Wilt 1 de Tom Sharpe

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« Chaque fois qu’Henry promenait son chien ou, pour être plus précis, chaque fois que son chien l’emmenait promener ou, pour être exact, chaque fois que Mrs Wilt leur enjoignait de débarrasser le plancher car c’était l’heure de ses exercices de yoga, il suivait invariablement le même chemin. Le chien le prenait docilement, et Wilt suivait le chien.  »
C’est lors de l’une de ces promenades que Henry Wilt se mit à penser aux différentes façons de faire disparaître sa femme Eva. Marié depuis de (trop) nombreuses années, Henry ne supporte plus l’énergie débordante et les activités frénétiques de sa femme. Lui-même est trop passif, enseignant de culture générale à des futurs imprimeurs, gaziers ou bouchers, il se laisse dominer par ses élèves comme par sa hiérarchie. Un peu d’action ne lui ferait pas de mal. Mais on ne contrôle pas toujours les évènements et Wilt va bientôt être au centre de l’attention de toute sa ville ainsi que Judy, poupée gonflable de son état.

Tom Sharpe a eu la mauvaise idée de nous quitter en juin de cette année et Denis a souhaité que nous lui rendions hommage en relisant son œuvre. Je n’avais pas encore eu le plaisir de rencontrer Wilt dont les mésaventures font l’objet de cinq volumes. Ce que lui fait subir Tom Sharpe est totalement loufoque et incongru. Le sous-titre vous en donne un aperçu : « Comment se sortir d’une poupée gonflable. » Vous pouvez maintenant mesurer l’étendue de l’humiliation qui est infligée à Henry Wilt. Heureusement ce dernier pourra prendre sa revanche aux dépens de l’inspecteur Flint qui sera à deux doigts de perdre la raison. Les scènes entre les deux hommes sont les plus drôles du roman. Wilt y laisse exprimer toute son imagination et son sens implacable de la rhétorique. Après tout ce qu’il a subi, il a bien mérité son heure de gloire !

« Wilt 1 » est cocasse, farfelu, Tom Sharpe n’y épargne guère ses personnages et égratigne au passage le système éducatif anglais. C’est amusant, divertissant et hautement conseillé si la morosité vous gagne.

Que le spectacle commence ! de Ann Featherstone

080. Que le spectacle commence

Dans un cabaret minable de Whitechapel au XIXème siècle, Corney Sage se produit chaque soir comme comique et comédien. Un simulacre de tribunal lui vaut du succès et la salle est remplie. Il n’y a d’ailleurs pas que les classes populaires qui fréquentent les lieux, des gentlemen s’y encanaillent. L’un d’eux est très entreprenant avec Bessie, pickpocket et prostituée, et l’entraîne dans la ruelle derrière le cabaret. Leurs ébats se terminent dans le sang, Bessie est brutalement assassinée. Mais ils n’étaient pas seuls dans la ruelle ; Lucy, une comédienne et arnaqueuse, et Corney Sage étaient présents et ont tout vu. Terrifiés, chacun part se cacher loin de Londres.

« Que le spectacle commence !  » fait alterner les journaux intimes de Corney Sage et du meurtrier. On sait donc très rapidement quelle est son identité, Ann Fearthstone a choisi de détourner le « whodunit ». Cette idée originale est renforcée par les identités multiples du tueur. Déguisements, faux-semblants émaillent le roman, ce qui correspond parfaitement au monde du spectacle dans lequel se déroule l’intrigue. C’était une excellente idée de choisir ce milieu peu exploité habituellement et on sent que l’auteur s’est bien documentée. Les mésaventures de Corney nous montrent les différents pans du métier à l’époque victorienne : cabaret, cirque, foire aux monstres…

Malgré cette pointe d’originalité, je suis plutôt restée sur ma faim. Ma déception pourrait se résumer ainsi : pour un roman policier, ça manque singulièrement de suspens ! Entre le début à Whitechapel et la conclusion, l’intrigue se traîne terriblement. Le meurtrier pourchasse mollement Lucy et Corney, d’ailleurs on met un certain temps à comprendre qu’il les poursuit. Il se demande s’il doit les éliminer ou non, pas très virulent notre assassin ! Je vais reprendre le célèbre adage d’Alfred Hitchcock qui se révèle toujours très juste : un bon film (ou livre) à suspens ne  fonctionne que si le méchant est réussi. Et ici ce n’est malheureusement pas le cas. L’idée des différentes identités était intéressante mais l’histoire se délaie dans le quotidien du tueur : ses affres sentimentales (qui font un peu trop penser à Sarah Waters) et la naissance de son enfant. Ce dernier évènement me semble vraiment inutile et n’apporte rien au récit.

J’attendais beaucoup de cette lecture, d’autant plus que ma copine Lou avait adoré. Malgré les points positifs et une bonne reconstitution de la société victorienne, je n’ai pas trouvé ce roman haletant, je m’y suis même ennuyée.

I love London logo 

 

Les matchs de la rentrée littéraire

La rentrée est belle et bien là et grâce aux matchs de la rentrée littéraire de Price Minister la reprise est moins difficile ! Comme les années précédentes, il nous est proposé de recevoir un livre de la rentrée littéraire et d’en faire la critique sur nos blogs.

Vous trouverez le détail de l’opération et la liste des livres sélectionnées cette année ici.

Si vous souhaitez participer, le formulaire d’inscription est déjà disponible ici.

Pour ma part, j’ai choisi « Esprit d’hiver » de Laura Kasischke que je n’ai jamais lue. C’est l’occasion de la découvrir avec ce nouveau roman très chaleureusement conseillé par MissLéo.

Bonne rentrée à tous !

 

The Versatile Blogger Award

Ma chère Syl m’a gentiment décerné un award pendant les vacances et je la remercie chaleureusement d’avoir pensé à moi.

Les règles sont les suivantes :

« Tout fonctionne par élections affectives :

1 – Tout d’abord, célébrer l’initiative en arborant fièrement les couleurs du logo des Versatile Blogger Award en haut d’un post dédié.

2 – Puis remercier chaleureusement le blogueur / la blogueuse truculent / truculente qui vous aime et vous le fait savoir.

3 – Lister sept petites choses vous concernant.

4 – Nommer quinze blogueurs méritants.

5 – Prévenir lesdits blogueurs que vous avez exprimé tout votre amour à leur attention, par un petit message sur leur blog. »

Comme j’ai déjà eu l’occasion de parler de moi dans un tag récent, je vais répondre en vous parlant de mon anglophilie galopante (faites attention, c’est une maladie contagieuse !).

Donc, j’aime l’Angleterre parce que :

1- Shakespeare, Dickens, Woolf, Austen, Lodge, Coe et bien d’autres encore, la liste est trop longue.

2- Hitchcock, Loach, Powell, Losey, Frears ou Ivory peuplent mon monde cinématographique.

3- Les Monty Python et l’humour anglais, rien que d’en parler j’ai envie de revoir « Sacré Graal » !

4- Le cream tea qui est invention culinaire extraordinaire, j’ai pu goûter en Cornouailles la meilleure clotted cream et rien que pour ça je pourrais aller y habiter ! (Je lance d’ailleurs un appel à la population si quelqu’un sait où je peux trouver de la Rodda’s cream sur Paris, qu’il n’hésite pas à me le dire, je lui vouerais un culte éternel !)

5- La musique anglaise, il n’y a que ça de vrai : les Beatles, les Smiths, The Clash, New Order, Joy Division, Pulp, Divine Comedy, Foals, Adele, Jake Bugg, Metronomy, là encore la liste est longue.

6- Londres, je n’ai pas lancé avec Maggie un challenge « I love London » par hasard ! Mais je n’aime pas que la capitale, j’ai adoré d’autres villes comme Bath ou St Ives et j’aimerais encore découvrir d’autres villes, d’autres régions.

7- Le thé of course !

A mon tour de décerner un award à :

Lou

-Cryssilda

-Delphine

-Maggie

-Lilly

-Noctenbule

-Sylire

-MissLéo

-Eliza

-Romanza

-George

-Cléanthe

-Shelbylee

-Adalana

-Malice

A vous de nous parler de vous !

Absolution de Patrick Flanery

9782221126349

Sam Leroux a la difficle tâche d’écrire la biographie d’une des grandes figures de la littérature sud-africaine : Clare Wade. Écrivain intimidant et peu accueillant, elle avait toujours refusé que l’on écrive sa vie. Avancée en âge, Clare finit par se laisser faire. Sam, qui revient dans son pays après de nombreuses années passées à New York, souhaite procéder par interviews successifs. Le jeune homme est passionné par l’oeuvre de Clare mais également par son comportement durant l’apartheid. Clare était une progressiste, défendant les droits de l’homme. Il semble néanmoins que son comportement n’ait pas été si clair durant cette période tourmentée de l’Afrique du Sud. D’ailleurs, Clare fait également des recherches sur cette période puisque sa fille Laura s’est engagée dans la lutte armée en 1989. Celle-ci a disparu sans que personne ne sache ce qui lui est arrivé. La vérité sera difficile à trouver pour Clare et Sam.

« Absolution » est le premier roman de Patrick Flanery et il y fait preuve d’une extraordinaire maîtrise. La construction est très travaillée et elle nous donne à voir les évènements de différents points de vue. Il y a le récit de Sam à son retour en Afrique du Sud et celui de Clare au moment où commencent les entretiens. S’ajoutent à ces voix du présent, le dernier roman de Clare intitulé « Absolution » : « (…) un volume de souvenirs fictionnalisés » et le récit des évènements de 1989. A l’intérieur de ces différentes parties, on peut également lire le journal intime de Laura ou des compte-rendus de la commission vérité et réconciliation (CVR). Après un petit temps d’adaptation aux changements d’époques, le roman se lit avec beaucoup de fluidité.

Clare et Sam sont tous les deux à la recherche de la vérité sur un passé qui les lie. Laura est au centre de leur questionnement mais chacun ne détient qu’une part de la vérité qui est obscurcie par bien des secrets. Patrick Flanery nous montre à travers sa construction à quel point la vérité est subjective. Elle l’est d’autant plus dans un pays en reconstruction. La CVR avait pour but de réconcilier les différentes communautés d’Afrique du Sud et de solder les comptes pour repartir sur des bases saines. Mais comment oublier les humiliations, les attentats et emprisonnements politiques ? Les auditions de la CVR ne pouvaient régler des siècles d’une histoire complexe et tourmentée. Les différences ne peuvent s’effacer si facilement. Patrick Flanery, qui n’est pourtant pas sud africain, rend compte de la complexité de ce pays et des oppositions qui y existent toujours. Les blancs riches vivent à Cape Town dans une totale paranoïa. « Entre nous et l’homme à l’extérieur, il y a deux portails – celui entre le jardin et l’allée, et celui qui est à son extrémité – puis il y a la maison elle-même, avec ses alarmes, ses boutons d’appel, son générateur de secours, ses verrous, ses barreaux, son verre renforcé à l’épreuve des balles. »  Cette défiance envers l’extérieur n’est d’ailleurs pas tellement injustifiée car une ville comme Cape Town a un taux très élevé de criminalité. La jolie nation arc-en-ciel n’est encore qu’un lointain rêve.

« Absolution » est un roman riche et passionnant sur un pays au passé douloureux où chacun tente de se reconstruire en cherchant la vérité ou en la recomposant dans la fiction.

Un grand merci à Christelle, Cécile et aux éditions Robert-Laffont pour cette belle découverte.

On s’est déjà vu quelque part ? de Nuala O’Faolain

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« On s’est déjà vu quelque part ? » est l’autobiographie de Nuala O’Faolain (1940-2008). Celle-ci fut rédigée en 2002 et fut le premier livre de l’écrivain qui se tourna ensuite vers la fiction. Ce livre fut un énorme succès à sa sortie comme en témoigne la très émouvante postface. Nuala O’Faolain a reçu des centaines de témoignages d’affection de gens ayant été touchés par sa vie ou ayant connu les mêmes problèmes.

Nuala O’Faolain est la deuxième d’une famille de neuf enfants vivant dans le comté de Dublin. Son père, journaliste, est séduisant, charmant mais peu préoccupé par sa famille. Sa mère se perd dans l’alcool et ne trouve aucun réconfort dans ses enfants. Nuala réussit néanmoins à s’extirper de ce milieu sans argent et sans espoir. C’est l’amour de la littérature qui la porte. Sa mère est une lectrice compulsive et rapidement Nuala le devient à son tour. « J’ai dû voir déjà chez ma mère que lire est un refuge. Qu’on ne peut pas vous atteindre quand vous avez un livre. Bien sûr, dans mon cas, ma mère était le « on ». Tout ce qu’elle me demandait de faire – chercher des brindilles pour démarrer le feu, aller promener le bébé dans la poussette – dérangeait ma lecture. Dans les livres, je trouvais le bien-être et le réconfort. » Cette passion l’amène a l’université de Dublin puis à Oxford. Elle devient journaliste, productrice à la radio puis à la télévision et enfin chroniqueuse à l’Irish Times. Une belle carrière mais qui ne suffit pas à cicatriser les plaies de l’enfance.

Nuala O’Faolain a toute sa vie cherché l’amour : « Des millions de gens, en dehors de moi, ont pensé qu’un autre être humain était ce dont ils avaient besoin pour combler leur vie et pour combler celle de l’autre – que, ensemble, on peut découvrir le meilleur côté du monde et le meilleur de soi-même. »  Élevée dans une Irlande patriarcale, Nuala O’Faolain reste prisonnière de l’idée qu’une femme doit se trouver un homme, un mari. Malgré son indépendance, malgré son féminisme, elle recherche cela. Et ses relations avec le hommes furent loin d’être satisfaisantes. Nuala se désespère, boit beaucoup et finit par ressembler à sa mère. C’est finalement l’écriture de « On s’est  déjà vu quelque part ? » qui la sauve d’elle-même et qui devient un vibrant hommage aux mots et à l’écriture.

Nuala O’Faolain nous livre un très touchant témoignage sur une femme qui cherche sa place dans une Irlande entrant lentement dans la modernité et voulant conserver ses traditions. Une femme d’une incroyable honnêteté, ne cachant rien de ses fêlures, de ses erreurs et de ses joies. Une femme magnifique dont le parcours m’a vraiment émue.

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Les Européens de Henry James

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La Baronne Eugénie Münster est venue s’installer à Boston avec son frère Félix pour y retrouver leur oncle Wentworth. Eugénie a épousé le Prince de Silberstadt, un mariage morganatique réprouvé par le Prince Régnant, son aîné. Ce dernier souhaite rompre ce mariage pour une meilleure alliance. Eugénie a donc fui la vieille Europe pour nouer des liens nouveaux avec sa famille américaine et pourquoi pas trouver un nouveau mari. Les deux Européens vont bousculer les habitudes des puritains américains : « Ils sont sobres et même austères. C’est le genre grave, ils prennent la vie au sérieux. Il doit y avoir chez eux quelque chose qui ne va pas : un mauvais souvenir ou une appréhension. Ce n’est pas le tempérament épicurien. Notre oncle Wentworth est un vieux bonhomme terriblement sévère ; il a l’air de subir le martyre non du feu mais du gel. Nous allons les égayer, nous leur ferons du bien. Il faudra beaucoup les secouer, mais ils sont merveilleusement bons et gentils.

« Les Européens » date de 1878, Henry James a alors 35 ans et n’a commencé à écrire qu’en 1874. Comme dans l’un de ses premiers romans « Roderick Hudson » ou dans son chef-d’œuvre « Portrait de femme », le thème central de ce livre est l’opposition entre la vieille Europe et la toute fraîche Amérique. Eugénie et Félix sont habitués aux raffinements et aux mondanités d’une cour européenne. Eugénie est une femme cultivée, aimant attirer l’attention et fasciner son entourage. Cela ne vas pas sans calcul et elle oscille constamment entre honnêteté et hypocrisie. Sa complexité perturbe quelque peu nos naïfs américains. Félix, quant à lui, porte bien son nom. Il est enjoué, épicurien comme il le dit lui-même dans l’extrait cité plus haut, il s’émerveille de tout et surtout de sa jolie cousine Gertrude. Félix aimerait que sa famille américaine profite des plaisirs de la vie. Mr Wentworth, ses deux filles Gertrude et Charlotte, son fils Clifford, le ministre du culte Mr Brand, Mr Robert Acton et sa sœur Lizzie sont les tenants d’une morale austère. Leurs vies sont des modèles de sobriété et de puritanisme. Le passage sur terre n’est pas un lieu de réjouissances et d’abondance. L’attitude d’Eugénie est presque scandaleuse, toujours à la limite de la sensualité. Le passage entre les deux mondes se fera par Gertrude, éblouie par le charme et la gaieté de Félix. Elle rêve d’ailleurs, de culture et est fatiguée de la tristesse unitarienne.

Malgré son attachement à l’Europe (Henry James se fera naturaliser britannique à la fin de sa vie), l’auteur a une préférence pour la pureté de cette Amérique encore provinciale. Son inclination se sent tout particulièrement dans ses belles descriptions des paysages : « Lorsque, du seuil de la maisonnette où l’on venait de la recueillir si charitablement, elle regarda les champs silencieux, les pâturages, les étangs limpides, les petits vergers rocailleux, il lui sembla ne s’être jamais trouvée au milieu d’un tel calme ; elle y goûta une espèce de plaisir délicat, presque sensuel. Tout ici respirait la bonté, l’innocence, la sécurité ; un bien en sortirait à coup sûr. » Une pureté virginale valorisée par Henry James face à la frivolité européenne.

Ce roman de jeunesse est malgré tout très emblématique de l’œuvre de Henry James. Il est extrêmement plaisant, bien écrit comme toujours et, ce qui est assez inhabituel chez mon cher Henry, léger comme une comédie.

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Le jardin blanc de Stephanie Barron

9782841115440

Jo Bellamy, une jeune paysagiste américaine, est chargée de copier le jardin blanc de Sissinghurst dans le Kent pour un riche client, Gray Westlake. La propriété de Sissinghurst avait appartenu à Vita Sackville-West, ses descendants et le National Trust continuent à en prendre soin. Avant son départ, Jo fait part de sa joie de travailler au jardin blanc à son grand-père qui malheureusement se suicide le jour suivant. Dans ses papiers, Jo découvre qu’il a vécu à Knole où Vita Sackville-West a grandi et qu’il n’avait pas su protéger une mystérieuse Dame. Le voyage dans le Kent est l’occasion pour Jo d’enquêter sur la jeunesse de son grand-père. En cherchant dans la remise des jardiniers, elle découvre un vieux cahier, un journal intime qui commence le 29 mars 1941. La lecture de ce document fait irrémédiablement penser à Virginia Woolf mais comment cela serait-il possible puisqu’elle s’est suicidée le 28 mars 1941 ?

Stephanie Barron aime à écrire des romans policiers dont les héros sont des auteurs célèbres puisque avant « Le jardin blanc » elle avait fait de Jane Austen un détective. Ici, elle part d’un fait réel, à savoir le laps de temps entre la disparition de Virginia Woolf et la découverte de son corps dans l’Ouse. Imaginer que Virginia ne s’est pas suicidée le 28 mars 1941 mais avait juste quitté Léonard est tout à fait séduisant. Le concept du jardin entièrement blanc pour lui rendre hommage l’est également. L’intrigue construite par Stephanie Barron fonctionne plutôt bien car elle s’est bien documentée sur l’entourage de Virginia Woolf et sur la guerre en Angleterre. On retrouve en effet dans le roman tout le groupe de Bloomsbury, on visite la maison de Vanessa Bell à Charleston, celle des Woolf à Rodmell et on se balade à Oxford et Cambridge. L’auteur fait également des efforts dans la partie journal intime pour retrouver l’esprit et les idées de Woolf, même si faire entendre véritablement sa voix est quasiment impossible. L’histoire (que je ne peux vous dévoiler plus) tient la route et est rythmée par de nombreuses découvertes et péripéties de notre héroïne-jardinière.

Bien sûr il y a des faiblesses dans ce roman. Les découvertes et les raisonnements se font trop facilement, tout s’enchaîne sans peine. Et la vie sentimentale de l’héroïne ne m’a pas beaucoup intéressée. Faut-il obligatoirement rajouter des scènes romantiques pour plaire à un lectorat féminin ? Pas très woolfien comme idée… La scène où nous faisons connaissance avec Gray Westlake est assez calamiteuse mais Stephanie Barron limite quand même par la suite ses élans de sentimentalisme.

Malgré quelques facilités, Stephanie Barron nous offre un divertissement honnête et dans l’ensemble bien construit qui nous promène en Angleterre et fait revivre l’immense Virginia Woolf et la très talentueuse Vita Sackville-West.

Merci à Christelle et aux éditions Nil pour cette lecture.

Les hauts de Hurlevent de Emily Brontë

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C’est sur une lande du Yorkshire balayée par le vent que se trouve la demeure de la famille Earnshaw, le lieu dit est appelé les hauts de Hurlevent. De retour d’une vente de chevaux dans la ville voisine, Mr Earnshaw revient avec une surprise de taille pour ses deux enfants : il ramène avec lui un petit bohémien trouvé sur le marché. Il lui donne un nom : Heathcliff, et le considère comme son fils. La réaction des enfants Earnshaw est diamétralement opposée. Catherine accepte Heathcliff immédiatement et les deux enfants deviennent inséparables. Hindley ne supporte pas ce jeune bohémien que son père privilégie. Malheureusement pour Heathcliff, Mr Earnshaw meurt et Hindley devient le maître de Hurlevent. Heathcliff passe du statut d’enfant de la famille à celui de domestique. Hindley le traite rudement, l’abaisse, l’humilie. « Heathcliff supporta son avilissement assez bien dans les premiers temps, parce que Cathy lui enseignait ce qu’elle apprenait, travaillait et jouait avec lui dans les champs. Tous deux promettaient vraiment de devenir aussi rudes que des sauvages ; le jeune maître ne s’occupait en rien de la manière dont ils se conduisaient, ni de ce qu’ils faisaient, pourvu qu’il ne les vît point. »   La situation s’aggrave pour Heathcliff lorsque Cathy se blesse sur la lande et est recueillie par la famille Linton de Thrushcross Grange. Cathy découvre le raffinement, le luxe et la douceur d’Edgar Linton. Heathcliff est abandonné de tous, sa vengeance sera terrible.

J’avais déjà lu il y a plus de 20 ans ce roman d’Emily Brontë. Je n’osais pas le relire de peur de l’aimer moins. J’avais tort, l’atmosphère sombre et désespérée des hauts de Hurlevent me plaît toujours autant. Le roman d’Emily Brontë est souvent réduit à l’histoire d’amour de Cathy et Heathcliff (c’est d’ailleurs souvent le cas dans les adaptations comme celle de William Wyler qui s’arrête à la mort de Cathy). Certes ces deux-là s’aiment par-delà la mort, s’identifient l’un à l’autre comme des jumeaux. Mais « Les hauts de Hurlevent » est surtout une histoire de vengeance, de haine dévorante. Heathcliff ne se contentera pas de déverser sa colère sur Hindley Earnshaw, Edgar Linton et Cathy. Sa vengeance s’exercera sur leurs descendants. Rien ne semble pouvoir étancher sa rage.

Pour raconter cette histoire tragique, Emily Brontë s’appuie sur les codes du romantisme noir. La demeure des Earnshaw se trouve dans un milieu hostile : une lande soumise aux intempéries et sublimement décrite par l’auteur. La maison est de plus totalement isolée, loin de tout voisinage. Il est question également d’un fantôme, celui de Cathy qui vient hanter Heathcliff. L’originalité d’Emily Brontë se situe tout d’abord dans sa manière de raconter la vie des personnages à travers le prisme de plusieurs narrateurs. Mr Lockwood, le locataire d’Heathcliff, se fait raconter l’histoire par Nelly Dean, sa servante, mais certains passages se font à travers des lettres et lui-même est le témoin direct de nombreuses scènes. Ensuite la violence des sentiments, de l’intrigue est surprenante. Où une jeune fille de pasteur a-t-elle pu inventer le personnage d’Heathcliff ? « Montrez-lui ce qu’est Heathcliff : un être resté sauvage, sans raffinement, sans culture ; un désert aride d’ajoncs et de basalte. »  Un personnage effrayant de sauvagerie, d’animalité, indomptable et tourmenté qui est unique dans la littérature. C’est le cœur du roman, l’âme damnée que l’on plaint, que l’on déteste mais que l’on n’oublie jamais.

« Les hauts de Hurlevent » est un grand roman noir sur un amour passionné et une vengeance terrifiante. La complexité, la violence des sentiments sont marquantes ; tout comme l’est le personnage d’Heathcliff, d’une sauvagerie inouïe. A lire et à relire !

Une lecture commune avec Eliza.

Le tag des 11 choses

Voilà bien longtemps que je n’avais pas répondu à un tag mais je vais répondre avec plaisir à Alexandra même si je n’aime pas beaucoup parler de moi ici !

Les règles du jeu sont les suivantes :

– Poster les règles du tag sur sa page
– Décrire onze choses à propos de soi
– Répondre aux onze questions posées et en créer onze nouvelles pour les personnes taguées
– Taguer onze personnes et faire un lien vers leurs blogs
– Prévenir les onze personnes qu’on a taguées.

Onze choses à propos de moi :

1- D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les livres. Il y en avait beaucoup chez moi, ma mère me lisait des histoires le soir, ma sœur m’achetait des livres (ah « Le bon gros géant » de R. Dahl, cet auteur devrait obligatoirement être lu à tous les enfants). Ce goût pour la lecture s’est quand même nettement accentué avec l’ouverture de ce blog et la lecture des vôtres. D’où des problèmes de PAL et de place chez moi !

2- Mais les livres ne sont pas les seuls à m’accompagner depuis l’enfance, le cinéma m’est également indispensable. Je me souviens de ma première séance dans ma petite ville, c’était « La belle au bois dormant ». Je me souviens du frisson lorsque la lumière de la salle s’éteint et que l’écran s’allume. Et c’est ce que je ressens toujours, l’espoir placé dans le film est parfois déçu ou au contraire se concrétise mais c’est toujours un plaisir de se retrouver dans une salle de cinéma.

3- Je suis également passionnée d’histoire de l’art et surtout de la Renaissance italienne (du Quattrocento au Seicento). Je me pâme devant les œuvres de Michel Ange, Raphaël, Léonard de Vinci ou du Titien, des perfections à tous niveaux.

4- Outre mon amour immodéré pour la culture anglaise, j’apprécie l’Italie où je suis allée à de nombreuses reprises. Malheureusement, je ne lis pas assez d’auteurs italiens et il faudrait vraiment que je remédie à cette lacune.

5- Je cours après le temps, je n’en ai jamais assez pour faire tout ce que je voudrais (je pense que nous sommes nombreux dans ce cas !). Je n’ai qu’une peur : mourir avant d’avoir lu tous les livres qui me font envie. Par exemple, il est absolument hors de question que je meurs avant d’avoir lu tous les livres de Charles Dickens !

6- En parlant de lui, Charles Dickens is a star ! Depuis que je l’ai enfin découvert il y a quelques années, j’ai l’impression qu’il est partout et qu’il inspire tout le monde ! Dans les six livres emportés cet été dans ma campagne, je l’ai rencontré quatre fois : chez Gyles Brandreth, chez Henry James, chez Jay McInerney et chez Elizabeth Von Arnim.

7- J’aimerais avoir de l’esprit et de la répartie comme Oscar Wilde. J’admire sa brillante intelligence et ses piquants aphorismes.

8- Et pour aller avec l’esprit, je prendrais bien un peu de l’élégance et de la classe d’Audrey Hepburn !

9- J’ai une importante collection de marque-pages et j’aime les accorder aux livres de je lis. Ce n’est pas toujours possible mais ça m’amuse beaucoup !

10- Je cherche toujours à voir ce que les gens lisent dans les transports en commun. Ce qui est drôle c’est de suivre les lectures de ses voisins de métro, j’ai notamment une jeune femme que je croise le matin très régulièrement et qui est une grande amatrice de littérature américaine.

11- J’adore les jelly babies ! Onze choses sur moi, c’est vraiment beaucoup et là je suis à court d’idées !!! Mais c’est vrai que j’adore cette friandise so english !

Les questions d’Alexandra :

1- Dans quel monde imaginaire voudrais-tu vivre ?

Dans celui d’Alice au Pays des Merveilles qui me fait rêver depuis mon enfance, j’aimerais prendre le thé avec le Chapelier Toqué et le Lièvre de Mars et discuter avec le chat du Cheshire !

2- Imagine un repas de la mort qui tue avec cinq écrivains, vivants ou trépassés.

J’inviterais volontiers à ma table Charles Dickens (how surprising !), Marcel Proust, Virginia Woolf, Edith Wharton, Oscar Wilde (avec lui je suis sûre qu’il n’y aura pas de temps mort !). Il y aura bien encore petite place pour Jane Austen quand même !

3- Même question mais avec cinq personnages de fiction.

Lizzie Bennet d' »Orgueil et préjugés », Titus d’Enfer de Gormenghast, Martin Eden, la comtesse Olenska du « Temps de l’innocence » et Sherlock Holmes…drôle de tablée !

4- Quel roman aurais-tu aimé écrire ?

C’est une question extrêmement difficile, il y a tellement de romans que j’aime. Comme je sais que je vais en évoquer certains dans les questions suivantes, je vais dire « Oblomov » de Gontcharov. J’éprouve une tendresse toute particulière pour ce personnage.

5- Choisis ton poème préféré.

Je n’ai pas encore parlé de lui et il est impossible qu’il ne soit pas présent dans ce tag. Je choisis donc le sonnet CXVI de l’immense et indispensable William Shakespeare qui commence ainsi :

« Let me not to the marriage of true minds

Admit impedimenrs. Love is not love

Which alters when it alteration finds,

Or bends with the remover to remove. »

6- Fuck, Marry, Kill Game : Avec quels personnages ferais-tu ces 3 choses ?

Alors fuck avec le Prince Andreï de « Guerre et Paix », marry with Mr Darcy et kill Finelame de Gormenghast.

7- Quelle est la meilleure/pire adaptation littéraire selon toi ? 

La meilleure est sans conteste « Le temps de l’innocence » de Martin Scorsese. Ce film est une merveille et il m’a fait découvrir la grande Edith Wharton. La pire est également sans discussion possible le « Orgueil et préjugés » de Joe Wright, ce film est une calamité qui ne rend en aucune façon le talent de Jane Austen.

8-Quel serait le parfait casting de ton roman préféré ? 

C’est un petit jeu auquel je ne joue jamais. Je n’imagine jamais d’acteurs quand je lis un livre. Et en plus, le casting parfait de mon roman préféré existe déjà. Je viens d’en parler, c’est celui du « Temps de l’innocence ».

9-Quel auteur (vivant ou mort) aurais-tu ou aimerais-tu rencontré ?

Si je dis Charles Dickens, vous allez me penser complètement obsédée par lui ! Alors je vais choisir de rencontrer Virginia Woolf dont le talent me fascine complètement.

10- Choisis un personnage. Quelle musique s’accorderait-elle le mieux avec lui ? 

Je choisis Heathcliff et j’imagine quelque chose de douloureux et de passionné pour s’accorder avec lui. Je vais dire le premier mouvement du concerto pour violoncelle orchestre op85 de Elgar joué par Jacqueline du Pré. Je le trouve déchirant.

11- Quelle fin de roman aimerais-tu réécrire ?

La fin de « Jude l’obscur » de Thomas Hardy, j’aimerais que Jude connaisse le bonheur après tous les malheurs qu’il a accumulés dans sa vie. Mais réécrire la fin de ce roman est absurde. Si Jude vivait heureux, ça ne serait plus du Thomas Hardy et le livre en serait moins réussi.

Les onze questions que je souhaite poser à mes futures victimes :

1- As-tu toujours aimé lire ?

2- Si tu étais Thursday Next, dans quel livre souhaiterais-tu entrer ?

3- Quelle ville a pour toi le plus fort potentiel littéraire ?

4- Avec quel détective souhaiterais-tu suivre une enquête ?

5- Quel livre n’est pas assez connu à ton goût ?

6- Quel livre n’arrives-tu pas à finir ?

7- Quel auteur, lu il y a longtemps, t’étonnes-tu de ne pas avoir relu depuis ?

8- Quelle est votre héros(ïne) préféré(e) de Shakespeare ?

9- Pour le moment, quel est ton coup de coeur de l’année ?

10- Liseuse or not liseuse ?

11- As-tu une autre passion en dehors de la lecture ?

Et j’envoie ce tag à Cryssilda, Delphine, Eliza, Maggie, Lilly, Romanza, Malice, George, Miss Bouquinaix, Noctembule et Gwordia.