
1964, Beverly et Fix Keating organisent une fête pour le baptême de leur 2ème fille, Franny. Fix est policier à Los Angeles et nombre de ses collègues sont présents. L’une des personnes présentes n’était pourtant pas invitée : Bert Cousins, adjoint au procureur. Fuyant sa propre famille, il est venu avec une bouteille de gin chez Fix qu’il connaît à peine. Pour aller avec le gin, on se met à décrocher les oranges du jardin pour réaliser des cocktails. Bientôt, ce sont les oranges des voisins qui viennent remplir les verres. La fête bat son plein. Bert croise Beverly et tombe sous le charme. Un baiser est rapidement échangé entre eux et scellera le destin de leurs deux familles.
« Orange amère » est une chronique familiale sur une cinquantaine d’années entre la Californie et la Virginie. Après la splendide scène d’ouverture où Bert et Beverly se rencontrent, on s’attend à découvrir au chapitre suivant la suite de leur histoire d’amour. Mais Ann Patchett a l’intelligence de déjouer les attentes de ses lecteurs. L’histoire des familles Cousins et Keating va se faire par ellipses et par flash-backs. On découvre par petits bouts ce qui s’est déroulé, le lecteur remet en place les différentes pièces du puzzle au fur et à mesure de sa lecture : les trahisons, les drames, l’éducation des enfants, l’éloignement, la culpabilité des parents face au divorce. Ann Patchett réalise également une mise en abîme de son roman par l’intermédiaire de Leo Posen, un écrivain à succès qui rencontre Franny et partage sa vie durant quelques années. L’histoire de Franny fera l’objet d’un livre intitulé « Orange amère », puis d’un film. L’intrigue d’Ann Patchett se déploie de manière fragmentée, selon différents modes narratifs mais elle reste parfaitement fluide pour le lecteur.
L’autre excellente idée de l’auteure, c’est de mettre les enfants au cœur du roman. Encore une fois, le premier chapitre laisse présager que le récit sera celui des parents mais ce sont bien les enfants qui seront le centre de « Orange amère ». Le livre parle des liens qui se sont forgés entre les six enfants Cousins/Keating. Les six passaient tous leurs étés ensemble et ils étaient très peu surveillés. Partant ensemble à l’aventure, ils se sont créés des souvenirs, une histoire commune plus forte que ce qu’ils leur arrivera par la suite. cet attachement profond entre les deux fratries est vraiment très beau à découvrir. Chaque personnage est finement analysé, même les personnages secondaires sont incarnés. Ils ne sont pas lisses, ils ont tous des défauts, ont fait des erreurs et c’est ce qui fait ressortir les liens familiaux indéfectibles.
« Orange amère » est un roman magnifique, d’une grande justesse, qui décrit les relations d’une fratrie recomposée. J’imagine sans peine une adaptation car l’écriture d’Ann Patchett est extrêmement cinématographique.











