Une photo, quelques mots (170ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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©Leiloona

C’est ici, place de la Concorde, que je suis tombé amoureux de toi. C’était en mai, il y a tout juste dix ans. Un joli mois de mai, lumineux et doux. Le soleil donnait des reflets argentés à l’eau qui jaillissait de la fontaine des mers. Le pyramidion de l’obélisque étincelait. J’étais jeune, je débarquais de ma province. J’étais ébloui. Tu étais là, tu étais mystérieuse et ensorcelante. Il me fallait te découvrir, apprendre à te connaître, à t’apprivoiser.

Tu étais changeante, troublante. La lumière modifiait sans cesse ton visage. Froide et sombre lorsque l’hiver venait, chaude et accueillante lorsque le soleil te caressait. J’étais perplexe devant tes mille réalités. Ton élégance, ta gouaille, ta modernité, tu t’adaptais toujours et encore. Rien ne semblait pouvoir te perturber. Solide et fière, tu résistais à tout et déjà j’avais du mal à te suivre.

Je cherchais à te comprendre, à te saisir. J’errais le long du quai des Grands Augustins, je vagabondais dans les allées sinueuses du parc des Buttes-Chaumont, je marchais dans les couloirs interminables et blêmes du métro, je parcourais les immenses percées haussmanniennes en quête d’une vérité, d’une identité.

Tu étais aussi dure que tu pouvais te faire légère. Tu me rejetais autant que tu m’enveloppais. Mon cœur se pinçait lorsque je te quittais, la vie même semblait s’arrêter loin de toi, ma palpitante ! Que d’énergie pourtant il m’a fallu déployer pour rester auprès de toi, tu ne supportais aucune faiblesse, aucune faille. J’ai grandi, mûri dans tes bras. Je me suis endurci, un peu, pas assez.

Mais aujourd’hui, je suis las de devoir batailler pour être à la hauteur. Je n’ai plus la force nécessaire. Je sais que je dois m’éloigner pour me préserver. C’est pour te dire adieu que je suis revenu place de La Concorde. Le temps est de circonstance. Le ciel est bas, couvert, morne. Il t’ôte tout éclat. Je suis là, je t’observe, résolu à partir et pourtant mon cœur est douloureux. Mes yeux se brouillent, le ciel s’assombrit. je pars. Je te quitte et je sais que tu vas me manquer. Toi, ma ville. Toi, Paris.

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Intempéries de Jésus Carrasco

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Un enfant se cache, des hommes sont après lui. Patient, il attend leur départ pour pouvoir fuir. Sous un soleil implacable et au milieu d’une terre desséchée, l’enfant veut couper les ponts avec sa famille et son village. Lors de son périple, il croise la route d’un vieux berger qui l’accepte auprès de lui. Ensemble, ils vont faire front face aux dangers qui les guettent : la sécheresse et leurs poursuivants.

Ce premier roman, très réussi, nous plonge dans un paysage totalement ravagé par une sécheresse inexpliquée. On ne saura pas s’il s’agit d’une catastrophe écologique, de la fin du monde, uniquement que les hommes ont déserté la région. On ne saura pas non plus à quelle époque se déroule l’histoire, ni le nom des différents protagonistes. A part la raison de la fuite de l’enfant, on ne saura rien non plus sur leurs vies. Deux solitudes, deux âmes fatiguées des hommes se trouvent et s’épaulent dans un paysage menaçant et dangereux. Cette terre brûlée ramène les hommes à des conditions de vie primitive. Le berger et l’enfant sont contraints à la transhumance pour trouver de l’eau et de la nourriture. Ils doivent lutter contre la violence des conditions climatiques, se protéger de la brutalité des autres hommes. Les deux personnages en sont réduits à l’assouvissement de leurs besoins vitaux.

La langue de Jesus Carrasco est au diapason de l’aridité de la plaine traversée par les deux personnages. Elle est âpre, rugueuse et tout en économie de moyens. L’intrigue est ramassée, réduite au strict minimum. Les dialogues sont quasiment inexistants et se font succincts comme pour épargner la précieuse salive du berger et du jeune garçon. La tension, la menace nous étreignent du début à la fin du roman.

« Intempérie » est un roman d’apprentissage fort, brutal, original qui marque la naissance d’un écrivain.

Un grand merci aux éditions Robert-Laffont pour cette découverte.

Bilan plan Orsec et films de mars

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Oh le joli mois de mars qui fut riche en lecture et fait un peu baisser ma pile de livres à lire ! En fait, il s’agit plutôt d’un statu quo puisqu’entre le swap « Un livre, un peintre » et le salon du livre, j’ai ramené cinq livres dans ma PAL et j’en ai lu cinq justement ! Je ne progresse pas mais je n’aggrave pas non plus la situation !

Beaucoup de films également en mars mais seulement deux coups de cœur :

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En 1941, l’épuration ethnique des pays Baltes est lancée par Staline. Les familles estoniennes sont envoyées en Sibérie, les hommes séparément des femmes et des enfants. Le film de Martï Helde retrace le parcours de Erna, son mari Heldur et leur petite fille Eliide. Erna fut envoyée en camp de travail et pendant quinze ans elle écrivit à son mari sans savoir où il se trouvait, s’il était encore en vie ou non. Ce film est absolument étonnant et bouleversant. Il est uniquement en noir et blanc et constitué de tableaux vivants, les acteurs sont totalement figés à partir du départ en Sibérie. La caméra se promène à l’intérieur de ces images, révélant toute l’horreur, le drame des situations. La vie se fige, les individus sont sidérés par ce qui leur arrive. Le choix esthétique est ambitieux et d’une grande beauté plastique. Le sujet est traité avec beaucoup de pudeur et de sobriété. Les lettres écrites et lues sont le fil rouge du film et disent toute la douleur de cette femme qui tente désespérément de survivre pour revoir son mari et le pommier en fleurs de leur jardin.

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A l’heure où l’on parle d’un Patriot Act à la française, il est nécessaire de voir ce documentaire de Laura Poitras. En janvier 2013, la journaliste reçoit des emails signés CitizenFour, nom de code d’Edward Snowden, afin de lui divulguer des informations sur la surveillance mondiale et intrusive mise en place par la NSA après le 11 septembre. Ce documentaire retrace les rencontres entre Laura Poitras et Edward Snowden et Glenn Greenwald, journaliste au Guardian. Le compte-rendu qui nous est donné est proche d’un roman de John Le Carré où règne la paranoïa. Et l’on se rend vite compte que celle-ci n’est pas exagérée. Il est intéressant de comprendre les motivations d’Edward Snowden qui risque la prison et de ne plus jamais revoir son pays. Il est également passionnant de voir le travail des journalistes face à de telles révélations et il faut ici souligner leur remarquable éthique.

Et sinon :

  • « Birdman » de Alejandro Gonzales Inarritu : Ce film nous parle des coulisses du métier d’acteur et du starsystem. Riggan Thomson (Michael Keaton) connut la gloire avec son rôle de Birdman, superhéros volant qu’il entend toujours lui adresser conseils et remontrances. Cherchant la crédibilité et à revenir sur le devant de la scène, il décide d’adapter Raymond Carver pour le théâtre. Le film est constitué d’un seul et unique plan séquence nous entraînant à la suite des acteurs et qui prouve la virtuosité du réalisateur. « Birdman » est un film sur la schizophrénie, sur le besoin de reconnaissance servi par d’excellents acteurs (Michael Keaton et Edward Norton en tête). Un peu long, un peu hystérique, « Birdman » est néanmoins un film qu’il faut voir pour son originalité et sa folie.
  • « L’art de la fugue » de Brice Cauvin : C’est l’histoire d’une famille et surtout de trois frères ; Antoine (Laurent Lafitte), Louis (Nicolas Bedos) et Gérard (Benjamin Biolay). Le film de Brice Cauvin est la chronique de leurs vies amoureuses, de leurs choix et de leurs regrets. C’est effectivement une jolie fugue sur la manière dont on construit nos vies, réalisée avec beaucoup de délicatesse, de douceur et avec une très belle brochette de comédiens.
  • « Hungry hearts » de Saverio Costanzo : Leur histoire d’amour commence dans les toilettes d’un restaurant chinois. Jude (Adam Driver) et Mina (Alba Rohrwacher) s’y trouvent coincés, entre gêne et fous rires ils font connaissance. Suite à cette rencontre incongrue, ils s’aiment, se marient et donnent naissance à un petit garçon. C’est là que l’idylle bascule à la manière de « Rosemary’s baby ». Mina refuse que son enfant sorte à cause de la pollution, le nourrit de produits végétariens , refuse de l’emmener chez le médecin lorsqu’il a de la fièvre. L’intrigue change de registre, nous plonge dans un thriller psychologique réussi. Les deux acteurs sont tous les deux parfaits et leur jeu est plein de nuances.
  • « Les merveilles » de Alice Rohrwacher : Voici une famille totalement atypique, une famille germano-italienne vivant dans une ferme proche du délabrement et qui essaie de vivre en accord avec la nature. Le père est colérique et infiniment tendre. Mais le chef de famille, celle grâce à qui la maison tient encore debout, c’est Gelsomina, l’aînée des quatre filles. Son père la voit reprendre l’exploitation du miel. Elle est adolescente, frémit de ses premiers émois et voudrait que sa famille participe à l’émission de tv « Les merveilles ». Le film de Alice Rohrwacher évoque ceux de Pialat, il a leur réalisme, leur sincérité. Un film lumineux et mélancolique sur l’adolescence et la vie qui change inexorablement.
  • « Réalité » de Quentin Dupieux : J’ai toujours apprécié et défendu le curieux univers de Quentin Dupieux. J’avais hâte de découvrir son nouveau film et j’avais tort. L’histoire et le casting étaient pourtant prometteurs. Jason (Alain Chabat) est cameraman et il souhaite réaliser son premier film d’horreur. Il en parle à un ami producteur (Jonathan Lambert). Ce dernier accepte de le financer à condition que Jason lui apporte sous 48h le cri de douleur le plus effroyable jamais entendu. D’autres intrigues se mélangent à celle-ci. On est sans cesse entre les rêves et la (les ?) réalité, on s’y perd et le rythme lent finit par nous achever.

 

Une photo, quelques mots (159ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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Dans la torpeur de cette fin d’après-midi du mois d’août, deux corps sont enlacés, moites de chaleur et de plaisir. Julie se libère doucement de l’étreinte de Félix qui sombre dans la quiétude du sommeil. Elle se lève et s’enroule dans un drap. Elle relève sa lourde chevelure dont les mèches se collent dans son dos. Elle cherche un peu d’air, entrouvre les persiennes. Une vague de chaleur lui saute au visage. Elle referme rapidement et met le ventilateur en marche. La sensation de fraîcheur n’est qu’illusoire mais elle l’accueille avec gratitude. L’air, dégagé par les pales, sèche sa peau et celle de Félix.

Il est couché sur le ventre, alangui. La lumière déclinante effleure ses formes, ses muscles, sa peau au parfum de musc. Julie admire ce corps robuste et serein. Un corps palpitant de vie et de désirs. Elle observe le sien, ses creux, ses pleins. Un paysage à la topographie accidentée, aux formes généreuses. Un paysage qu’elle avait longtemps occulté. Un corps trop pulpeux qui attirait les regards libidineux et les mains baladeuses. Dans le métro, au travail, la pulsion scopique semblait irrésistible. Une main aux fesses par ici, un frottement de l’entre-jambes par là, on la serrait toujours trop dans les transports ou l’ascenseur. Julie avait la sensation d’être un objet, de n’être que ce corps, d’être dégradée.

Elle a alors choisi de cacher ce corps trop embarrassant, trop voyant, trop attirant. Des couches de vêtements pour oublier, se nier. Disparue la féminité ! Jusqu’à sa rencontre avec Félix. Son désir, son amour l’ont enveloppée, caressée, rassérénée. L’évidence de leurs deux corps ensemble a tout emporté sur son passage : sa honte, sa peur, son refoulement. Le corps de Julie existe à nouveau dans les yeux de Félix. Il prend sa pleine mesure. Il est là. Il désire. Il s’affirme et s’épanouit.

Dans la tiédeur de la fin de journée, elle va se blottir contre lui, le serre, le chérit.

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Moby Dick de Chabouté

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« Moby Dick » d’Hermann Melville est un livre qui n’a cessé d’inspirer d’autres créateurs depuis son écriture. Cette fois, c’est Chabouté qui se mesure au mythe du cachalot blanc.

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Chacun connaît l’histoire. Le capitaine Achab est décidé à tuer la baleine blanche qui un jour lui arracha la jambe. Sa vengeance est devenue une obsession et sa seule et unique raison de vivre. Il entraîne malgré lui tout un équipage sur le Pequod et une fois le rivage de Nantucket loin des yeux, il révèle son véritable dessein. A bord, un jeune homme, novice de la chasse à la baleine et qui a suivi son ami harponneur Queequeg, porte le nom d’Ismaël. Dans le roman de Melville, c’est lui le narrateur de cette dantesque chasse à la baleine.

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L’adaptation de Chabouté est tout simplement superbe et je remercie Jérôme d’en avoir parlé. Je n’ai pas lu le roman de Melville mais je l’imagine comme la bande-dessinée de Chabouté : tragique, sombre, tendu, poétique et mystique. Tous les dessins sont en noir et blanc. Les contrastes, le noir profond rendent parfaitement l’atmosphère pesante, le poids du destin qui pèse sur les épaules des différents protagonistes. Chabouté a le sens de la mise en scène dans ses cases et ses pages. Chaque chapitre s’ouvre sur un extrait du roman qui donne le ton, l’esprit de ce qui va suivre.

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Il y a un vrai souffle épique dans cette bande dessinée en deux volumes et esthétiquement elle est remarquable. Je joins mes louanges à celles de Jérôme et je vous conseille chaleureusement de monter à bord du Pequod.

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Aide-moi si tu peux de Jérôme Attal

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Après avoir opéré sous couverture pour faire tomber la secte du Souterrain stellaire, le capitaine Stéphane Caglia est de retour à Paris à la brigade criminelle. Le chef Brousmiche lui assigne une partenaire anglaise dans le cadre d’un échange européen : Prudence Sparks. Tous deux se rencontrent sur une scène de crime à Puteaux. Un homme, au caleçon mal ajusté, a été étranglé avec la corde de ré de sa guitare. Et dans son freezer se trouve la tête coupée d’une adolescente. L’arme du crime, peu banale, aiguille Caglia et Sparks vers la passion du mort : les Beatles. Vers quoi et qui cette piste va-t-elle les mener ? Et qui est la jeune fille sans corps dans le freezer ? Et surtout pourquoi Stéphane Caglia a-t-il « Boule de flipper » de Corynne Charby en sonnerie de téléphone portable ?

Je n’avais jamais lu Jérôme Attal et j’ai découvert un auteur à l’imagination débordante et protéiforme puisqu’il est également auteur-compositeur-interprète, acteur et scénariste. Il invente pour « Aide-moi si tu peux » un policier décalé, délicieusement farfelu qui rêve de coller des amendes à toute personne coupable d’incivilité ou d’impolitesse (ça tombe bien, j’aimerais également pouvoir verbaliser les cyclistes qui ne respectent pas les feux tricolores et les personnes qui ne disent pas merci lorsqu’on leur tient la porte). Stéphane Caglia a également une autre particularité étonnante : il revit en permanence les années 80 de son enfance. « Ce n’étaient pas de moches années quand on y pense, avec l’arrivée de tous ces gadgets comme les consoles de jeux vidéo, les magnétoscopes et les montres calculatrices. Et puis le porte-monnaie arrivait à peu près à suivre, pas comme maintenant. Niveau musique aussi, on avait de la variété dès qu’on allumait la radio ou la télévision. Aujourd’hui, tout me paraît déprimant, sans spontanéité, défini par avance. » C’est pourquoi Caglia boit du malibu, porte des tee-shirts Albator, joue « Je te donne » lorsqu’il croise une guitare et cite des films comme « La chèvre », « Les ripoux » ou « Les superflics à Miami ». Au grand désespoir de son binôme qui ne comprend pas le quart de ce qu’il raconte. Heureusement les Beatles sauront les réunir.

Mais l’enquête de Stéphane Caglia n’est qu’un prétexte, le suspens est d’ailleurs très diffus et c’est l’humour et la fantaisie qui dominent. Néanmoins, sous le rire affleure une profonde et véritable nostalgie pour l’enfance (un clin d’œil à Marcel Proust n’est pas là par hasard). « Puisque à ma connaissance, aucune sensation ne surclasse celle laissée par l’arôme des souvenirs ». Jérôme Attal rend un hommage aux années 80, années de sa jeunesse, s’y blottit et s’y réconforte. Il chérit cette époque, ses moments d’insouciance, de bonheurs simples où ses parents étaient encore en vie et veillaient sur lui. L’auteur parsème son roman de douces et poétiques phrases nous rappelant l’importance des souvenirs. Ses moments de soudaine gravité m’ont beaucoup touchée.

Il faut savoir lire entre les lignes lorsque l’on ouvre « Aide-moi si tu peux » et savoir entendre la mélancolie de son auteur. L’intrigue policière est correctement menée, même si elle aurait pu se passer du Souterrain stellaire qui à mon sens ne lui apporte rien. En compagnie de Jérôme Attal, on sourit, on retrouve ses propres souvenirs d’enfance et on est ému.

Swap « Un livre un peintre »

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En 2009, mes copines Isil et Lamousmé avaient lancé le swap « Un livre, un peintre ». Début 2015, Lamousmé fut démangée par une crise aiguë d’envie de swap et elle relançait, sans sa compère, cette même thématique. Ni une, ni deux, je replongeais dans le monde enchanté du swap où les paquets remplis de merveilles s’échangent avec enthousiasme. Bon, l’organisatrice m’a un peu forcé la main  mais le thème me plaît tellement que j’ai rapidement cédé (oui, je suis une faible femme…).

Lamousmé avait choisi de composer des binômes swappeuse/swappée et qui était le mien ? Mais ma chère Lamousmé bien-sûr !!! Quoi de mieux pour un swap réussi que de se mettre avec l’organisatrice herself, je vous le demande ?

Et voici le colis envoyé par mon binôme…roulements de tambour……

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 Ne vous étonnez pas de voir un carte d’anniversaire pour un swap, c’était effectivement le mien en janvier. Le dessin très coloré et proche de Pollock est de la main du deuxième fils de Lamousmé que j’embrasse et remercie pour son œuvre.

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 Comme vous pouvez le constater, j’ai été vraiment gâtée et je me suis régalée à ouvrir tous ces paquets. Vous pouvez déjà voir l’œuvre de Lamousmé : un magnifique éventail inspiré de « La nuit étoilée » de Van Gogh. Mais que renferme ce magnifique papier cadeau ?

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Des livres bien-sûr ! Ma seule exigence pour participer à ce swap était : par pitié, je ne veux recevoir que deux livres sinon ma PAL ne s’en remettra jamais ! Mon vœu a été exaucé avec « Piera viva » de Leonor de Récondo et une biographie romancée de Manet que je ne connaissais pas par Sophie Chauveau. Deux de mes artistes préférés, j’étais aux anges. Mais continuons à ouvrir mes cadeaux…

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Vous l’aurez compris la thématique de mon paquet était l’impressionnisme (j’en connais une qui s’est baladé au musée d’Orsay !). Oui, je sais, Michel-Ange n’est pas né au 19ème siècle en France, ne chipotez pas, il fallait bien une exception pour confirmer la règle ! Vous découvrez donc : le DVD du film de Giles Bourdos consacré à Renoir que je vous conseille chaleureusement, une boîte du thé des impressionnistes à base de vanille, jasmin et lavande, des cartes, un puzzle pont japonais, un pilulier nympheas (cadeau presque vexant, je suis pas encore grabataire au point d’en avoir besoin !), un grand coloriage inspiré par le jardin de Monet à Giverny, un cahier très amusant de découpage, coloriage autour de la mode au 19ème et trois cadeaux autour de « La nuit étoilée », un tote-bag, un magnet et le famaux éventail réalisé par les douces et blanches mains de Lamousmé. Et c’est pas fini !

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Des friandises ! Du chocolat, des confitures, des fondants caramel amandes, je vous vois saliver devant votre écran et vous avez bien raison, tout cela est fort appétissant ! La petite boîte de chocolats en bas à droite a d’ailleurs déjà beaucoup souffert de notre rencontre…

Un énorme, gigantesque merci à ma copine Lamousmé pour ce généreux paquet et pour avoir relancé ce swap dont j’adore la thématique !

Les luminaires d’Eleanor Catton

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Le 27 janvier 1866, Walter Moody débarque à Hokitika, sur la côte Ouest de la Nouvelle Zélande. L’appel de l’or, de la fortune l’ont mené sur cette terre loin de son Écosse natale. Après un voyage mouvementé, Walter Moody se trouve un hôtel où se reposer. Avant d’aller se coucher, il décide de passer au fumoir. S’y trouvent déjà douze hommes. L’atmosphère est lourde, tendue et étrangement silencieuse. Un nommé Thomas Balfour, agent maritime de son état, finit par engager la conversation avec Moody. Il semble le sonder, le jauger. Rapidement, Walter Moody se rend compte que les douze hommes s’étaient réunis volontairement et qu’il est un intrus dérangeant. Après moults discussions, le nouvel arrivant est jugé fiable et digne d’entendre la raison de cette réunion nocturne. Le 14 janvier 1866, des évènements marquèrent le port d’Hokitika : Anna Wetherell, prostituée, avait failli mourir ; Crosbie Wells, un ancien prospecteur, était bel et bien mort chez lui ; Emery Staines, un jeune homme enrichi grâce à un bon filon, avait disparu. Chacun des hommes présents dans le fumoir (apothicaire, aumônier, fondeur d’or, journaliste ou encore vendeur d’opium) a eu un rôle durant le 14 janvier. Chacun va raconter sa vision de cette journée, chacun est une partie du puzzle que Walter Moody va tenter de reconstituer.

« Les luminaires » a obtenu en 2013 le célèbre Booker Prize, Eleanor Catton devenant ainsi le plus jeune auteur à l’obtenir. Son formidable roman est inspiré par la littérature du 19ème siècle. On pense bien entendu à Charles Dickens pour le souffle narratif, à Wilkie Collins pour le côté mystérieux et ésotérique et surtout à Robert Louis Stevenson. Car « Les luminaires » est avant tout un roman d’aventure. Celle des diggers nouvellement débarqués dans ce pays dans l’espoir d’un nouveau départ et de la fortune. Une bouillonnante nouvelle société se crée autour des recherches d’or. Eleanor Catton sait merveilleusement bien planter ce décor, faire revivre cette Nouvelle Zélande accueillant ceux qui fuient l’Europe, ceux qui veulent se réinventer. Hokitika et « Les luminaires » condensent ce qui peut advenir à ces hommes : mort, trahison, amour, complot, superstition, chantage, vengeance, jalousie.

Et pour conter cette fresque, Eleanor Catton utilise une narration audacieuse, ample et ambitieuse. Le livre comprend douze chapitres, douze comme les signes astrologiques. Chaque chapitre comporte  un thème astral qui semble présider à la destinée des différents personnages. Le premier chapitre fait 433 pages et les derniers seulement quelques pages, voire une seule. L’intrigue a besoin de temps pour se mettre en place et une fois l’énigme installée, le rythme peut s’accélérer. Les récits s’entrecroisent, les destins se chevauchent, le suspens se noue et se dénoue selon les points de vue présentés. « Les luminaires » est un enchevêtrement d’histoires et il faut s’accrocher pour les suivre, les comprendre mais cela en vaut la peine.

Voilà un livre à l’intrigue complexe, foisonnante, au souffle romanesque indéniable qui m’a conquise, emportée et que je vous conseille très fortement si vous rêvez d’aventures et d’énigmes.

Un grand merci aux éditions Phébus.

Une photo, quelques mots (158ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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La corrosion. La rouille. Une lèpre qui s’étend, s’insinue sous la couche de peinture. Sans remède possible, elle gagne du terrain, elle dévore la coque de l’Albatros. Il attend, attaché dans le port, que l’on décide de son sort. Figé, fragilisé, anéanti par cette pourriture brune. Il ne bouge plus, ne vogue plus.

Il a pourtant, inlassablement, quitté ses amarres du Guilvinec, chaque matin à 4h30 ; amené au large plusieurs générations de marins qui, comme lui, inlassablement sortaient en mer chaque jour pour en recueillir les fruits. L’Albatros, un bateau fiable, solide dont le chalut a rapporté dans le vacarme de ses treuils, des kilos et des kilos de langoustines. Parfois des sardines, du merlan, de la lotte, du cabillaud avant qu’il se raréfie. De la qualité, de la fraîcheur vendues à la criée directement sur le port au retour de la pêche.

Et aujourd’hui plus rien, le silence s’est fait sur l’Albatros, les treuils sont immobiles, les cris et les rires des marins l’ont déserté. Il n’est pas le seul à rester au port. De plus en plus de bateaux restent à quai chaque matin. Les ressources de la mer diminuent. Les quotas de pêche réduisent les prises. Le métier de marin, si difficile, n’attire plus les jeunes.

Alors les bateaux restent là, carcasses sans âme qui se meurent du sel de l’eau qui caressait leurs flancs autrefois. La marée n’emportera plus l’Albatros au loin. Pas de repreneur, pas d’acheteur. C’est bien la casse marine qui l’attend demain.

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Olive Kitteridge de Elizabeth Strout

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 Crosby est une petite ville sur le littoral de la Nouvelle Angleterre. Olive Kitteridge y est professeur de mathématiques et son mari Henry est pharmacien. Ils ont un fils unique Christopher, coincé entre la trop grande gentillesse de son père et le côté cassant de sa mère. Il se dépêchera de quitter sa famille, se mariant trop vite et divorçant tout aussi vite. Olive n’en parle pas, elle préserve une certaine réputation malgré la solitude qui l’envahit au fil des années et des évènements de la vie. « Elle sait que la solitude peut tuer – de bien des façons, elle peut vraiment tuer les gens. La conception qu’Olive se fait de la vie repose sur ce qu’elle appelle les « grandes secousses » et les « petites secousses ». Parmi les grandes secousses, on compte les mariages, les enfants, l’intimité qui permet de survivre, mais ces grandes secousses recèlent des courants dangereux et invisibles. C’est pour cela que les petites secousses existent : ce peut-être un vendeur sympathique chez Bradley ou la serveuse du Dunkin’ Donuts qui sait comment vous prenez votre café. C’est un équilibre difficile à trouver, vraiment. »

Montrer les grandes et les petites secousses de la vie est le cœur du roman d’Elizabeth Strout. Il est constitué de treize chapitres qui sont chacun comme une nouvelle qui nous présente un habitant, une famille de Crosby et ce sur une durée de trente ans. Le fil rouge de ces histoires est Olive Kitteridge qui est parfois le personnage principal, parfois un personnage secondaire ou juste une apparition. Olive n’est pas une personne très aimable, on la dit « ni affable, ni polie ». Grande, massive, elle impressionne et son caractère changeant rebute. Pourtant, à travers ses apparitions, c’est un autre versant d’Olive qui apparaît par petites touches. Elle sait écouter les autres, elle a un don pour sentir les moments de profonde détresse et empêcher l’autre de basculer. Le tableau offert par Elizabeth Strout est nuancé, rempli de la complexité de l’âme humaine. Chaque personnage est finement analysé, étudié.

« Olive Kitteridge » m’a beaucoup fait penser au « Cœur est un chasseur solitaire« . Les deux romans sont des présentations chorales d’une petite ville des États-Unis. Ils sont constitués d’une constellation de destins le plus souvent sombres, voire tragiques. La tonalité d’ensemble est assez désespérée même si « Olive Kitteridge » se clôt sur une petite lueur d’espoir. Cette atmosphère mélancolique est renforcée par la grande attention portée sur les changements de saison. Chacune fait disparaître la précédente sans que l’on sache si l’on pourra un jour la revoir. Le temps s’écoule inexorablement, comme une fatalité.

« Olive Kitteridge » est un roman plein de délicatesse sur les petits riens et les grandes tragédies de la vie.