L'homme inquiet de Henning Mankell

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Dans « L’homme inquiet », on retrouve Kurt Wallander pour la dernière fois. Le héros récurrent de Henning Mankell a maintenant la soixantaine. Au début du roman, Wallander apprend qu’il va bientôt être grand-père. Ses collègues prennent leur retraite les uns après les autres. Le temps passe et Kurt Wallander craint de finir comme son père  :  « L’image du monde qu’avait Wallander était assez simple. Il ne voulait pas être un solitaire aigri, ne voulait pas vieillir seul en recevant la visite de sa fille et de temps à autre, peut-être, celle d’un ancien collègue qui se serait soudain souvenu qu’il était encore en vie. Il n’entretenait aucun espoir édifiant comme quoi Autre Chose l’attendait après la traversée du fleuve noir. Il n’y avait rien là-bas que la nuit d’où il avait émergé à sa naissance.  » Pour casser ses habitudes, Wallander achète une maison à la campagne et un chien pour lui tenir compagnie. Mais le travail ne le lâche pas. Le beau-père de sa fille Linda disparaît. La femme de ce dernier ne tarde pas à faire de même. Cette enquête va amener Wallander à s’intéresser à l’Histoire de la Suède pendant la Guerre Froide.

Le passé est au cœur de la dernière enquête de Kurt Wallander. Ce dernier doit chercher dans les archives de la marine où le beau-père de Linda, Hakan Von Enke, était capitaine de sous-marin. La Guerre Froide, les relations avec la Russie et les États-Unis,  le meurtre jamais élucidé du premier ministre Olof Palme se dressent sur le chemin de Wallander. Celui-ci est forcé de se pencher sur  la politique et sur l’Histoire qui pourtant l’indiffère. Henning Mankell, très engagé politiquement, a créé un personnage très différent de lui. Dans ce dernier opus, il semble que l’auteur punisse un peu sa créature pour son manque d’intérêt pour la sphère publique.

Mais c’est surtout son propre passé qui assaille Wallander. L’âge l’amène à un retour sur sa vie, à s’interroger sur ses choix. Outre le fantôme de son père, Wallander revoit les femmes de sa vie. Mona, son ex-femme, resurgit dans sa vie dans un état pitoyable. Baiba, son seul autre amour, vient lui faire des adieux déchirants. Viennent se rajouter à cela des pertes de mémoire aussi subites qu’inexpliquées. Kurt Wallander semble encore plus perdu que d’habitude. Sa petite-fille est la seule chose qui lui permet de ne pas perdre pied complètement.

« L’homme inquiet » est un roman profondément nostalgique et mélancolique. L’enquête est comme toujours très bien ficelée et nous en apprend beaucoup sur la pseudo neutralité de la Suède. Pour cette dernière enquête, Henning Mankell rend son commissaire encore plus vulnérable et touchant. Le dernier paragraphe du livre est poignant et je défie quiconque de ne pas avoir la gorge serrée à sa lecture.

Merci à Jérôme et aux éditions Points pour ce dernier voyage en compagnie de Wallander.

 

La carte du monde invisible de Tash Aw

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En Indonésie, en 1964, le jeune Adam voit Karl, son père adoptif, se faire enlever sous ses yeux. Karl est né en Indonésie mais il est d’origine hollandaise. Le président Soekarno décide d’expulser tous les Occidentaux de son pays et malheureusement Karl fait partie du lot. Adam n’a que seize ans et il se retrouve totalement seul sur l’île de Nusa Perdo. En fouillant dans les papiers de son père, il trouve des photos et des lettres d’une certaine Margaret Bates qui semblait très attachée à Karl. Adam décide de quitter Perdo pour chercher Margaret à Jakarta. Il arrive dans une ville plongée dans le chaos ; les émeutes anti-coloniales, anti-Malaisie, anti-communistes plongent la capitale indonésienne dans l’anxiété. Adam arrive à retrouver Margaret mais comment avoir des nouvelles de Karl alors que la révolte gronde ?

Grâce aux éditions Robert-Laffont, j’ai découvert ce deuxième livre de Tash Aw, écrivain indonésien qui vit actuellement à Londres.  J’ai été séduite aussi bien par les thèmes de son roman que par son style lyrique. Tash Aw mélange dans son récit les destins individuels et celui de l’Indonésie. Au début du roman, Adam ne sait plus qui il est ni où il va. Il  est seul une nouvelle fois. Sa mère l’a abandonné avec son frère Johan. Ce dernier fut adopté par une famille malaise. On peut noter le parallélisme entre l’histoire des deux frères séparés et celle de l’Indonésie et de la Malaisie. Les deux pays se déchirent dans les années 60. Le président Soekarno rejette la Malaisie qu’il considère à la solde de l’impérialisme américain. Il veut faire table rase de tout le passé colonial de l’Indonésie par la force. De nombreux Occidentaux, comme Karl et Margaret, avaient choisi l’Indonésie comme pays. Avec les expulsions mises en place par Soekarno, ils ne savent plus où aller. Leurs pays d’origine leur sont étrangers, ils ne connaissent plus que l’Indonésie. Mais ce pays est en plein bouleversement. « La carte du monde invisible » est celle de l’Indonésie disparue, celle que Karl et Margaret ont aimée. Tash Aw fait des aller-retours dans le passé des personnages pour nous faire comprendre leur choix de vivre dans ce pays. Tous les personnages de Tash Aw sont en quête de leur identité, de leur véritable maison. En cherchant sa place dans le monde, Adam va également permettre aux autres personnages de se retrouver.

J’ai beaucoup apprécié le style de l’auteur. Ces descriptions de l’Indonésie sont très réalistes, j’ai été plongée totalement dans l’atmosphère de ce pays en plein délitement. « Mais tout vieillissait tellement vite dans cette ville… Jakarta avait le don de tout engluer dans sa crasse visqueuse, pour faire paraître décaties les choses les plus neuves. La mousse poussait sur les surfaces de ciment lisse; le métal et la pierre rongés par le soleil et la pluie, prenaient un aspect sale. A Jakarta, on avait beau faire, on avait toujours la sensation d’être dans un bidonville. »  Tash Aw a un sens aigu de la description, il utilise beaucoup les sensations, les impressions pour rendre une atmosphère. Jakarta et Kuala Lumpur, où se trouve Johan, sont des personnages à part entière du roman.

« La carte du monde invisible » est une très belle découverte. La quête identitaire d’Adam dans un contexte politique troublé m’a passionnée. La subtile construction du livre entre passé et présent, l’écriture de Tash Aw m’ont conquise. Un auteur à découvrir et à suivre assurément.

Un grand merci à Christelle et Maggie Doyle de chez Robert-Laffont pour cette découverte et la rencontre passionnante avec Tash Aw.

 Le billet de ma copine Cryssilda.

Le cousin Henry de Anthony Trollope

 « C’était un principe auquel il fallait obéir religieusement que, dans l’Angleterre, une terre passât du père au fils aîné, et, à défaut du fils, à l’héritier mâle le plus proche. L’Angleterre ne serait pas ruinée parce que Llanfeare serait transmis en dehors de l’ordre régulier, mais l’Angleterre serait ruinée si les Anglais n’accomplissaient pas les devoirs qui leur incombaient à chacun dans la situation à laquelle Dieu les avait appelés, et, dans ce cas, son devoir à lui était de maintenir le vieil ordre des choses.  »

Indefer Jones a longuement hésité avant d’établir son testament. Il aimerait tant pouvoir laisser ses terres de Llanfeare à sa nièce Isabel. Celle-ci vit avec lui depuis des années et est appréciée de tous les fermiers et villageois. Mais Indefer Jones veut respecter la tradition et se décide en faveur de son neveu Henry. Il le connaît à peine et ne le porte pas dans son estime mais c’est un mâle. Indefer Jones a néanmoins une idée pour régler son cas de conscience : et si Isabel épousait son cousin Henry ?

Anthony Trollope utilise une thématique très anglaise dans ce court roman, la propriété ne peut revenir qu’à un homme. C’était déjà la problématique de « Raison et sentiment » de Jane Austen. Les femmes sont les laissées pour compte de la succession anglaise ! Alors même qu’il n’a jamais rencontré son neveu auparavant Indefer Jones préfère lui laisser ses biens plutôt qu’à Isabel qui lui tient compagnie chaque jour. L’oncle sera rongé par des doutes et des regrets jusqu’à son dernier souffle.

Comme dans « Miss Mackenzie », il ne se passe pas grand chose dans « Le cousin Henry ». Anthony Trollope est plus intéressé par la psychologie de ses personnages que par une intrigue à rebondissements. Les caractères de Henry et Isabel sont au cœur du roman. Le cousin Henry est la lâcheté incarnée et d’une mollesse de caractère incroyable. Il n’agit jamais par méchanceté mais il est totalement incapable de prendre la moindre décision. Néanmoins, il n’est pas totalement antipathique. A son arrivée au village gallois de son oncle, tout le monde le déteste alors que le pauvre n’a rien fait. Il n’inspire que mépris à son oncle et sa cousine. Rien n’est fait pour l’aider ! Quant à elle, Isabel est affectueuse avec son oncle, elle incarne l’abnégation et la droiture. Mais on se rend vite compte que tout cela n’est que fierté et orgueil. Elle n’est finalement pas très sympathique.

« Le cousin Henry » est finalement une nouvelle occasion pour Anthony Trollope de déployer son immense talent pour les analyses psychologiques. Fin connaisseur de la nature humaine, il nous montre l’effet dévastateur de l’argent de l’héritage d’Indefer Jones. Cette deuxième lecture de Trollope confirme mon envie de découvrir toute son œuvre.

 


Le mois anglais : this is the end

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Voilà déjà un mois que commençait notre mois consacré à la littérature Anglaise, le temps a passé bien vite ! Les participantes ont été vraiment très enthousiastes et elles ont beaucoup, beaucoup lu. Pour preuve le billet récapitulatif qui vous montrera l’engouement des bloggeuses pour la littérature Anglaise qui le vaut bien ! Les classiques furent très présents avec Jane Austen, Charles Dickens, Anthony Trollope, William Makepeace Thackeray, Elizabeth Gaskell ou encore Wilkie Collins. Mais les contemporains ne furent pas oubliés avec Jonathan Coe, Nick Hornby, Anne Perry, Sarah Waters, Doris Lessing ou Kate Morton. Mais la grande gagnante du mois anglais c’est sans conteste la grande Agatha Christie qui a fait le bonheur des participantes tout au long du mois. Hercule Poirot et Miss Marple ont toujours la cote et c’est une très bonne nouvelle !

Mais il ne fut pas question que de littérature, loin de là ! Le cinéma n’a pas été oublié avec des adaptations, des films de cinéastes contemporains et pour mon plus grand bonheur les Monty Python ont plusieurs fois fait la une du mois anglais. 

Nos chemins ont également fréquemment rencontré ceux d’un certain Docteur et de la famille Grantham. Il fut également question de la splendide exposition du musée d’Orsay « Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre de Oscar Wilde » qui se termine en même temps que notre mois anglais. Les voyages, les recettes de cuisine ont aussi émaillé notre séjour virtuel dans la perfide Albion.

Alors pour tous ces billets passionnants, ces découvertes, ces coups de cœur, je voudrais dire un grand merci à toutes les participantes et à mes deux copines Cryssilda et Lou avec qui ce mois fut organisé. Et surtout continuez à aimer l’Angleterre et à nous faire partager votre passion !

Raining Stones de Ken Loach

Comment organiser un mois anglais sans parler d’un de ses plus grands réalisateurs : Ken Loach. J’ai choisi de vous parler de « Raining stones » qui me semble assez emblématique des thématiques loachiennes.

Le film se déroule dans la banlieue de Manchester. Bob (Bruce Jones) vit dans une HLM sordide avec sa femme Ann (Julie Brown) et leur petite fille Coleen (Gemma Phoenix). Bob est sans emploi mais pas sans idée. Avec son ami Tommy (Ricky Tomlinso déjà présent dans « Riff Raff »), ils sont les rois de la débrouille. Le film s’ouvre d’ailleurs sur les deux hommes pourchassant à travers la campagne un mouton qu’ils comptent vendre au boucher.  La chasse s’avère assez épique !

Coleen va bientôt faire sa communion et Bob tient à ce qu’elle porte une robe neuve malgré le coût exorbitant. Il ne veut pas entendre parler de robe de location ou en solde, il s’accroche à l’idée du vêtement neuf comme il s’agissait du dernier témoignage de sa dignité. Et Bob va enchaîner les petits boulots : égoutier, videur de boîte de nuit, il tente tout pour réunir la somme demandée pour la robe de communion. Mais tous ses efforts ne suffiront pas et il devra faire un prêt qui va très mal tourner.

A travers l’histoire de Bob, Ken Loach fait le portrait du prolétariat délaissé du nord de l’Angleterre. Le film date de 1993 et les années Thatcher ont laissé exsangue cette partie du pays. Bob et Tommy sont au chômage et ils vivent de débrouillardise et de système D. Leur quotidien est synonyme de galère mais il est souvent fait de franche rigolade. La scène de la chasse au mouton ou celle du vol du gazon du club du parti conservateur en témoignent. Les personnages de Ken Loach sont toujours solidaires et l’amitié a une place essentielle dans leurs vies. Les réunions au pub rendent le quotidien un peu moins glauque. Les rires font oublier quelques instants les poches vides.

La force de Ken Loach c’est de ne jamais juger ses personnages. Son regard est placé à leur hauteur, il est amical et respectueux. Bob et Tommy se battent pour garder le peu de dignité qu’il leur reste. Il y a une scène déchirante où Tommy accepte de l’argent de sa fille. Cette dernière quitte la pièce et Tommy se met à sangloter. La scène est très courte, Ken Loach ne s’appesantit pas sur la détresse de cet homme. Il n’est pas nécessaire d’en faire trop. Le réalisateur sait nous mettre en totale empathie avec ses personnages avec sobriété.

« Raining stones » est donc une œuvre typique de Ken Loach qui oscille entre humour et tragédie. L’humanisme du réalisateur transparaît à chaque image et il nous est transmis par des acteurs absolument fabuleux. Encore une fois un grand moment de cinéma dans la banlieue de Manchester.

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La vie très privée de Mr Sim de Jonathan Coe

Maxwell Sim est seul, désespérément seul. Sa femme l’a quitté et est partie avec leur fille, plongeant Max dans la dépression. Quand le livre s’ouvre, il est en Australie chez son père avec qui il a les plus grandes difficultés à communiquer. C’était une idée de son ex-femme que de recréer du lien entre les deux hommes. C’est raté… Néanmoins, le goût des contacts humains revient à Max lorsqu’il observe une mère et sa fille dans un restaurant. Leur intimité le fait pâlir d’envie. Max est bien décidé à changer sa vie lorsqu’il reprend l’avion pour l’Angleterre. Mais, c’était compter sans la malchance. La première personne avec qui il arrive à communiquer est son voisin dans l’avion. Pendant que Maxwell lui parle, celui-ci meurt d’une crise cardiaque. Etant donné le manque de place dans l’avion, Max voyage avec le cadavre à côté de lui. Mais, il en fallait plus pour démonter son moral. Arrivé à Watford, il s’installe sur un banc pour arrêter les passants. Le seul qui s’arrête le fait pour lui voler son portable ! La dernière chance de rétablir un lien social pour Maxwell se présente sous la forme d’une offre d’emploi. Un ancien ami lui propose de devenir VRP d’une entreprise de brosses à dent bios. Maxwell doit se rendre sur les îles Shetland à bord d’une Prius dont la voix du GPS ne le laisse pas indifférent…

« La vie privée de Mr Sim » est un livre très ironique sur le monde contemporain. Maxwell Sim se sent extrêmement seul malgré les nombreux moyens de communication. « Les contacts humains, j’en avais perdu le goût. L’humanité, vous l’aurez remarqué, multiplie désormais avec une grande ingéniosité les moyens d’éviter de se parler, et j’avais pleinement profité des plus récents. Au lieu de retrouver des amis, je déposais des mises à jour ironiques et enjouées sur Facebook, histoire de montrer à tout le monde que ma vie était bien remplie. » Le livre de Jonathan Coe critique l’excès de virtualité dans laquelle se perd Maxwell Sim. Il pousse l’idée à son paroxysme puisque son personnage tombe amoureux de son GPS. L’auteur élargit son propos avec de petites piques sur les banques et les marchés qui fonctionnent sur la spéculation. De la virtualité encore, du vent. Les paysages traversés par Maxwell sont à l’image de sa dépression, des aires d’autoroutes, des banlieues tristes, des chaînes de restaurant. Les villes finissent par toutes se ressembler et se confondre. Rien de réjouissant à l’horizon pour notre VRP.

Fort heureusement, le voyage de Mr Sim sera salutaire. Ce déplacement vers les îles Shetland va rapidement prendre un tour initiatique. Maxwell y rencontre de vieux voisins, une ancienne amie, dîne pour la première fois avec sa fille depuis son divorce. Toutes ces personnes croisées obligent Maxwell à réfléchir sur lui-même jusqu’à un retour auprès de son père en Australie. Sur une plage, Maxwell va comprendre le sens de sa vie et la roublardise de Jonathan Coe va le laisser pantois. « La vie privée de Mr Sim » est un livre infiniment drôle et ironique sur nos modernes solitudes. L’auteur reprend son terrain de jeu habituel après « La pluie avant qu’elle tombe », l’Angleterre contemporaine et ses travers. Ce fut un plaisir de retrouver la plume fluide, satyrique de Jonathan Coe.

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Mari et femme de W. Wilkie Collins

Anne Silvester et Blanche Lundie sont amies d’enfance comme l’étaient leurs mères. Suite à l’annulation de son mariage, la mère d’Anne est morte de chagrin laissant la petite aux bons soins de la mère de Blanche. Les deux enfants grandissent ensemble et deviennent inséparables. Arrivée à l’âge adulte, Anne Silvester se met dans une position très délicate. Elle est tombée amoureuse de Geoffrey Delamayn, un sportif sans âme et sans moralité. La malheureuse Anne va rapidement se retrouver dans la même situation que sa mère : les lois écossaises iniques sur le mariage vont mettre sa vie en péril. Anne refuse de demander de l’aide à Blanche qui prépare elle-même son mariage. Mais cette dernière sera mêlée bien malgré elle aux problèmes de son amie.

Dans « Mari et femme », Wilkie Collins se lâche et dénonce fortement la société britannique. Son point de départ est le problème des lois sur le mariage totalement injustes envers les femmes. La mère d’Anne Silvester a été répudiée par son mari du jour au lendemain à cause de la loi irlandaise sur le mariage inter-religieux. Quant à Anne, elle se retrouve mariée sans le savoir à cause d’une loi écossaise ! Wilkie critique bien évidemment ces différentes lois. Mais ce qui le révolte le plus c’est l’apathie des Anglais face à cela. Il trouve parfaitement inacceptable que ses compatriotes acceptent de pareilles aberrations au sein de leur royaume. Il n’est pas tendre avec les Anglais et dénonce leur mode de vie et leurs goûts. Notamment celui qui les porte à admirer les sportifs. Wilkie Collins présente ces derniers comme de parfaits crétins, tous semblables et incapables d’ouvrir un livre. « Est-il besoin de les décrire ? Le portrait que nous avons donné de Geoffrey les caractérise tous. Il y a autant de diversité dans une réunion d’athlètes anglais qu’au sein d’un troupeau de moutons anglais. » Comme vous pouvez le voir, Wilkie est féroce ! Sa dénonciation de la société anglaise se fait, comme souvent chez lui, avec beaucoup d’ironie.

Au risque de perdre une amie, je dois vous avouer que j’ai connu un passage à vide vers la page 350. Wilkie prend vraiment son temps pour faire décoller son intrigue. Il annonce régulièrement en fin de chapitre qu’il va très bientôt se passer quelque chose de terrible mais 30 pages plus loin on en est toujours au même point ! Je sais bien que la publication en feuilleton l’obligeait à tenir son lectorat en haleine, mais lorsqu’on le lit d’un trait (784 pages en 6 jours…) c’est un peu agaçant… mais je ne lui en ai pas voulu bien longtemps. L’intrigue finit par repartir et il est alors impossible de lâcher le livre. Car une histoire ficelée par Wilkie Collins est toujours un attrape-lecteur (et je ne dis pas ça pour regagner les faveurs de l’amie citée plus haut !). Et celle-ci est pleine de rebondissements et de surprises.

Malgré ma petite réserve, « Mari et femme » m’a fait passer un moment agréable. Wilkie Collins y défend farouchement la liberté des femmes contre une société fascinée par le culte de la virilité. J’apprécie toujours autant son ironie féroce et son art des intrigues complexes. 

Je remercie Bénédicte et les éditions Phébus pour cette réédition qui m’a accompagnée pendant mes vacances.

Victoria

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Drood de Dan Simmons

Le 9 juin 1865, le train où se trouvent le célèbre Charles Dickens et sa maîtresse déraille à Staplehurst. Fort heureusement l’écrivain est sain et sauf et il se précipite hors de son wagon pour venir en aide aux blessés. En contrebas du pont où l’accident a eu lieu, Dickens découvre l’ampleur du désastre. C’est également là qu’il croise  un étrange et très inquiétant personnage nommé Drood. De retour à Londres, il racontera à son ami Wilkie Collins les évènements de ce 9 juin. Dickens devient rapidement totalement obnubilé par Drood et il décide de partir à sa recherche. Commence alors pour Charles Dickens et Wilkie Collins une aventure de longue haleine dans les tréfonds de l’âme humaine et de la capitale anglaise.

W. Wilkie Collins est le narrateur du dernier livre de Dan Simmons. Le récit raconte les cinq dernières années de la vie de Dickens, tout en faisant des va-et-vient dans le temps. Il mélange la réalité et la fiction à différents niveaux. Dan Simmons s’est visiblement beaucoup documenté pour écrire « Drood » et le lecteur retrouve de nombreux éléments de la vie des deux écrivains victoriens. C’est le cas pour l’accident de Staplehurst ou pour le besoin immodéré de laudanum de Collins.

La relation entre les deux hommes est très fouillée et probablement très proche de la réalité. Wilkie Collins et Charles Dickens étaient collaborateurs mais ce dernier a connu un succès beaucoup plus important que son cadet. L’amitié-rivalité des deux écrivains est parfaitement rendu par Dan Simmons. Wilkie Collins est d’une jalousie maladive allant jusqu’à dire que Dickens était un piètre écrivain. Cette mauvaise foi (flagrante pour toute personne ayant un jour ouvert un livre de Dickens…) est finalement très cocasse, j’avoue m’être beaucoup amusée des piques de Wilkie Collins. Et il faut reconnaître que Dan Simmons n’épargne aucun des deux hommes qui n’ont pas eu de comportements exemplaires avec les femmes. pas de jaloux de ce côté-là !

Le livre est également très réaliste en ce qui concerne la ville de Londres. Dan Simmons explore les tréfonds de la capitale britannique. Ses descriptions précises des bas-fonds rappellent celles de Dickens lui-même. « C’était la période la plus caniculaire, la plus fiévreuse d’un été caniculaire et fiévreux. Les excréments de trois millions de Londoniens exhalaient leurs miasmes dans des égouts à ciel ouvert, dont le plus vaste de tous (malgré les efforts auxquels nos ingénieurs s’étaient livrés cette année-là pour créer un réseau complexe de canalisations souterraines) n’était autre que la Tamise. Des dizaines de milliers de Londoniens dormaient sur le porche de leur maison ou sur leur balcon, n’attendant qu’une chose : la pluie. Mais quand elle tombait, c’était sous forme d’une douche chaude qui ne faisait qu’ajouter une couche de moiteur à la chaleur. Cet été-là, le mois de juillet pesait sur Londres comme une strate lourde et mouillée de chair en décomposition.  » Je suis fort heureuse de n’avoir pas connu la grande puanteur de 1858 !

Dan Simmons même l’Histoire, les biographies de Dickens et Collins à son récit. Mais à l’intérieur même de la narration, il est difficile de démêler le vrai du faux. Wilkie Collins nous raconte les dernières années de Dickens dans un brouillard d’opium. Ce dernier était également un adepte du mesmérisme ce qui contribue à brouiller encore plus les pistes. L’intrigue est parfaitement maîtrisée et très réussie.

Outre le plaisir de percer le mystère de « Drood », j’ai beaucoup aimé le livre de Dan Simmons car il est truffé de références aux œuvres de Dickens et Collins. On les voit également au travail et c’est passionnant. Dickens est en pleine écriture du « Mystère d’Edwin Drood » et Collins de son chef-d’œuvre « Pierre de lune ». (D’ailleurs si vous n’avez pas encore lu ce livre, évitez « Drood » qui vous révèle la fin.) Dans Simmons imagine leurs influences, leurs discussions pour peaufiner leurs intrigues, leurs désaccords.

 Vous l’aurez compris, je me suis régalée à la lecture du dernier livre de Dan Simmons. L’intrigue est haletante, l’atmosphère victorienne très bien rendue et on vit pendant 865 pages avec deux génies dela littérature anglaise. Que vouloir de plus ?

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George et Sharon.

Le mystère d’Edwin Drood de Charles Dickens

Cloisterham est une petite ville anglaise paisible dont l’activité tourne autour de la cathédrale. John Jasper est musicien, il fait chanter les choeur des moines. Son neveu, Edwin Drood, est promis depuis l’enfance à Rosa Bud, orpheline et pensionnaire dans une école de la ville. Les deux jeunes gens se posent beaucoup de questions sur leur avenir. S’aiment-ils assez pour passer leur vie ensemble ? Leurs doutes sont renforcés par l’arrivée de M. Neville et de sa soeur Helena, séduisants et fascinants personnages venus de l’étranger. Neville n’est pas insensible aux charmes de Rosa. Ce qui occasionne une violente dispute entre Neville et Edwin. Durant la nuit de Noël, Edwin Drood disparaît. Bien entendu Neville est tout de suite suspecté. Faute de preuves, ce dernier est relâché mais M. Jasper lui voue une haine terrible. Il jure de retrouver l’assassin de son neveu et de se venger.

« Le mystère d’Edwin Drood » est le dernier roman de Charles Dickens et il est malheureusement inachevé. Le romancier n’en a écrit que la moitié. Il ne laisse cependant pas de doute sur l’identité de l’assassin. Néanmoins de nombreuses questions restent en suspens à la fin : qu’est-il arrivé à Edwin Drood ?  Que va devenir Rosa ? Qui est le mystérieux M. Datchery qui semble espionner M. Jasper ? Le lecteur ne peut compter que sur son imagination pour y répondre.

J’ai retrouvé dans « Le mystère d’Edwin Drood » tout ce qui me plaît chez Charles Dickens. Il crée une extraordinaire galerie de personnages. Ceux qui sont au centre de l’intrigue sont très vivants, très attachants, ou terrifiant pour le criminel supposé. Comme toujours les nuances ne sont pas de mise dans la caractérisation des héros. Les personnages secondaires sont très pittoresques et souvent victimes de la plume acide de Dickens : M. Sapsea est un âne à la stupidité suffisante, M. Durdles est un prodigieux abruti et M. Honeythunder est « un peu semblable à une pustule sur le visage de la société. »

Les descriptions de Dickens sont saisissantes et son écriture de toute beauté comme dans ce passage : « Le lendemain matin, un soleil éclatant brille sur la vieille cité. Ornés d’un lierre vigoureux qui luit au soleil, entourés d’arbres somptueux qui se balancent dans l’air embaumé, ses monuments anciens et ses ruines sont d’une beauté incomparable. Les jeux d’une lumière radieuse, qui changent avec le mouvement des branches, les chants des oiseaux, les parfums qui s’exhalent des jardins, des bois et des champs – ou plutôt de cet immense jardin qu’est toute l’Angleterre cultivée à cette époque de la récolte – tout cela pénètre dans la cathédrale, triomphant de son odeur terreuse et prêchant la résurrection et la vie. Les froides tombes de pierre, vieilles de plusieurs siècles, se réchauffent, le soleil lance des points lumineux sur le marbre jusque dans les coins les plus austères de l’édifice, où ils palpitent comme des ailes. » 

Ces quelques lignes montrent à quel point Charles Dickens était au summum de son style au moment de sa mort. Même inachevé « Le mystère d’Edwin Drood » reste un excellent témoignage du génie de l’écrivain anglais. D’ailleurs, le fait que le roman ne soit pas terminé a attisé la curiosité de nombreux écrivains cherchant à élucider la disparition d’Edwin Drood, nous donnant ainsi l’occasion de retrouver le personnage de Charles Dickens.

Victoria

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HAPPY NEW YEAR !!!

Un rapide bilan des lectures 2011 avant de commencer la nouvelle année. Le compteur de mes lectures s’est arrêté sur 79, un chiffre un peu moins important que celui de l’année dernière. Il faut dire que j’ai croisé quelques pavés sur ma route : Guerre et Paix de Tolstoï, Daniel Deronda de George Eliot et Crime et châtiment de Dostoïevski.  Trois immenses chefs-d’œuvre qui confirment mon amour de la littérature russe et britannique. Cette dernière m’a encore beaucoup occupé avec des grands auteurs comme Thomas Hardy, Robert Louis Stevenson, Elizabeth Gaskell, Daphné du Maurier, Sheridan Le Fanu, Agatha Christie, Wilkie Collins, William Shakespeare, Virginia Woolf et Vita Sackville-West entre autres. J’ai d’ailleurs fini l’année et commence la nouvelle avec un mois anglais organisé avec mes grandes copines Cryssilda et Lou. Et vous êtes très nombreux à participer et nous vous en remercions.

Mon année 2011 aura été marquée par des découvertes  : « Comment j’ai tué un homme » de  Carlo Gébler, Daniel Deronda de George Eliot, Le vent dans les saules de Kenneth Grahame, L’étrange disparition de Esme Lennox de Maggie O’Farrell et « Miss Mackenzie » de Anthony Trollope. Je ne vais pas tarder à en retrouver certains.

Durant cette année, j’ai également été harcelée par des nains qu’ils soient dans l’ombre, noir ou venant d’Inde.

Grâce à mon challenge sur les romans noirs des années 50, j’ai pu retrouver ou découvrir de grands auteurs américians : Jim Thompson, Chester Himes et David Goodis.

 

Pour 2012, je vais poursuivre le challenge d’Agatha Christie organisé par Georges et débuté le challenge Romans sous influence de Georges et Sharon.

 

Mais l’année 2012 sera surtout marqué par un bicentenaire, celui de l’anniversaire d’un des plus grands auteurs anglais de tous les temps (non, non je n’en fais pas trop, il le mérite !) : Charles Dickens ! Je commence la célébration de Charlie dès demain !

Il ne me reste plus qu’à vous présenter mes vœux de bonheur, de réussite, de rigolade, de voyage, de lectures riches et variées pour 2012.

 

HAPPY NEW YEAR !!!!!!!!!!