Bilan livresque et cinéma d’octobre

De bien belles lectures durant ce mois d’octobre et plusieurs coups de cœur :

-« Migrations » de Charlotte McConaghy qui nous plonge dans un monde où la faune et la flore sont presque anéanties aux côtés d’une héroïne solitaire, meurtrie et terriblement attachante. L’écriture de Charlotte McConaghi est immersive et saisissante ;

-« Le grand horizon » de Lola Nicolle où l’on suit Vincent dans une course d’ultra-cyclisme : la Transcontinental Race. Par manque de temps, je n’ai pas chroniqué cette lecture qui pourtant m’a beaucoup plu notamment grâce à la très belle plume de son autrice ;

-« Baignades » d’Andrée A. Michaud, ma première lecture de l’autrice québécoise est un immense coup de cœur tant la narration m’a tenue en haleine et m’a surprise ;

-« Louve en juillet » de Gabrielle Filteau-Chiba qui inaugure la collection « Animales » des éditions Dépaysage et où l’autrice, que j’apprécie beaucoup,  revient sur sa relation intense avec sa chienne Séquoia ;

-« L’affaire de la rue Transnonain » de Jérôme Chantreau nous transporte en 1834 durant la nuit du 14 avril durant laquelle les soldats de Louis-Philippe vont massacrer les habitants d’un immeuble. Entre document et roman, l’auteur mène une enquête passionnante dans un Paris pré haussmannien. Un régal !

-« Jane Austen, une vie entre les pages » de Janine Barchas et Isabel Greenberg que je déguste avec délectation et qui est une grande réussite aussi bien sur le fond que sur la forme ;

-« La femme du pasteur » de Elizabeth von Arnim qui est en cours de lecture car il est très dense et comme toujours c’est un grand plaisir de lire cette autrice que j’affectionne tout particulièrement.

Côté cinéma, j’ai pu voir huit films dont voici mes préférés :

Alger, 1938, Meursault travaille comme employé de bureau, il est consciencieux et sans ambition. Il apprend par un télégramme la mort de sa mère dans l’asile où il l’avait placée trois ans auparavant. Le voyage pour assister à l’enterrement est long, la chaleur pénible. Meursault veille le cercueil fermé de sa mère, n’exprime aucune émotion, ne laisse couler aucune larme. Cette indifférence lui sera reprochée lors de son procès, bien plus que la raison de sa présence au tribunal : le meurtre d’un Arabe.

Ayant beaucoup aimé le roman d’Albert Camus, lu il y a fort longtemps, j’avais hâte de découvrir l’adaptation de François Ozon et je suis sortie de la projection éblouie et fascinée. Le réalisateur réussit à être fidèle à l’œuvre originale tout en s’en affranchissant. Sa mise en scène est à la fois très sensuelle et très graphique. Il utilise un noir et blanc épuré qui rend avec puissance les implacables lumière et chaleur d’Alger. La ville, le contexte historique sont d’ailleurs très présents, l’intrigue est profondément ancrée dans ce lieu.

L’insondable Meursault est une énigme, un taiseux qui ne parle que lorsque cela est nécessaire et qui ne ment jamais. François Ozon construit son personnage autour du vide, du silence mais lorsque Meursault se décide à s’exprimer, c’est une déflagration (formidable scène avec Swann Arlaud). La performance de Benjamin Voisin est exceptionnelle, il est tout en intériorité mais également charnel. Il semble absent au monde et pourtant profite de chaque rayon de soleil, de chaque baignade. A ses côtés, la solaire Rebecca Marder donne de l’épaisseur au personnage de Marie à qui François Ozon donne plus d’importance que dans le roman. De même pour la sœur de la victime qui fait exister le peuple algérien nié par les français. Remarquable, brillant, « L’étranger » est une réussite totale que j’ai déjà envie de revoir.

Une mère célibataire, Shu-Fen, revient à Taipei avec ses deux filles : I-Ann qui a du arrêter ses études faute de moyens et la petite dernière I-Jing. Shu-Fen a réussi à avoir une échoppe dans le grand marché nocturne de la capitale taïwanaise. Sa fille aînée vend des noix de bétel pour aider sa mère. La petite est souvent laissée seule et elle explore les échoppes du marché. Son grand-père ne supporte pas qu’elle soit gauchère et lui dit que c’est la main du diable. La petite fille de cinq ans va prendre cette phrase au pied de la lettre.

Shih-Ching Tsou réalise ici son premier long-métrage après avoir longtemps collaboré avec Sean Baker. Ce dernier est d’ailleurs le co-scénariste du film. On retrouve dans « Left-handed girl » une énergie, un mouvement incessant que l’on avait pu voir dans « Anora ». Le marché de nuit est un cadre idéal, coloré et lumineux pour les aventures de cette adorable petite fille. L’effervescence du lieu, le charme de I-Jing ne masquent pas la dure réalité de la famille. La mère, dont les parents sont assez riches, doit se débrouiller seule et est souvent en conflit avec sa fille aînée. Drôle, attendrissant (mention spéciale à Nina Ye qui interprète I-Jing), le film nous réserve une scène finale d’anthologie lors de l’anniversaire de la grand-mère.

La petite dernière de la famille, c’est Fatima. Elle est en terminale, joue les dures dans la cour de l’école avec sa bande de potes mais elle travaille très sérieusement pour le bac, elle joue au foot tout en étant asthmatique, elle pratique scrupuleusement la prière et découvre peu à peu son attirance pour les femmes. L’appartement familial est un cocon où règne une mère affectueuse. Le père est en retrait, ne se mêlant pas des histoires de ses trois filles.

Hafsia Herzi adapte avec talent le très réussi premier roman de Fatima Daas. Les nombreuses contradictions dans la vie de l’héroïne sont au cœur de l’histoire. Le jeune femme, superbement incarnée par Nadia Melliti (Prix d’interprétation au dernier Festival de Cannes), va apprendre à se connaître, à s’accepter durant cinq saisons. Sa vie après le bac (une fac de philo à Paris) est un tourbillon de découvertes, de rencontres, de coups de cœur et de déceptions. Le personnage de Fatma est fermé, dur, solitaire mais on sent également une douleur, une sensibilité poindre. La réalisation de Hafsia Herzi est très vive, réaliste et empathique. Il y a beaucoup de douceur dans sa façon d’appréhender chaque personnage. Le casting mélange amateurs et professionnels et ils sont tous très justes. Avec beaucoup de finesse et sobriété, la réalisatrice met en scène ce récit d’apprentissage émouvant.

Et sinon :

  • « Météors » de Hubert Charuel et Claude Le Pape : Dan, Mika et Tony passent une soirée au bowling en abusant de l’alcool et des joints. Les deux premiers rentrent en voiture. Dan, le roi des plans foireux, a l’idée de kidnapper un maine coon qu’il voit au bord de la route. Il se trouve que l’animal est un chat de compétition et son propriétaire se met à poursuivre les deux compères. Cela se termine au tribunal, Dan et Mika auront six mois pour trouver du travail et arrêter la drogue. C’est Tony, chef de chantier à l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, qui va les embaucher. Le nouveau film d’Hubert Charuel et Claude Le Pape démarre comme une comédie potache mais le ton va peu à peu s’assombrir. Le cœur de l’intrigue est l’amitié puissante qui unit Dan et Mika. Mais les deux jeunes hommes vont prendre des directions différentes après leur procès. Paul Kircher et Idir Azougli interprètent avec intensité les deux copains. Le film se termine de façon plus politique avec la question du traitement des déchets nucléaires. Peut-être que « Météors » aborde trop de thèmes à la fois mais l’amitié de Dan et Mika vaut vraiment le détour.
  • « Un simple accident » de Jafar Panahi : Une famille rentre à la nuit tombée en voiture. Un choc, certainement un chien, met à mal le moteur du véhicule. Le père de famille cherche de l’aide dans un magasin. Vahid, qui travaille dans la réserve, se fige en reconnaissant le bruit trainant d’une jambe boiteuse. L’homme, qui vient d’entrer, ne peut être qu’Eghbal, dit La Guibole, gardien de prison qui l’a jadis torturé. Après l’avoir suivi, Vahid le kidnappe mais au moment de le tuer il a un doute sur son identité. Tourné clandestinement, le dernier film de Jafar Panahi nous embarque à nouveau à bord d’un véhicule. Vahid va chercher d’autres opposants en capacité d’identifier formellement La Guibole. L’équipée est des plus hétéroclites : un couple de futurs mariés habillés pour une séance photo, la photographe, un homme particulièrement en colère. Ils ressemblent par moment aux pieds Nickelés et donnent au film un ton de comédie italienne. Mais leur journée ensemble est également l’occasion de se questionner sur leur humanité, leur sens de la justice et leur envie de vengeance. Les péripéties de cette troupe attachante se révèlent tour à tour amusantes, haletantes mais aussi glaçantes à l’image des dernières minutes du film.
  • « Nouvelle vague » de Richard Linklater : 1959, Godard, Truffaut et Chabrol exercent leurs talents dans les Cahiers du cinéma. Mais leur envie de renouveau, de modernité doit s’incarner dans des films. Des trois amis, seul Godard n’est pas encore passé derrière la caméra. Il se décide enfin pour réaliser « A bout de souffle » qui deviendra l’emblème de la nouvelle vague. Richard Linklater montre le tournage de ce film iconique. La technique de Godard est aussi novatrice que ce qu’il va créer et déroute les techniciens et les acteurs. Le réalisateur américain a choisi l’évocation plutôt que la ressemblance pour son casting et ça fonctionne parfaitement (Guillaume Marbeck est plus vrai que nature en Godard). Richard Linklater réussit à rendre le bouillonnement, la spontanéité et l’innovation de ce courant cinématographique. « A bout de souffle » étant un de mes films préférés, j’attendais beaucoup de ce film et j’ai été séduite par les choix du réalisateur qui a su capter la magie créée par Godard.
  • « Une bataille après l’autre » de Paul Thomas Anderson : En Californie, Bob Ferguson élève seul sa fille adolescente Willa. Ancien activiste de gauche, il vit dans la clandestinité depuis l’arrestation seize ans auparavant de la mère de sa fille Perfidia Beverly Hills. Leur groupe révolutionnaire était à l’origine d’actions violentes et Bob a élevé sa fille dans la paranoïa. Il n’a pas eu tort puisque leur pire ennemi, le colonel Lockjaw, réapparait et se met à leur recherche. Bob, plongé dans la fumée de ses joints, a perdu ses réflexes et doit se secouer pour protéger sa fille. Paul Thomas Anderson nous offre ici un divertissement très efficace qui va à cent à l’heure. L’intrigue est centrée surtout sur la fuite de Bob et Willa ce qui occasionne de nombreuses scènes d’action et de courses poursuites. Il y a des passages très drôles comme ceux où Bob a totalement oublié les codes de son Manuel de la Rébellion ou quand une société secrète nommée le Club des Aventuriers de Noël s’écrient « Loué soit St Nicolas ! ». Le trait est parfois forcé (le personnage de Sean Penn est too much) mais globalement les 2h42 passent sans encombre grâce au rythme et aux excellents acteurs. Mention spéciale à Benicio Del Toro qui incarne merveilleusement bien un prof de karaté qui fait passer des migrants en douce.
  • « Berlinguer-la grande ambition » d’Andrea Segre : Enrico Berlinguer est une figure importante de la politique italienne. Leader du parti communiste, on le découvre ici entre 1973 et 1978, date de l’assassinat d’Aldo Moro. Berlinguer était très populaire et il réussit à rendre le PC très puissant notamment parce qu’il prend ses distances avec Moscou. Humaniste, porté par ses convictions, il tente de créer avec Moro un gouvernement d’unité nationale à un moment où le pays est menacé par les Brigades rouges et les groupuscules fascistes. Le réalisateur nous montre un homme au travail, impliqué et pragmatique. Le film porte sur une époque passionnante, un tournant qui malheureusement débouchera sur un échec. « Berlinguer-la grande ambition » est très classique dans sa forme et un peu trop austère à mon goût.

Les derniers jours de l’apesanteur de Fabrice Caro

1990, Daniel et ses copains Marc et Justin entament leur dernière année au lycée. Le premier se remet difficilement de sa rupture avec Cathy Mourier et écoute en boucle un tube d’Elsa qui lui évoque leur histoire. Justin tente de scientifiquement localiser le point G et se fait prendre en cours d’histoire un schéma à la main. Marc, quant à lui, rêve de séduire Sandrine Moynot et lui compose une compil des meilleurs morceaux de Supertramp. Trois copains en pleine adolescence qui vont bientôt clore un chapitre de leur vie pour découvrir l’âge adulte.

Je suis depuis longtemps une grande admiratrice de Fabrice Caro et j’ai lu avec grand plaisir son dernier roman qui m’a replongée dans les années lycée. Etant née dans les années 70, les références du livre m’ont immédiatement parlé : le top 50, Santa Barbara, Le cercle des poètes disparus, Télé7jours, l’emprisonnement de Nelson Mandela, la chute du mur de Berlin. Fabrice Caro reconstitue à merveille une époque mais ce qu’il dit de l’adolescence est intemporel :  Les maladresses des trois copains envers les filles, l’intensité des premiers émois, les fêtes du samedi soir que l’on ne peut en aucun cas manquer, la fin prochaine de l’insouciance et de la légèreté. Fabrice Caro mélange la nostalgie à son humour irrésistible et à son sens tordant de la formule.

Comme toujours, lire Fabrice Caro est l’assurance de passer un excellent moment et de contracter ses zygomatiques à de nombreuses reprises. Hautement conseiller en ces temps moroses.

Un gentleman à la mer de Herbert Clyde Lewis

Henry Preston Standish, un homme d’affaires et père de famille, a un jour ressenti une forte lassitude. Pour y remédier, il embarque sur un petit bateau de croisière l’Arabella. Entre Honolulu et le canal du Panama, il se balade tôt le matin sur le pont, glisse et passe par-dessus bord. Personne ne le voit, ni ne l’entend.

Le résumé du court roman de Herbert Clyde Lewis est d’une étonnante simplicité et il captive notamment grâce à sa construction. Le récit alterne entre les pensées de notre anti-héros plongé dans l’océan Pacifique et la vie qui continue sans lui sur l’Arabella. Le récit se développe, avec une terrible ironie, entre les espoirs de Standish et l’insouciance des passagers du bateau qui ne se rendent pas compte de son absence. Tout concourt à le faire oublier comme si un destin implacable s’était abattu sur cet homme sans histoire et un peu fade. Standish a à cœur sa respectabilité, son statut de gentleman même plongé dans l’eau en regardant son bateau s’éloigner. Il reste digne et c’est le plus important à ses yeux. Sa résignation se veut également élégante : « Puis il se dit que si le destin voulait qu’il se noie, il se noierait, un point c’est tout. Ce n’était pas plus compliqué que ça et ce n’était pas la peine d’en faire un drame, de battre sa coulpe ou de se perdre en protestations inutiles. » Un homme discret jusque dans la mort. Sa mésaventure peut se voir comme la métaphore de la solitude existentielle propre à la condition humaine et de la futilité à chercher un sens à sa vie.

« Un gentleman à la mer » n’a pas rencontré le succès qu’il aurait mérité tant sa construction est maitrisée et son humour est grinçant. Je me félicite qu’il soit à nouveau possible de découvrir cette cruelle fable existentielle.

Traduction Fanny Quément

L’instant d’après de Gillian McAllister

Joanna passe une soirée dans un bar avec sa meilleure amie Laura. Un homme, nommé Sadiq, la drague de manière très insistante. Joanna ne sait trop comment réagir et l’homme se permet de l’étreindre fortement. Joanna finit par se débarrasser de lui et quitte le bar. Elle rentre à pied chez elle. Soudain, elle entend des bruits de pas derrière elle. Elle est persuadée qu’il s’agit de Sadiq et se met à paniquer. Après plusieurs mètres, Joanna est toujours suivie. Elle se précipite dans des escaliers, réussit à pousser l’homme qui perd l’équilibre et dégringole les marches. Il s’effondre au sol, sur le ventre et ne bouge plus. Joanna ne sait comment réagir : appeler les secours ou s’enfuir ?

J’avais beaucoup aimé « Après minuit », un thriller très original où l’héroïne faisait des retours en arrière après un incident traumatique. Gillian McAllister aime décidément les défis périlleux puisqu’elle nous offre deux romans en un avec « L’instant d’après ». Nous suivons alternativement le parcours de la Joanna qui avoue ce qui est arrivé à l’homme qui la suivait et celui de la Joanna qui se tait et rentre rapidement chez elle. Et encore une fois, l’autrice maitrise parfaitement son étonnante narration qui se déroule sur plusieurs années. Elle analyse dans les deux scenarios les conséquences des choix de Joanna et comment cela influe sur sa vie et celles de ses proches. Les deux solutions auront des répercussions importantes, aucun choix n’est facile.

Moins haletant que « Après minuit », le nouveau roman de Gillian McAllister reste un thriller psychologique réussi et singulier dans sa construction.

Traduction Caroline Nicolas

L’appel de Leila Guerriero

Pendant presque deux ans, la journaliste argentine Leila Guerriero a côtoyé Silvia Labayru mais également se proches, ses amis. En 1976, Silvia est âgée de 20 ans, elle est enceinte de cinq mois et elle fait partie des Montoneros, un groupe péroniste paramilitaire. Le 29 décembre, elle est arrêtée, enfermée à l’ESMA (Ecole de mécanique de la marine) qui fut un centre clandestin de détention sous la dictature. Durant deux ans, elle y fut torturée et violée. Silvia fut l’une des trois plaignantes a intenté un procès à ses bourreaux en 2014.

Ce qui est particulièrement intéressant dans l’histoire de Silvia est sa sortie de l’ESMA. On imaginerait un moment heureux, un accueil réjoui de la part de son entourage. Mais la jeune femme sera reniée, rejetée. Si elle a survécu, c’est forcément qu’elle a trahi. Leila Guerriero montre bien les mécanismes mis en place par les militaires pour semer le doute. Beaucoup de prisonniers de l’ESMA sont exécutés rapidement. Ceux qui ne le sont pas, sont rééduqués et donc mal vus à leur sortie. Les conditions de détention de Silvia ont posé question à ses proches. Elle avait le droit de sortir régulièrement, de les voir, l’un de ses geôliers l’emmenait dîner. De quoi rendre ses camarades Montoneros suspicieux. Le portrait de Silvia Labayru est fait de zones d’ombre que Leila Guerriero tente d’éclaircir au fur et à mesure de ses nombreux entretiens et que se noue une relation de confiance avec Silvia. Cette dernière fait montre d’une incroyable force de caractère, elle ne laisse pas son passé l’engloutir et continue à avancer.

« L’appel » est un livre très dense, qui demande une certaine attention et qui nous livre le portrait saisissant d’une femme mais également d’une époque sombre de l’histoire argentine.

Traduction Maïra Muchnik

La méridienne de Marghanita Laski

Dans les années 50, Melanie est une jeune mère qui se remet doucement de la tuberculose. Son médecin et son mari lui permettent enfin de quitter sa chambre pour calmer son impatience. Elle va pouvoir s’installer au salon dans la méridienne qu’elle a achetée chez un antiquaire peu de temps auparavant. Une fois allongée dedans, Melanie s’assoupit. Lorsqu’elle se réveille, elle ne reconnait pas son environnement et les personnes qui l’entourent. Et pour cause, l’esprit de Melanie se trouve dans le corps de Milly Baines en 1864.

« La méridienne » est un court roman qui a été publié en 1953. Marghanita Laski y fait vivre un véritable cauchemar à son héroïne. Le confinement de son héroïne, son incapacité à faire comprendre sa situation, l’immobilité due à sa maladie (les deux jeunes femmes sont tuberculeuses) contribuent à créer une ambiance oppressante et angoissante. Ce texte intense de Maghanita Laski m’a beaucoup fait penser à « La séquestrée » (ou « Le papier peint jaune ») de Charlotte Perkins Gilman où une jeune femme était également confinée dans une chambre et sombrait dans la folie.

Autre point commun entre les deux textes, l’histoire permet aux autrices d’évoquer la condition féminine. Ici, Marghanita Laski compare deux époques. Certes, la place de Melanie est plus enviable que celle de Milly. Les années 50 laissaient plus de liberté aux femmes que l’époque victorienne. Mais Melanie reste sous le joug d’un mari et d’un médecin très paternalistes et son rôle reste très cantonné à la sphère domestique. Marghanita Laski insiste beaucoup sur le désir des femmes qui reste dangereux d’une époque à l’autre et leur corps contrôlé par les autres.

Découverte grâce aux éditions Persephone Books, « La méridienne » méritait d’être découverte en France tant ce texte maîtrisé est fascinant et terrifiant.

Traduction Agnès Desarthe

Francoeur, à nous la vie de château ! de Marie-Aude Murail et Constance Robert-Murail

Nous avions laissé la fratrie Dupin au moment de l’apparition de la flamboyante Olympia, leur petite sœur qui avait été arrachée à sa famille pour être placée dans un couvent de bénédictines. L’énergie d’Olympia, son caractère très extraverti poussèrent sa sœur Anna et ses frères Isidore et Marceau à la diriger vers le théâtre. Quand la correspondance d’Anna avec sa jeune admiratrice reprend, Olympia va être prise au conservatoire. Durant les années suivantes, de la IIe République au Second Empire, les talents d’Isidore et d’Anna s’affirment et rencontrent peu à peu le succès. Le premier assume d’ailleurs de frayer avec le pouvoir et les puissants pour vendre ses tableaux. Marceau, son jumeau, a toujours l’intransigeance des révolutionnaires et peine à faire connaître sa sublime poésie. Anna, comme toujours, tente d’être le ciment de sa famille et de concilier tous ces forts caractères. 

Le premier tome de « Francoeur » était très réussi et celui-ci l’est tout autant. Comme dans le premier volume, Marie-Aude Murail et Constance Robert-Murail tressent à merveille la vie de leurs personnages et la Grande Histoire. Elles soulignent parfaitement les enjeux, les difficultés d’imposer son art à cette époque. C’est notamment intéressant pour le cas d’Olympia qui permet de dévoiler les coulisses de la vie de comédienne, « les protecteurs » qu’il fallait se trouver pour réussir à vivre de son art. 

La famille Dupin retrouve dans ce volume son Berry natal avec l’achat par Anna du château d’Apresort qui s’inspire du Nohant de George Sand. Mal en point au départ, cette demeure va devenir grâce à Anna un lieu chaleureux, convivial où les invités parisiens y montent des pièces de théâtre. L’ancrage régional est essentiel, la campagne, le patois, les superstitions, les fêtes, tout concourt à la création littéraire de notre chère Anna et à donner un ton différent de celui du premier tome.

« Francoeur, à nous la vie de château » clôt merveilleusement cette fresque familiale et historique autour de la création artistique au 19e siècle. Les personnages, haut en couleur et très incarnés, vont certainement me manquer. 

L’histoire de Mother Naked de Glen James Brown

En ce jour de la St Godric de l’an 1434, un ménestrel s’avance devant l’assemblée des merciers de Durham. Les riches marchands avaient mandaté Melchior Blanchflower pour jouer à leur banquet. Mais , empêché, il est remplacé par Mother Naked. Le ménestrel choisit de leur raconter une histoire qui s’est déroulée tout près de chez eux, celle du Spectre de Segerston.

Le deuxième roman de Glen James Brown est un conte médiéval extrêmement réjouissant. Au travers du monologue de Mother Naked et de cent courts chapitres, l’auteur nous narre les déboires de la famille Payne, serfs de génération en génération sur la commune de Segerston. Comme dans « Ironopolis », que j’avais adoré, le propos de l’auteur se fait politique et les paysans maltraités et exploités du 15ème siècle nous rappellent que les choses ont finalement peu changé. « Ecoute-moi bien Thomas – un monde où le paysan et l’homme instruit gagnent le même salaire est un monde dangereux. Où cela mènera-t-il ? Est-ce que je dîne avec mon chien ? Célèbre la Pentecôte avec mon meilleur cochon ? »

Comme dans son premier roman, Glen James Brown intègre à son histoire une part de fantastique avec le Spectre. Les fantômes sont également un moyen d’asservir les paysans et de les rendre dociles. Les revenants sont des âmes qui errent sur terre sans espoir d’aller au Purgatoire (personne n’entre au Paradis directement, l’entrée se monnaye de son vivant) puisqu’ils n’ont pas reçu les derniers sacrements. Une pression parmi tant d’autres que l’Église exerçait sur les serfs.

« L’histoire de Mother Naked » se lit avec un plaisir grandissant, notre ménestrel devenant au fil de son histoire de plus en plus irrévérencieux. La fin est particulièrement savoureuse.

Traduction Claire Charrier

La violoniste de Ferdinand von Saar

Walberg raconte à l’un de ses amis comment il fit la connaissance d’une jeune femme prénommée Ludovica. La première fois qu’il la croise, elle interprète un concert de musique classique avec ses deux sœurs à Vienne. Ludovica est la violoniste du trio. Quelques temps plus tard, il tombe sur elle par hasard dans la rue. La jeune femme se rend au mont-de-piété afin d’aider un ami en difficulté.

« La violoniste » est la troisième nouvelle de Ferdinand von Saar publiée par les éditions Bartillat. Les trois textes ont beaucoup de points communs à commencer par une narration basée sur des récits imbriqués. Comme dans « Histoire d’une enfant de Vienne », Ferdinand von Saar nous conte le destin tragique d’une jeune femme qui sera brisée par l’égoïsme d’un homme. Ludovica est une âme pure transportée, transcendée par son amour pour Alexis, qui prenait des cours de musique chez le père de l’héroïne. Ferdinand von Saar inscrit à nouveau son histoire dans une Vienne mélancolique et dont l’urbanisme est en pleine mutation  (au grand regret de l’auteur et de l’ami de Walberg, son double littéraire).

J’ai eu grand plaisir à retrouver la plume élégante, la subtilité dans l’évocation des affres de l’âme humaine, la nostalgie de Ferdinand von Saar qui nous offre à nouveau un portrait de femme déchirant.

Traduction Jacques Le Rider

Bilan livresque et cinéma de septembre

Voici mon bilan de lectures du mois de septembre :

-« Les hommes de Shetland », premier roman de Malachy Tallack sorti en cette rentrée littéraire et qui est un roman touchant sur un homme solitaire ;

-« Un gentleman à la mer » est un court texte de Herbert Clyde Lewis et c’est une pépite d’humour grinçant ;

-Peter May a rajouté un volume à sa trilogie écossaise avec « Loch noir » où Fin McLeod revient à nouveau sur l’île de Lewis pour enquêter ;

-« L’appel » de Leila Guerriero dresse l’incroyable portrait de Sylvia Labeyru, otage de la dictature militaire argentine,  et sa difficile libération ;

-« La violoniste » était la troisième nouvelle de Ferdinand von Saar que je lisais et je suis toujours séduite par sa plume mélancolique et délicate ;

-Gillian McAllister se lance un nouveau défi littéraire avec « L’instant d’après » et écrit deux romans en un ;

-Après avoir adoré « Ironopolis », j’ai eu un nouveau coup de cœur pour le deuxième roman de Glen James Brown « L’histoire de Mother Naked » ;

-« La méridienne » de Marghanita Laski est un court texte surprenant qui m’a beaucoup fait penser à « La séquestrée » de Charlotte Perkins Gilman ;

-Je termine le mois de septembre le sourire aux lèvres avec le dernier roman de Fabrice Caro « Les derniers jours de l’apesanteur ».

Côté cinéma, j’ai vu neuf films dont voici mes préférés :

Accompagné par son jeune fils Esteban, Luis recherche sa fille Mar qui a disparu depuis plusieurs mois. Sa quête l’a emmené au cœur de l’Atlas marocain où se déroule une rave sauvage dont sa fille était friande. Personne ne la connaît mais on lui indique qu’une autre fête va avoir lieu plus loin dans le sud du désert, il décide alors de suivre un groupe de teufeurs.

« Sirât » est un film dont on sort sidéré, Oliver Laxe nous fait vivre une véritable expérience sensorielle. La musique techno, que je n’apprécie pas spécialement, est ici la pulsation du récit, l’état de transe des danseurs devient presque le nôtre. Les paysages, dans lesquels se déroulent l’histoire, sont incroyables, arides et impressionnants. Voir un mur d’enceintes s’élever devant les montagnes de l’Atlas est l’une des images marquantes de ce film. Ces paysages, les camions mastodontes des teufeurs évoquent « Mad Max ». Et c’est bien une atmosphère de fin du monde dans laquelle sont plongés les personnages puisqu’il est question de guerre à la radio. Ces personnages sont d’ailleurs tous des marginaux déglingués, handicapés qui font entrer Luis et Esteban dans leur petite communauté. Ensemble, ils vont parcourir le désert, se confronter à des dangers extrêmes. Le suspense s’affirme alors dans le film qui nous réserve des coups de théâtre saisissants.

« Sirât » est un film hallucinant et halluciné. L’expérience se transforme en cauchemar pour les personnages devant nos regards stupéfiés.

Nora est une actrice reconnue pour son travail au théâtre. Solitaire, angoissée, elle éprouve des difficultés à vivre. Sa sœur cadette, Agnès, semble mieux avoir digéré leur enfance compliquée entre deux parents se déchirant sans cesse. Le père est un cinéaste de renom qui a été très absent pour sa famille et l’est encore. Il revient au moment de l’enterrement de son ex-femme pour proposer le rôle principal de son prochain film à Nora. Ces deux-là n’arrivent plus à communiquer depuis des années. 

« Oslo, 31 août » et « Julie (en douze chapitres) » sont deux films que j’avais adorés et j’étais ravie de retrouver l’univers de Joachim Trier d’autant que Renate Reinsve y tient également le rôle principal. J’ai beaucoup apprécié la place donnée à la splendide maison à Oslo qui a toujours abrité cette famille. Chargée d’émotions positives mais également négatives (la grand-mère s’y est suicidée), elle se présente comme un fil rouge et une incarnation des relations familiales avec ses nombreuses fissures. L’exploration des liens entre père et filles évoque le cinéma d’Ingmar Bergman mais j’ai trouvé le film de Joachim Trier beaucoup moins sombre, moins plombant. La lumière vient de la relation infiniment touchante entre les deux sœurs qui se soutiennent contre vents et marée et malgré leur différence de caractère. L’affiche reprend d’ailleurs l’une des scènes les plus émouvantes entre Nora et Agnès. « Valeur sentimentale » est un drame familial subtil qui offre aux spectateurs de beaux moments chargés d’émotion. 

Et sinon :

  • « Nino » de Pauline Loquès : Nino a fait des examens médicaux en raison d’une douleur à la gorge. Mais il ne s’attend pas au diagnostic que lui révèle de façon abrupte le médecin : le jeune homme est atteint d’un cancer. Perturbé par la nouvelle, il perd ses clefs et erre dans Paris allant de proches en proches sans parvenir à leur apprendre sa maladie. Malgré sa thématique, le film de Pauline Loquès n’est que douceur et tendresse. Cela est dû au personnage de Nino, formidablement incarné par Théodore Pellerin, qui est un jeune homme réservé, un brin lunaire et d’un grand calme face à ce qui lui arrive. Son errance dans les rues de Paris évoque « Cléo de 5 à 7 » mais aussi « Oslo, 31 août » de Joachim Trier. Sa mère, ses amis sont là mais le diagnostic a installé une distance entre eux et Nino qui se sent bien seul. Sa déambulation l’amènera à rencontrer un veuf éploré aux bains douches, une ancienne camarade de classe mère célibataire qui l’accueillera une nuit. « Nino » est le très beau portrait d’un personnage infiniment touchant et attachant.
  • « Ciutad sin sueño » de Guillermo Galoe : Toni et Bilal sont deux adolescents vivants dans la Cañada Real, le plus grand bidonville d’Europe. Ils sont amis et leur vie est sur le point de changer. La Cañada est proche de Madrid, la valeur des terrains a fortement augmenté et les pouvoirs publics veulent déloger les gitans, les roms et les marocains qui y vivent (notamment en leur coupant l’électricité). La famille de Bilal a décidé de partir. Mais le grand-père ferrailleur de Toni refuse de partir vivre en appartement. Patriarche imposant, il n’a connu que la Cañada, la nature sauvage qui l’entoure comme les trafics qui y règnent. Guillermo Galoe a très longtemps côtoyé les habitants de la Cañada pour gagner leur confiance et finir par leur proposer de jouer dans son film. Tous les acteurs sont donc non professionnels et cela donne bien entendu une épaisseur réaliste supplémentaire. La Cañada est un lieu invraisemblable où les communautés vivent ensemble an partageant leurs cultures et leurs légendes. Le lieu n’a bien sûr rien d’idéal, il est dur et rugueux. Mais Toni et Bilal savent y être heureux, ils réinventent leur quotidien en filmant avec un téléphone. « Ciutad sin sueño » est un formidable et saisissant film social.
  • « L’intérêt d’Adam » de Laura Wandel : Adam, 4 ans, est hospitalisé pour malnutrition suite à une décision de justice. Sa mère célibataire est sans famille proche et a un droit de visite limité. Lucy, l’infirmière en chef du service de pédiatrie, doit s’assurer qu’elle respecte bien ses horaires de présence auprès d’Adam. Mais le profond désarroi de la mère la touche profondément et elle tente de l’aider au-delà de ce qui lui est demandé. Le film de Laura Wandel nous plonge en immersion dans ce service de pédiatrie, son dispositif est proche du documentaire. La caméra suit sans cesse Lucy rendant ainsi l’urgence de la situation et soulignant son très (trop) grand investissement dans son service. La tension nait de la confrontation entre la mère follement aimante mais perdue et une infirmière proche du burn out qui va finir par transgresser les règles. Le film est porté par deux extraordinaires actrices : Anamaria Vartolomei et Léa Drucker.
  • « La femme qui en savait trop » de Nader Saeivar : Tarlan, enseignante et militante, s’inquiète pour Zara, sa fille adoptive. Celle-ci est professeure de danse et son mari veut l’obliger à arrêter son activité, mal vue du régime islamique. Il la maltraite, la frappe. Tarlan tente d’arranger les choses, tout en s’occupant de son fils, en prison pour malversations financières. Un jour, elle assiste à une scène violente dans la demeure de Zara. « La femme qui en savait trop » a été écrit par Nader Saeivar et Jafar Panahi et ils s’inscrit dans le mouvement « Femme, vie, liberté ». Il a été tourné de manière clandestine comme beaucoup de films iraniens en ce moment. Le film est le portrait d’une femme admirable qui a toujours combattu pour le droit syndical et celui des femmes et qui ne compte pas abdiquer devant les méthodes du régime. Ce dernier régit aussi bien la vie publique que la sphère privée et surtout celles des femmes. La danse est un symbole de l’oppression faite aux femmes et nous offre une splendide scène finale qui donne un peu d’espoir. L’interprète principale, Maryam Boubani, est formidable d’humanité et d’obstination.
  • « Classe moyenne » d’Antony Cordier : Pendant l’été, la famille Trousselard vient vivre dans sa luxueuse villa du sud de la France. Lui est avocat d’affaires et elle une actrice dont la carrière bat de l’aile. Pendant le reste de l’année, la propriété est gardée par la famille Azizi. Les relations entre eux restent polies jusqu’à ce que la condescendance, les caprices et le mépris des Trousselard dépassent les bornes. La cohabitation entre les deux va se transformer en jeu de massacre. La lutte des classe n’est pas morte comme nous le montre le film d’Antony Cordier, elle est même particulièrement cinglante. Les coups bas, les humiliations et les mesquineries sont au menu (M. Trousselard se targue d’être un excellent cuisinier à longueur de temps) et sont servis par des dialogues ciselés. Le casting est absolument parfait avec en tête un Laurent Lafitte odieux à souhait, imbu de lui-même et pédant avec ses locutions latines. « Classe moyenne » se révèle cruel et réjouissant.
  • « Downton abbey : le grand final » de Simon Curtis : La famille Crawley connait bien des problèmes en cette année 1930. Lady Mary vient de divorcer ce qui cause un véritable scandale dans les salons aristocratiques (elle sera obligée de se cacher sous un escalier avec ses parents pour ne pas croiser des membres de la famille royale lors d’une réception). L’argent de l’héritage de Lady Grantham a été mis en péril par le krach de 29 et les imprudences de son frère. Les choses changent à Downton Abbey avec la retraite de Mr Carson et Mrs Patmore. Une page se tourne à Downton et pour les spectateurs de la série dont je fais partie depuis le 1er épisode. Le plaisir du film nait des retrouvailles avec cette galerie de personnages que l’on suit et que l’on apprécie depuis si longtemps. Le plus de ce troisième film est la présence de l’irrévérencieux et sarcastique Noël Coward qui est un vent de modernité dans les salons de Downton. L’évocation des disparus (Matthew, Sybil) ne peut qu’émouvoir mais celle qui nous manque terriblement, c’est bien sûr Lady Violet (irremplaçable Maggie Smith) dont le fantôme fait monter les larmes aux yeux. Longue vie à Downton Abbey !

 

  • « Connemara » d’Alex Lutz : Après un burn out, Hélène décide de retourner dans sa région natale entre Nancy et Épinal suivie par son mari et ses filles. Cette petite ville, trop étriquée pour ses ambitions, elle la retrouve comme si elle n’était jamais partie. Rien n’a véritablement changé. La preuve, son coup de cœur d’adolescente, Christophe, est toujours là et il va même rechausser les patins de hockey où il excellait. Hélène, qui a un grand besoin de légèreté, va entamer une liaison avec lui. Le film d’Alex Lutz est adapté du roman éponyme de Nicolas Mathieu qui évoquait le déterminisme social, l’opposition entre deux France, l’une plus populaire que l’autre qui passe le tube de Michel Sardou à chaque fête. Les deux héros sont interprétés par deux acteurs que j’apprécie beaucoup : la lumineuse et sensible Mélanie Thierry et le touchant Bastien Bouillon (dans un rôle un peu trop proche de celui de « Partir un jour »). Malgré leur performance et une certaine délicatesse dans le regard du réalisateur, l’émotion ne passe pas l’écran peut-être en raison de trop d’effets de mise en scène.