Bilan 2015

décembre

Une jolie collection de livres en décembre qui me permet d’atteindre le nombre de 74 livres lus durant cette année 2015.

Mon top 5 des meilleurs romans :

Comme Jérôme et Papillon, mon plus grand coup de cœur de l’année va au roman de Jérôme Ferrari. La beauté de la langue alliée à une exigence intellectuelle rare et précieuse, des livres de ce niveau ne se rencontrent malheureusement pas tous les jours.

Un grand roman américain, une épopée dense et maîtrisé, c’est ce que vous offre « Le fils » de Philip Meyer.

Le premier roman de Zadie Smith est une saga familiale contemporaine et dickensienne aux personnages attachants.

Le plus beau et intrigant premier chapitre de l’année qui m’a entrainée dans une aventure rocambolesque et fantasque.

Une langue proche de celle de Céline au service du destin hors du commun de Albertine Sarrazin, une réédition et un film qui étaient les bienvenus pour remettre à l’honneur le talent de cette auteure.

Une mention spéciale pour un premier roman, celui de Jessie Burton « Miniaturiste » qui promet de très grandes choses.

Cette année, j’ai lu plus de bandes-dessinées que d’habitude, 16 à mon compteur. Grand bien m’en a pris car j’ai vraiment lu des pépites comme « Moderne Olympia » de Catherine Meurisse, « Mauvais genre » de Chloé Cruchaudet ou encore l‘adaptation des romans de Richard Stark par Darwyn Cooke. Mais mon énorme coup de cœur BD va à trois papys anarchistes, drôlissimes et formidablement attachants :

Je vous conseille également « Un océan d’amour » du même Lupano mais cette fois avec G. Panaccione, un petit bijou muet dont je n’ai malheureusement pas eu le temps de vous parler (le billet de ma chère Miss Léo pour vous faire une idée).

En 2016, le challenge « A year in England » se poursuit » jusqu’en mai, un grand merci pour toutes vos participations. En septembre aura lieu le formidable et indispensable Festival America de Vincennes que j’accompagnerai avec mon mois américain.

Avec Shelbylee, nous allons vous proposer très prochainement un nouveau challenge…mais chut…je n’en dis pas plus ! Un peu de patience !

Une année 2015 littérairement bien remplie et une PAL en baisse (si, si je vous jure que c’est possible !), espérons que cela continue en 2016 !

Une photo, quelques mots (201ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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© Romaric Cazaux

Elizabeth rêvait depuis toujours de visiter Paris. Cette habitante de la banlieue de Manchester avait étudié « Paris est une fête » d’Ernest Hemingway à l’école et elle était tombée amoureuse de la ville. Certes, la capitale française avait changé depuis les années folles. Mais à la seule évocation de la Closerie des Lilas ou des cafés du boulevard Saint-Michel, Elizabeth se mettait à rêver. Elle se voyait attablée à une terrasse avec un café et un croissant admirant l’élégance bohème des parisiennes. Elle s’imaginait longeant la Seine après une belle journée d’été et finissant chez Shakespeare & Co où elle achèterait des livres qu’elle lirait le lendemain au jardin du Luxembourg. Bien entendu, dans ses rêves Elizabeth parlait français couramment avec une pointe d’accent anglais qui ravissait ses interlocuteurs.

Un rêve qu’Elizabeth avait mûri durant de longues années et qui lui avait permis d’échapper à un quotidien souvent morose. Mariée et mère jeune, elle avait connu, comme son mari, des périodes de chômage difficiles. Depuis trois ans, tous deux avaient trouvé une certaine stabilité qui leur permettait de souffler un peu. Mais de là à se rendre à Paris, Elizabeth préférait économiser au cas où les mauvais jours reviendraient. Elle ne s’attendait donc pas à se voir offrir une semaine à Paris pour ses quarante ans par son mari et sa fille. Une folie mais elle était aux anges !

Avant le voyage, Elizabeth avait compulsé tous les guides possibles et imaginables. Son programme jour après jour était établi, quasiment à la minute près. Ce serait probablement son unique voyage à Paris, Elizabeth voulait en profiter au maximum.

Le grand jour était arrivé et Elizabeth ne tenait plus en place. A peine arrivés à l’hôtel et il fallut repartir. Le programme d’Elizabeth n’attendait pas ! Les jours et les visites s’enchainèrent à un rythme endiablé. Elizabeth passait son temps à secouer sa fille et son mari, à les pousser à avancer, à se dépêcher. Au cinquième jour, ils prirent la direction du château de Versailles. Elizabeth comptait bien visiter le château, le Grand et le Petit Trianon et elle se délectait de la vue de la ferme de Marie-Antoinette. Mais la journée ne tourna pas comme elle voulait. Au moment de sortir pour se promener dans les jardins, le mari et la fille d’Elizabeth voulurent se reposer. Son mari commença même à s’endormir sur elle !  Quel culot alors qu’il y avait tant à voir ! Elizabeth fit une scène à son mari, lui expliquant la chance qu’il avait d’être ici. Ce dernier, exténué par tant de visites, finit par quitter les lieux avec sa fille laissant plantée là Elizabeth et son programme infernal. Et tous deux allèrent s’installer en bord de Seine en terrasse d’un café près de la fontaine Saint-Michel.

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Passé imparfait de Julian Fellowes

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Recevoir une invitation de Damian Baxter après plus de quarante ans de fâcherie fut une surprise pour le narrateur de « Passé imparfait ». Par curiosité, il se rend au rendez-vous et découvre un Damian au seuil de la mort. Celui-ci a besoin de son ancien ami pour réaliser une mission : retrouver son enfant dont il a appris l’existence par le biais d’une lettre anonyme. La mère est forcément une des conquêtes de Damian à l’époque où ils étaient amis à la fin des années 60. Notre narrateur devra donc retrouver ses anciennes camarades qu’il n’a plus jamais revues après les évènements survenus lors de vacances au Portugal en 1970.

Scénariste de « Gosford Park » et créateur de « Downton Abbey », Julian Fellowes s’intéresse dans ce roman au même milieu, le sien, celui de l’aristocratie anglaise. A la fin des années 60, pendant que le Swinging London battait son plein, l’aristocratie anglaise tachait de sauver les meubles. Sentant la fin de leurs privilèges arriver, la haute société anglaise organisait la saison des débutantes. Les mères tentaient de marier leurs filles à de beaux partis avant que leurs propres comptes en banque ne s’assèchent. De tea parties en réception à Ascot, Julian Fellowes nous montre la fin d’un mode de vie, d’une noblesse anglaise qui n’allait pas résister aux capitalistes aux dents longues. Damian Baxter semble être l’un d’entre eux. Loin de faire partie de ce monde, il va y entrer de force, gâchant parfois les fins de soirées où il n’a pas été invité. Un ver infiltré dans la pomme. Le narrateur commence à l’admirer avant de le détester totalement d’autant plus que tous deux convoitent la même jeune femme.

Mais le cœur du roman de Julian Fellowes est le temps et il est finalement très proustien. Le narrateur (qui n’a pas de nom comme celui de la « Recherche du temps perdu » et qui est lui aussi écrivain) est plongé dans son passé à la recherche de ce qu’il a vécu, de ce qu’il était. Ses souvenirs, comme ceux de Marcel Proust, redonnent vie à une société, à des mœurs aujourd’hui disparues. Son regard, mâtiné de regrets, est lucide et acide sur cette société sur le point de s’éteindre. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit du temps de sa jeunesse, des espoirs en l’avenir, des possibles qui semblent infinis. Et, malgré leurs destinées parfois douloureuses, les protagonistes de l’histoire resteront figés dans les souvenirs du narrateur dans leur juvénilité et leur beauté.

« Passé imparfait » est le portrait de la bonne société anglaise de la fin des années 60 en train de s’éteindre. Un monde que Julian Fellowes connaît parfaitement et qu’il décrit finement. Malgré quelques longueurs et répétition dans la construction, « Passé imparfait » reste un livre délicieux à parcourir.

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Mrs Palfrey, Hôtel Claremont de Elizabeth Taylor

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« Une tâche épuisante, vieillir. C’est comme être un bébé, mais à l’envers. Dans la vie d’un nourrisson, chaque jour représente une nouvelle acquisition ; et pour les vieux, chaque jour représente une nouvelle petite perte. On oublie les noms, les dates ne signifient plus rien, les évènements se confondent, les visages s’estompent. La petite enfance et la vieillesse sont des périodes harassantes. » Mrs Palfrey arrive à l’Hôtel Claremont de Cromwell Road un dimanche pluvieux de janvier. Veuve ne pouvant plus rester seule chez elle, elle décide de s’installer dans cet hôtel où de nombreuses personnes âgées viennent vivre. L’Hôtel Claremont finit par ressembler à une anti-chambre de la maison de retraite ou pire, il s’avère parfois être la dernière demeure de ses locataires. Cela ne plaît guère au patron qui préfèrerait une autre clientèle. Toute une petite société s’organise : Mrs Post et sa timidité maladive, Mr Osmont et ses blagues grivoises, Mrs Burton l’alcoolique flamboyante, Mrs Arbuthnot et ses médisances. Mrs Palfrey craint terriblement le jugement de cette dernière. Ne voulant se montrer faible et admettre que son petit-fils ne vient jamais la voir, Mrs Palfrey fait passer Ludo, un jeune homme croisé dans la rue, pour son petit-fils et l’invite à l’Hôtel Claremont.

C’est grâce à Emjy que j’ai découvert ce court roman de Elizabeth Taylor et j’ai été enchantée par ma lecture. C’est avec beaucoup de délicatesse, de tendresse et d’humour que l’auteur dépeint la vieillesse. Mrs Palfrey est un personnage très attachant. Malgré son arrivée à l’Hôtel Claremont, elle essaie de garder sa dignité, un certain standing pour résister à la vieillesse et à la solitude. La fille de Mrs Palfrey habite en Ecosse et son petit-fils Desmond est trop occupé par son au travail British Museum pour penser à tenir compagnie à sa grand-mère. Fort heureusement, Mrs Palfrey rencontre Ludo, un jeune écrivain sans le sou qui prend plaisir à être en compagnie de la vieille dame. Lui aussi est seul, loin de sa mère excentrique. Deux solitudes se rencontrent et s’unissent pour quelque temps, pour se réchauffer. Cette relation est très touchante et ne tombe jamais dans la mièvrerie ou les bons sentiments. Elizabeth Taylor a l’art de croquer ses personnages et la galerie des résidents de l’Hôtel Claremont en est la preuve. Fantaisiste, renfermé, dominateur, chacun tente finalement d’oublier que la fin approche et de sauver la face.

« Mrs Palfrey, Hôtel Claremont » est le joli et tendre portrait d’une femme arrivant au crépuscule de sa vie et qui tente de combler la solitude inhérente à la vieillesse.

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Une photo, quelques mots (200ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

buste-femme-lingerie-768x1156© Romaric Cazaux

Denise mettait la dernière touche à son mannequin. Sa dernière mise en place dans le magasin. Ce soir, Denise part à la retraite. Elle se recule pour regarder les différents ensembles de lingerie qu’elle a choisi de mettre en avant. Elle les trouvait de plus en plus chargés. Tous ces froufrous sur la culotte, cette grosse fleur entre les deux seins, c’était trop pour Denise qui préférait la simplicité, l’épure. Elle n’en a jamais rien dit à ses collègues pour ne pas paraître hérétique mais finalement rien ne vaut une culotte en coton Petit Bateau ! Au moins, c’est confortable et il n’y a pas de dentelle qui chatouille ou qui grattouille.

Et malgré cela, Denise a toujours été une vendeuse exemplaire. Elle a toujours aimé le contact humain, écouter les petites histoires des clients et elle en avait vus défiler dans sa carrière ! Des jeunes filles rougissant qui venaient accompagnées de leur mère pour choisir leur premier soutien-gorge. Des jeunes maris attentionnés qui voulaient faire plaisir à leur femme, des plus âgés qui voulaient pimenter leur couple ou achetaient des cadeaux pour leurs maîtresses. Avec le temps, elle a vu de plus en plus de femmes s’offrir de la lingerie sexy pour se plaire à elle-même plus qu’aux hommes. Denise admire cette nouvelle génération de jeunes femmes fortes et sûres d’elles.

A la fin de la journée, les collègues de Denise lui avaient préparé un pot de départ. Elle s’y attendait un peu, on ne passe pas trente ans dans une entreprise sans que l’on vous dise au revoir ! Mais Denise est quand même émue par le discours de la responsable de rayon, par les applaudissements de ses collègues.  Beaucoup d’émotions et de sourires que Denise grave dans sa mémoire pour y repenser plus tard. Après avoir trinqué à sa retraite que toutes lui souhaitaient longue et heureuse, Denise reçoit des mains de sa chef un cadeau. Très touchée, elle défait fébrilement l’emballage. Et là, la surprise, l’embarras, ses collègues lui avaient offert un ensemble de lingerie plein de dentelles. Celui-là  même qu’elle avait installé le matin sur un mannequin !

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Paris est une fête de Ernest Hemingway

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« Paris est une fête » est un recueil de textes qu’Ernest Hemingway a écrit à la fin de sa vie et qui fut publié en 1964, trois ans après son suicide. Il y parle des années qu’il passa à Paris dans les années 20 avec sa première femme Hadley et leur fils Jack surnommé Bumby.

Les années passées à Paris sont celles de la vie de bohème, de la pauvreté et de la faim qui tenaille le ventre mais aiguise l’esprit. A l’époque Hemingway écrivait des articles, des contes, des nouvelles pour des journaux américains ou canadiens. Il s’agit presque de son apprentissage du métier d’écrivain. Il retravaille sans cesse ses textes cherchant à écrire la phrase la plus vraie possible. On assiste vraiment à la création, à la découverte de son style. La vérité recherchée donne naissance à un style sec, aride, sans fioriture ou effet de style facile.

Les chroniques nous entraînent dans le bouillonnement du Montparnasse des années folles. On y croise quelques personnages illustres : Gertrude Stein, James Joyce, Blaise Cendrars, Pascin, Francis Scott et Zelda Fitzgerald ou encore Sylvia Beach la propriétaire du Shakespeare & Code la rue de l’Odéon. Montparnasse est à l’époque une ruche de talents, d’artistes en tout genre qui se croisent au Dôme, à la Coupole ou à la Closerie des Lilas, le café préféré de Hemingway qui aime à écrire à l’ombre de la statue du Maréchal Ney. Ça discute, ça boit, ça crée, les poches sont vides mais la joie de vivre est bel et bien là. « La génération perdue », comme Gertrude Stein appelait les jeunes gens revenus de la guerre, profite de la légèreté retrouvée sans se soucier du lendemain.

« Paris est une fête » est un bel hommage à l’effervescence des années folles, aux cafés de St Michel, de la place de la Contrescarpe et de Montparnasse, à la frivolité et à l’écriture. Je vous conseille de regarder après la lecture de ce livre, « Midnight in Paris » de Woody Allen qui se passe à la même époque et qui rend bien compte de l’éphorie créatrice des années folles.

Une lecture commune organisée par Eliza.

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Va et poste une sentinelle de Harper Lee

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Jean Louise Finch rentre à Maycomb, Alabama. Elle a 26 ans et habite à New York. Dans la ville de son enfance, l’attendent son père avocat, Atticus, son petit ami Hank qui travaille avec son père, sa tante Alexandra et son oncle. Jean Louise, surnommée Scout, a perdu sa mère enfant et son frère Jem est décédé d’une crise cardiaque quelques années plus tôt. Scout se réjouit de passer du temps dans sa famille où elle retrouve ses souvenirs d’enfance. Mais elle va découvrir Atticus sur un nouveau jour et cela va totalement la bouleverser.

Avant de parler du contenu du livre, il faut évoquer son étonnante publication. Harper Lee était jusqu’à présent l’auteur d’un seul et unique ouvrage « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », prix Pulitzer en 1961. L’auteur a aujourd’hui 89 ans et les lettres américaines se sont étonnées de la sortie de ce roman cinquante ans après le premier. « Va et poste une sentinelle » se situe vingt ans après l’intrigue de « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ». Et pourtant, ce roman est le premier à avoir été écrit par Harper Lee, il fut refusé par les éditeurs et l’auteur retravailla son texte pour donner naissance à l’oiseau moqueur. Les critiques à l’égard de ce nouveau roman furent assassines. « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », portant  sur l’enfance de Scout Finch, est un monument aux États-Unis, un classique qui est le symbole de l’antiracisme. Atticus Finch est un père et un avocat exemplaire qui défend un jeune noir accusé à tort. ce qui a fait scandale dans ce nouvel opus, c’est que l’on y apprend qu’Atticus a participé à des réunions du Ku Klux Klan et qu’il est membre d’une association locale très conservatrice. Harper Lee a fait tomber Atticus de son piédestal et les américains ne lui pardonnent pas.

Mais parlons du roman en lui-même. Il est étonnant que ce livre ait été rejeté par les maisons d’édition car, même s’il est parfois maladroit, il reste de qualité. « Va et poste une sentinelle » est le roman de l’émancipation. Scout semble ouvrir les yeux sur la communauté qui l’a vue grandir. Ce retour dans le Sud est extrêmement douloureux, sa vie à New York l’a changée. Elle comprend que les gens ne sont pas aussi tolérants qu’elle l’imaginait. Sa relation avec Calpurnia, leur ancienne servante noire, n’est plus non plus celle qu’elle avait gardé en mémoire. Scout va lui rendre visite et la scène est particulièrement poignante. Scout voyait en elle une mère de substitution, Calpurnia a toujours su qu’elle n’était qu’une domestique. Un fossé s’est creusé entre Scout et la ville de Maycomb. Elle ne comprend plus le Sud des États-Unis, ne comprend plus son père. C’est toute l’incompréhension du Nord du pays envers le Sud dans les années 50 qui s’exprime ici par le regard de Scout. L’image qu’elle gardait de Maycomb n’est qu’un souvenir. Il y a d’ailleurs déjà de très belles évocations de l’enfance, annonciatrice de ce que sera « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ».

« Va et poste une sentinelle » est le roman du passage à l’âge adulte alors que « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » était celui de l’enfance. Il montre qu’il faut savoir s’émanciper de ses modèles pour grandir et devenir soi-même. Un beau roman, peut-être plus complexe et nuancé que le premier publié, et qui complète bien le formidable « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ».

Merci à NetGalley pour cette lecture.

Philippe Halsman au musée du Jeu de Paume

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Son nom ne vous est sans doute pas familier et pourtant vous avez forcément déjà vu l’une de ses photos. Philippe Halsman, originaire de Lettonie, arrive à Paris dans les années 1930 et il y commence sa carrière en autodidacte. Rapidement, il se spécialise dans les portraits de personnalités. Mais il travaille également dans le milieu de la publicité et collabore à de grands magazines comme Vogue ou Harper’s Bazaar. Son travail sur les portraits montre déjà une forte originalité et une volonté de caractériser les personnes qu’il photographie. Son portrait de Winston Churchill dans un parc en est un exemple significatif. L’homme d’état est photographié de dos, sa carrure imposante et reconnaissable dominant le parc.

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A partir des années 40, il fuit l’Europe pour New York. Il continue son travail sur les portraits qui lui apporte une très forte notoriété. Il réalisera une centaine de couverture pour le magazine Life. C’est par le biais de ce magazine qu’il fit la connaissance de Marilyn Monroe en 1949, elle était alors une jeune actrice et il la photographia jusqu’en 1959. Les nombreuses photos présentent dans l’expo montrent l’évolution de l’actrice, de la starlette timide à la star glamour.

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Son humour, sa fantaisie amenèrent Philipe Halsman à inventer un genre très particulier de portraits à partir des années 50 : la jumpology. Il propose à de très nombreuses personnalités de les prendre en photo en train de sauter. Halsman estimait que les modèles se concentraient sur leur saut et laissaient ainsi transparaître leur personnalité avec plus de naturel. Et il est vrai que chacun saute d’une manière bien particulière. Audrey Hepburn exprime la joie et la fraîcheur, Dean Martin et Jerry Lewis laissent exploser leur folie, Grace Kelly reste sophistiquée, le duc et la duchesse de Windsor ne s’affranchissent pas du protocole et de leur rang, etc…

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C’est aux côtés de Salvador Dali que s’exprime au mieux l’imaginaire de Philippe Halsman. Leur collaboration était placée sous le signe de l’expérimentation, de la folie et de l’humour. Certaines œuvres sont directement inspirée de tableaux de Dali comme Dali Atomicus qui a demandé 28 prises pour que le cliché soit parfait. L’exposition montre également la série de clichés autour de la moustache de Dali où le célèbre attribut du peintre répond à des questions posées par le photographe.

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Les photographies de Philippe Halsman sont particulièrement réjouissantes. Drôles, excentriques, étonnantes, elles respirent la légèreté et la joie de vivre. L’exposition rend hommage à ce grand photographe et nous permet de mettre un nom sur certains portraits très célèbres. Je ne peux que vous encourager à vous rendre au Jeu de Paume pour profiter de cette bulle de fantaisie.

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Challenge Lart dans tous ses états 2015

Ma cousine Rachel de Daphné du Maurier

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Le jeune Philip Ashley a grandi auprès de son cousin Ambroise dans son domaine de Cornouailles. Les deux hommes sont très proches, Philip est amené à être l’héritier de son cousin. Ce dernier, en vieillissant, doit se rendre en Italie pendant l’hiver. C’est là-bas qu’il rencontre Rachel, une cousine éloignée. Et, à la grande surprise de Philip, ce vieux garçon d’Ambroise épouse sa cousine très rapidement. Philip voit d’un mauvais œil l’arrivée de cette inconnue dans la famille et dans le duo qu’il forme avec Ambroise. Et ce ressentiment se transforme en haine lorsque Philip apprend la mort d’Ambroise en Italie.

Le prologue de « Ma cousine Rachel » est remarquable et s’ouvre ainsi : « Dans l’ancien temps, l’on pendait les gens au carrefour des Quatre-Chemins. » L’idée d’un drame, d’une tragédie plane donc durant tout le roman. A qui s’adresse ce prologue ? Sur qui va s’abattre le destin ? Nous ne le saurons qu’à la toute fin du roman, Daphné du Maurier jouant avec les nerfs de son lecteur et réussissant à maintenir la tension jusqu’aux dernières pages.

« Ma cousine Rachel » est le roman du doute, de l’ambiguïté. Philip est l’unique narrateur de cette histoire. C’est par son prisme que nous découvrons et apprenons à connaître Rachel. Est-il un narrateur fiable ? Il est difficile de répondre positivement tant Philip se laisse emporter par sa fougue de jeune homme qui n’a quasiment rien vécu. Il passe de la détestation à la passion en peu de temps et sans aucune nuance. Notre vision de l’histoire est donc biaisée, nous n’avons aucun recul et cela nous plonge dans l’incertitude totale.

Il nous est donc impossible de nous faire un avis tranché sur Rachel, victime ou coupable ? C’est en tout cas un très beau personnage qu’a créé Daphné du Maurier. Rachel est fantasque, légère, dépensière et inconséquente. Mais elle sait également être généreuse, on le constate dans la très belle scène de Noël où elle distribue des cadeaux à chacun : amis, voisins ou domestiques. Les différentes facettes de Rachel nous questionnent tout au long du roman sans que l’on puisse déterminer avec certitude sa nature profonde. Et c’est vraiment la force du roman et l’intelligence de l’auteur que de nous laisser dans le doute et l’irrésolution.

« Ma cousine Rachel » démontre, s’il en était encore besoin, le formidable talent de conteuse de Daphné du Maurier et sa capacité à manipuler son lecteur tout au long du roman.

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