Bilan livresque et films de novembre 

Un mois de novembre bien occupée avec huit romans et trois bandes-dessinées : je lis en parallèle les œuvres du prix du meilleur polar Points (« Lagos Leye » et « L’affaire Sodorski » dont je vous parle bientôt) et du prix polars SNCF (« Bâtard » et « Tu sais ce qu’on raconte », j’ai commencé le prix par sa sélection de BD). J’ai également lu, pour les matchs de la rentrée littéraire de Price Minister, le magnifique roman de Sorj Chalandon, « Le jour d’avant », et pour le blogoclub le très inspirant « Dans les forêt de Sibérie » de Sylvain Tesson. Je ne sais pas si je pourrais faire des billets sur mes autres lectures, mais je ne peux que vous conseiller très, très fortement la lecture du dernier roman de Patrick Modiano et de découvrir la plume délicate de Michel Bernard. Pour ce qui est de la trilogie des ferrailleurs d’Edward Carey, je vous parle très bientôt du premier tome « Le château ».

Et côté cinéma :

Mes coups de cœur vont ce mois-ci à :

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Ce documentaire d’Eric Caravaca porte sur un secret de famille, sa propre famille. L’acteur-réalisateur cherche les traces de sa sœur aînée Christine, morte à l’âge de trois ans et enterrée carré 35 du cimetière de Casablanca. Ses parents ne parlaient jamais d’elle, ils n’ont conservé aucune photo de la fillette. Patiemment, Eric Caravaca enquête, interroge sa propre famille. Les entretiens avec sa mère sont surprenants. Elle résiste aux questions, à la vérité. Le déni incarné. Dans son documentaire, Eric Caravaca mélange petite et grande histoire, celle de colonisation, du Maroc et de l’Algérie. Subtilement, , avec délicatesse, il se rapproche de la jeunesse de ses parents sans les effaroucher ou les braquer. Petit à petit, Christine prend vie, elle existe à nouveau grâce à la caméra de son frère. Eric Caravaca réalise un très beau documentaire, lumineux et réparateur.

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Joe, ancien vétéran en Irak, est une sorte de tueur à gages. Il est cette fois engagé pour retrouver la fille d’un sénateur qui a été enlevée par un réseau de prostitution. « A beautiful day » est un film qui n’est pas mettre sous tous les yeux. Par sa violence brutale, son esthétique très travaillée, il n’est pas sans rappeler « Drive ». Le personnage central est extrêmement inquiétant. Traumatisé par les violences conjugales de son père, par la guerre d’Irak ( nous découvrons tout cela par des flashbacks dont on aurait pu se passer), Joe est attiré par la mort. Il enfile régulièrement un sac plastique sur sa tête et le retire juste avant l’étouffement. « A beautiful day » est un film dans lequel le spectateur est totalement immergé notamment en raison d’un univers sonore marqué et saturé. Il l’est également grâce à la prestation de Joaquim Phoenix que l’on ne quitte pas une seconde et qui est un monolithe de brutalité pure. Sa présence électrise et hypnotise. Une expérience cinématographique qui ne peut pas plaire à tout le monde.

Et sinon :

  • Simon et Théodore de Mikaël Buch : Simon est fragile et instable. Il s’est fait soigné et sort enfin pour retrouver sa femme rabbin qui est sur le point d’accoucher. Mais cette future paternité perturbe beaucoup Simon. Il croise alors la route de Théodore, un adolescent en colère contre sa mère. Les deux hommes vont déambuler dans Paris, se fuyant et s’épaulant tour à tour. Ce très joli film de Mikaël Buch oscille entre comédie et drame. Les acteurs sont tous parfaits à commencer par Félix Moati qui incarne à merveille un Simon fébrile, fragile et infiniment touchant.

 

  • Le semeur de Marine Francen : En 1852, dans un hameau de montagne, tous les hommes sont emmenés par la police. Les femmes s’organisent sans eux, elles réalisent les travaux des champs en espérant leur retour. Les saisons défilent et elles sont toujours seules. Elles décident alors de se partager le premier homme qui passera par là pour assurer la pérennité du village. C’est alors qu’un inconnu fait son apparition. La thématique du film de Marine Francen évoque « Les proies » de Sofia Coppola. Ici, point de violence ou d’hystérie parmi les femmes, même si la zizanie n’est pas loin. C’est plutôt la naissance d’un amour qui est montrée ici, celle de l’inconnu et d’une jeune femme du village, Violette. L’amour, le paysage sont filmés avec douceur, luminosité et sincérité.

Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson

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« La dernière caisse est une caisse de livres. Si on me demande pourquoi je suis venu m’enfermer ici, je répondrai que j’avais de la lecture en retard. » C’est l’une des nombreuses raisons qui ont poussé Sylvain Tesson dans une cabane au bord du lac Baïkal où il resta durant six mois. « Dans les forêts de Sibérie » est le journal de ce voyage immobile. Lassé du bruit du monde, des mondanités et des courses à faire, Sylvain Tesson cherche la solitude, le silence pour reconquérir le temps qui passe. « Pour parvenir au sentiment de liberté intérieure, il faut de l’espace à profusion et de la solitude. Il faut ajouter la maîtrise du temps, le silence total, l’âpreté de la vie et le côtoiement de la splendeur géographique. L’équation de ces conquêtes mène en cabane. »

Après avoir beaucoup voyagé, Sylvain Tesson veut trouver la sérénité dans une vie sobre qui se concentre sur des gestes simples : pêcher, se balader autour du lac, lire, boire de la vodka, observer la nature et ses habitants. Parfois, Sylvain Tesson part à la rencontre de ses lointains voisins pour ne pas se couper totalement de la compagnie des hommes. L’auteur décrit avec acuité les mouvements de la nature, les effets de l’hiver. Il n’en oublie pas la nature humaine, l’absurdité de nos vies contemporaines qui nous entrainent dans un rythme effréné et débilitant.

Le choix de Sylvain Tesson ne peut être appliqué à chacun, il n’y a d’ailleurs aucune volonté d’exemplarité dans son récit. Il n’est jamais moralisateur, le repli loin du monde est sa solution personnelle pour dompter le passage du temps et reprendre possession de ses pensées. La contemplation lui permet de se retrouver, l’âpreté de la vie en Sibérie le dépouille de ses oripeaux d’homme occidental moderne. La lecture de ce journal apaise, ces méditations sur notre temps apporte du recul et donne à réfléchir.

« Dans les forêts de Sibérie » est le récit limpide d’un retrait du monde, d’une parenthèse pour arrêter le temps et s’offrir une méditation sur la société dans laquelle nous évoluons. Un livre nécessaire, intelligent à la plume brillante. Et « tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.« 

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Tu sais ce qu’on raconte… de Gilles Rochier et Daniel Casanave

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Tu sais ce qu’on raconte, le môme Gabory est de retour en ville. C’est ainsi que débute la rumeur. Chacun pense l’avoir vu. Chacun a un avis sur la raison qui l’a fait partir : un accident de la route qui a coûté la vie à une adolescente. Le fils Gabory est-il responsable ou non ? Que revient-il faire alors que sa famille n’habite plus dans la région ? Les questions se multiplient, la rumeur enfle, la tension monte de plus en plus.

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« Tu sais ce qu’on raconte… » est une formidable bande-dessinée qui démonte le mécanisme de la rumeur. L’excellente idée de cette BD est de faire parler les habitants de la ville d’une seule et même voix. Chaque propos d’un habitant poursuit ou rebondit sur ce qu’a dit le précédent. Chacun a un avis définitif sur la question et tient à l’exprimer aux autres même s’il ne connaît rien à l’affaire. Les propos contradictoires montrent à quel point la rumeur est alimentée par les fantasmes, les peurs, les aigreurs des uns et des autres. La rumeur prend la place de la vérité et emporte tout sur son passage. Les protagonistes de l’affaire ne sont plus là mais qu’importe, cela n’empêche personne de parler. C’est d’autant plus symptomatique dans une petite ville de province. Tous les habitants se connaissent plus ou moins. Chacun pense connaître la vie de ses voisins.

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Avec une palette de tons réduits et un dessin rapide, « Tu sais ce qu’on raconte… » fait mouche. La tension monte progressivement et nous tient en haleine. La bande-dessinée se lit rapidement, trop même car j’aurais aimé qu’elle dure plus longtemps tant son ton est juste.

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Lagos lady de Leye Adenle

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Guy Collins est un journaliste londonien envoyé au Nigéria pour suivre les élections. Un soir, il sort dans un bar malgré les avertissements donnés à l’hôtel. Il aurait dû les écouter puisqu’à l’extérieur est découvert le corps d’une prostituée. Elle a été jetée dans le caniveau et ses seins ont été tranchés. La police arrive sur les lieux et embarque tous les témoins dont le pauvre Guy. C’est une femme qui vient le sortir de là. Anaka travaille dans une association qui vient en aide aux prostituées. L’aide d’un journaliste serait la bienvenue. Anaka va demander à Guy d’enquêter avec elle sur le meurtre de la femme mutilée.

« Lagos lady » est un premier roman et il mêle tous les ingrédients d’un bon polar : la corruption, les trafics en tout genre, une police à la limite de la légalité, des bas-fonds plus noirs que noirs, des héros téméraires, un rythme haletant et une critique sociétale. Leye Adenle laisse à voir une société nigériane totalement gangrenée par l’argent et par une terrifiante violence. Tout semble permit pour s’enrichir et obtenir du pouvoir. La place des femmes est également au centre du roman. Pour s’en sortir, pour aider leurs familles, les filles n’ont pas le choix : elles se prostituent. La prostitution étant hypocritement interdite au Nigéria, les filles vivent dans l’illégalité et à la merci de tous. Le constat de Leye Adenle est glaçant, toutes les couches de la société, des notables aux petits malfrats, participent à la violence de la société nigériane.

« Lagos lady » a néanmoins quelques défauts. Leye Adenle a construit un roman extrêmement foisonnant avec de très nombreux personnages. C’est un peu trop, certaines histoires se rajoutent au mille-feuilles sans apporter grand chose à l’intrigue principale. Un peu d’épure aurait donner plus de fluidité au récit. De même, était-il bien nécessaire de faire naître une histoire d’amour dans tout ce chaos ? Leye Adenle n’assumait-il pas la noirceur de son histoire et souhaitait-il l’adoucir ? Cela m’a paru totalement superflu et inutile à l’intérêt du roman.

« Lagos lady » est un premier polar plutôt convainquant et prometteur malgré les trop nombreuses ramifications de son intrigue.

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Il était une fois l’inspecteur Chen de Qiu Xiaolong

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L’inspecteur Chen a grandi au temps de la Révolution culturelle sous Deng Xiaoping. Il a vu son père accusé, sa famille plus basse que terre. Chen apprendra à se plier aux ordres de l’Etat. C’est ainsi qu’il se retrouve assigné à un poste de traducteur au commissariat de police. Il se consacre sagement aux tâches qu’on lui assigne jusqu’à ce que le meurtre d’un commerçant ne le fasse réagir. L’affaire réveille les souvenirs de son père et de l’humiliation qu’il a vécu. Le simple gratte-papier va peu à peu se muer en détective.

« Il était une fois l’inspecteur Chen » est le dixième livre où Qiu Xialong met en scène l’inspecteur Chen. Ici, il s’agit plus d’un recueil de nouvelles que d’un roman. Au cœur du livre se trouve la première enquête de Chen. Il y développe son intuition, apprend à enquêter, à interroger. L’histoire en elle-même est intéressante et bien menée. Elle souligne bien l’ambiance délétère de la Chine de cette époque, le climat de suspicion permanent. Une Chine où il ne faut ni s’élever socialement, ni intellectuellement.

Le reste des nouvelles dresse le portrait de cette Chine populaire qui, sous couvert d’égalité, humiliait, anéantissait des individus et leur famille. Ces textes dévoilent également la personnalité de l’inspecteur Chen marqué par son enfance et aimant passionnément la cuisine de son pays. N’ayant jamais lu de roman de Qiu Xiaolong, je n’ai pas vraiment été captivée par ces différents textes. Même si les nouvelles donnent à voir un aspect historique et terrible de Shanghai, tout cela manque singulièrement d’enquête et de suspens.

« Il était une fois l’inspecteur Chen » est plus un portrait de la Chine populaire qu’un polar. L’aspect historique est certes intéressant mais je conseillerais ce livre en priorité aux admirateurs de l’inspecteur Chen.

 

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Résultat concours 10 ans de blog

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Et voici le résultat de mon concours pour les dix ans de mon blog, c’est une patte innocente qui a procédé au tirage au sort (en clair, mon chat a choisi de jouer avec l’un des morceaux de papier que j’avais préparé !) et la gagnante est :

Kathel pour « Le principe » de Jérôme Ferrari !

Bravo à elle et merci à toutes celles qui ont participé et qui font vivre mon blog depuis dix ans.

 

 

 

 

 

Bâtard de Max de Radiguès

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L’histoire débute dans un snack où April vient acheter des tacos pour elle et son fils Eugene. Mais un homme dans la file d’attente la reconnaît et l’appelle « May ». April fuit le snack pour retrouver son fils dans un motel où ils se sont installés. Il faut faire les bagages et décamper dare-dare. April et Eugene sont recherchés par la police de plusieurs états. Ils ont en effet participé à un braquage d’envergure : cinquante-deux banques à la même heure le même jour. Mais il semble que la police n’est pas la seule à poursuivre la jeune femme. L’un des braqueurs semble vouloir garder l’ensemble du butin pour lui seul et élimine tous les autres. Commence alors une cavale pour April et Eugene qui doivent sauver leur peau.

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« Bâtard » est une bande-dessinée en format poche au dessin épuré et tout en noir et blanc. J’ai beaucoup apprécié le contraste entre la douceur du dessin, tout en aplats, et la violence de ce qu’il raconte. April et Eugene sont poursuivis par des hommes dangereux, qui ont comme seul but de les tuer. April n’hésite d’ailleurs pas utiliser cette même violence pour se défendre. Elle s’avère assez extrémiste. Max de Radiguès nous donne à lire une bande-dessinée rythmée, extrêmement fluide à lire. Il utilise des principes assez cinématographiques avec des gros plans, des dessins qui occupent une double-page. Cela donne des moments d’accélération à son intrigue.

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Même si « Bâtard » est bel et bien un polar, Max de Radiguès n’a pas oublié de traiter la psychologie de ses personnages. La relation entre April et Eugene est au cœur de la bande-dessinée et elle s’avérera complexe et très étrange. Je me suis très rapidement attachée à ces deux personnages au parcours cabossé.

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« Bâtard » est une bande-dessinée très prenante, très bien rythmée et dont l’intrigue est parfaitement construite.

 

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Le jour d’avant de Sorj Chalandon

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Le 27 décembre 1974, un coup de grisou tue quarante deux mineurs à la fosse St Amé de Liévin-Lens. Un 43ème meurt de ses blessures en janvier 1975. Il s’appelait Joseph Flavent. Son frère, Michel, ne se remettra jamais de son décès. Il vénérait son frère et ne supporte pas que celui-ci ne soit pas comptabiliser parmi les morts de la mine. Joseph n’a pas eu droit à l’enterrement collectif et aux honneurs de la République. Peu de temps après, le père de Joseph et Michel se suicide et laisse un message à son fils cadet : « Venge-nous de la mine ». Michel, qui a 16 ans au moment du drame, passe sa vie à recueillir des informations sur les dysfonctionnements de la mine. La catastrophe aurait pu être évitée et les responsables de la mine auraient du être jugées pour négligence. Michel, devenu adulte, est prêt à prendre sa revanche sur les Houillères.

Les livres de Sorj Chalandon sont des colères, des rages qu’il met en mots. « Le jour d’avant » est un hommage, une stèle dressée pour rendre justice aux mineurs de la fosse St Amé. Grâce à de très nombreux détails, à un travail documentaire fouillé, nous prenons conscience du quotidien des mineurs, de la dureté de leurs conditions de travail mais également de la solidarité qui existait entre eux. Il y avait beaucoup de dignité chez ses ouvriers qui aimaient leur travail et leur horizon de terrils. Les quarante deux mineurs morts sont à imputer à l’avidité des directeurs de la mine et c’est ce que dénonce avec force Sorj Chalandon.

Mais ce roman comporte également un pan psychologique très marqué. Le héros, Michel Flavent, s’avère plus complexe qu’il n’y parait au départ. C’est un homme détruit par la mort de son frère et qui a l’esprit durablement perturbé. Et Sorj Chalandon écrit un formidable roman sur la culpabilité, celle qui ronge le cœur comme la rouille et qui aveugle. Un sentiment qui écrase tout sur son passage et décide de toute une vie. La psychologie de Michel est finement analysée et amène Sorj Chalandon à prendre son lecteur par surprise pour donner encore plus d’épaisseur à son roman.

C’est à nouveau avec une écriture sèche, sans maniérisme que Sorj Chalandon réussit à nous émouvoir. « Le jour d’avant » est un mélange de colère, de tristesse, c’est un bel hommage rendu à l’ensemble des mineurs qui ont laissé leurs vies au fond de la mine : ceux morts dans la fosse St Amé et ceux morts à petit feu de silicose.

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Souvenirs de la marée basse de Chantal Thomas

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« De même que Colette écrit de Sido, sa mère, qu’elle a deux visages : son visage de maison, triste, et son visage de jardin, radieux, ma mère a deux visages : son visage de maison, obscur, et son visage de natation, lumineux. » Au travers de courts chapitres, Chantal Thomas évoque la personnalité de sa mère, Jackie. Du grand canal de Versailles où elle plongea, à Nice en passant par Arcachon, Jackie ne pense qu’à nager. L’eau, la mer, l’élément où elle peut évoluer librement et où elle peut tout oublier. Jackie est un personnage énigmatique, mystérieux pour sa petite fille. Elle est une femme au foyer qui étouffe, qui ne supporte pas le poids de son quotidien d’épouse et de mère. La natation est comme une fuite perpétuelle, comme un contre-point à une vie ennuyeuse. Chantal et sa mère n’arrivent pas à communiquer, il y a un mur de silence entre elle. Peut-être la mélancolie de Jackie l’empêche-t-elle d’être proche, d’être affectueuse. Mais Jackie a transmis à sa fille sa passion pour l’eau et la natation. Un goût commun qui les lie malgré tout. Le seul moment où la communication semble possible entre elles deux est paradoxal. Chantal Thomas vit alors à New York et elle échange de très nombreuses cartes postales avec sa mère.

En plus d’être un somptueux portrait de sa mère, « Souvenirs de la marée basse » est également le récit de l’enfance de Chantal Thomas. C’est un texte qui parle des découvertes de l’enfance, des choses qui fondent la personnalité de l’auteur : la plage, l’infinie beauté de la mer, la sensualité des sensations, la beauté de l’instant, l’émerveillement face à une amie à l’imagination fertile. Les images, les émotions semblent intactes dans l’esprit de l’auteure. Des réminiscences, des souvenirs qu’elle semble chérir et qu’elle nous livre aujourd’hui pour notre plus grand plaisir. Il faut souligner la suprême élégance de la plume de Chantal Thomas, l’infinie délicatesse de sa prose.

« Souvenirs de la marée basse » est un livre magnifique : évocation de l’enfance, de la figure de la mère, de la liberté offert par l’eau et la natation. Un livre mélancolique et lumineux à la fois.

10 ans !

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Et voilà 10 ans jour pour jour que je débutais ce blog. Je n’aurais jamais pensé fêter un jour ses dix ans ! En ouvrant ce blog, je ne pensais pas non plus que l’aventure serait si riche en rencontres et je lui dois de très belles amitiés. Et j’espère en faire d’autres grâce à lui.

En dix ans, j’ai lu beaucoup bien évidemment et j’ai repassé le fil des années pour ne garder qu’un roman par an. Voici donc la liste de la crème de la crème des livres que j’ai ouvert durant ces dix années :

Le choix fut difficile mais je trouve que le résultat reflète bien mes goût en littérature (même si ça manque un peu d’auteurs russes !).

Qui dit anniversaire, dit cadeau, je vous propose donc de gagner l’un des romans de liste. Pour ce faire, laissez-moi un commentaire précisant quel livre vous voudriez gagner et pourquoi. Je vous laisse jusqu’au 18 novembre pour me laisser un commentaire.

L’aventure continue donc, c’est reparti pour dix ans !!!