Hollingford est un petit village rural de l’Angleterre, Elizabeth Gaskell nous convie à partager la vie de ses habitants dans son dernier roman « Femmes et filles ». Elle nous invite tout particulièrement à suivre l’évolution de Molly Gibson, la fille unique du médecin. Nous la découvrons enfant, dans le premier chapitre, impatiente de participer à la grande fête annuelle au château de Cumnors Towers. Nous ne la quitterons qu’à l’âge adulte à la veille de sa vie de femme. Au travers de 651 pages, nous partageons la vie quotidienne de Molly. Celle-ci vit seule avec son père, veuf, duquel elle est très complice. Mais Molly grandissant, son père pense qu’il serait opportun que sa fille soit au contact d’une nouvelle mère. Le remariage de Mr Gibson est le début d’une nouvelle vie pour Molly qui doit s’adapter à Mrs Gibson et à sa fille Cynthia. Elizabeth Gaskell aime jouer des oppositions comme nous avons pu le constater dans « Nord et Sud ». Les deux soeurs sont parfaitement opposées. Cynthia est d’une grande beauté, frivole et séductrice. Personne ne lui résiste et de nombreux coeurs se laissent prendre à ses minauderies, ce qui lui vaudra de sérieux ennuis. Molly a un physique plus ingrat, elle est réservée mais son caractère droit et honnête lui permet de conquérir l’amitié et l’amour de son entourage. Nous sommes quand même dans un roman victorien où la droiture et la probité finissent toujours par triompher !
Mais les Gibson ne sont pas les seuls à habiter Hollingford. L’extraordinaire talent de Elizabeth Gaskell est de ne jamais laisser aucun personnage de côté. Tous les habitants nous deviennent familiers grâce aux descriptions, aux aspects psychologiques détaillés par l’auteur. On s’attache terriblement à la famille Hamley où séjourne Molly à plusieurs reprises. Les deux fils Hamley sont également au coeur du roman et en opposition comme les soeurs Gibson. Osborne, l’héritier à qui tout est promis, est choyé et mis en avant. Roger, le cadet, a un rôle secondaire, son avenir semble beaucoup moins prometteur. Mais on sait qu’il ne faut pas se fier aux apparences chez Mrs Gaskell ! On croise également les délicieuses Miss Browning toujours prêtes à défendre Molly, l’acariâtre Lady Cumnor et sa fille Harriet qui deviendra la protectrice de Molly, le mystérieux et inquiétant Mr Preston régisseur des domaines des Cumnors, c’est réellement tout un monde que nous offre Elizabeth Gaskell. J’étais en parfaite empathie avec tous ces personnages et j’ai vécu pendant deux semaines au rythme de Hollingford. Il est bien difficile d’abandonner ce village après avoir refermé le roman.
C’est d’autant plus difficile que l’on reste sur notre faim. Comme je le disais au départ, « Femmes et filles » est le dernier roman de Elizabeth Gaskell. Il fût publié en feuilleton dans le magazine « Cornhill » de août 1864 à janvier 1866, Elizabeth Gaskell est morte en novembre 1865 sans avoir pu rédiger le tout dernier chapitre. Ceux qui ont lu « Nord et Sud » comprendront ma déception car Mrs Gaskell achève son histoire dans les toutes dernières pages. Cela aurait été également le cas dans « Femmes et filles ». Même si l’avenir de Molly ne fait aucun doute, il manque ce moment délicieux où le destin du personnage central s’accomplit et qui est toujours conté avec une extrême finesse.
Une nouvelle fois, j’ai été prise au piège par le talent de Elizabeth Gaskell. J’ai été captivée par la vie de Molly Gibson et du village de Hollingford. Je ne saurais trop vous conseiller de vous immerger à votre tour dans cette Angleterre des années 1820.
Merci à Babelio.
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