La disparue du cinéma de Guillaume Tion

Le 17 mai 1995, Carole Prin appelle son compagnon Roland Moog qui travaille comme projectionniste au cinéma Star. C’est d’ailleurs là qu’ils se sont rencontrés, Carole y est caissière. Ce soir de mai, elle prévient Roland qu’elle part à la maternité en voiture car ses contractions se font plus fortes. Le futur père quitte son travail pour la rejoindre à l’hôpital. Là-bas, aucune Carole Prin n’est enregistrée. Roland retourne à leur domicile où il trouve un appartement vide. Il prévient la police et finit par retrouver la voiture de Carole mais aucune trace de celle-ci. Elle semble s’être volatilisée.

Dans l’esprit de leur collaboration avec Society, les éditions 10/18 lancent une nouvelle collection de True Crime, avec Libération, consacrée aux faits divers français. L’affaire de la disparition de Carole Prin a déjà fait l’objet de podcasts, d’un « Faites entrer l’accusé » et à l’époque Roland Moog avait participé à l’émission « Perdu de vue ». Guillaume Tion, journaliste à Libération, a fait un important travail de recherches documentaires et a pu contacter certains témoins ou proches de la victime. Même si le coupable semble assez évident, l’enquête, qui finira par le démasquer fut compliquée et dura de longues années (absence du corps de Carole, fausse piste au départ dû à un témoignage erroné).

Ce qui m’a intéressé dans « La disparue du cinéma », c’est l’intérêt de Guillaume Tion pour les personnalités des protagonistes de l’histoire qu’il explore en détails. Celle de Roland Moog est véritablement stupéfiante. Cet homme cloisonnait totalement sa vie et les différentes personnes qui en faisaient partie. Il avait eu des enfants d’une précédente union et ses parents n’en avaient jamais entendu parler. Seul son frère jumeau semblait au courant de toute la vie de Roland. Autre chose qui m’a plu dans ce livre est la façon dont Guillaume Tion met en lumière l’enfant de Carole qui meurt le jour de sa naissance sans qu’il ne soit jamais pris en compte dans l’enquête ou dans le jugement qui sera rendu.

Encore une fois, la collection true crime de 10/18 nous offre un récit de qualité, solidement documenté et scrupuleux dans la reconstitution des faits.

La disparue de la réserve Blackfeet d’Anaïs Renevier

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Aux Etats-Unis, une femme native disparaît toutes les huit heures dans une grande indifférence. Ashley Loring Heavyrunner est l’une d’elle. En juin 2017, elle se rend à une fête dont elle ne reviendra jamais. Elle avait 20 ans et sept ans après sa disparition, son corps n’a toujours pas été retrouvé. Anaïs Renevier a mené une enquête rigoureuse et passionnante sur Ashley et plus largement sur les très nombreuses disparitions de femmes natives aux Etats-Unis (mais c’est le cas aussi au Canada). 

Plusieurs facteurs expliquent ces disparitions, ces meurtres et le désintérêt des autorités. Les Amérindiens subissent des violences depuis cinq siècles, ils ont été méthodiquement exterminés, aussi bien physiquement qu’économiquement et culturellement. Leur situation aujourd’hui découle de ce massacre originel. Dans les réserves, la pauvreté est endémique, la drogue et l’alcool y font de terribles ravages. Ce sont de plus de très vastes territoires, isolés, comme la réserve des Blackfeet, au cœur d’une nature sauvage et dangereuse. Anaïs Renevier explique également très bien l’inaction récurrente des autorités. La réserve dépend de deux forces de l’ordre (police tribale, police d’Etat) et de deux agences fédérales (FBI et BIA). Chacune se renvoie la balle lors de disparitions et rien n’avance. « Les enquêtes passent à la trappe, les dossiers ne sont jamais instruits. Dans le cas d’Ashley Loring Heavyrunner et dans toutes les affaires de disparitions, la question est encore plus difficile à trancher, il n’existe aucune certitude qu’un meurtre a été commis. » Les familles ne peuvent compter que sur elles-mêmes. Dans le cas d’Ashley, sa sœur Kimberley a fait en sorte qu’elle ne soit pas oubliée. Elle a organisé des battues dans la réserve, des marches et est allée jusqu’au Congrès pour témoigner. Depuis deux ans, Loxie, la mère d’Ashley et Kimberley, a repris le flambeau sans malheureusement obtenir plus de résultats. 

Anaïs Renevier dresse un constat dramatique et consternant sur la situation des femmes natives aux Etats-Unis. Une enquête qui nous éclaire sur un sujet dont on entend peu parlé ce côté-ci de l’Atlantique. 

La disparition de Chandra Levy de Hélène Coutard

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Le 1er mai 2001, à Washington DC, Chandra Levy, stagiaire au bureau fédéral des prisons, disparait sans laisser de traces. La jeune femme avait quitté Modesto en Californie, où résident ses parents, en septembre 2000 après un master d’administration publique. Chandra a la tête sur les épaules, elle est sérieuse et très mâture sauf quand il s’agit de ses relations amoureuses. Elle apprécie les hommes plus âgés. « C’est quand l’amour frappe qu’elle ressemble de nouveau à ce qu’elle est une jeune fille naïve de 20 ans. Les hommes dont elle tombe amoureuse, c’est l’angle mort de sa sagesse. » A Washington, elle rencontre le député du parti démocrate Gary Condit et devient sa maitresse. Serait-il impliqué dans sa disparition ? Et qu’est-il arrivé à la jeune femme ?

Je lis pour la deuxième fois un livre de la collection « True crime » lancée par 10/18 et Society et l’enquête menée par Hélène Coutard est passionnante. Autant le dire dès le départ, la disparition de Chandra Levy fait partie des affaires non résolues et ce pour plusieurs raisons. L’affaire a été surexposée par les chaines d’info en continu qui, après la guerre du Golfe, se sont intéressées aux faits divers. La question de la moralité de Chandra, de sa vie sexuelle et sentimentale passe au premier plan dans les médias. Sa vie est analysée, jugée. Sa ressemblance avec Monica Lewinsky n’est pas étrangère à ce traitement médiatique. Le 11 septembre va stopper net cette enquête qui cumulait les erreurs de la part de la police : les bandes de la vidéosurveillance de l’immeuble de Chandra non visionnées, son ordinateur rendu inutilisable par un policier. Et cela continue après la découverte du corps de Chandra dans le Rock Creek Park en mai 2002. Gary Condit aura également menti longtemps sur sa relation avec Chandra ce qui ne facilita pas le travail de la police.

« La disparition de Chandra Levy » est une affaire très touchante, les parents de la jeune femme prometteuse ne sauront sans doute jamais ce qui lui arriva. Son amant voulait-il la voir disparaître ? A-t-elle été victime d’un serial killer ? Hélène Coutard décortique avec minutie cette enquête, les différentes pistes et témoignages et nous offre un récit immersif et prenant.

Les Brontë de Jean-Pierre Ohl

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En prévision d’un voyage dans le Yorkshire, j’ai relu l’excellente biographie que Jean-Pierre Ohl a consacré aux sœurs Brontë. Dans un style très fluide et en s’appuyant  sur de nombreuses sources, l’auteur nous propose un portrait précis et juste de cette fratrie qui fascine par son originalité et sa créativité. L’auteur revient sur les grands moments fondateurs qui ont nourri l’imaginaire des enfants Brontë : le jeu des masques institué par leur père Patrick pour que les enfants s’expriment librement, le pensionnat où seront envoyées les quatre filles aînées Maria, Elizabeth, Charlotte et Emily (les deux aînées décèderont après leur passage dans cette institution maltraitante que l’on retrouvera dans « Jane Eyre), les soldats de bois offert à Branwell par son père et qui seront le point de départ de leurs royaumes imaginaires Angria et Gondal, la liberté laissée par le révérend Patrick Branwell à ses enfants dans le choix de leurs lectures (romans, journaux, magazines).

Jean-Pierre Ohl rend à chaque enfant Brontë sa place dans la fratrie soulignant ainsi leur complémentarité, et il dessine des portraits très fins de chacun. Charlotte est celle que l’on connaît le mieux grâce à sa correspondance avec ses amies Mary Taylor et Helen Nussey. Elle est celle qui est curieuse du monde extérieur et veut être publiée (elle pousse ses sœurs à le faire également). Elle souffrira toute sa vie de dépression et après la mort de ses frère et sœurs, elle éprouvera de grandes difficultés à écrire ce qui la rend très touchante. Emily est celle qui est la plus attachée à Haworth et à sa lande. Elle est inflexible, revêche et montre un incroyable courage physique. Anne est la plus discrète, la plus calme, elle fait montre de beaucoup de stoïcisme, d’altruisme et d’abnégation. Jean-Pierre Ohl replace à leur juste valeur ses deux romans, malheureusement moins lus que ceux de ses brillantes aînées. Et il ne faut pas oublier Branwell, le plus prometteur et le plus protégé de la fratrie, sans doute plus doué avec les mots qu’avec des pinceaux. Vulnérable, il plonge, après de nombreuses déconvenues, dans l’alcool et l’opium. Mais Jean-Pierre Ohl rappelle à juste titre le rôle essentiel qu’il joua dans la dynamique familiale : « En tout cas, le rôle d’aiguillon, d’étincelle, de perpétuel stimulant dans la construction d’un univers imaginaire collectif à nul autre pareil ne peut guère lui être dénié. » 

Jean-Pierre Ohl revient sur la création du mythe autour des sœurs Brontë et la malédiction supposée qui les aurait frappées. Il tord le cou aux légendes et analyse de façon critique certaines biographies notamment celles d’Elizabeth Gaskell et de Daphné du Maurier. Enfin, il remet en perspective la vie de la famille Brontë dans le contexte historique et sociétal particulièrement mouvementé à l’époque.

Comme celle consacrée à Charles Dickens, Jean-Pierre Ohl a écrit ici une biographie passionnante, très agréable à lire et complète sur la famille Brontë que je vous invite à découvrir si, comme moi, elle vous fascine.

D’images et d’eau fraîche de Mona Chollet

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« Je suis bien consciente, d’ailleurs, du paradoxe et du défi, du pari forcément perdu d’avance qui sont au cœur de ce livre : j’essaie de mettre des mots sur une expérience qui consiste précisément à quitter le rivage des mots pour se livrer au pouvoir des images, aux sortilèges qu’elles seules peuvent exercer, à la jouissance qu’elles seules peuvent procurer. » Dans son dernier essai, Mona Chollet fait un pas de côté pour nous parler de sa passion pour les images. Elle les collectionne d’expositions en flâneries numériques sur Pinterest ou Tumblr. Internet ouvre d’infinies possibilités pour glaner des images et compléter des collections thématiques. Cela en devient vertigineux. Mona Chollet confesse un besoin de posséder les images (allant jusqu’à voler un livre de photos chez un ami) que je comprends et partage totalement en adepte de la capture d’écran si l’image ne peut se télécharger.

Sa collection d’images est finalement un miroir d’elle-même, un autoportrait fragmenté. Elle offre, à ceux qui partagent la même passion, une fenêtre ouverte sur sa sensibilité, ses goûts, son monde intérieur. Et elle se rend compte que les œuvres qui l’enthousiasment le plus sont toutes liées à l’enfance.

S’entourer d’images (photos, estampes, peintures, dessins, portraits de personnes que l’on admire et auxquelles on peut s’identifier) est également un moyen de cultiver la beauté. Celle-ci peut être un abri, une consolation face à la dureté du monde. « La plongée dans les images d’art restaure mon rapport au monde abîmé par l’enchainement de l’actualité. »

« D’images et d’eau fraîche » est un essai captivant, inspirant, richement illustré. Collectionnant moi-même les images, je me suis très souvent retrouvée dans les propos de Mona Chollet et son essai m’a ouvert des pistes de réflexion sur ce besoin de m’entourer d’images.

At the pond, swimming at the Hampstead Ladies’ Pond

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« At the pond » est un recueil de textes consacré au Kenwood Ladies’ Bathing Pond qui se situe sur les collines de Hampstead Heath à Londres. Plusieurs étangs y ont été creusés au 17ème siècle par la Hampstead Water Compagny pour servir de réservoirs d’eau . Trois étangs principaux sont ouverts à la baignade : un pour les hommes, un mixte et un pour les femmes, ouvert officiellement en 1925, dont parle ce livre. Quatorze écrivaines, poétesses ou essayistes proposent leur vision de ce lieu atypique au cœur de la capitale anglaise. Les textes sont classés par saisons. Ils mêlent réminiscences personnelles, réflexions sur l’histoire et l’évolution du lieu mais aussi débat sur l’actualité (l’ouverture de l’étang aux transgenres a fait débat récemment).

Ce qui est intéressant dans « At the pond », c’est la variété des points de vue (par exemple, l’une des nouvelles nous montre celui d’une surveillante de baignade alors que les autres sont toutes des nageuses), tous les âges y sont également représentés (Deborah Moggach y nage toujours à 70 ans). Cet étang pour femmes nous est montré comme un lieu unique, protégé et où la nature reprend ses droits (l’eau peut déborder en cas de fortes pluies, les étangs sont alimentés par des rivières souterraines dont la Fleet). Les femmes, qui viennent y nager, s’y sentent libres, il n’y a pas de regard masculin, pas de compétition dans l’eau. Un certain nombre de textes parle d’une communauté de nageuses, notamment celles qui viennent tout au long de l’année et qui brisent la glace en hiver avant de se plonger dans les eaux sombres de l’étang. Pour beaucoup d’entre elles, venir nager à Hampstead n’est pas seulement une question de sport ou d’exercice. La nature sauvage de l’étang les réconforte, les console, les apaise ou les divertit. C’est parfois aussi une façon de se sentir intégrée dans la ville.

Mon texte préféré du recueil est sans conteste celui de Margaret Drabble intitulé « Out of time ». Elle y raconte son enfance à Hampstead où elle vécut de 1968 jusqu’au milieu des années 90. Elle nous raconte et décrit avec une infinie délicatesse ses sensations, la nature, ses souvenirs et le plaisir qu’elle avait à rejoindre l’étang.

« At the pond » nous offre quatorze points de vue différents sur ce lieu magique et sauvage au travers des saisons. De quoi nous faire patienter en attendant de pouvoir enfin revoir Londres.

10 ans du mois anglais

Mariages victoriens de Phyllis Rose

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« Mariages victoriens » de Phyllis Rose est un essai qui a été publié en 1983. L’auteure, biographe, essayiste et critique littéraire, y dresse le portrait de cinq couples, ceux de personnes illustres comme John Ruskin, Charles Dickens, George Eliot ou Thomas Carlyle. Phyllis Rose prend pour son étude ce postulat de départ : « C’est donc dans ce sens que je propose quelques vies privées afin qu’elles soient examinées et discutées. Je vais tenter de les raconter de façon à soulever les questions concernant le rôle du pouvoir et la nature de l’égalité dans le mariage, car je postule un lien entre politique et la sexualité. » Il faut dire que les règles du jeu sont très claires et strictes à l’époque victoriennes.  Le modèle est clairement patriarcale, le pouvoir appartient aux hommes. Le divorce avant 1857 est une procédure très coûteuse et exceptionnelle. Après cette date et l’apparition de cours séculières dédiées aux divorces, la démarche n’en demeure pas moins scandaleuse. La femme et les enfants ensuite sont la propriété du mari. La question du pouvoir se pose également pour les relations sexuelles. Le mari pouvait en avoir avant le mariage mais pas la femme qui devait ensuite répondre à tous les besoins de son époux.

Phyllis Rose dissèque l’institution du mariage au travers de différents exemples de couples stables ou non, avec enfants ou non et avec une distribution du pouvoir différente. Le livre montre les différents moments qui peuvent exister dans l’histoire d’un couple : la cour longue et assidue avec Thomas Carlyle et Jane Welsh, le divorce avec Effie Gray et John Ruskin, le triangle amoureux à trois avec Mrs Taylor et John Stuart Mill, le démon de midi avec Charles et Catherine Dickens et enfin le couple hors mariage avec George Eliot et George Henry Lewes. « Il est sans doute évident que George Eliot et George Henry Lewes sont, dans un sens, l’héroïne et le héros de l’ouvrage. Dans leur cas, le dévouement, la stabilité et l’égalité se développèrent hors des liens du mariage légal. » Ici l’égalité entre les amants est sans aucun doute la clef de leur bonheur. Mais Phyllis Rose montre également que le couple est  un cheminement intellectuel, une affaire d’imagination.

Phyllis Rose s’est appuyée sur les correspondances, les journaux intimes de grandes personnalités victoriennes pour analyser l’institution du mariage dans une société patriarcale. L’étude est passionnante, fluide et finalement les constats, qui y sont faits, sur la couple, sont toujours d’actualité.

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La leçon de ténèbres de Léonor de Récondo

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« Une nuit au musée » est une collection des éditions Stock. Dans ce volume, Léonor de Récondo passe une nuit dans le musée El Greco de Tolède. Je dois avouer que je ne suis pas une grande admiratrice de la peinture du Greco. Je le suis bien d’avantage des livres de Léonor de Récondo, notamment de « Pietra viva » où elle parlait avec délicatesse et justesse du travail, des sentiments et des pensées de mon cher Michel-Ange. Sa plume m’a à nouveau embarquée et je suis partie avec elle à la recherche du Greco.

Léonor de Récondo alterne les chapitres où elle nous raconte son expérience dans le musée et les raisons qui l’ont menée là, avec la vie de Doménikos Theotokopoulos dit El Greco. L’auteure était déjà venue dans ce musée 15 ans auparavant avec ses parents. Depuis, son père est décédé et elle est revenue à Tolède avec l’un de ses carnets dans lequel il avait reproduit un tableau du Greco. Léonor de Récondo arrive au musée lors d’une journée caniculaire, elle attend de cette nuit une rencontre avec le peintre. Il s’agit quasiment d’un rendez-vous amoureux. Elle lui parle, l’appelle par son prénom, lui joue du violon pour l’attirer, lui qui aimait tant la musique. Elle a préparé sa visite en parcourant la ville à la recherche de ses œuvres. Elle s’imprègne de son travail avant de passer la nuit à l’attendre.

Il faut dire que le Greco a de quoi fasciner. Outre l’originalité de son œuvre qui mélange maniérisme et couleurs vénitiennes, son périple depuis la Crête, en passant par l’Italie, pour terminer à Tolède, est étonnant. C’est à force de volonté, de détermination (et de mauvais caractère) qu’il finit par s’imposer en Espagne. La famille de Léonor de Récondo a quitté l’Espagne pendant la guerre civile, son père était peintre. Ce sont autant ses racines, son histoire qu’elle cherche à retrouver durant cette nuit au musée.

Mélangeant son histoire personnelle à la vie du Gréco, Léonor de Récondo redonne vie au peintre et à son œuvre durant une chaude nuit à Tolède.

L’art d’échouer de Elizabeth Day

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Elizabeth Day est journaliste, écrivaine et elle est aussi la créatrice d’un podcast qui a rencontré un énorme succès : How to fail with Elizabeth Day. Deux ans après un divorce douloureux à 36 ans, elle a décidé de créer son podcast pour discuter avec des personnalités des échecs qu’elles ont pu connaitre. Le constat est évident : tout le monde a connu l’échec dans sa vie professionnelle ou personnelle et chacun a pu en tirer des leçons, a pu apprendre de ses échecs pour mieux rebondir ou se réinventer.

Son livre est inspiré de son podcast et elle y raconte ses propres échecs à l’école, au travail, avec sa famille, ses amis, son couple. Le récit de ses expériences douloureuses est émaillé des exemples tirés de son podcast et de l’expérience de Jessie Burton, Phoebe Waller-Bridge, David Nicholls, Tara Westover, Sebastian Faulks, Nicole Kidman, Robert Pattinson pour n’en citer que quelque uns.

Dans une société de la performance, des réseaux sociaux aux images parfaites, l’échec ne semble pas avoir sa place. La société nous envoie des injonctions permanentes à la perfection, surtout aux femmes. Elizabeth Day a longtemps tout fait pour l’atteindre, elle était dans une volonté de plaire aux autres et de leur faire plaisir (c’est ainsi qu’elle se retrouva à manger du blaireau dans une maison isolée ou à essayer un sauna vaginal à la manière de Gwyneth Paltrow pour des articles). De siècles de misogynie institutionnalisée ont mené les femmes à vouloir être toujours plus parfaites, plus performantes dans de nombreux domaines. Ce qui est impossible à réaliser et donne un sentiment d’échec.

« L’art d’échouer »  est un livre d’une parfaite honnêteté, Elizabeth Day n’hésite pas à montrer ses failles, sa vulnérabilité, ses complexes. Elle le fait avec beaucoup d’humour et le recul nécessaire pour montrer à quel point ses échecs lui ont été utiles pour se construire et trouver sa voix. Son témoignage est précieux tant il permet de se décomplexer et de réfléchir sur son propre parcours.

Drôle, intelligent, déculpabilisant, « L’art d’échouer » dévoile les déboires douloureux du parcours d’Elizabeth Day mais également la manière dont elle a su les exploiter pour se reconstruire et s’épanouir.

Le courage des autres de Hugo Boris

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Il y a quinze ans, Hugo Boris obtient sa ceinture noire de karaté. Le lendemain, il est témoin d’une altercation dans le métro et, en état de sidération, il n’arrive pas à intervenir. Il réussit seulement à tirer le signal d’alarme. La situation le questionne et il se met à noter ce qu’il voit dans le métro, le RER pour composer un herbier de saynètes. « La communauté humaine qui se rassemble pour cette épopée quotidienne donne à voir le meilleur et le pire d’elle-même. Mais dans ce pire, il suffit du courage d’une seule personne pour la racheter. Il s’en trouve quelques uns dans cet herbier, des hommes ou des femmes, pour relever tous les autres. Qu’ils soient ici célébrés. »

« Le courage des autres » est constitué de scènes du quotidien dans les transports en commun. Elles révèlent le courage de certains face à des situations violentes, aux insultes, qui sont capables de s’interposer physiquement ou verbalement. Certains  osent prendre la parole et d’autres pas. Hugo Boris fait partie de cette deuxième catégorie et il en faut également du courage pour l’écrire, pour révéler ses faiblesses aux autres. Son honnêteté lui fait honneur : « Je n’ai pas envie d’emprunter ici le masque du lyrisme pour faire du beau avec du laid, des mots qui seraient des insultes à la vérité, ce soir-là, je suis une merde, une lavette, un faible, un infirme. Je suis malade de la peur. J’ai la maladie de la peur. Je suis devenu la proie de ce mot. Ma propre réaction me terrorise, me dévirilise, me tend mon reflet authentique, celui d’un pauvre mec sans couilles au cul. Si lâche, si friable. » Et bien évidemment, c’est un miroir que Hugo Boris tend également à ses lecteurs. Qui n’a pas pas baissé les yeux devant un SDF ? Qui n’a pas changé de wagon en voyant une personne agressive ? Qui n’a pas écouté la conversation de ses voisins de métro ? Hugo Boris décrit, analyse nos petites lâchetés, nos évitements face à la violence du quotidien. La violence sociale est également présente avec ces salariés obligés de prendre un bus parce qu’il n’y a plus de métro ou de RER à l’heure où ils sortent du boulot. Ce sont des salariés pauvres (hôtellerie, gardiennage, restauration, etc…) qui vont devoir passer des heures dans le bus avant de rentrer chez eux.

Dans les pages de Hugo Boris, il y a aussi de la lumière, des moments de tendresse (comme cette femme qui ôte une peluche sur le foulard de sa voisine de métro). Tous ces instantanées sont un kaléidoscope d’humanité et Hugo Boris leur prête sa plume vive, précise et pleine d’empathie.

J’avais beaucoup « Police »et j’ai tout autant apprécié « Le courage des autres », hommage à ceux qui se lèvent, qui s’opposent et s’interposent dans le métro face à la violence, aux incivilités.