Les ingratitudes de l’amour de Barbara Pym

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Suite à une peine de cœur, Dulcie Mainwaring décide de participer à un colloque savant. C’est lors de celui-ci qu’elle va faire la connaissance de Viola Dace, qui comme elle, s’occupe d’indexation et de correction d’épreuves. Parmi les intervenants, Aylwin Forbes, rédacteur d’une revue littéraire, intrigue fortement Dulcie. Et lorsqu’elle apprend que Viola le connaît, cela finit d’éveiller sa curiosité.

Retrouver l’univers de Barbara Pym est toujours un réel plaisir pour moi. Et « Les ingratitudes de l’amour » est un roman vraiment typique de son travail. Dulcie est une célibataire qui, après une déception amoureuse, pense que sa vie ne connaîtra plus rien d’intéressant. Elle reste en retrait pour se protéger : « Cela paraissait – elle se garda de l’avouer à Viola – tellement moins risqué et tellement plus confortable de vivre à travers la vie des autres – d’observer leurs joies et leurs peines avec détachement comme si l’on regardait un film ou une pièce de théâtre. » Même si l’intrigue se déroule dans la banlieue de Londres, il y a un côté petite paroisse dans ce roman avec des voisins connaissant parfaitement les habitudes de Dulcie, des pasteurs et des litres de thé ! Et comme toujours avec Barbara Pym, le propos est plus profond qu’il n’y parait. Sous ces airs de comédie romantique, « Les ingratitudes de l’amour » est une critique douce-amère de la société anglaise des années 60. Elle y questionne bien évidemment la place de la femme et surtout le mariage : est-ce véritablement un passage obligé pour accéder au bonheur ? C’est délicieusement ironique sans jamais être méprisant envers les personnages. Et la langue fluide et subtile finit de nous faire succomber au charme de Barbara Pym.

« Les ingratitudes de l’amour » est un bon cru de la cuvée Barbara Pym, réjouissant et malicieux.

Traduction Anouk Neuhoff

 

Le dernier été en ville de Gianfranco Calligarich

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Installé à Rome depuis quelques années, Leo Gazzara vit en dilettante : « J’allais tous les jours voir la mer. Un livre en poche, je prenais le métro pour Ostie et passais une bonne partie de la journée à lire dans une petite trattoria sur la plage. Puis je rentrais en ville et allais flâner du côté de la Place Navone où je m’étais fait des amis, des gens qui erraient comme moi, essentiellement des intellectuels aux têtes de réfugiés et aux yeux pleins d’attente. »  Leo passe de bar en bar, de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel et travaille sporadiquement au Corriere dello sport. Sa vie de dandy aurait pu se poursuivre ainsi mais le soir de ses trente ans, il croise la route de la renversante Arianna. Leo en tombe désespérément amoureux et tente de suivre les va-et-vient de cette beauté évanescente.

« Le dernier été en ville » a été publié en 1973 et il est devenu un roman culte en Italie. Cela n’est pas surprenant au vu de la qualité du texte qui n’avait encore jamais été traduit en France. Le roman oscille entre la légèreté et une ambiance crépusculaire. L’intrigue se déroule à la fin des années 60 et s’ouvre l’été. L’insouciance enivre aussi vite que l’alcool. Et pourtant, Leo traine une mélancolie existentielle. Né pendant la guerre, il cherche sa place et un sens à sa vie. Il est presque un personnage fitzgeraldien qui se brûle les ailes aux lumières de la fête. Le roman de Gianfranco Calligarich est d’ailleurs émaillé de nombreuses références littéraires : « Lord Jim », « Martin Eden », Dylan Thomas, Hemingway et surtout Marcel Proust. Leo lit des passages de « Du côté de chez Swann » à Arianna qui promène le livre dans sa voiture.

L’écriture du roman est extrêmement visuelle, elle nous plonge dans les ruelles, les places de Rome, la plage d’Ostie. Les déambulations de Leo dans la ville évoque inévitablement « La dolce vità » de Fellini. Et comme dans les films du réalisateur, Rome n’est pas qu’un décor. La ville, magnétique et incandescente en été, se prête si bien aux flâneries, elle absorbe ceux qui s’y promènent avant qu’ils se lassent d’elle.

« Le dernier été en ville » est une merveille où l’insouciance et le désenchantement se mélangent, où un jeune homme s’abandonne et se perd dans le tumulte des fontaines romaines.

Traduction Laura Brignon

Deux femmes et un jardin d’Anne Guglielmetti

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C’est dans un hameau perdu de l’Orme que se situe la maison revenue par héritage à Mariette. Une opportunité totalement inattendue qu’elle ne laisse pas passer. Elle abandonne son minuscule appartement parisien et sa place de femme de ménage pour finir ses vieux jours en Normandie. Mariette est immédiatement séduite par le charme de cette petite maison. « En revanche, elle savait que les mots que cette maison lui inspirait ne lui avaient jamais été familiers. Qui, au cours de son existence, lui avait parlé de délicatesse et de beauté, qui ou quoi les avait incarnées, et où et quand leur mystérieuse force agissante aurait-elle pu la subjuguer comme elle l’était ce soir-là ? » La maison est agrémentée d’un jardin qui va bientôt occupé tout le temps de Mariette. Une dernière surprise attend notre héroïne, elle va faire la connaissance de Louise, une adolescente qui vient en vacances au hameau et s’y ennuie profondément.

« Deux femmes et un jardin » est un véritable enchantement. L’histoire de Mariette est poignante, elle qui s’est épuisée aux services des autres, voit la vie lui faire le cadeau d’une petite propriété et d’une profonde amitié. Autour du jardin se nouent les affinités électives de Mariette et Louise. Avec pudeur, les deux femmes s’apprivoisent et se redonnent goût à la vie. Le texte d’Anne Guglielmetti est bref mais les sentiments qu’elle y expose sont denses et d’une infinie tendresse. L’écriture de l’auteure est pour beaucoup dans le sortilège qui s’exerce sur le lecteur. La langue est ciselée, poétique et d’une belle économie de moyen. Les descriptions du jardin sont somptueuses.

« Deux femmes et un jardin » est un roman d’une délicatesse et d’une douceur rares. Je vous enjoins à le découvrir à votre tour pour de vous laisser envoûter par la beauté de la langue d’Anne Guglielmetti.

Peau d’homme de Hubert et Zanzim

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Dans l’Italie de la Renaissance, la jeune Bianca est promise en mariage par son père à Giovanni, un riche marchand. Bianca n’a rien contre mais elle regrette de ne pas connaître du tout son futur époux. Mais sa marraine va lui permettre de le côtoyer en toute discrétion. Les femmes de la famille de Bianca ont un étonnant secret : elle possède une peau d’homme qui leur permet de changer de sexe. Bianca devient alors Lorenzo et elle va découvrir le monde des hommes.

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« Peau d’homme » de Hubert et Zanzim est une fable féministe et moderne sur fond de Renaissance. La peau d’homme permet à Bianca de découvrir la manière dont vivent les hommes. Ils peuvent boire, s’amuser, expérimenter la sexualité alors qu’elle doit rester vierge et innocente avant son mariage. Cette incursion dans le monde des hommes va donner à Bianca le goût immodéré de la liberté. Difficile de redevenir une femme quand celles-ci ont une vie si contrainte. Et les femmes sont vues comme les sources du péché en raison de leur attitude et de leur façon de se vêtir comme le scande le prédicateur fanatique, qui n’est autre que le frère de Bianca.

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La ligne claire de Zanzim s’allie parfaitement au texte de Hubert. J’ai particulièrement apprécié la manière dont il rendait hommage aux tableaux de la Renaissance avec une juxtaposition d’actions concernant les mêmes personnages dans une même case. De même, les prédications du frère de Bianca m’ont fait penser à Savonarole, un frère dominicain exalté qui finit sur le bûcher. « Peau d’homme » réussit parfaitement à mélanger modernité et rappels de la Renaissance.

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« Peau d’homme » est un conte féministe particulièrement réussi où une jeune femme découvre et affirme sa liberté, son ouverture d’esprit et son indépendance.

Plein gris de Marion Brunet

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Emma, Clarence, Élise et Sam se connaissent depuis l’enfance. Leur amitié s’est nouée autour d’une passion commune : la voile. En grandissant, leurs liens sont devenus exclusifs. Clarence prend la tête du groupe de manière naturelle. « Qu’il décide pour nous tous, que sa voix porte toujours plus que la nôtre ne me dérangeait pas, à l’époque. A mes yeux, il avait plus de puissance, plus de talent, et le côtoyer me donnait toute l’importance que je n’avais encore jamais eue. » Après avoir passé les épreuves du bac, les quatre compères réussissent à convaincre leurs parents de les laisser partir en mer pour un voyage allant jusqu’en Irlande. Mais un cinquième adolescent vient se joindre à la bande. Il s’agit de Victor, le fils de la belle-mère de Clarence. Ce dernier va difficilement supporter sa présence et la croisière va tourner au cauchemar.

« Plein gris » n’est sans doute pas le meilleur roman de Marion Brunet mais comme toujours elle y fait montre d’une formidable maîtrise de l’intrigue. Le drame nous est dévoilé dès les premières pages et la narration fait ensuite des aller-retours dans le passé. Marion Brunet fait monter la tension petit à petit, chaque fin de chapitre donne terriblement envie de poursuivre sa lecture. Le thème de la sortie de l’adolescence, de l’amitié qui tourne mal en devant adulte, est assez classique mais la manière dont elle le traite est originale. C’est sur fond de tempête, de naufrage que les comptes vont se régler entre Emma, Clarence, Élise et Sam. Les quatre personnages, leur évolution sont parfaitement croqués et l’on tremble pour eux en tournant les pages.

« Plein gris » est un (presque) huis-clos maritime dont l’intrigue est maîtrisée et addictive. Même si j’avais préféré son roman jeunesse précédent, « Sans foi ni loi », j’ai dévoré le dernier livre de Marion Brunet.

Alma, le vent se lève de Timothée de Fombelle

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1786, Alma vit dans une vallée d’Afrique protégée avec ses parents et ses deux frères. La jeune fille a réussi à apprivoiser un cheval, arrivé dans leur vallée, elle le nomme Brouillard. Elle le montre à son jeune frère Lam. Mais la présence du cheval prouve qu’un monde existe en dehors de la vallée et Lam voudrait s’y aventurer. Au même moment, à Lisbonne, le jeune Joseph Mars monte clandestinement sur le bateau du terrible commandant Gardel. La douce Amélie est un navire de traite. Mais Joseph n’est pas là pour ça, il est à la recherche d’un immense trésor. Le bateau porte ce nom en hommage à Amélie Bassac, la fille de son propriétaire. Elle vit à La Rochelle et elle surveille les manigances du comptable de son père, M. Saint-Ange.

Timothée de Fombelle est décidément un conteur hors-pair. J’ai été happée par l’intrigue de « Alma, le vent se lève » comme je l’avais été par « Vango« . Le point commun entre ces deux romans est un souffle romanesque d’une ampleur remarquable. A la suite d’Alma, Joseph et Amélie, l’auteur nous entraîne dans un roman d’aventures aux nombreux rebondissements. Mais « Alma » n’est pas qu’un roman d’aventures, il s’agit également d’un récit initiatique pour nos trois jeunes héros et d’une fresque historique parfaitement documentée. Le jeune lecteur comprendra, grâce au livre, ce qu’était le commerce triangulaire et le sort indigne réservé aux esclaves.

Mais Timothée de Fombelle n’oublie jamais le romanesque et ne sacrifie à aucun moment ses personnages. Ceux-ci sont tous incroyablement vivants, incarnés et les rôles secondaires sont aussi attachants que nos trois jeunes héros. Certaines scènes marqueront les lecteurs pour toujours et je pense notamment au chant de la mère d’Alma sur La douce Amélie qui est déchirant. beaucoup de mystères, de secrets entourent les personnages de Timothée de Fombelle et une partie nous est ici dévoilée. Car « Alma » n’a qu’un seul et unique défaut, il s’agit d’une trilogie et il va être difficile d’attendre la suite

Encore une fois, Timothée de Fombelle m’a totalement ensorcelée et je n’ai qu’une hâte, retrouver Alma, cette jeune fille libre et fière de ses origines. Les mots de l’auteur sont accompagnés des très belles illustrations de François Place.

Un colosse de Pascal Dessaint

« Nous ne sommes pas dans la tête de l’homme. Nous ne pouvons qu’imaginer. Même aujourd’hui, il existe rarement chose comparable. Se mettre dans la tête d’un tel personnage fera courir le risque de l’exagération. Il convient de garder la mesure. Mais nous avons affaire à un phénomène, pas de doute. Un phénomène, c’est cela ! » Ce phénomène se nomme Jean-Pierre Mazas, il est né en 1847 dans le Sud-Ouest de la France et à 23 ans, il mesurait 2,20 m. De part sa taille extraordinaire, il eut un destin qui l’était tout autant. D’humble métayer, il devint lutteur à l’époque  où ce sport était un véritable spectacle et les sportifs des gloires locales. Jean-Pierre Mazas devient alors « le géant de Monstastruc », il domine sans partage la lutte durant plusieurs années. Sa santé déclinant (sa grande taille était dû à l’agromégalie), il devient monstre de foire avant de servir d’objet d’étude à Edouard Brissaud, médecin disciple de Charcot.

La destinée singulière de Jean-Pierre Mazas a longtemps habité Pascal Dessaint qui a découvert dans les années 80 un moulage de son pied (taille 54 !) au musée du Vieux Toulouse. Historien de formation, Pascal Dessaint part sur les traces du géant dans les archives, sur internet. Et son livre est également le récit de cette enquête dans les sources. L’auteur recherche dans ses pages un équilibre entre la vérité historique et le romanesque. On sent une volonté de respecter l’homme que fut Jean-Pierre Mazas, sa vie et ses douleurs. « Un colosse » est également la parfaite évocation d’une époque, d’une société et l’auteur y rend un bel hommage aux paysans, toujours sous le joug de propriétaires terriens et qui se ruinaient la santé pour eux.

« Un colosse » est un livre hybride, entre roman et documentaire sur la vie hors-norme de Jean-Pierre Mazas à qui Pascal Dessaint rend hommage avec empathie et humanité.

Severa de Maria Messina

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Dans une petite ville près de Bologne vit modestement la famille Santi qui compte trois enfants : l’ambitieuse et froide Severa, l’effacée Myriam et le jeune Pierino. Contrairement à sa cadette, Severa refuse d’accepter le piètre sort qui l’attend : « (…) Parce que je le forcerai, ce destin ! Je ne me laisserai pas écraser comme toi, comme maman, comme beaucoup de femmes que je connais et qui ne me font pas pitié : au contraire, elles me mettent en rage, parce que chacun de nous a le destin qu’il mérite. » Grâce à sa volonté sans faille, Severa va réussir à s’extraire de son milieu social mais le prix de son ascension sera lourd à payer.

Après avoir adoré « La maison dans l’impasse », j’ai été ravie de retrouver la plume subtile de Maria Messina. « Severa » a été écrit en 1928 et il fut le dernier roman de son auteure, atteinte de sclérose en plaques. « La maison dans l’impasse » et « Severa » ont des points communs. Au centre des deux livres, se trouvent deux sœurs qui vont s’éloigner et qui ne se comprennent pas. Severa, l’aînée, est antipathique tant elle est orgueilleuse et méprisante envers sa famille. La douce et humble Myriam s’efface devant le caractère de sa sœur mais elle sera une femme courageuse quand sa famille en aura besoin.

Comme dans « La maison dans l’impasse », le sort des femmes est le thème principal du roman. Elles n’ont pas leur destin entre leurs mains. Et Severa refuse de se résigner, de courber l’échine. Mais le roman de Maria Messina est extrêmement pessimiste. « Severa » est le récit d’une chute, d’une rébellion contre l’ordre établi qui échoue. Le mépris de classe ne s’efface pas si facilement. L’histoire de Severa se teinte d’une profonde amertume et d’une terrible solitude.

« Severa » nous raconte avec lucidité, le destin cruel d’une femme voulant échapper à son milieu social et refusant la médiocrité du sort réservé aux femmes. Comme « La maison dans l’impasse », « Severa » est un roman resserré, épuré et qui brille par son intensité.

Traduction Marguerite Pozzoli

Radium girls de Cy

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Orange, New Jersey, 1918, Katherine, Mollie, Albina, Quinta et Edna travaillent dans une usine de fabrication de montres. Leur travail consiste à peindre les chiffres du cadran avec une peinture luminescente. La technique à acquérir est simple et tient en trois mots : lip, dip, paint (lisser le pinceau entre ses lèvres, le plonger dans la peinture et peindre). Les ouvrières de l’usine sont surnommées les « ghost girls », la matière luminescente de la peinture s’incruste sur elles et elles deviennent elles-mêmes phosphorescentes dans le noir. Elles s’en amusent, appliquent de la peinture sur leurs ongles lorsqu’elles sortent dans des speakeasy (d’ailleurs, si vous souhaitez savoir à quoi ressemblaient les ghost girls, placez votre BD dans le noir).  La période est à l’innocence, à la légèreté. Mais quand certaines ouvrières tombent gravement malade, l’horizon s’assombrit. Peu à peu, il semble que cela soit lié à la peinture utilisée dans l’usine et qui est fabriquée avec du radium.

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Je n’avais jamais entendu parler du destin tragique de ses ouvrières sacrifiées sur l’autel de la modernité. Le radium est alors une substance révolutionnaire qui était même utilisée dans des cosmétiques. Même si elle se savaient condamnées, les jeunes femmes ont intenté un procès à leur entreprise et elles ont réussi à faire changer le droit du travail et à offrir plus de protection aux ouvriers américains. Cy leur rend un très bel hommage et les sort de l’oubli grâce à son splendide album.

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Le dessin est réalisé aux crayons de couleur principalement dans un camaïeu violet et vert (couleur du radium). Le trait est sobre, vif, rendant parfaitement bien les différentes ambiances de l’histoire. On passe d’images lumineuses, riantes (la soirée au speakeasy, la journée en bord de mer) à la noirceur de la maladie et de la mort.

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Je vous conseille grandement la lecture de « Radium girls » afin que ces jeunes femmes pétillantes ne soient pas oubliées et pour profiter de la délicatesse des dessins de Cy.

Avant les diamants de Dominique Maisons

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1953, l’industrie cinématographique hollywoodienne fait rêver le monde entier avec des stars comme Marilyn Monroe, Clark Gable, Errol Flynn, Kirk Douglas, John Wayne ou Hedy Lamarr considérée comme la plus belle femme du monde. Mais l’envers du décor est beaucoup moins glamour. Entre le code Hayes qui impose un retour à la moralité et le sénateur McCarthy qui traque les communistes, les films se font sous contraintes d’autant plus que l’argent vient principalement de la mafia. Dans ce panier de crabes, le producteur Larkin Moffat cherche désespérément à sortir son épingle du jeu. Et pour cela, il est véritablement prêt à tout. La chance de sa carrière va prendre une forme étonnante puisque c’est l’armée qui va lui proposer de réaliser le film qui va le rendre célèbre. Mais les deux millions de dollars, qui vont permettre de réaliser ce film de propagande pour l’armée, viennent de J. Dragna, un parrain sur le déclin…

Si vous appréciez les films noirs comme « Assurance sur la mort », « Le facteur sonne toujours deux fois » ou « Le grand sommeil », vous allez vous régaler à lire le roman de Dominique Maisons. L’ambiance du roman est particulièrement bien rendue entre paillettes, drogue, fêtes insensées (celle d’Errol Flynn est extraordinaire) et moralisme exacerbé. Le système hollywoodien, grand pourvoyeur de rêve, est totalement pourri de l’intérieur. Et la manière dont sont traitées les femmes, Hedy Lamarr peut en témoigner, est plus que glaçante. L’auteur n’oublie pas non plus de nous montrer les quartiers sordides où s’entassent les noirs, certains d’entre eux sont d’anciens soldats que l’on a bien vite écartés de la société qu’ils avaient pourtant défendue sur le front. En plus de cinq cents pages, l’auteur combine un portrait sans fard d’Hollywood à une intrigue extrêmement maîtrisée. De nombreux personnages se côtoient, se croisent, s’aiment, se haïssent et tous convergent vers le climax du livre : une fin aussi grandiose que sidérante. 

« Avant les diamants » est un roman noir efficace, parfaitement construit et documenté sur le Hollywood des 50’s. Un énorme plaisir de lecture.