
La rencontre de Fanny Brawne (Abbie Cornish) et John Keats (Ben Whishaw) ne se fait pas sans heurts. Tout semble en fait les opposer : Fanny est frivole, elle n’aime rien tant que créer de nouvelles tenues, John Keats tente de lancer sa carrière de poète et place son art au-dessus de tout. Leurs premiers échanges sont ironiques, acides. Puis ces deux jeunes gens s’apprivoisent tout doucement au fil des saisons jusqu’à tomber follement amoureux l’un de l’autre. Fanny Brawne devient la muse de Keats qui lui dédie un poème, « Bright Star », que Jane Campion a choisi de prendre pour titre de son film.
La réalisatrice montre la naissance de cet amour avec une délicatesse infinie. La scène où Keats prend la main de Fanny pour la première fois en est un bon exemple. On sent dans ce geste le frémissement des sentiments, l’émotion folle des deux personnages. Jane Campion montre également parfaitement bien les affres de cet amour si fort. John Keats est pauvre, si pauvre qu’il ne peut espérer épouser sa bien-aimée. Il s’éloigne d’elle et le désespoir de Fanny est poignant. Pour retenir le printemps qui a vu éclore son amour, elle enferme dans sa chambre des dizaines de papillons. La scène est d’une grande beauté mais les papillons manquent d’air et s’éteignent à bout de souffle comme John Keats à la fin de sa courte vie.
« Un objet de beauté est une joie pour l’éternité. » Cette citation de John Keats est parfaitement adaptée au film de Jane Campion. Elle compose de véritables tableaux éblouissants de couleurs. La nature est sublimée par la réalisatrice comme elle l’est dans les poèmes de Keats. L’affiche donne une bonne idée de l’esthétique du film, Fanny en robe mauve est dans un champ de fleurs de la même couleur. Cette saturation de mauve éblouit et met en valeur la pâleur laiteuse de l’héroïne. L’harmonie est parfaite entre les personnages et la nature. La reconstitution historique (le début du film se passe en 1818) est très réussie comme dans les films précédents de la réalisatrice. Je soulignerai seulement la beauté des costumes. Fanny cherche à devancer la mode et crée des robes à collerettes, à dentelles, des chapeaux à noeuds tous plus extravagants et colorés les uns que les autres. Ces créations de Fanny contribuent à l’extrême raffinement esthétique.
Les deux acteurs ne sont pas pour rien dans la réussite du film. Ben Whishaw joue un Keats ténébreux, fragile et vibrant de sensibilité. Sa voix grave, profonde rend magnifiquement les vers de Keats (il faut voir le film en vo, même si l’on ne parle pas anglais, la poésie de Keats s’entend, se comprend). La prestation de Abbie Cornish m’a totalement séduite. Elle incarne Fanny Brawne avec beaucoup de subtilité, de retenue. La jeune femme semble au départ très froide. Elle maintient Keats à distance avec des reparties cinglantes. Puis peu à peu, elle se laisse gagner par l’amour. Le talent d’Abbie Cornish est de nous faire sentir cette évolution. Le spectateur est totalement en empathie avec elle jusqu’à sa douleur finale.
« Bright Star » est une splendide réussite : l’amour, la poésie, les paysages, les costumes sont magnifiés par Jane Campion. Ce film est pour moi la parfaite définition du romantisme : des sentiments forts sans aucune mièvrerie. Tout simplement sublime.















