
Les premiers chapitres de « Quand j’étais Jane Eyre » nous plonge dans l’obscurité d’une chambre occupée par une fille et son père. Ce dernier vient de subir une opération des yeux et sa fille veille sur lui. Nous sommes à Manchester en 1846, le père s’appelle Patrick Brontë et sa fille Charlotte. Dans la pénombre de la pièce, loin du presbytère familial de Haworth, Charlotte se met à écrire ce qui deviendra l’un des grands classiques de la littérature anglaise : « Jane Eyre ». Ce livre, largement inspiré par des épisodes de la vie de l’auteur, se construit peu à peu devant nous. Charlotte Brontë y transcende ses expériences malheureuses, ses souffrances. De retour à Haworth, Charlotte se battra sans relâche pour faire éditer son livre et ceux de ses sœurs : Emily et Anne.
« Quand j’étais Jane Eyre » est un vibrant hommage à Charlotte Brontë et à son chef-d’œuvre. Sheila Kohler mêle biographie et imagination comme l’a fait Charlotte dans son livre. Le processus créatif est au cœur de ce roman. Charlotte se remémore sa vie : le pensionnat et ses conditions de vie déplorables, la Belgique et son professeur bien aimé, la jeunesse de son frère Branwell. Tout est inspirant et tout est transfiguré dans l’œuvre. Sheila Kohler s’insinue dans la tête de son personnage pour nous transmettre ses pensées, ses états d’âme avec beaucoup de finesse. On découvre une Charlotte Brontë blessée par la vie, féministe (« Elle aimerait toucher d’autres femmes, quantité de femmes. Elle aimerait les divertir, les éblouir, formuler ce qu’elles cachent dans le secret de leur cœur, leur faire sentir qu’elles appartiennent à une large communauté d’êtres en souffrance. Elle aimerait leur décrire tout ce que ressent une femme : l’ennui d’une vie réduite à de fastidieuses tâches domestiques. ») , solide et déterminée à publier son travail.
« Quand j’étais Jane Eyre » nous plonge également dans le quotidien d’une famille incroyablement créative. Depuis l’enfance, les enfants Brontë écrivent et inventent des mondes imaginaires d’une grande complexité. Chaque membre de la famille a du talent : Emily, Charlotte et Anne persistent dans l’écriture, Branwell écrit et peint mais sombre malheureusement dans l’opium. Daphné du Maurier a consacré un excellent livre à ce frère brillant intitulé « Le monde infernal de Branwell Brontë ». Sheila Kohler nous montre aussi la rivalité entre les trois sœurs qui veulent chacune être publiée. Mais c’est aussi cette émulation qui a permis la création de romans magnifiques comme « Les Hauts de Hurlevent », « Jane Eyre » ou « Agnès Grey ».
« Quand j’étais Jane Eyre » rend de manière très juste l’ambiance au presbytère de Haworth : l’extraordinaire imagination des enfants, l’austérité de cette vie, les tragédies si nombreuses. Sheila Kohler nous dépeint Charlotte Brontë avec délicatesse et sensibilité. Un roman très réussi qui me donne grandement envie de me replonger dans « Jane Eyre » et dans « Les Hauts de Hurlevent ».
Un grand merci à Babelio et aux éditions de la Table Ronde pour cette lecture.



























