
L’entrée de l’exposition se fait sous le regard halluciné du Nosferatu de Murnau. La riche et passionnante exposition, dont le titre est emprunté à Edgar Allan Poe, nous présente la naissance et les renaissances du romantisme noir. A chaque fois, le mouvement est lié à des soubresauts de l’histoire :
-la naissance vers 1770, à la veille de la Révolution et jusqu’en 1850 avec la Terreur et les guerres de Napoléon
-la renaissance vers 1860-1900 avec le symbolisme et la 2nd Révolution Industrielle ainsi que la guerre de 1870
-la redécouverte en 1920 par les surréalistes après le 1ère Guerre Mondiale
La folie de Kate de Füssli
Tous ces évènements entraînent le doute, le questionnement. La raison du siècle des lumières ne semble pas en mesure de contrôler le monde ou d’empêcher les catastrophes. Il en sera de même dans les époques suivantes où l’on se questionne sur la force de la démocratie et de la science. Perdre le contrôle permet également de s’affranchir des conventions sociales ou morales. Devant un monde chaotique, la perte de repères semble des plus appropriée.
Le cauchemar de Füssli (spéciale dédicace pour Maggie avec qui j’ai vu cette expo)
Les trois temps du romantisme noir se retrouvent autour de certains thèmes centraux. Les artistes émaillent leurs œuvres de références littéraires, mythologiques ou bibliques. Au début du mouvement, les références sont clairement littéraires : « Le paradis perdu » de Milton, les pièces de Shakespeare, « La divine comédie » de Dante, « Faust » de Goethe (exemple : « Dante et Virgile aux enfers » de Adolphe Bouguereau, « Les trois sorcières de Füssli, « Paolo et Francesca » de Delacroix ou « Ophelie » de Auguste Préault).
Dante et Virgile aux enfers de Bouguereau
Le symbolisme se tourne vers d’autres mythes où la femme est vénéneuse et dangereuse : Sphinx, Méduse, Salomé, Cléopâtre (ex: « Méduse » de Lucien Levy-Dhurmer, « Salomé » de Gustave Moreau, « Vampire » de Edvard Munch). Les surréalistes explorent l’oeuvre redécouverte du marquis de Sade et d’autres auteurs gothiques.
Méduse de Levy-Dhurmer
Le paysage est un thème central développé dès le début par les anglais notamment par Samuel Coleman ou John Martin. Leurs toiles montrent le chaos, des bâtiments en ruines ou en flammes. La version allemande est très différente avec des paysages à priori calme mais d’où se dégage l’étrangeté et qui confinent au sublime (ex: « Le portail du cimetière » de Caspar David Friedrich, « Paysage montagneux : ruines dans une gorge » de Karl Friedrich Lessing.
Paysage montagneux de Lessing
On retrouvera cela chez les symbolistes dans les paysages se Spilliaert, Böcklin ou Williman Degouve de Nuncques.
Nocturne au parc royal de Bruxelles de Degouve
Max Ernst sera lui-même obsédé par la forêt (dans laquelle il est resté trop longtemps, n’est-ce pas Maggie ?) et son côté magique, mystérieux.
Forêt d’arêtes de Ersnt
L’imagerie gothique du romantisme noir est largement reprise par la suite par le cinéma. De nombreux extraits sont visibles tout au long du parcours de l’exposition : « Frankenstein » de James Whale, « Dracula » de Tod Browning, « Rebecca » d’Alfred Hitchcock, « La chute de la maison Usher » de Jean Epstein pour n’en citer que quelques uns.
Nosferatu de Murnau
Le musée d’Orsay nous offre une exposition très complète sur le mouvement du romantisme noir. De très nombreuses œuvres sont présentées pour nous offrir un large panorama historique. Laissez-vous emporter par les ténèbres !
Le portail du cimetière de CD Friedrich