Une photo, quelques mots (225ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

rainbow-leiloona© Leiloona

La pluie était tombée soudainement, brutalement. Une averse d’été drue qui soulage de la chaleur pesante d’une journée d’août. L’odeur de l’asphalte détrempé montait jusqu’à la chambre. Une odeur doucereuse, âcre qui évoquait à Mathilde d’autres étés, d’autres orages.

Pendant que les gouttes d’eau dégoulinaient le long des gouttières, Mathilde passait en revue les souvenirs qui tourbillonnaient dans sa tête depuis qu’elle était arrivée dans cette chambre. A 87 ans, elle n’en manquait pas ! Des joies, des peines, des réussites, des défaites, une vie ordinaire faite de hauts et de bas. Mais aujourd’hui, tout lui semblait loin. Les douleurs et les chagrins étaient réduits en cendres. Les bonheurs étaient comme des trophées prenant la poussière en haut d’une armoire.

Le moment fatidique était bientôt là. La fin du dernier chapitre de la vie de Mathilde allait s’écrire. Elle était plus paisible, plus calme que ce qu’elle avait imaginé. La décrépitude de la vieillesse avait été plus douloureuse, plus difficile à accepter. Maintenant, elle avait l’impression de n’avoir qu’à se laisser aller, à enfin baisser les armes.

Au fond de son lit d’hôpital, Mathilde souriait. La vie lui offrait une dernière grâce, un dernier présent : un sublime arc-en-ciel au-dessus des toits.

Ce soir-là, Mathilde s’endormit pour la dernière fois, le cœur et l’âme émerveillés par les beautés de la vie.

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A l’orée du verger de Tracy Chevalier

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En 1838, James Goodenough cultive, avec sa famille,  des pommes dans le Black Swamp, Ohio. Une terre extrêmement marécageuse où il est difficile de prospérer. James et Sadie Goodenough perdent chaque année un enfant en raison de la fièvre des marais. Pour surmonter ces pénibles conditions de vie, James s’occupe passionnément de ses pommiers essayant d’implanter aux États-Unis la reinette dorée qu’il apporta avec lui d’Angleterre. Sadie leur préfère les pommes acides, celles qui donnent l’eau-de-vie dans laquelle elle se noie et se détruit. Les parents se déchirent, se détestent. Les enfants sont spectateurs de cette violence larvée. Robert suit les traces de son père, il aime les arbres et s’intéresse à la culture des pommes. Il protège sa sœur Martha, le souffre-douleurs de sa mère parce que trop douce et trop docile. C’est en 1838 que Robert est poussé à quitter sa famille après un terrible évènement. Il part vers l’Ouest laissant derrière lui sa chère Martha.

Tracy Chevalier nous conte la vie de Robert Goodenough de 1838 à 1856, de l’Ohio à la Californie. La construction du roman est audacieuse et complexe. La première partie est consacrée à l’enfance de Robert et nous est racontée par les voix de James et de Sadie en alternance. La vie de Robert, entre 1838 et 1856, est évoquée par les lettres qu’ils envoie à sa sœur Martha. Plus tard, nous lirons également les siennes nous révélant  ce qui se passa à Black Swamp en 1838. Entre ses deux parties épistolaires, nous suivons le parcours, le voyage de Robert vers la Californie. De nombreuses voix s’expriment sous des formes différentes, l’histoire de Robert nous est racontée par des points de vue variés. La structure narrative de « A l’orée du verger » est d’une grande richesse, d’une belle complexité.

Comme souvent, Tracy Chevalier mêle le souffle de l’histoire et le souci du détail. A travers la destinée de la famille Goodenough, l’auteur évoque les pionniers et la rudesse de la vie qu’ils durent mener en venant s’installer sur de nouvelles terres. Ils sont face à une nature sauvage qu’ils tentent de domestiquer mais qui finit toujours par les dominer. Robert admirera la grandeur de la nature et c’est elle qui l’aidera à se reconstruire. La nature, les arbres sont célébrés dans les pages de ce roman. Face à l’immensité des paysages américains, Tracy Chevalier sait aller au plus près des sujets qu’elle traite comme celui de la culture des pommes, de leur greffe. La première partie est très documentée sur cette thématique et la multitude de détails n’est pas gratuite. Elle souligne et amplifie l’obsession de James pour ses pommes qui phagocyte son esprit et l’empêche de s’occuper de ses enfants.

Âpre, violent, tendu, le dernier roman de Tracy Chevalier est une belle réussite qui nous fait entendre, grâce à sa construction élaborée, les voix et les destins des membres  de la famille Goodenough.

Merci aux éditions Quai Voltaire pour cette lecture.

Une photo, quelques mots (224ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

valises© Leiloona

Lady Susan Wentworth luttait pour garder son calme. Vingt cinq ans passés aux côtés de Lord George lui avaient appris à toujours sauver les apparences. Mais aujourd’hui, devant les bagages de sa fille Emma, le contrôle de soi était difficile à conserver. Lady Susan avait envie de pleurer, de crier.

Tout était allé très vite, sans qu’elle ait pu empêcher quoi que ce soit. La guerre n’avait pas réussi à son époux. Des investissements hasardeux avaient quasiment ruiné la famille. Tous les espoirs reposaient sur les épaules de Matthew, l’aîné, l’héritier. Mais celui-ci s’était engagé en pensant que la guerre ne durerait pas. Matthew n’était pas revenu des tranchées de Verdun.

Lady Susan avait bravement supporté ces deux épreuves. Elle avait fait front grâce à sa fille Emma. Toutes deux s’étaient rapprochées face à la tragédie qu’était la mort de Matthew. Lord George se consolait de la perte de son fils en buvant du whisky dans son club. Il y passait tout son temps, se préoccupant peu de la douleur de sa femme ou de celle de sa fille.

C’est durant l’une de ses soirées au club qu’il rencontra Ian Macdonald, propriétaire d’un domaine à Glen Suilag en Écosse. Contrairement à Lord George, Ian MacDonald était prospère, ses affaires florissantes. Et parfois le destin semblait mettre en relation les bonnes personnes au bon moment.  Macdonald cherchait à marier son fils à une famille aristocratique anglaise afin d’acquérir un titre. Une alliance économique qui sauverait les Wentworth de la honte de la ruine.

Et voilà comment en trois mois, Emma se retrouvait marié à un parfait inconnu. Comme Lady Susan aurait voulu éviter à sa fille de connaître ce qu’elle avait elle-même vécu : la déception et la grande solitude d’un mariage arrangé. Comme elle aurait aimé que le monde changeât plus vite pour sauver son dernier enfant de conventions archaïques.

Lady Susan passa sa main sur les bagages en cuir de sa fille. Elle ne put, cette fois, réprimer ses larmes. Il en serait de même lorsqu’elle verrait sa fille s’éloigner d’elle à bord du train qui l’emmenait vers sa nouvelle demeure. Quand la reverrait-elle ?

Lady Susan se sentit soudain très lasse ; l’immense solitude qui l’attendait désormais l’accablait.

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Challenge – coupe d’Europe des livres

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Face à la débauche de cris de supporters, de maillots et visages aux couleurs des équipes, de sifflements de l’arbitre, de danses ridicules des attaquants après un but qui vont envahir l’Europe à partir de ce soir, Cajou nous propose un challenge très amusant qui consiste à former notre propre équipe de 11 livres qui vont nous accompagner durant l’Euro.

Et voici comment il nous faut composer notre équipe de rêve :

Un gardien de but : THE roman que vous voulez à tout prix lire, celui qui n’a pas le droit de passer à travers les mailles du filet des profondeurs de votre PAL.
Des attaquants : les 4 romans de votre PAL que vous voulez ABSOLUMENT lire.
Des milieux de terrain : les 3 romans de votre PAL que vous avez envie de lire juste après.
Des défenseurs : les 3 romans que vous n’avez pas encore dans votre PAL mais que vous voudriez vous offrir -sans attendre le Mercato- pour parfaire votre équipe.

Le gardien de but

Un livre très, très fortement conseillé par ma copine Emjy

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Les attaquants

Des nouvelles, une découverte récente, de l’humour, la suite d’un roman déjà lu, mes attaquants viennent d’horizons différents.

Drabble  Mrs Miniver Erre Bridge

Les milieux

Un autre livre hilarant pour oublier le temps maussade et deux sorties récentes dont une résonne tout particulièrement avec l’actualité.

       etrange-suicide-dans-une-fiat-rouge-a-faible-kilometrage-9782266216753_0       Rye       panne

Les défenseurs

Trois livres qui viennent tout juste de sortir et qui me tentent terriblement.

           Judith       Olivia       Le_parfum_des_fraises_sauvages__c1_large

Je ne sais pas si toute l’équipe réussira à être présente avant le 10 juillet mais c’est un bien beau programme qui m’attend pour les semaines à venir.

Lore Krüger, une photographe en exil 1934-1944 au mahJ

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Après la redécouverte de l’unique livre de Françoise Frenkel, voici celle d’une photographe allemande qui exerça ses talents entre 1934 et 1944 de Berlin à New York lorsqu’elle fuyait le nazisme. Ce sont deux chercheuses berlinoises qui, en 2008, sont allées chez Lore Krüger et ont découvert une valise remplie d’une centaine de clichés. Étant donné la qualité du travail, elles décidèrent d’en faire une exposition à Berlin qui maintenant est à Paris au Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme.

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Lore Krüger est née dans une famille bourgeoise qui sera durement frappée par la crise de 1929. La jeune femme se met à travailler comme sténographe mais elle sera renvoyée en 1933 car elle est juive. Elle comprend donc qu’il lui faut quitter son pays et son périple commença à Londres où elle emporta l’appareil photo que son père lui avait offert. C’est là qu’elle commence à devenir photographe. Par la suite, elle devra rejoindre ses parents à Majorque puis s’installe à Barcelone pour finalement atterrir à Paris.

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Dans la capitale française, elle fait une rencontre décisive, celle de Florence Henri dont elle suit les cours. La photographe française ouvre la jeune allemande aux possibilités de l’avant-garde, du Bauhaus. Florence Henri réalise de très beaux portraits de Lore Krüger, notamment celui qui sert d’affiche à cette exposition.

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Malheureusement l’exil de Lore Krüger ne s’achève pas à Paris. A l’arrivée des nazis en 1940, elle est internée au camps de Gurs avec sa sœur et son mari mais elle réussit à en sortir quelques mois après pour rejoindre Marseille. De là, elle se rend au Mexique et enfin à New York. Là-bas, elle et son mari travaillent pour un journal anti-fasciste. A la fin de la guerre, ils retournent à Berlin mais dans la partie est puisqu’ils étaient farouchement communistes.

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L’exposition présente le travail de Lore Krüger par villes où elle est passée et souligne la diversité de son travail. On y voit les expérimentations parisiennes avec des effets de matière dans les natures mortes, des photogrammes et des compositions très travaillées (la série avec le masque africain montre bien ses recherches formelles.)

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Mais il y a également tout un pan humaniste à son travail et qui est visible dès son passage à Majorque où elle photographie des pêcheurs et leurs familles. Les compositions sont très travaillées mais elle cherche avant tout à témoigner d’une actualité violente et douloureuse puisque l’armée franquiste avait attaqué Majorque. A Paris, elle immortalise la Tour Eiffel mais elle n’oublie pas ceux qui dorment sous les ponts. Les plus beaux portraits qu’elle réalise sont ceux des gitans durant leur pèlerinage à Saintes-Maries-de-la -Mer en 1936. Il y a beaucoup d’empathie, de respect et d’humanité dans le regard qu’elle pose sur eux.

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Malheureusement, Lore Krüger cesse d’être photographe vers 1946 suite à de graves problèmes de santé. L’exposition du mahJ montre à quel point elle aurait pu devenir une photographe essentielle du 20ème siècle.

Rien où poser sa tête de Françoise Frenkel

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« Rien où poser sa tête » fut écrit en 1943-44 en Suisse et publié en 1945. Tombé dans l’oubli, le livre a été redécouvert en 2010 dans un vide-grenier d’Emmaüs. Incroyable destin pour le seul et unique livre de son auteur Françoise Frenkel, juive polonaise qui avait ouvert une librairie française à Berlin.

Le livre que nous avons dans les mains est quasiment le journal du périple à travers l’Europe de Françoise Frenkel pour échapper à la terreur nazie. Elle décrit son quotidien, ses tracas administratifs, ses frayeurs, ses coups de chance aussi.

Françoise Frenkel quitte Berlin en 1939 pour Paris, sa ville de cœur. Mais elle ne peut y rester bien longtemps et elle tente de gagner le sud en passant par Vichy, Annecy, Avignon et Nice où elle séjourna plus longuement comme de nombreux réfugiés étrangers. « Des solitaires de tous pays, détachés du reste de leurs familles, stationnaient devant le casino, les devantures de magasins, au hasard des rues et des places. Ils s’installaient sur les bancs et les chaises en location, remplissaient l’intérieur et les terrasses des cafés du matin au soir. Des juifs, de tous les pays occupés, tournaient dépaysés, sans but et sans espoir, dans une inquiétude et une agitation toujours grandissantes. » Ce qu’elle montre parfaitement c’est la montée progressive de l’horreur. Cela commence par le recensement des étrangers, la mention de la judéité sur la carte d’identité, les rafles. Ce qui frappe également c’est la grande solitude de celle qui fuit. Cette traque incessante, épuisante oblige Françoise Frenkel à confier sa vie à de parfaits inconnus. Se met en place à l’époque un odieux commerce autour de la cache des juifs. Elle ne sait donc jamais dans les mains de qui elle est.

Fort heureusement, Françoise Frenkel fit de nombreuses très belles rencontres et notamment un couple de coiffeurs à Nice, les Marius, au courage et à l’amitié sans commune mesure. « Rien où poser sa tête » semble d’ailleurs être un hommage à l’humanisme de toutes les personnes que l’auteur a croisées. Ressort de ce témoignage un grand sentiment de fraternité, de générosité malgré les coups durs et l’angoisse.

Françoise Frenkel fait preuve d’une infinie dignité dans son récit. L’écriture est neutre, factuelle. Jamais l’auteur ne tombe dans le pathos, la plainte, qui pourtant était légitime. On ne ressent aucune colère, aucun ressentiment envers ceux qui ont profité de sa situation.

Malgré la redécouverte de « Rien où poser sa tête », Françoise Frenkel garde des mystères. Après la guerre, nous n’avons que la mention de son décès ce qui en fait un personnage hautement modianesque. On imagine parfaitement Patrick Modiano, qui signe la préface du livre, chercher la trace de Françoise Frenkel à travers le passé, les souvenirs. Autre zone d’ombre, le récit n’évoque jamais le mari de Françoise Frenkel avec qui elle avait ouvert sa librairie française. Peut-être son souvenir était-il trop douloureux puisqu’il fut déporté à Auschwitz où il décéda en 1942.

« Rien où poser sa tête » est un témoignage poignant où l’on peut voir à l’œuvre le pire mais également le meilleur de la nature humaine.

 

Bilan livresque et films de mai

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On peut dire que mon mois de mai littéraire fut éclectique puisque je suis passée d’une prison en Italie (très belle découverte que ce roman de Francesca Melandri), au Brooklyn du début du 20ème siècle dans un classique de la littérature américaine,  pour ensuite suivre la fuite vers la liberté de Françoise Frenkel à travers la France de la seconde guerre mondiale et enfin me fixer à Londres aux côtés de Frederick Troy. J’ai pu enfin lire le quatrième tome  de la formidable bande-dessinée de Cecil et Brunschwig consacrée à Sherlock Holmes. Mais trop de temps entre chaque volume gâche le plaisir et il m’a été très difficile de me remettre dans l’histoire.

Du côté du cinéma, beaucoup de bons films mais pas vraiment de coup de coeur. Si je ne devais en garder qu’un, ça serait quand même celui-ci :

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Julieta prépare ses cartons, elle déménage au Portugal avec son compagnon. Elle semble heureuse de quitter Madrid. Mais tout va changer après une rencontre dans la rue. Julieta croise dans la rue l’amie d’enfance de sa fille qui lui donne des nouvelles de cette dernière. On découvre alors que Julieta n’a pas revu son enfant depuis de très nombreuses années et n’a pas non plus de nouvelles. Elle décide alors de rester à Madrid et de se réinstaller dans l’immeuble où elle a vu sa fille pour la dernière fois. Padro Almodovar adapte Alice Munro et réalise un film très touchant sur la culpabilité. L’histoire de Julieta et de sa fille est emprunt de tristesse, de mélancolie et semble démontrer que la vie n’est qu’une suite de perte. Les deux actrices qui incarnent Julieta à des âges différents sont particulièrement émouvantes et d’une grande sobriété de jeu, on est loin de l’exubérance des premiers films du réalisateur. « Julieta » est film très hitchcockien avec sa longue scène dans un train et la superbe scène où l’on change d’actrice pour incarner le personnage principal.

Et sinon :

  • Café society de Woody Allen : Bobby quitte sa famille new-yorkaise pour tenter sa chance à Hollywood auprès de son oncle qui dirige une agence de stars. C’est là qu’il rencontre et tombe amoureux de Vonnie, mystérieuse et fascinante assistante de son oncle. Ils discutent beaucoup, vont dans des clubs de jazz mais Vonnie considère Bobby comme un ami. Et pour cause, elle est elle-même amoureuse d’un homme marié. Les années 30, des clubs de jazz, un jeune new-yorkais touchant et maladroit, « Café society » est un condensé de l’univers de Woody Allen. L’ambiance des années 30 est formidablement bien rendue et fait pétiller les yeux du spectateur. Le casting est particulièrement réussi avec Steve Carell, Kristen Stewart et Jesse Eisenberg qui est un alter-ego  particulièrement troublant. L’histoire d’amour contrariée est néanmoins un peu convenue.
  • The nice guys de Shane Black : Los Angeles dans les années 70, deux détectives sont sur une même enquête : retrouver une jeune femme contestataire. L’un est un vieux briscard qui n’est pas avare en baffes et l’autre est un papa gâteau particulièrement maladroit. Un duo classique qui allie les contraires et provoque des situations cocasses. L’intrigue est amusante puisqu’il s’agit d’un groupe écolo qui a tourné un film porno pour diffuser son message et dénoncer le gouvernement en place. Les deux acteurs sont la grande attraction du film : Russell Crowe est massif, désenchanté tandis que Ryan Gosling joue avec son image et surtout fait le clown. La comédie va bien à ces deux-là.
  • Dalton Trumbo de Jay Roach : Dalton Trumbo est un scénariste prisé de Hollywood. Malheureusement pour lui, il est communiste et est victime de la chasse aux sorcières de MacCarthy. Il est empêché d’exercer son métier et fait même de la prison. Mais Dalton Trumbo refuse de baisser les bras et il se met à travailler dans l’ombre avec des pseudonymes. Il fournit des scénarios à la pelle pour une maison de production de nanars. Mais il obtient également deux oscars pour les scénarios de « Vacances romaines et « Les clameurs se sont tues ». Le film reconstitue parfaitement cette époque et l’ambiance délétère engendrée par le sénateur MacCarthy. Mais il vaut surtout pour la performance de Bryan Cranston qui montre à nouveau la vaste palette de son talent. Le film, qui dure 124 mn, aurait vraiment gagné à être raccourci. La fin semble assez interminable.
  • Les habitants de Raymond Depardon : Pendant plusieurs mois, Raymond Depardon s’est baladé sur les routes de France pour en écouter les habitants. Il installe deux passants dans sa caravane et les laisse poursuivre leur conversation devant la caméra. Les sujets abordés sont très divers et vont du futile (les filles à draguer) au plus tragique (une mère qui veut empêcher son fils de sombrer dans la drogue). Ce sont les femmes qui sortent du lot, elles sont fortes, fragiles mais toujours volontaires et regardant vers l’avant. Mais, malgré mon admiration pour le travail de Raymond Depardon, je suis restée perplexe quant au message qu’il tentait de nous donner.L’échantillon sociologique me semble également étroit et pas représentatif de la diversité française.

 

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Black out de John Lawton

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Londres, en 1944, est en ruines. La ville est encore bombardée et les habitants doivent toujours se précipiter dans les abris ou les stations de métro pour rester en vie.  Malgré tout, la vie quotidienne ne s’arrête pas. Les homicides non plus, et Scotland Yard est toujours en activité. Le jeune lieutenant Frederick Troy se trouve confronté à la découverte d’un bras d’homme dans les décombres d’un bâtiment. Il sent très rapidement que la mort de cet homme n’est pas due à un bombardement mais bien à un meurtre. A force de recherche, il relie cette découverte à un autre assassinat et à une disparition. Les trois hommes semblent être des scientifiques allemands réfugiés en Angleterre. L’affaire de Troy va le mener vers les services secrets britanniques mais également vers ceux de leurs alliés américains.

« Black out » est le premier tome des enquêtes de Frederick Troy à être traduit en français. L’histoire  débute en 1944 à Londres et s’achève en 1948 à Berlin. John Lawton nous place entre le polar et le roman d’espionnage. L’intrigue est extrêmement bien menée et rythmée. De nombreux rebondissements émaillent la narration grâce notamment au mystère qui entoure toujours les services secrets. Très détaillée, elle ne laisse à aucun moment son lecteur sur le côté. L’intrigue se révèle même palpitante et captivante. Elle l’est d’autant plus que le contexte historique, l’atmosphère de la ville à cette époque sont parfaitement bien rendus.

Le charme de « Black out » tient également en partie à la personnalité de Frederick Troy. C’est, comme souvent dans les polars de ces dernières années, un personnage atypique. Il vient d’une famille de la haute société russe, cultivé, intelligent, il est d’une obstination quasiment obsessionnelle. Célibataire, il est totalement inconscient des risques qu’il prend. Pendant cette enquête,  il se fait poignarder, molester et enfin tirer dessus ! Mais ce n’est pas un personnage exempt de failles, il a notamment un gros problème face aux femmes auxquelles il semble absolument incapable de résister. Il est entouré par une belle galerie de personnages secondaires qui ne sont pas que des ombres à ses côtés.

« Black out » a été une belle surprise, j’ai lu très rapidement ce roman de 430 pages  et j’ai trouvé le personnage principal intéressant et attachant.

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Une photo, quelques mots (222ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

photo-semaine-bricabook© Leiloona

Ils me prennent pour un fou, un illuminé. Tous dans le village le pensent. Je le vois bien dans leurs yeux quand je les croise. Ils m’observent à la dérobée, le sourire aux lèvres,  lorsque je pars arpenter la montagne avec mes cartes et mes instruments de mesure.

Quelque part, je les comprends, je ne suis pas le premier à avoir cette idée folle. D’autres sont venus épuiser leurs rêves sur les versants de la montagne. Ce qu’ils n’admettent pas, c’est que cette fois, c’est l’un des leurs qui cède aux chimères.

J’ai grandi ici aux pieds de ce massif aride scandé par les cyprès. Au sommet d’un éperon rocheux, les ruines d’un château nous toisent. Seule une tour a su garder son intégrité et sa grandeur. C’était notre repaire.

L’écho de la sonnerie de fin de cours planait encore dans l’air que nous étions déjà loin. Barnabé, Justin et moi passions nos fins d’après-midi à nous imaginer en preux chevaliers défendant notre tour.

C’est là que mon idée, mon obsession diraient certains, a germé. Un jour, un vieil homme est venu nous parler. Il nous conta l’histoire du seigneur cathare qui vivait ici et qui dut fuir les persécutions de la papauté. Il nous expliqua aussi qu’une légende entourait son départ. Le seigneur cathare n’aurait pas emmené son trésor avec lui. Espérant revenir rapidement sur son domaine, il aurait enterré ses biens les plus précieux dans les environs.

Nos imaginations de gamins se sont alors emballées. Nous serions ceux qui allaient redécouvrir le trésor du seigneur cathare. La recherche nous a occupé plusieurs étés. Nous nous sommes documentés, avons récupéré des cartes de la région. Nous scrutions chaque centimètre de terre, soulevions chaque pierre avec détermination. Quelle palpitante chasse aux trésors cette histoire représentait !

Et puis, un été, Barnabé et Justin n’ont plus voulu me suivre. Ils me disaient que nous avions passé l’âge, que la plaisanterie avait assez duré. Ils voulaient m’entraîner dans les cafés, à la piscine où nous pouvions aborder les filles. Mais moi je savais que le trésor était bel et bien là, qu’il ne fallait pas relâcher nos recherches. Barnabé et Justin m’ont dès lors regardé avec moquerie et un soupçon de mépris. Comme le reste des habitants.

Je suis parti un temps mais je suis revenu chercher dans la montagne mon trésor enseveli. Ne me demandez pas pourquoi j’y tiens tant, je ne le sais pas moi-même. Ce que je sais en revanche, c’est que je le trouverai.

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Le lys de Brooklyn de Betty Smith

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« Le lys de Brooklyn » est un classique de la littérature américaine. Il s’agit du récit en grande partie autobiographique de Betty Smith nous racontant son enfance dans le quartier de Williamsburg à Brooklyn, l’un des quartiers les plus pauvres de la ville.

Le récit commence par une scène d’anthologie. Nous sommes en 1912, dans la famille Nolan. La narratrice, Francie, nous raconte une journée ordinaire pour elle, son frère Neeley et tous les autres gamins de Williamsburg. La journée commence par un passage obligé chez le chiffonnier où l’on échange ferrailles et autres trouvailles contre quelques sous. Ceux-ci permettent de s’acheter quelques bonbons, de s’offrir de petits cadeaux. Pendant que les garçons jouent entre eux, Francie se rend dans son lieu favori : la bibliothèque. « Elle croyait que tous les livres de la terre se trouvaient ici réunis et elle avait formé le projet de lire tous les livres. Elle lisait à la cadence d’un volume par jour, en suivant l’ordre alphabétique, et sans sauter les moins intéressants. Elle se rappelait que le premier auteur qu’elle eût jamais lu s’appelait Abbott. Il y avait longtemps déjà qu’elle lisait un livre par jour, et elle n’en était encore que dans les B. » Francie s’évade dans les livres et a le projet de devenir écrivain.

Sa mère, Katie, s’épuise à faire le ménage au point d’avoir honte de ses mains laborieuses. Son mari, Johnny, chante dans des bars et malheureusement boit aussi beaucoup. Malgré la pauvreté, les épreuves, la petite famille est soudée. La tendresse, l’amour restent forts malgré les privations.

C’est d’ailleurs ce qui est touchant dans ce roman. Récit réaliste d’un apprentissage de la vie, Betty Smith ne tombe jamais dans le misérabilisme. Le quotidien est difficile mais on ne s’apitoie jamais et Katie essaie sans cesse d’amuser ses enfants, de les détourner des choses pénibles. Elle les fait notamment jouer à l’île déserte, à la survie pour leur faire oublier que le frigo est réellement vide. Le roman est émaillé de récits témoignant de la dureté de la vie pour les Nolan : la maltraitance à l’école où les plus pauvres ne peuvent aller aux toilettes quand ils le souhaitent, Katie qui fait le ménage jusqu’au jour de son accouchement, Katie qui manque de se faire agresser par un pervers sexuel. Mais la dignité, le courage sont les armes qui permettent à la famille Nolan de tenir debout.

Ils ne sont d’ailleurs pas seuls. « Le lys de Brooklyn » présente une incroyable galerie de personnages secondaires à commencer par les sœurs de Katie. La plus notable est Sissy, mariée trois fois à des hommes qu’elle ne nomme que Johnny parce qu’elle aime ce prénom ; elle a vécu onze accouchements d’enfants morts-nés. Et pourtant, elle ne désespère pas, elle est pleine d’attention pour Francie et Neeley. Une véritable force de la nature que le malheur n’arrête pas.

« Le lys de Brooklyn » est le récit d’une enfance miséreuse mais pas malheureuse. Le ton du livre a la fraîcheur de l’enfance, de l’espoir jamais démenti. Parfois trop bavard, trop détaillé, il n’en reste pas moins un livre très plaisant et à l’optimisme forcené.