Olivia de Dorothy Bussy

Olivia

La narratrice, Olivia, arrivée à l’âge adulte, revient sur l’année qu’elle passa en France dans une pension. Elle avait alors seize ans et sa famille l’envoya là-bas pour parfaire son éducation. Olivia  tombe rapidement sous le charme de la directrice de l’école : Mlle Julie. Avec elle, elle découvre la beauté de l’art, Paris, le théâtre, la poésie. Un monde raffiné s’ouvre devant elle, un monde où elle découvrira également ses premiers émois amoureux.

« Olivia » est l’unique œuvre de Dorothy Strachey dite Bussy. Celle-ci était la sœur de Lytton Stratchey et elle était l’amie de Virginia Woolf. Ce récit en partie autobiographique porte la marque du groupe de Bloomsbury.  Il y a une volonté de s’éloigner de l’époque victorienne et d’aborder des thèmes inédits sans avoir peur de choquer le public et la morale corsetée de l’époque. Ici Dorothy Bussy écrit l’un des premiers textes qui abordent l’amour lesbien.

« Olivia » est un roman d’apprentissage qui aborde de manière très juste l’adolescence. Le personnage principal vient d’une famille victorienne, agnostique et lettrée où les sentiments  et leur expression n’ont pas leur place. Olivia arrive donc dans la pension de Mlle Julie innocente du sentiment amoureux. Son admiration pour sa professeure se transforme rapidement en passion. Celle-ci est fortement exaltée comme peuvent l’être les premières amours forgées à l’adolescence. Olivia découvre la sensualité, l’existence de son corps qui demande à être comblé autant que son esprit. La relation avec Mlle Julie se révèle ambigüe entre amitié, admiration, soumission. L’enseignante semble jouer avec les sentiments de la jeune femme, tour à tour elle la cajole puis la repousse. Olivia, toute entière dédiée à Mlle Julie, n’est pourtant pas dupe et elle la voit privilégier parfois d’autres élèves, ce qui plonge notre jeune héroïne dans le plus grand désarroi. « Mon amour est d’un autre ordre. Mon amour est sans espoir ! Sans espoir ! Mots cruels mais qui portaient en eux, malgré tout, une certaine vertu tonique. J’y trouvais une sorte de joie, de réconfort. Oui, me répétais-je, sans espoir ! Mais c’est là ce qui ennoblit ma passion, ce qui la rend digne de respect ! Aucun autre amour, aucun amour entre homme et femme ne peut atteindre un tel degré de désintéressement ! Moi seule, j’ai ce privilège : un amour sans espoir ! » De plus, l’amour, la passion, les rivalités, la jalousie sont exacerbés par l’intimité créée dans le huis-clos d’une pension.

Écrit dans une langue lyrique, infiniment poétique, « Olivia » est le récit d’une passion adolescente, d’une passion brûlante qui réussit à rendre parfaitement les affres, les émois d’un premier amour. Un livre sensible, brillant que j’ai découvert grâce à ma copine Emjy.

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Le fantôme et Mrs Muir de R.A. Dick

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« Un matin de mars, à son réveil, tandis qu’à travers la vitre un rayon de soleil lui caressait le visage, la petite Mrs Muir décida qu’il fallait en finir et que c’était à elle – et à elle seule – qu’il appartenait de prendre les résolutions nécessaires. Comme pour l’encourager dans sa volonté d’indépendance, en bas, dans le jardin, un merle chanta et son chant célébrait le printemps et les recommencements. » Jeune veuve, Mrs Muir est décidée à quitter Whitchester et sa belle-famille pour enfin vivre sa propre vie. Son choix se porte sur une petite station balnéaire : Whitecliff. Elle cherche une villa à prix modéré et elle en visite une, Les Mouettes, qui lui plaît immédiatement. La maison n’a pas été habitée depuis des années et pour cause, elle est hantée par son ancien propriétaire, le capitaine Gregg. Mais Mrs Muir est bien décidée à s’installer aux Mouettes avec son fils et sa fille. Dès son arrivée, elle noue une relation amicale avec le fantôme du vieux loup de mer.

Si, comme moi, vous avez vu le merveilleux film de Joseph L. Mankiewicz, vous aurez le plaisir de retrouver tout son charme dans le roman de R.A. Dick. Le cinéaste a réalisé une adaptation très fidèle et tout le long de ma lecture j’ai visualisé des images du film, Mrs Muir avait les traits de Gene Tierney et Gregg ceux de Rex Harrison. « Le fantôme et Mrs Muir » est une délicieuse et forcément impossible histoire d’amour entre les deux personnages. Cette amitié/amour platonique se développe tout au long de la vie de Mrs Muir. Elle est faite de conseils, de brouilles, d’entraide. Finalement, on oublie assez vite le côté surnaturel de l’intrigue tant Mrs Muir et le capitaine Gregg semblent faits pour s’entendre.

Le roman de R.A. Dick, publié en 1945, est très féministe. C’est contre l’avis de tous que Mrs Muir décide de s’installer seule aux Mouettes. Elle affirme sa volonté d’indépendance, de liberté face à sa belle famille, face aux mœurs de l’époque. Elle est volontaire, courageuse et sait imposer ses choix. C’est le cas également face au capitaine qui jusque-là avait fait fuir tous ses autres locataires. Il doit s’incliner face à la détermination de Mrs Muir à vivre chez lui et à y élever ses deux enfants. Un choix pour le moins audacieux pour son époque !

« Le fantôme de Mrs Muir » est un roman absolument délicieux, plein de tendresse et de délicatesse.

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Vango, I de Timothée de Fombelle

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A Paris, en avril 1934, quarante hommes sont allongés sur le sol devant le parvis de Notre-Dame. Ces hommes sont là pour être ordonnés prêtres. Avant que le cardinal ait pu prononcer un mot, la police, emmenée par le commissaire Boulard, fend la foule venue assister à la cérémonie. Le commissaire recherche l’un des hommes allongés au sol : le jeune Vango Romano. Ce dernier réussit à fuir en escaladant de manière extraordinaire la façade de la cathédrale. Mais un mystérieux tireur tente de le tuer durant son ascension. C’est grâce à une hirondelle que Vango a la vie sauve et qu’il peut s’évader. Sans cesse poursuivi, Vango ne sait même pas pourquoi la police veut l’arrêter. Il découvre rapidement qu’il est accusé du meurtre du frère Jean, son seul ami au séminaire. Une course-poursuite s’engage avec la police mais elle n’est pas la seule à rechercher Vango. Celui-ci doit faire éclater son innocence et trouver la vérité sur ses origines, lui l’orphelin sauvé d’un naufrage au large des îles éoliennes.

Les éditions Folio ont eu l’excellente idée de sortir ce roman jeunesse dans leur collection adultes. Il aurait été dommage que ceux qui ne connaissent pas la littérature jeunesse (c’est mon cas mais je me soigne) passent à côté de ce petit bijou. « Vango » est un extraordinaire roman d’aventures qui est la quête d’identité de Vango Romano sur fond de bouleversements historiques. Timothée de Fombelle nous entraîne à Paris, à Berlin, à Everland en Ecosse, à Salina en Italie, en Russie de 1918 à 1936 pour ce premier tome. Nous montons à bord du célèbre Graf Zeppelin, nous croisons Joseph Staline, nous nous réfugions dans un monastère invisible où les moines fuient Hitler ou Al Capone. C’est un tourbillon, c’est palpitant, virevoltant et l’intrigue est addictive. Les rebondissements et les découvertes tiennent le lecteur en perpétuelle haleine.

« Vango » c’est également une incroyable et attachante galerie de portraits. Vango est un jeune homme charismatique, talentueux dans de nombreux domaines mais il est, comme le lecteur, ignorant de ses origines. Ce jeune homme mystérieux s’attire la sympathie et la bienveillance de Hugo Eckener, le propriétaire du Zeppelin qui tente de résister à la montée du fascisme, le père Zefiro, fondateur du monastère invisible où se cachent un marchand d’armes russe, la Taupe, jeune fille riche qui tue son ennui en escaladant les immeubles de Paris. Et puis, il y a Ethel, l’orpheline écossaise qui retrouva le goût de vivre grâce à un voyage en Zeppelin aux côtés de Vango et qui cherche à le retrouver et à le protéger.

Timothée de Fombelle brasse toutes ces thématiques, y imbrique ses personnages avec beaucoup de talent et une grande intelligence dans la construction de son intrigue. Un conseil : procurez-vous le tome 2 avant d’atteindre la dernière page du tome 1, cela vous évitera de trépigner d’impatience comme je l’ai fait en attendant la suite des aventures de Vango.

Merci aux éditions Folio pour cette découverte.

Fais-moi peur de Malika Ferdjoukh

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Les cinq enfants de la famille Mintz s’apprêtent à passer la soirée seuls dans la maison. Le docteur Mintz et sa femme doivent assister à l’inauguration du nouvel opéra de la ville. La baby-sitter habituelle des enfants, Radiah, doit passer dans la soirée pour voir si tout se passe bien. Mme Mintz n’a pas voulu faire appel à sa belle-mère, pas parce qu’elle n’apprécie pas Mamido mais cette dernière est assez exigeante côté rangement, et Mme Mintz n’a pas eu le temps de redonner forme humaine à son intérieur. Gervaise, l’aînée, a 13 ans et Mona est très mature pour ses 10 ans et demi. Les deux sœurs vont devoir gérer les plus jeunes avec leurs envies de pop-corn, de sapin (pas de sapin chez les Mintz puisqu’ils sont juifs mais Odette a peur que le Père Noël les oublie s’ils n’ont pas de sapin), de faire des plaisanteries aux voisines, les demoiselles Perrucci qui supportent mal les bruits venant de chez les Mintz. Ce que les enfants ne savent pas, c’est que les farces peuvent mal tourner surtout lorsque le Mal rôde tout à côté…

Malika Ferdjoukh a écrit avec « Fais-moi peur » un véritable anti-conte de Noël. Son histoire est empreinte de beaucoup de noirceur et c’est pour cette raison que son livre peut être lu aussi bien par des adolescents que par des adultes. L’assassin est un personnage totalement maléfique, il incarne le mal absolu. « Monsieur N n’avait pas été criminel toute sa vie. La preuve : il avait déjà 9 ans quand il tua pour la première fois. Bien entendu, à cette époque, il n’était pas encore monsieur N… Il était Léo, petit garçon qui passait ses étés chez Mémé et Pépé. » La rencontre entre les enfants Mintz et Monsieur N. est l’occasion pour Malika Ferdjoukh d’aborder de nombreuses thématiques graves : le racisme, la religion, le retour des camps de concentration.

Mais « Fais-moi peur » n’est heureusement pas que sombre. L’auteur y fait montre de beaucoup d’humour, d’un sens exquis de la formule. Les enfants Mintz participent à l’ambiance plus légère, ils font preuve d’une grande fantaisie et d’une belle liberté. Cette bande d’enfants laissés seuls à la maison m’a évoqué la famille des « Quatre sœurs » et leur joyeuse manière de vivre. Leur courage, leur solidarité est un vent de fraîcheur et d’optimisme face aux ténèbres incarnées par Monsieur N (clin d’œil de la cinéphile Malika Ferdjoukh au « M le maudit » de Fritz Lang que Gervaise tente de regarder durant la soirée).

« Fais-moi peur » est une histoire de Noël très sombre, très violente mais c’est surtout une ode à la tolérance, à l’ouverture d’esprit et à la différence.

Merci à ma copine Emjy pour cette découverte !

Le cercle des plumes assassines de J.J. Murphy

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Un matin, en arrivant à l’hôtel Algonquin, Dorothy Parker a le déplaisir de trouver un cadavre sous la fameuse table ronde autour de laquelle se réunit habituellement son cercle d’intellectuels à l’esprit caustique. Le mort a été retrouvé un stylo plume planté dans le cœur. Rapidement, il s’avère qu’il s’agit d’un fameux critique  dont les avis étaient craints des milieux artistiques. Un seul témoin semble avoir vu le meurtrier : William Faulkner, un jeune écrivain venu du Sud des Etats-Unis pour rencontrer Dorothy Parker. Les inspecteurs s’orientent alors vers lui et de témoin, il devient vite le principal suspect. Dorothy Parker n’a d’autre choix que de se mettre en chasse du coupable si elle veut sauver son nouveau protégé.

J’ai été irrésistiblement attirée par cette trilogie car j’apprécie tout particulièrement la verve acide de Dorothy Parker. J’y ai retrouvé également Robert Benchley, puisqu’il est l’ami fidèle de Mrs Parker, dont j’avais apprécié l’humour dans le recueil « Remarquable, n’est-ce pas ? ». D’autres critiques se joignent à eux : Robert Sherwood, Alexander Wollcott ou Harold Ross, futur fondateur du New Yorker. La joyeuse troupe ne manque pas de réparties cinglantes, ironiques et c’est un réel plaisir que d’assister à leurs joutes verbales. Il faut dire que « le cercle vicieux » de Dorothy Parker était réputé pour ses saillies hautement spirituelles et il régnait sur la vie intellectuelle et mondaine du New York de l’époque.

L’autre réussite du roman, c’est la manière dont J.J. Murphy rend parfaitement l’atmosphère du Manhattan des années 20. On suit Dottie et ses amis dans les fameux speakeasy (les bars clandestins), ils sont poursuivis par des gansters et les journalistes avaient encore un véritable pouvoir. Les critiques pouvaient totalement influer sur la vie d’un spectacle ou sur la carrière d’un acteur. D’ailleurs, dans les étages de l’Algonquin, on croise aussi bien Harpo Marx que Douglas Fairbanks. Tout le New York artistique de l’époque se retrouve autour du « cercle vicieux » !

L’intrigue est rythmée, les rebondissements s’enchaînent pour le grand plaisir du lecteur. Mais il faut bien reconnaître que démasquer le coupable n’est pas ce qui nous fait tourner les pages, le fil de l’enquête est  un peu ténu. Néanmoins, les péripéties de Dottie suffisent à nous intéresser.

Même si l’enquête policière passe parfois au second plan, « Le cercle des plumes assassines » est un roman divertissant, plaisant à lire grâce à ses dialogues piquants et au New York des années folles.

Merci aux éditions Folio pour cette lecture.

Les vies de papier de Rabih Alameddine

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Aaliya Saleh est une femme de 72 ans qui vit seule à Beyrouth. Divorcée d’un mari impuissant, elle a décidé de ne jamais se remarier et de profiter pleinement de son indépendance. Son appartement est comme un fort qui la protège du monde extérieur et de ses voisins parfois envahissants. Aaliya est animée par une passion qui occupe toute sa vie : la littérature. Elle travailla comme libraire et traduit en arabe ses auteurs préférés ; Tolstoï, Hamsun, Pessoa, Kertész ou Cortazar. Chaque 1er janvier, elle entame une nouvelle traduction. Son travail n’est pas destiné à la publication et ses manuscrits s’entassent dans sa petite salle de bain. Arrivant à la fin de sa vie, Aaliya repense à son existence, aux personnes qu’elle a croisées durant ses 72 ans, à sa ville tant aimée et qu’elle n’a jamais quittée.

« Les vies de papier » nous permet d’écouter la voix d’Aaliya. Nous sommes plongés, immergés dans son esprit. Comme chez Virginia Woolf, le lecteur suit les courants de pensées de Aaliya avec ses digressions, ses souvenirs qui font le va-et-vient entre passé et présent. On découvre une femme solitaire, misanthrope, peu aimable et ne mâchant pas ses mots. Son regard sur les autres est irrévérencieux et caustique. Mais Aaliya est avant tout un personnage passionné de culture. La littérature, la musique, la peinture remplissent sa vie et lui permettent de se tenir debout et de supporter les coups durs de la vie. Les livres sont un refuge et ont, pour Aaliya, souvent plus de réalité que sa propre vie : « J’ai beau connaître les personnages d’un roman en tant que collection de scènes, également en tant que phrases accumulées dans ma tête, j’ai le sentiment de les connaître mieux que ma mère. Je remplis les blancs avec les personnages littéraires plus facilement qu’avec des gens qui existent vraiment, ou peut-être est-ce que je fais plus d’effort. Je reconnais mieux le visage que Rembrandt a peint de sa mère que je ne reconnais le visage réel qui est le mien. » La beauté des œuvres d’art habite l’âme de Aaliya autant que ses souvenirs, que Hannah, sa seule véritable amie.

L’autre passion de Aaliya, c’est Beyrouth. Sa ville natale a été tant de fois martyrisée, bombardée, assiégée, Beyrouth est le symbole de toutes les guerres et tensions du Moyen Orient. Il y a dans « Les vies de papier » de magnifiques descriptions de la ville de Beyrouth. On sent, chez l’auteur, énormément d’empathie pour cette ville où il vit en alternance avec San Francisco. Beyrouth est le cadre de la vie d’Aaliya mais c’est aussi un personnage à part entière du roman. Comme Aaliya, Beyrouth fait face, s’écroule, se reconstruit et reste debout.

« Les vies de papier » est un hymne à la puissance, à la beauté des œuvres d’art. C’est aussi un superbe et touchant portrait de femme aux pensées bouillonnantes et passionnées.

Merci aux éditions Les Escales pour cette lecture.

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Une autre saison comme le printemps de Pierre Pelot

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François Dorall est un auteur de polars à succès. Il vit aux États-Unis et revient en France pour un festival à Metz. Un soir, après une conférence, un homme l’attend au bar de l’hôtel. Il lui demande de le suivre pour lui faire rencontrer quelqu’un. François obtempère et a la surprise de retrouver Elisa, une ancienne amie d’enfance. Celle-ci lui demande de retrouver son fils qui a été kidnappé.  François Dorall est spécialiste des disparitions mystérieuses mais uniquement pour ses livres. Peut-être pour échapper à ses souvenirs douloureux, peut-être par goût de l’aventure, François accepte d’aider Elisa. Il se lance sur les traces du jeune garçon. Il découvre assez vite que le ravisseur ressemble étrangement au père de l’enfant. Le problème c’est que ce dernier est mort un an auparavant.

Pierre Pelot mélange les genres dans ce court roman qui a été initialement publié en 1995. Nous sommes tout d’abord plongés dans un véritable roman policier avec kidnapping, morts suspectes et atmosphère sombre et pesante. Comme souvent dans les romans policiers contemporains, l’enquêteur est aussi mal en point que ceux pour qui il travaille. François Dorall a un passé douloureux hanté par deux morts brutales. Les morts qui ne nous quittent pas est bien le thème central du roman de Pierre Pelot et c’est avec celui-ci qu’il nous entraîne à la lisière du fantastique. Les hommes, les animaux décédés récemment semblent revenir à la vie. Bien sûr cette histoire évoque celle de l’excellente série « Les revenants » et malheureusement cela fait perdre un peu d’originalité au livre de Pierre Pelot. Le lecteur d’aujourd’hui est sans doute moins surpris que celui de 1995.

Mais la langue de Pierre Pelot est à elle seule une raison de lire son roman. Elle est très plaisante à lire, très inventive et poétique : « Il lui avait fallu un peu de temps pour s’habituer aux grimaces des routes départementales du Doubs enlisées dans la grisaille et les averses intermittentes, ainsi qu’à la conduite pour le moins osée des autochtones. » ; « La pluie tombait en crachin. Dès que Dorall eut arrêté les essuies-glaces, le pare-brise s’opacifia, recouvert de moirures et d’irisations qui estompaient les reflets lumineux provenant d’une lampe d’éclairage public, devant le portail du cimetière, à cent mètres. » ; « Les scintillements tombés des lustres dansaient dans les bulles de son gin tonic. »

« Une autre saison comme le printemps » est un roman plaisant dont l’écriture m’a beaucoup plu mais dont j’ai compris rapidement le ressort central.

Merci aux éditions Héloïse d’Ormesson pour cette lecture.

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L’amie prodigieuse de Elena Ferrante

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 A Naples, dans les années 50, Elena fait la connaissance à l’école de Lila. Cette dernière est une enfant farouche, sauvage et extrêmement brillante. Elle effraie autant qu’elle fascine : « En outre, elle n’offrait aucune prise à la bienveillance. Reconnaître sa bravoure c’était, pour nous les enfants, admettre que nous n’y arriverions jamais et qu’il était inutile de rivaliser ; pour les maîtres et les maîtresses, c’était admettre qu’eux-mêmes avaient été des enfants médiocres. Sa vitesse de réaction tenait du sifflement, du jaillissement et de la morsure fatale. (…) Ses grands yeux très vifs pouvaient se transformer en fentes derrière lesquelles, avant chaque réponse brillante, perçait un regard qui non seulement n’avait pas grand chose d’enfantin, mais qui ne semblait pratiquement pas humain. Chacun de ses mouvements signifiait aux autres que lui faire mal ne servait à rien parce que, quoiqu’il arrive, elle trouverait toujours le moyen de leur en faire davantage. » C’est à cet être qu’Elena s’attache, se compare et se lance dans une amitié au long court tenant autant de l’amour que de la rivalité.

« L’amie prodigieuse » est le premier tome d’une tétralogie consacrée à l’amitié entre Elena et Lila. J’ai mis un peu de temps à entrer dans le roman, du temps à m’attacher aux personnages. Mais ce premier volume vaut vraiment la peine de s’accrocher. « L’amie prodigieuse » est le récit d’une amitié complexe. Lila mène la danse mais son caractère chantourné n’est pas toujours compréhensible pour Elena. Elle s’accroche pourtant, Lila devient un modèle, une étoile qu’il faut tenter d’atteindre. Et ce lien indéfectible va changer sa vie. Sa volonté forcenée à être aussi brillante que Lila à l’école va lui permettre d’avoir le niveau nécessaire pour continuer ses études. Chose rare et précieuse pour une jeune fille dans les années 50 née dans une famille pauvre. C’est d’ailleurs là que les voies se séparent, les deux amies bifurquent. Lila ne continuera pas ses études, le défi trop évident à relever ne semble plus l’intéresser. Elle devra trouver son chemin, sa façon de quitter son quartier, son milieu social.

Et Naples est bien le troisième personnage de l’histoire. Ses faubourgs modestes sont décrits avec beaucoup de justesse. Le quartier définit entièrement ses habitants, leur milieu social. C’est un cocon autant qu’une prison puisqu’on en sort rarement. Adolescentes, ni Elena  ni Lila n’avaient jamais vu la mer ou le Vésuve. Le quartier des deux filles limitent leur horizon, tout en étant un terreau fertile pour l’imaginaire. On y raconte des histoires, presque des légendes autour de certains habitants. Et bien entendu la misère sociale entraîne également la violence et la mafia n’est jamais bien loin pour faire régner l’ordre et la peur.

Un très beau et touchant roman sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte, sur l’émancipation des femmes dans les années 50 à Naples.

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Watership Down de Richard Adams

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Le jeune Fyveer a une sombre prémonition : la garenne où il est né va être entièrement détruite. Il ne sait pas comment mais il pressent que cela est imminent. Il en informe son frère Hazel qui prend très au sérieux les rêves de Fyveer. Il décide de quitter la garenne accompagné de quelques autres lapins qu’il aura réussi à convaincre. La troupe part chercher son nouveau territoire sur les hautes terres que Fyveer a décrites à son frère.

Le résumé de ce roman de 544 pages, écrit en 1972, peut paraitre simple mais n’est-ce pas toujours le cas des odyssées, des quêtes ? Celle de notre bande de lapins est bien entendu semée d’embûches, de dangers, de découvertes. Pour réussir, les lapins, qui sont des animaux peureux, devront faire preuve d’ingéniosité et de solidarité. Chaque lapin a une personnalité bien tranchée à l’image de Hazel, le meneur audacieux et plein de courage, ou de Bigwig qui est un ancien soldat dont la force sera très utile à la survie de ses compagnons. Richard Adams crée tout un monde autour de ses lapins, ils ont un vocabulaire propre (comme le terme farfaler que j’ai adoré et qui signifie manger à l’air libre), ils ont également une mythologie. Krik, le soleil, est leur dieu et Shraavilshâ est leur héros mythique. Les lapins se racontent les aventures de ce dernier durant leurs soirées. La ruse, la malice de Shraavilshâ sont une source d’inspiration pour Hazel et ses amis.

« La courte nuit de juin fila comme un rêve. La lumière revint vite sur la colline, mais les lapins ne bougèrent pas. L’aube était passée depuis longtemps et ils dormaient encore, plongés dans le silence le plus profond qu’ils aient jamais connu. De nos jours, les champs et les bois sont très bruyants durant la journée, beaucoup trop pour certains animaux. Les voitures et les tracteurs ne sont jamais bien loin. Le matin, les sons de plusieurs maisonnées résonnent à des centaines de mètres à la ronde. Le chant des oiseaux n’est distinct qu’aux toutes premières lueurs du jour, car peu après, un vacarme incessant envahit les bois. Depuis cinquante ans, le silence des campagnes a peu à peu disparu. Mais là-haut, sur la colline de Watership Down, le murmure du jour était presque imperceptible. » A travers l’odyssée de ses lapins, Richard Adams défend la beauté de la campagne anglaise et dénonce les destructions, les méfaits des hommes. Il y a dans les pages de « Watership Down » de splendides descriptions de la nature et un profond respect pour les cycles de celle-ci et le rythme des saisons. La quête d’une garenne paradisiaque est teintée de combat politique pour la défense de l’environnement, ce qui résonne particulièrement avec les préoccupations qui animent nos sociétés contemporaines.

« Watership Down » est un très, très grand roman à l’instar du « Vent dans les saules » de Kenneth Graham. Les aventures de Hazel et de ses amis m’ont conquise, le roman se dévore et est particulièrement bien mené. L’odyssée de cette troupe de lapins est palpitante et enthousiasmante. Je ne peux que vous inviter instamment à vous balader à Watership Down aux côtés des lapins de Richard Adams.

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Une demoiselle comme il faut de Barbara Pym

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Dans la proche banlieue de Londres se situe la paroisse du pasteur Mark Ainger et de sa femme Sophie. La petite communauté est mise en émoi par l’arrivée de deux nouvelles personnes : Rupert Stonebird, un anthropologue célibataire et Ianthe Broome, bibliothécaire et également célibataire. Le voisinage ne parle plus que d’eux et de leur possibilité à former un couple. Sophie Ainger aimerait quant à elle que Rupert s’intéresse à sa sœur Pénélope qui se désespère de trouver un mari. Rupert n’a que l’embarras du choix et flirte avec Pénélope et Ianthe dans les kermesses, les ventes de charité, les thés et les voyages organisés par la paroisse. Entre la discrète et sage Ianthe et la sexy et délurée Pénélope, quel sera le choix de Rupert ?

« Une demoiselle comme il faut » a été écrit en 1963 mais il n’a été publié qu’après la mort de Barbara Pym. Comme toujours chez cette auteure, le lecteur est plongé dans une ambiance cosy et très anglaise : une petite paroisse où chacun connaît le détail de la vie de ses voisins et où l’on veut marier tous les célibataires. Mais Barbara Pym ne s’arrête pas à la simple description de la vie provinciale, elle va chercher sous la surface des apparences pour faire ressortir les défauts de chacun. Elle met au jour leur hypocrisie, leurs à priori et leur basse mesquinerie. Chacun se doit de respecter les conventions sociales et de correspondre à l’idée que les autres se font de vous. Ianthe, la demoiselle comme il faut du titre, sera bien la seule à dépasser le carcan imposé par la vie dans cette petite communauté. Elle sera d’ailleurs bien plus audacieuse que Pénélope qui semble pourtant tellement indépendante et sûre d’elle-même. Finalement, le mariage, comme chez Jane Austen, reste le saint Graal des relations sociales et au cœur des préoccupations de la paroisse. Comme Jane Austen, Barbara Pym décrit ses personnages avec beaucoup d’ironie mais également beaucoup de tendresse.

C’est délicieux, douillet, un brin désuet mais c’est toujours un réel plaisir d’évoluer dans le petit monde de Barbara Pym !

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