Frida Kahlo – Making her self up au Victoria & Albert Museum

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A la mort de Frida Kahlo en 1954, Diego Rivera, son mari, enferma dans la salle de bain de sa femme, toutes ses affaires : plus de 6000 photos, ses vêtements, son maquillage, ses médicaments, etc… Cette pièce de la Casa Azul, où Frida a vécu toute sa vie, a été redécouverte en 2004. Plus de 200 objets ont quitté pour la première fois Mexico pour former le cœur de l’exposition proposée actuellement au Victoria & Albert Museum de Londres.

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Le titre de l’exposition, « Making her self up », est un parfait résumé de son propos. Celle-ci montre parfaitement comment et pourquoi Frida Kahlo s’est fabriquée une image, un style devenu aujourd’hui iconique.

Les vêtements, la coiffure, les bijoux de Frida sont une preuve de son allégeance pour le Mexique. Elle est née à Mexico d’une mère issue d’une bonne famille d’origine indienne et d’un père d’origine allemande. L’artiste affirme son attachement à son pays de naissance, à ses traditions vestimentaires et picturales. La peinture de Frida Kahlo s’inspire beaucoup de la tradition des ex-voto mexicains, dont plusieurs sont présentés dans l’exposition, et des traditions séculaires de son pays. Les vêtements de l’artiste sont fortement influencés par ceux de la région de l’isthme de Tehuantepec, elle porte également des bijoux pré-colombiens. Cette façon de se vêtir n’est pas seulement un choix esthétique, il est également politique. Le Mexique est nouvellement indépendant et Frida veut faire naître une âme mexicaine. Etant communiste, Diego et elle ont accueilli Leon Trotsky chez eux comme le montre un film dans l’exposition, elle s’intéresse tout particulièrement aux peuples les plus pauvres notamment ceux de Tehuantepec.

Ce choix des longues robes Tehuana lui permet également de cacher ses jambes. Enfant, Frida Kahlo a contracté la polio, l’une de ses jambes resta plus courte et plus maigre que l’autre. A 18 ans, elle subit un terrible accident dans un bus ; ses jambes, son bassin, ses côtes, sa colonne vertébrales sont brisés. Elle devra rester des mois alitée et subira de nombreuses opérations tout au long de sa vie. Cet accident sera un élément fondateur de l’art de Frida Kahlo. Elle fait installer un miroir au-dessus de son lit qui lui permet de se peindre. Elle devient son sujet principal par nécessité mais aussi par goût. Le début de l’exposition montre de nombreuses photos réalisées par son père. Il photographie beaucoup Frida mais il réalise également beaucoup d’autoportraits. Le goût de soi est déjà en germe pour l’oeuvre future de Frida Kahlo.

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L’exposition montre également que tout est l’occasion de créer pour cette artiste. Le Victoria & Albert Museum expose ses corsets peints grâce au miroir au-dessus du lit, des bottes flamboyantes dont l’une d’elle est terminée par une prothèse. Frida Kahlo a su, à travers son oeuvre et sa façon de se vêtir, sublimer sa douleur et ses souffrances pour créer une oeuvre originale et unique.

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L’exposition du Victoria & Albert Museum souligne à quel point l’oeuvre et la vie de Frida Kahlo étaient intimement mêlées. A travers de nombreuses photos et objets, elle nous montre comment l’artiste a su créer et affirmer son identité.

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Le mangeur de citrouille de Penelope Mortimer

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Le roman s’ouvre sur une séance chez un psychologue. Mrs Armitage tente de régler ses problèmes de couple. Jack est son quatrième mari et elle a eu un nombre important d’enfants avec ses différents maris. Jack est scénariste, il est le père des deux derniers enfants et il a accepté tous les autres avec générosité. Mais il ne veut pas en avoir d’autres contrairement à Mrs Armitage. Lorsque celle-ci tombe à nouveau enceinte, son mari l’oblige à avorter et en profite pour demander au médecin de la rendre stérile. A sa sortie de l’hôpital, Mrs Armitage apprend que son mari la trompe avec une de ses collègues sur le tournage de son dernier film. Mrs Armitage perd alors pied et sombre dans la dépression.

Le roman, en grande partie autobiographique, de Peneloppe Mortimer a été adapté en 1964 par Jack Clayton. Le rôle titre était interprété par Anne Bancroft que j’imagine parfaitement dans ce rôle de femme partant à la dérive. « Le mangeur de citrouille » souligne bien l’enfermement de Mrs Armitage et des femmes en général dans l’Angleterre des années 60. Le personnage central du roman est complètement enfermé dans une vision stéréotypée de la femme. Elle se doit de tenir son intérieur et d’avoir des enfants. Ceux-ci semblent juste combler un vide chez Mrs Armitage, même si elle avoue les aimer. Leur nombre significatif conforte sa position sociale. Tout comme le fait d’être mariée alors qu’elle trouve son dernier époux : « lâche, fourbe, mesquin, vaniteux, cruel, rusé, négligent. » Le texte fait des va-et-vient dans la vie de Mrs Armitage. Il est déconstruit comme une confession faite à quelqu’un de façon décousue. Le texte montre à quel point les jeunes filles sont conditionnées très tôt pour leur futur rôle dans la société et le peu de cas que l’on fait de leur éducation. Mrs Armitage est totalement prise au piège et ne trouve aucune échappatoire. Même si le texte est très intéressant, j’avoue être restée en retrait et n’avoir pas été touchée par l’histoire de Mrs Armitage. Je ne saurais expliqué pourquoi mais je ne suis pas rentrée dans ce texte qui avait tout pour me plaire.

La lecture du « Mangeur de citrouille » fut une petite déception pour moi, peut-être en attendais-je trop. Il n’en reste pas moins un texte, un témoignage intéressant qu’il était important de publier.

Merci aux éditions Belfond pour cette lecture.

Bilan livresque et cinéma de juin

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Je suis bien en retard pour ce bilan de juin, les vacances sont arrivées à point pour que je remette à jour mon blog ! J’ai commencé mes lectures de juin avec un roman policier fort sympathique se déroulant à la Belle Epoque : « La mille et deuxième nuit » de Carole Geneix ; puis j’ai retrouvé ma chère Agatha pour un « Témoin indésirable » qui m’a réservée bien des surprises alors que j’avais vu récemment son adaptation par la BBC ; enfin, j’ai fait la connaissance d’un nouveau duo d’enquêteurs : Samson et Delilah dans « Rendez-vous avec le crime » que j’ai hâte de retrouver très bientôt.

Je vous parle très bientôt du « Mangeur de citrouille », un roman sur le rôle de la femme en Angleterre dans les années 50 que j’ai accompagné de la lecture d’un essai « The problem that has no name » de Betty Friedan grâce à Emjy du forum Whoopsy Daisy. Un court texte glaçant qui montre la régression de la place de la femme aux États-Unis après la seconde guerre mondial.

J’ai également commencé mes lectures pour le mois américain, qui revient en septembre,  et le festival America de Vincennes avec « Le poids de la neige » de Christian Guay-Poliquin, un sombre et inquiétant huis-clos.

Deux formidables séries ont marqué ce mois de juin notamment grâce à de magnifiques prestations d’acteurs  : « A very english scandal » de la BBC avec Hugh Grant et « Patrick Melrose » de Showtime avec Benedict Cumberbatch.

Et côté cinéma ?

Mon coup de cœur du mois :

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Un homme emmène ses deux enfants au parc. Il est attentif et ne les perd des yeux que quelques instants, juste le temps d’éteindre sa cigarette. Un laps de temps très court qui suffit pourtant à faire disparaître sa petite fille Maria. Fou d’angoisse, Tudor parcourt le parc en criant le nom de sa fille. Aucune réponse. Il finit par prévenir sa femme et la police. Personne ne semble avoir vu la petite fille, personne ne sait ce qu’il a pu lui arriver.

La nouvelle génération de cinéastes roumains apportent beaucoup au cinéma mondial. Constantin Popescu, comme Cristian Mungiu ou Cristi Puiu avant lui, signe ici un film qui marque les esprits. Il montre en 2h32 le délitement, l’effondrement total et irrémédiable d’un homme. La vie de Tudor ne saurait être la même après ce drame dont il n’est pourtant pas responsable. Mais peu à peu, le vide se fait autour de lui. Les amis reprennent leur vie, sa femme préfère se reconstruire loin de lui et elle emmène leur fils avec elle. L’homme, abandonné à sa solitude, devient complètement obsessionnel. Chaque jour, il retourne au parc, chaque jour, il cherche sa fille. Cette quête l’entraîne peu à peu dans la folie et le spectateur est plongé dans un drame de plus en plus oppressant. Chaque plan suinte l’angoisse, la tension monte jusqu’à une dernière scène glaçante. Constantin Popescu ne lâche pas son comédien dont il faut saluer l’incroyable prestation : Bogdan Dumitrache. « Pororoca » est un film saisissant sur un homme qui perd pied et dont les dernières images resteront gravées longtemps sur la rétine des spectateurs.

Et sinon :

  •  « Hedy Lamarr : from extase to wifi » de Alexandra Dean : Ce passionnant documentaire nous permet de redécouvrir Hedy Lamarr, considérée longtemps comme la plus belle femme du monde, au destin romanesque. Hedwid Kiesler est  née à Vienne dans une famille bourgeoise et cultivée. Elle sort rapidement du rang en tournant « Extase » en 1933 où elle apparaît entièrement nue et où son visage en gros plan suggère l’orgasme. Ce film fait bien évidemment un scandale et provoque la colère du premier mari de Hedy Lamarr qu’elle a rencontré après le tournage. L’homme en question est un richissime capitaine d’industrie qui n’hésite pas sympathiser avec les fascistes et est autoritaire avec sa femme. Celle-ci réussit à fuir à Londres où elle rencontre Louis B. Mayer. Sa carrière aux Etats-Unis est lancée même si elle ne restera que peu dans les mémoires. Hedy Lamarr collectionnera les maris et les amants, c’est une femme libre et extrêmement intelligente. Et ce que montre bien ce documentaire. Hedy Lamarr était une grande inventrice dont les talents auront été négligés. Et c’est sans doute ce qui lui causa le plus de peine, elle qui aurait tant aimé que l’on oublie son sublime physique. A noter, que sa biographie est sortie aux éditions Séguier et que Pénéloppe Bagieu a évoqué son destin dans « Culottées ».
  • « Una questione privata » de Paolo et Vittorio Taviani : En 1944, dans les montagnes du Piémont, Milton cherche son ami Giorgio. Il semble que celui-ci ait été fait prisonnier des fascistes. Milton veut essayer de le faire libérer et va d’un campement de partisans à un autre à la recherche d’un prisonnier à échanger. Ce que Milton voudrait surtout, c’est poser une question à son ami : a-t-il eu une histoire avec la belle Fulvia dont ils étaient tous les deux amoureux. Ce dernier film des frères Taviani est marqué par la mélancolie. Les magnifiques paysages noyés dans la brume, une maison abandonnée évoquent « Le jardin des Finzi-Contini » de Vittorio de Sica. Les réminiscences du passé envahissent le présent de Milton qui doit pourtant affronté le pire des ennemis. « Une questione privata » est un très beau film sur l’obsession amoureuse , sur l’évanouissement des jours heureux et sur l’importance de l’engagement démocratique.
  • « Une année polaire » de Samuel Collardey : Anders Hvidegaard a décidé d’aller enseigner le danois au Groenland avant de reprendre la ferme de ses parents. Il choisit de partir dans le village le plus reculé, Tiniteqilaaq, au lieu de partir pour la capitale. Anders arrive dans une classe d’enfants extrêmement turbulents qui ne sont pas du tout intéressés par ses cours sur Luther et préfèrent apprendre les techniques de pêche ancestrales. « Une année polaire » est à mi chemin entre le film et le documentaire puisque le véritable instituteur joue son propre rôle et raconte donc sa première année difficile au Groenland. L’arrivée de l’instituteur montre bien que le Groenland est une colonie qui doit parler à tout prix le danois. Ce que montre le réalisateur c’est également l’acclimatation de l’instituteur à ce lieu hostile. Petit à petit, il apprend à découvrir le mode des vies des habitants, le partage et apprend leur langue au lieu de leur imposer la sienne. Il y a beaucoup de tendresse, d’empathie envers les habitants de ce village et le film rend parfaitement hommage à leurs traditions et aux splendides paysages qui les entourent.
  • « Volontaire » de Hélène Fillières : Laure, contrairement aux souhaits de sa mère, décide de s’engager dans la marine. La jeune femme, au visage gracile et délicat, va devoir apprendre à serrer les dents, à se montrer déterminée. Son apprentissage passera par la rencontre avec un commandant quinquagénaire avec lequel elle nouera une relation ambiguë faite de froideur et de séduction. Le film d’Hélène Fillières suit l’apprentissage à la rude de la jeune Laure dans un monde presque exclusivement masculin. Ce qui est intéressant dans le film est bien entendu la relation qui se noue entre la jeune femme et son commandant et les deux acteurs, Diane Rouxel et Lambert Wilson, sont impeccables. Hélène Fillières nous propose ici un film féministe qui m’a un peu laissée de marbre, peut-être en raison du milieu où il se déroule. J’ai, en effet, eu par moments l’impression d’assister à une pub pour l’armée française…

Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman

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Le retour de Samson O’Brien à Bruncliffe, Yorshire, est pour le moins fracassant. Il est accueilli par des huées et par un coup de poing de Delilah Metcalfe. Samson avait quitté sa ville natale plus de dix plus tôt de manière brusque et s’en jamais y revenir. Il a notamment manqué l’enterrement de Ryan Metcalfe, son meilleur ami et frère de Delilah. Celle-ci n’est d’ailleurs pas au bout de ses surprises puisque Samson a loué le rez-de-chaussée du bâtiment qui abrite son agence matrimoniale. Pour éviter la faillite, Delilah finit par accepter son nouveau locataire qui va ouvrir une agence de détective privé. Rapidement, Samson reçoit sa première cliente, Mme Hargreaves, qui vient de perdre son fils Richard. Celui-ci se serait suicidé en se jetant sous les rails d’un train. Cela est impensable pour sa mère qui demande à Samson d’enquêter sur les circonstances du décès. Elle prend un tour inattendu quand Delilah se rend compte que son agence matrimoniale pourrait être liée à la disparition de Richard Hargreaves.

« Rendez-vous avec le crime » est le premier tome de la série « Les détectives du Yorkshire » de Julia Chapman. Le deuxième vient de sortir et le troisième sera édité d’ici à la fin de l’année. Petite parenthèse esthétique : il faut remercier les éditions Robert Laffont d’avoir conservé les splendides couvertures dessinées par Emily Sutton. Cette série s’inscrit dans ce que l’on appelle les « cozy mysteries » qui sont des romans policiers ayant pour cadre une petite communauté rurale à laquelle le détective appartient, l’humour y a souvent une place importante. « Rendez-vous avec le crime » correspond parfaitement à cette description. Bruncliffe est un petit village au cœur du Yorkshire, où l’intimité est difficile à préserver. Rien ne peut rester secret, chacun connait par le menu la vie de ses voisins. Même à la maison de retraite, tout se sait rapidement ! Samson a d’ailleurs beaucoup de mal à se réhabituer à la rapidité de diffusion des nouvelles. Il est parti à Londres où il est devenu un flic infiltré, métier où le secret est primordial. Il est donc bien difficile pour lui de voir sa vie discuté au pub autour de pintes de bière ! Cette vie en communauté amène des situations cocasses qui apportent la petit touche humoristique nécessaire à ce type de roman.

Même si la résolution de l’enquête se fait bien avant la fin, « Rendez-vous avec le crime » est une lecture fort plaisante grâce à son ambiance de campagne anglaise et grâce aux deux personnages principaux. Delilah a un caractère bien trempé qui lui permet de faire face à n’importe qui et à n’importe quelle situation. Samson, quant à lui, est un personnage mystérieux dont la vie antérieure semble menaçante et toujours prête à resurgir. Leur duo fonctionne bien oscillant entre méfiance, agacement et attention protectrice. Le duo est soudé par la présence d’un  troisième personnage : Calimero, le très sympathique chien de Delilah, très présent dans l’intrigue et qui jouera un rôle important lors du dénouement.

« Rendez-vous avec le crime » remplit parfaitement sa mission de cozy mystery, nous offrant un charmant duo d’enquêteurs dans un cadre bucolique so english.

Merci aux éditions Robert-Laffont.

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Patrick Melrose, showtime

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Un téléphone sonne. Une main hésitante décroche le combiné. Au bout du fil, une voix lointaine annonce à Patrcik Melrose que son père est décédé à New York. Patrick se penche, se contorsionne, un  effet du choc ? Non, il ramasse juste une seringue dont il vient de se servir pour s’injecter de l’héroïne. Une tâche de sang sur sa chemise en témoigne. La conversation se termine assez vite et sur le  visage de Patrick Melrose se dessine un large sourire, effet combiné de la drogue et du soulagement à l’annonce de la mort de son père qui avait abusé de lui durant son enfance.

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Cette série de cinq épisodes, diffusée sur showtime, est tirée des romans fortement autobiographiques de Edward St Aubyn. Elle retrace l’histoire de Patrick Melrose de la fin des années 60 à 2005. Le personnage vit une vie oisive, de débauches, entre alcool, héroïne, cocaïne et autres drogues diverses. Cet abrutissement par les psychotropes sert à calmer les envies suicidaires de Patrick Melrose et à lui éviter d’affronter la réalité. La mort de son père réveille les traumas de l’enfance et l’oblige à faire face. Les cinq épisodes montrent les efforts de Patrick pour rester sobre et remplacer les drogues par de véritables relations humaines qui lui permettront de se tourner vers le futur et non plus vers le passé.

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Benedict Cumberbatch était le choix idéal pour ce rôle qu’il souhaitait interpréter depuis longtemps. Il colle totalement au personnage dans les différentes phases de son changement de vie. Le premier épisode est tonitruant. Patrick Melrose est en surrégime passant d’une drogue à l’autre, de la surexcitation à l’apathie. Le corps de Benedict Cumberbatch semble totalement élastique, allant jusqu’au dérapage burlesque (la scène au restaurant où il semble fonctionner au ralenti après une prise de drogue ; la scène au funérarium où il soulève le drap recouvrant son père comme s’il ouvrait un cadeau). Le cynisme du personnage teinte ce premier épisode. Mais Benedict Cumberbatch saura également parfaitement incarné un Patrick Melrose lucide, dépressif, aussi agaçant qu’attachant.

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Il est entouré par un casting cinq étoiles : Hugo Weaving, monstrueux père au regard glaçant, Jennifer Jason Leigh, toujours aussi extraordinaire pour incarner les personnages border-line, Holliday Grainger, Jessica Raine, etc … Un casting qui est à la hauteur de le performance de son acteur principal. La production est extrêmement soignée, les images sont léchées et sont caractérisées par des couleurs vives, saturées. Les dialogues sont ciselés, travaillés. La réalisation est minutieuse, élégante et elle s’accorde totalement aux différents états du personnage central.

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« Patrcik Melrose » est une série qui m’a emballée de part sa réalisation soignée, son intrigue parfaitement maîtrisée à l’aide de flash-backs et un Benedict Cumberbatch en totale adéquation avec le personnage qu’il interprète.

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Bonjour tristesse de Frédéric Rébéna

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Dans les années 50, Cécile, lycéenne parisienne, passe l’été de ses 17 ans dans une villa en bord de mer avec son père et sa maitresse. La jeune femme adore son père qui la laisse faire ce qu’elle veut. Elle vit un été de totale insouciance et de plaisirs. Cécile boit, fume, va au casino comme les adultes, connaît ses premiers émois sensuels. Cette vie sans aucune contrainte lui plaît énormément. L’ambiance change lorsqu’une ancienne amie de sa mère vient s’installer dans la villa. Anne est une femme élégante, intelligente, stricte et qui n’accepte pas de voir l’adolescente paresser et se comporter comme une adulte. De désagréable, Anne devient rapidement une véritable menace pour Cécile lorsque son père lui annonce qu’il va l’épouser.

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J’ai lu le roman de Françoise Sagan il y a de nombreuses années et j’en ai gardé une image vénéneuse, sombre malgré le climat estival. La bande-dessinée de Frédéric Rébéna m’a fait retrouver cette atmosphère délétère. Tout se noue autour du père, séducteur nonchalant. Les trois femmes veulent chacune le garder pour elle, conserver son attention. Et au fil de l’histoire, on se demande comment cet homme mou et sans volonté peut séduire autant de femmes. Les liens qu’il tisse avec chacune d’entre elles sont tous vénéneux et dangereux.

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Frédéric Rébéna a conservé la trame de l’histoire de Françoise Sagan. Il a néanmoins choisi d’ouvrir sa bande-dessinée par la fin ce qui n’enlève rien à l’intérêt de l’intrigue. Cela rajoute de la tension, une forme de suspens quant à la façon dont le drame advient. Le dessin est brut, fait de grands traits rapides, on est parfois presque dans l’esquisse. Cela permet de rendre parfaitement l’atmosphère cruelle, tendue du roman. Les couleurs froides accentuent l’incommunicabilité entre les personnages, leur solitude.

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Frédéric Rébéna a su conserver l’esprit cruel et vénéneux du roman de Françoise Sagan. J’ai beaucoup apprécié son dessin rapide et ses couleurs froides qui rendent parfaitement l’atmosphère du roman.

 

Témoin indésirable d’Agatha Christie

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Mrs Rachel Argyle est retrouvée assassinée chez elle, dans son bureau. Dans la maison ne se trouvent que les membres de la famille : son mari Léo, la secrétaire de celui-ci, Kirsten Lindstrom infirmière et gouvernante et les cinq enfants adoptés par le couple. C’est l’un d’entre eux, Jack, qui est arrêté et inculpé du meurtre de sa mère adoptive. Il clame son innocence, prétend avoir un alibi que la police n’arrive pas à vérifier. Jack aurait été pris en stop par un homme au moment du meurtre de Mrs Argyle. Mais l’homme est introuvable. Jack est alors condamné à perpétuité. Il meurt d’une pneumonie en prison six mois après son procès. Deux ans après l’affaire, le Dr Calgary vient frapper à la porte de la demeure des Argyle. Il est l’homme qui a pris Jack en stop. Pour différentes raisons, il n’a pu se présenter avant. Jack est blanchi du meurtre de sa mère adoptive. Le meurtrier est donc toujours dans la nature et comme le dit Micky, l’un des enfants adoptifs des Argyle : « Les paris sont ouverts, ricana-t-il. Qui ne nous a fait le coup ? »

Il y a quelque temps, je vous parlais de l’adaptation BBC de ce roman d’Agatha Christie. Je le lisais donc en terrain conquis, connaissant le fin mot de l’histoire. J’ai donc été fort surprise par la fin du roman qui est très différente de ce que nous a proposé la BBC. Comme quoi, il est toujours utile de revenir aux sources !

« Témoin indésirable » est un roman essentiellement psychologique, il s’agit presque d’un huis-clos. L’arrivée du Dr Calgary est très mal accueillie par la famille Argyle. Sa venue remet tout en cause. La suspicion revient semer la zizanie dans la famille. Chacun est rongé par le doute, chacun soupçonne l’un des autres membres de la famille. L’intrigue se déroule de manière très classique ; le lecteur, comme les membres de la famille, soupçonne tour à tour les différents personnages. Et le roman se termine par une grande scène de révélations avec l’ensemble des protagonistes. L’entrée en matière de « Témoin indésirable » est plus originale et surprenante puisque nous arrivons deux ans après le crime auquel nous n’avons donc pas assisté.

Agatha Christie profite de son roman pour questionner la maternité et ce qui est de l’acquis et de l’inné. Rachel Argyle est stérile mais son envie de maternité est si fort qu’elle adopte cinq enfants. Mais cela la pousse également à étouffer ses enfants, à se mêler, à diriger leurs vies. Certains d’entre eux nourrissent une amertume, une rancœur très fortes vis-à-vis de leur mère. Après le meurtre, les enquêteurs se questionnent sur les origines des enfants, d’où viennent-ils et quels sont leurs antécédents ? Est-ce qu’il suffit d’avoir reçu une bonne éducation pour rester dans le droit chemin ? L’interrogation est effectivement très intéressante et elle porte l’intrigue.

« Témoin indésirable » m’a permis de retrouver ma chère Agatha Christie dont j’apprécie toujours l’atmosphère et les idées originales.

 

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A very english scandal de Stephen Frears, BBC

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« A very english scandal » est une mini-série de trois épisodes écrite par Russell T. Davies, d’après le livre éponyme de John Preston, et réalisée par Stephen Frears. Elle est inspirée d’une réelle affaire qui se déroula dans les années 70. Jeremy Thorpe est député du parti libéral, puis leader du parti lui-même, a une liaison avec un jeune homme rencontré à la campagne, Norman Scott. Leur histoire prend un tour plus sérieux quand ce dernier décide de venir à Londres. Jeremy Thorpe l’installe alors dans une garçonnière où il peut venir en toute discrétion. L’homosexualité a certes été dépénalisée à la fin des années 60, elle n’en reste pas moins une pratique honteuse. Jeremy Thorpe, en pleine ascension politique, ne peut se permettre un scandale. Il clôt sa liaison avec Norman, se marie et pense avoir évité les ennuis. Mais Norman est un jeune homme fragile émotionnellement, il menace Jeremy de tout révéler. Le député imagine donc de se débarrasser physiquement du jeune homme.

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Cette série est une réussite totale qui alterne parfaitement rire, émotion et gravité. Le scénariste et le réalisateur ont choisi le ton de la comédie pour nous raconter ce scandale qui a marqué les esprits en Angleterre. Il faut dire que Jeremy Thorpe choisit fort mal les personnes à qui il confie la sombre tâche d’éliminer Norman Scott. Une vraie bande de pieds-nickelés ! Le summum étant la scène où Norman est mis en joue par un tueur du dimanche et qui bien évidemment rate lamentablement sa cible pour tuer un grand danois que promenait Norman. Si l’histoire n’était pas vraie, elle paraîtrait trop fantasque pour être crue ! Les épisodes sont rythmés, les personnages secondaires sont tous parfaits et donnent du relief à l’histoire. Sous le couvert de la comédie, la série souligne bien évidemment la difficulté à être homosexuel au grand jour. Les associations gays de l’époque étaient présentes lors du procès. Jeremy Thorpe, qui défendait pourtant des idées progressistes au parlement, ne leur en demandait pas tant !

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La série est également un vrai plaisir car ses deux acteurs principaux sont absolument exceptionnels. La prestation de Ben Wishaw est de plus en plus remarquable au fil des épisodes et de la pousse de ses cheveux ! Il incarne un Norman Scott enfantin, immature et hypersensible. Et que dire de Hugh Grant, acteur extraordinaire et malheureusement souvent sous-employé ? Dans le premier épisode, il est rayonnant, charmant, littéralement primesautier. Il est extrêmement séducteur et l’on découvre au fur et à mesure son égotisme, son hypocrisie et sa soif de pouvoir. Hugh Grant joue ce personnage aux multiples facettes avec beaucoup d’habileté et de subtilité. Stephen Frears ne pouvait rêver mieux pour son casting.

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« A very english scandal » est une farce, une comédie aux côtés sombres qui met en scène la relation, dans les 70’s, de Jeremy Thorpe, député, face à son ex-amant Norman Scott. Excellemment interprété et réalisée, cette mini-série vaut vraiment le détour.

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La mille et deuxième nuit de Carole Geneix

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Peu avant le voyage inaugural du Titanic, le couturier Paul Poiret envoie des invitations pour la soirée de lancement de son premier parfum. La fête, intitulée « La mille et deuxième nuit », sera placée sous le signe de l’Orient. Parmi les invités se trouve la fantasque et sulfureuse comtesse russe Svetlana Slavskaïa. Elle vient accompagnée de son secrétaire particulier, Dimitri Ostrov. Ce divin jeune juif a fui la Russie Bolchevik et est particulièrement intimidé par son entrée dans le monde. La fête est une totale réussite, décadente à souhait ! Malheureusement, elle s’achève dans le sang. Dimitri découvre le corps sans vie de sa chère comtesse. Il devient, pour la police, le premier suspect.

« La mille et deuxième nuit » est le premier roman policier de Carole Geneix. Le point fort du livre est son contexte historique. Nous sommes en 1912, juste avant que l’Europe ne s’embrase. Carole Geneix rend parfaitement l’ambiance de la Belle Epoque, son extravagance et son insouciance. Elle montre les signes avant-coureurs du conflit à travers certains personnages comme celui du fils de la comtesse. L’idée de mettre au centre du livre, le couturier Paul Poiret est également excellente. C’est un personnage extrêmement intéressant. Il était un précurseur de la mode et a notamment libérer les femmes du corset. Il formait avec sa femme Denise un couple en vogue et admiré. Les fêtes de Poiret étaient flamboyantes, originales. Il a travaillé avec Diaghilev et Nijinski qui sont tous les deux évoqués dans le roman. La carrière de Paul Poiret ne va pourtant pas survivre à la première guerre mondiale. L’évocation de ce personnage est vraiment réussie dans le roman.

Carole Geneix utilise les codes des romans populaires de l’époque. Son policier est fait de rebondissements, la langue est imagée et le roman est plaisant à lire. Mais il a aussi les défauts de ses qualités. C’est un divertissement plaisant mais qui va certainement s’oublier très vite notamment du point de vue de son intrigue.

« La mille et deuxième nuit » est un premier roman policier dont l’atmosphère Belle Epoque est particulièrement bien rendue et dont la lecture est tout à fait divertissante.

Serena de Pandolfo et Risbjerg

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1930, dans les Smoky Mountains, Pemberton, propriétaire de forêts, revient de Boston après trois mois d’absence. Durant son séjour, il s’est marié. Ses salariés vont découvrir la vénéneuse Serena. Elle n’est pas venue pour faire de la figuration ou s’occuper du foyer de Pemberton. L’exploitation du bois, elle connaît et c’est en associée qu’elle agit à la grande surprise des salariés de son mari. Elle impressionne par la force de son caractère, sa dureté et son sens des affaires. Serena voit grand, très grand et elle pousse son mari à acheter d’autres terres. Elle veut les exploiter totalement pour partir s’installer au Brésil. De nombreux obstacles vont s’élever sur la route de Serena, mais elle compte bien les éliminer un par un.

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Ane-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg ont adapté le roman éponyme de Ron Rash. Les premières pages plantent le décor, le sang coule rapidement après l’arrivée de Serena à Waynesville. L’ambiance est immédiatement tendue, rugueuse. Le dessin rend parfaitement compte de cela. Le coup de crayon est rapide, sans fioritures et les visages sont patibulaires. Et Serena ne fait pas exception. C’est une femme forte, cruelle. Rien ne semble pourvoir arrêter sa soif de pouvoir et de réussite. Elle ne fait preuve qu’aucune empathie envers son prochain. Elle semble être née pour une telle époque et un milieu hostile. C’est un personnage féminin marquant, étonnant pour l’époque dans laquelle elle s’inscrit. Elle est évidemment le point fort de cette bande-dessinée.

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« Serena » montre également parfaitement la dureté de l’époque. Nous sommes en 1930, juste qprès la grande crise de 1929. Les hommes sont près à tout pour travailler et les Pemberton ne se privent pas de les exploiter. Les conditions de travail sont plus que difficiles. La sécurité passe après les profits. Les hommes perdent leurs vies, parfois juste un membre, à déforester les terres des Pemberton. Le non respect de la nature est aussi évoqué. Les Pemberton sont freinés par un projet d’aménagement de parc national. Les paysages sont dessinés comme des terres désolées, dévastées par le passage des hommes.

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« Serena » est l’histoire d’une femme ambitieuse, cruelle mais également celle d’une terrible vengeance. Le dessin rugueux de la BD rend magnifiquement compte de la tension, de la brutalité de ce thriller.