seules ce film.

 

  • « La bête dans la jungle » de Patric Chiha : C’est dans une boîte de nuit que May recroise la route de John. Ils s’étaient connus au moment de l’adolescence, ils sont désormais adultes. John est pourtant toujours obsédé par la même idée : quelque chose va lui arriver et cela va tout changer. Alors, il a décidé d’attendre. May, convaincue par son idée, reste à ses côtés. Le film de Patric Chiha est adapté d’une nouvelle d’Henry James. Le réalisateur a choisi d’enfermer ses deux personnages en boite de nuit de 1979 à 2004. Sur le dancefloor défilent tous les styles de musique, toutes les époques (l’arrivée de la gauche au pouvoir, le sida, …). L’idée de transposer l’intrigue dans une boite de nuit est judicieux. Les deux protagonistes restent en retrait, ne dansent quasiment pas et sont spectateur de la vie. Ils attendent, longuement, mais rien n’arrive et le film retranscrit bien l’ennui. Un peu trop même, j’ai trouvé le temps un peu long en compagnie de May et John.

 

  • « Strange way of life » de Pedro Almodovar : Après « Barbie » commandé par Mattel, voici le court-métrage de cowboys par Yves St Laurent ! Le shérif Jake reçoit la visite de Silva dont le frère est recherché. Vingt cinq ans plus tôt, ces deux-là ont passé une nuit ensemble qu’ils n’ont pas pu oublier. Le désir entre eux n’a jamais disparu même si le rationnel Jake ne veut pas le reconnaître. Le court-métrage tourne autour de l’opposition entre les deux hommes. Almodovar utilise la forme très classique du western pour parler de son thème de prédilection  : le désir. Rien de révolutionnaire et bizarrement j’aurais plutôt préféré connaître la suite de l’histoire de Jake et Silva, celle de deux cowboys vieillissant qui rêvent de calme et de tranquillité.

La ballade du feu d’Olivier Mak-Bouchard

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Le narrateur a été renvoyé de son poste de chef de rayon chez M. Bricolage. Même si ce travail ne l’a jamais fait rêver, il sait que, sans diplôme autre que le bac, il va avoir du mal à retrouver du travail. Le jour où il se retrouve au chômage, est également celui où il croise Marjan, perdue de vue depuis le collège, au supermarché. Entre également dans sa vie, un chat en smoking qui va rapidement recevoir le nom de Tartempion. Ces deux-là, ainsi que Doumé le frère du narrateur, vont pousser ce dernier à réaliser son rêve de toujours : devenir potier.

Nous revoici de retour dans le Luberon aux côtés d’Olivier Mak-Bouchard. J’avais été enchantée par la lecture du « Dit-du-Mistral » et le charme avait également opéré avec son deuxième roman « Le temps des grêlons ». On retrouve dans « La ballade du feu » l’univers de l’auteur : la nature sauvage, des animaux malicieux, des contes et légendes (ici celle du Golem prend une place essentielle). Les personnages sont hautement sympathiques, pétris d’humanité. « La ballade du feu » est extrêmement plaisant à lire, la poésie de l’univers d’Olivier Mak-Bouchard et son talent de conteur font toujours merveilles. Néanmoins, j’ai été moins emballée que pour les deux précédents romans. L’intrigue est peut être plus légère ou l’univers, déployé entre les pages du livre, m’a-t-il moins surprise.

Même si « La ballade du feu » n’a pas été un coup de cœur, sa lecture se fait avec le sourire aux lèvres. Un roman positif, lumineux, parfait pour la saison estival.