Ouvriers, artisans du beau selon Caillebotte de Dominique Auze

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En s’appuyant sur « Les raboteurs de parquets » de 1875, Dominique Auzel dresse le portrait de Gustave Caillebotte, mort brutalement à l’âge de 45 ans en 1894. C’est au travers de différentes voix, de différentes époques que s’esquisse l’image du peintre, dont la vie privée a conservé une part de mystère. L’auteur donne la parole à l’un des raboteurs du tableau, à Caillebotte lui-même, à son frère Martial, à sa compagne Charlotte Berthier, à Monet, à un jeune étudiant de 2020. Dominique Auzel trace ainsi le parcours de Caillebotte de ses débuts en peinture à sa reconnaissance au travers d’une vente aux enchères chez Christie’s à New York en novembre 2020 où le J. Paul Getty Museum fit l’acquisition de « Jeune homme à sa fenêtre ».

« Ouvriers, artisans du beau selon Caillebotte » entre en résonnance avec l’exposition actuellement visible au musée d’Orsay. « Je cherche à saisir l’homme moderne dans les espaces publics et privés, oublier les fonds neutres, vides et désincarnés de l’académisme pour redonner une place à mes contemporains, dans leur propre environnement. » C’est exactement ce qui est souligné dans l’exposition. A travers les tableaux exposés et ce livre, on découvre aussi sa passion pour le nautisme inoculée par Alfred Sisley, le dévouement de Caillebotte au groupe des impressionnistes auquel il participera et dont il deviendra collectionneur, son goût partagé avec Monet pour l’horticulture. Dominique Auzel souligne la générosité (envers ses amis, envers l’Etat français à qui il légua sa collection), la discrétion de Gustave Caillebotte mais aussi la formidable modernité de ses cadrages, des thématiques présentes dans ses œuvres.

« Ouvriers, artisans du beau selon Caillebotte » éclaire la personnalité du peintre et son travail. Le livre de Dominique Auzel est une excellente entrée en matière pour l’exposition du musée d’Orsay.

King Winter’s birthday de Jonathan Freedland et Emily Sutton

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C’est l’anniversaire du roi Hiver et il souhaite organiser une fête spéciale. Il veut faire venir ses frères et ses sœurs : la reine Printemps, le roi Eté et la reine Automne. Le roi Hiver se souvient avec émotion des moments passés ensemble durant l’enfance et il est enchanté d’accueillir sa famille dans son palais. Mais pendant que la fratrie festoie, de drôles d’évènements se déroulent dehors. La nature est déboussolée.

« King Winter’s birthday » est un très joli conte qui met en avant le respect de la nature, du rythme des saisons. En prenant connaissance de l’origine de cette histoire, on peut y voir d’autres thématiques. Jonathan Freedland s’est inspiré d’un texte écrit par Ullrich Alexander Boschwitz, un juif allemand qui fut interné dans un camp sur l’île de Man en 1939. C’est là qu’il rédigea ce conte. « King Winter’s birthday » peut alors être lu comme un retour à l’ordre normal des choses après une période chaotique. Le texte évoque aussi le fait d’être séparé de ses proches et de les retrouver dans ses souvenirs. Le contexte historique de son écriture rend ce conte particulièrement émouvant. Il est sublimé par les splendides dessins d’Emily Sutton, l’une de mes illustratrices favorites. Les illustrations sont lumineuses, colorées et regorgent de détails.

Un véritable régal que cet album aussi bien pour sa beauté formelle que pour sa touchante histoire.

Bilan 2024

Une nouvelle année pointe son nez, l’heure du bilan 2024 est donc venue. Le total de mes lectures se montent à 105 livres (romans, BD, albums confondus). Il est toujours difficile de choisir mais j’ai conservé six romans qui ont été des coups de cœur :

Best romans

1-« La petite bonne » de Bérénice Pichat : remarquablement écrit dans une langue poétique et merveilleuse, ce roman raconte la rencontre de trois solitudes avec délicatesse et pudeur.

2-« Willibald » de Gabriela Zalapi : dans ce roman, l’autrice poursuit son exploration de son histoire familiale commencée avec « Antonia » et poursuivie par « Illaria ». Les trois textes m’ont enchantée mais j’ai été encore plus touchée par Willibald, ce personnage élégant, cosmopolite, mystérieux au destin tourmenté.

3-« Sur l’île » d’Elizabeth O’Connor : un premier roman qui déploie une atmosphère et une écriture d’une rare beauté pour nous parler du destin d’une jeune femme sur une île sauvage et hostile du Pays de Galles à la veille de la seconde guerre mondiale.

4-« Ironopolis » de Glen James Brown : encore un premier roman qui sidère par la maîtrise de son auteur. La construction est époustouflante, elle mélange les genres littéraires, brasse les époques et les générations pour dresser le portrait d’une ville ouvrière du nord de l’Angleterre.

5-ex-aequo : « Sous la menace » de Vincent Almendros, un roman à l’atmosphère lourde, inquiétante et qui se révèle totalement glaçant. « D’acier » de Silvia Avallone, ce roman réaliste, social met en scène deux adolescentes qui vont perdre leurs illusions et leur insouciance dans une ville frappée par la désindustrialisation.

J’ai achevé cette année 2024 avec trois formidables titres des éditions du Typhon qui montrent à quel point cette maison d’édition est précieuse et son catalogue varié : « Un plan simple » de Scott Smith qui décrit un engrenage sanglant et infernal, un polar bien noir comme je les aime ; « Roman de Ronce et d’Epine » où la talentueuse Lucie Baratte nous emmène à nouveau dans l’univers du conte aux côtés de sœurs jumelles plongées dans une forêt mystérieuse et menaçante ; « Muncaster » de Robert Westall où une gargouille de cathédrale sème le trouble chez un cordiste venu réparer la girouette.

Pour les albums et bande-dessinées, j’en ai sélectionnés cinq :

Best albums

1-« Copenhague » de Pandolfo et Risbjerg : réjouissante, loufoque, drôle, tendre, cette bande-dessinée, dont l’intrigue est une enquête autour de la sirène de la capitale danoise, est un pur régal.

2-« Rose à l’île » de Michel Rabagliati : Paul part s’isoler sur une île de l’estuaire du Saint Laurent, sa fille l’y rejoint. Ce premier roman illustré de Michel Rabagliati est le récit lumineux et doux d’une reconstruction au cœur d’une nature accueillante et luxuriante.

3-« King Winter’s birthday » de Jonathan Freedland et Emily Sutton : Emily Sutton est l’une de mes illustratrices préférées et son dernier album est une merveille. Ce conte met en avant le respect de la nature et du rythme des saisons. Il parle également de la douleur d’être séparé des siens.

4-« La route » de Manu Larcenet : le dessinateur adapte le roman de Cormac McCarthy avec brio et rend parfaitement l’atmosphère violente, menaçante et sombre de ce monde dévasté.

5-« Les Pizzlys » de Jérémie Moreau : encore un titre où la place de la nature est prépondérante et qui montre les ravages du changement climatique. Le travail sur la couleur, le graphisme de l’album m’ont totalement séduite.

Best ciné

Mon année de cinéma a été marquée par cinq films et ce sont deux films d’animation qui arrivent en tête :

1-« Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau » de Gints Zilbalodis : un chat va devoir affronter une montée des eaux subite et va trouver de l’aide auprès d’autres animaux. La qualité de l’animation, la beauté des décors et paysages font de ce film un bijou qui rappelle l’univers d’Hayao Miyazaki.

2-« Mon ami robot » de Pablo Berger : l’histoire d’une amitié improbable entre Dog et un robot commandé sur internet, que de tendresse et de délicatesse dans ce film dont les personnages sont infiniment touchants. Et la bande-son des années 70-80 est top !

3-« L’histoire de Souleymane » de Boris Lojkine : un film immersif, haletant, tendu, bouleversant qui ne laisse aucun répit à son personnage, un jeune guinéen sans papier qui tente de survivre à Paris.

4-« The outrun » de Nora Fingscheidt : adapté du livre d’Amy Liptrot, ce film est le récit d’une rédemption, celle de son héroïne Nora qui doit se débarrasser de ses démons et part seule sur une île du nord de l’Ecosse balayée par les vents. La beauté des paysages, la construction du récit, le talent de Saoirse Ronan en font un film marquant.

5-« Emilia Perez » de Jacques Audiard : un pari fou et périlleux que cette comédie musicale qui raconte le changement de sexe d’un narcotrafiquant.  Pari réussi grâce à une mise en scène flamboyante, des actrices incroyables, une musique parfaite, Jacques Audiard n’est décidément jamais là où on l’attend.

2024 s’achève pour laisser la place à 2025, je vous souhaite de très belles fêtes de fin d’année et une nouvelle année lumineuse, joyeuse, riche de rencontres, de lectures et de gourmandises !

Le clarinettiste manquant de Cyril Hare

Hare

Francis Pettigrew, un ancien avocat, s’est installé à la campagne à la fin de sa carrière pour faire plaisir à sa jeune épouse. Celle-ci fait partie de l’orchestre du Markshire et, contre son gré, Francis a été désigné trésorier de l’association en charge de celui-ci. Il s’ennuie copieusement aux réunions préparatoires des concerts. Pour le prochain, le chef d’orchestre Clayton Evans souhaite inviter une violoniste de renom : Lucy Egal. Il se trouve qu’elle est l’ex-femme de Robert Dixon, membre également de l’association de l’orchestre de Markshire. Les choses se mettent peu à peu en place (le choix du programme, trouver un premier clarinettiste malgré les difficultés) et le concert peut enfin avoir lieu. Mais un tragique évènement va venir interrompre la représentation.

J’avais beaucoup apprécié « Meurtre à l’anglaise » qui reprenait les codes du whodunit de l’âge d’or. Et de nouveau, je me suis délectée de la lecture du « Clarinettiste manquant ». Le livre fut publié en 1949 et il fait partie d’une série mettant en scène Francis Pettigrew. Le personnage est un clin d’œil à la carrière de Cyril Hare qui fut lui-même magistrat. Le roman se situe dans la campagne anglaise dans une petite communauté qui offre une belle galerie de personnages. L’intrigue est bien menée avec son lot de fausses pistes et d’individus patibulaires. Et comme dans « Meurtre à l’anglaise », Cyril Hare fait la part belle à un humour subtil so british.

Ce roman de Cyril Hare s’inscrit parfaitement dans la tradition du whodunit anglais et il ravira les amoureux du genre.

Traduction Mathilde Martin

Le pull de Noël de Cecilia Heikikilä/Comment le père Noël descend de la cheminée de Mac Barnett et Jon Klassen

En cette veille de Noël, je vous propose deux albums jeunesse. Le premier est signé de l’illustratrice suédoise Cecilia Heikkilä. Le chat Fransson part se promener dans la ville pour se réchauffer. Les trottoirs sont recouverts d’une épaisse couche de neige mais heureusement notre petit félin porte un pull en laine bien chaud. La ville est en fête et Fransson croise des habitants en quête de cadeaux, une chorale de souris, le boulanger qui prépare des bretzels à la cannelle. Ce qu’il n’a pas vu, c’est qu’au fur et à mesure de sa balade, son pull s’est tout détricoté ! Comment va-t-il pouvoir survivre au froid ? Cet album nous plonge dans l’atmosphère de Noël avec de très jolies illustrations dans des tons sourds et ce fil de laine rouge qui parcourt chaque page. L’histoire est très tendre, chaleureuse et réconfortante. Et pour les amoureux des livres, elle s’achève dans une librairie !

Grâce à mon amie Emjy, j’ai découvert « Comment le Père Noël descend dans la cheminée » de l’américain Mac Barnett qui pose sans son album la question la plus importante de Noël. Elle en entraine d’autres : est-ce que le Père Noël rétrécit pour passer sans encombre dans la cheminée ? Est-ce qu’il salit son beau costume avec la suie ? Que se passe-t-il lorsqu’il n’y a pas de cheminée ? Cet album est vraiment très amusant, plein de malice et de fantaisie. Ce livre est un excellent moyen d’attendre et de guetter la venue du Père Noël. 

Mon appétit pour le monde de Katherine Mansfield

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« Mon appétit pour le monde » est un recueil de lettres concocté par les formidables éditions L’Orma. La sélection de lettres permet de pénétrer dans l’univers de l’autrice néo-zélandaise et de mieux comprendre le milieu dans lequel elle évoluait et son processus de création grâce à la recontextualisation de chacune. Katherine Mansfield meurt à l’âge de 32 ans de tuberculose et elle a toujours vécu sa vie avec intensité comme si elle avait eu la prescience de sa brièveté. Sa liberté artistique autant que sexuelle a été le combat de sa vie. Elle a fui toute forme de conformisme, toute forme de routine quotidienne. Sa correspondance s’adresse à ses amantes comme Ida Baker, son mari J.M. Murry, des amies comme Ottoline Morrell ou Virginia Woolf qui admirait son écriture. La dernière lettre est très touchante car elle date de quelques jours avant sa mort et s’adresse à sa cousine germaine Elizabeth von Arnim.

Ce qui m’a frappée dans les lettres de Katherine Mansfield, c’est sa capacité à s’émerveiller de la beauté du monde, son appétit et sa curiosité pour la vie et les relations humaines dont elle se nourrissait pour écrire. Sa plume retranscrit parfaitement cela : « Je suis à nouveau ici, chez moi, mes murs me livrent leurs secrets et leurs ombres les plus profondes. Je m’y promène seule en souriant, un châle de soie enveloppant mon corps, des sandales aux pieds. Je m’allonge sur le sol en fumant et en écoutant. Je regarde parfois par les fenêtres et, la nuit et au coucher du soleil, j’observe le ciel. Tout est merveille. Les fleurs font mon bonheur, l’eau et mon village russe, Bouddha et les jouets. Et puis je lis de la poésie,  j’étudie et je recommence à écrire. »

Comme toujours, les plis sont un excellent moyen de découvrir la plume d’un auteur et d’appréhender sa biographie. Je ne peux que vous conseillez la lecture de celui-ci si vous souhaitez connaître cette formidable autrice qu’était Katherine Mansfield.

Traduction Margaux Bricler

Mrs Miniver de Jan Struther

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« Mrs Miniver » a été au départ publié sous forme de feuilleton dans le Times, à raison d’un chapitre tous les quinze jours entre 1938 et 1939. L’ensemble fut réuni en un seul volume en octobre 1939 et le livre de Jan Struther  connut un énorme succès. Le roman était comme un miroir pour les lecteurs anglais de l’époque. Chaque chapitre évoque un moment de la vie de Mrs Miniver, mariée à Clem, et mère de trois enfants : Vin qui est au collège à Eton, Judy 9 ans et le petit dernier Toby. Le roman parle du bonheur paisible de cette famille et des joies simples de leur quotidien. On suit l’héroïne et sa famille au retour de leurs vacances dans leur maison de campagne, lors des feux d’artifices du jour de Guy Fawkes, au moment de Noël, de l’achat d’une poupée ou d’un nouvel agenda. Jan Struther porte une attention toute particulière au passage des saisons, leurs signes avant-coureurs, leur frémissement dans l’air et leur beauté singulière.

Le public anglais ne pouvait que s’identifier à cette famille unie, à leur vie ordinaire qui tend à l’universel. Et comme dans la vie des contemporains de la publication de « Mrs Miniver », la menace de la guerre commence à poindre. La famille doit se doter de masques à gaz, la question de l’évacuation des enfants à la campagne et celle de la mise en place d’un blackout se posent. Mrs Miniver, qui observe beaucoup les personnes qu’elle croise, n’arrive pas à comprendre cette guerre, elle pense que les hommes ont plus de points communs qu’ils ne l’imaginent et elle continue à avoir foi en la nature humaine. « En outre, tout ce qui compte vraiment ne change pas : le plaisir de réfléchir sérieusement à quelque chose, et le bonheur d’en être tout simplement conscient, mais surtout la fascination sans fin des relations humaines. Sans parler de ces sujets insignifiants que sont l’amour, le courage, la gentillesse, l’intégrité et l’étonnante résilience de l’esprit humain. La guerre peut détruire les histoires personnelles mais elle ne peut rien contre la matrice de ces choses-là. » 

« Mrs Miniver » est un roman plein d’un charme désuet, qui met en lumière la douceur et le bonheur du quotidien d’une famille anglaise à l’aube de la 2nd guerre mondiale. L’attention aux petits détails, au variation de la lumière, au passage du temps, à la délicatesse des relations entre les membres de la famille Miniver m’ont enchantée et ravie.

Traduction Berthe Vulliemin et Josette Chicheportiche

Les morts d’avril d’Alan Parks

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Avril 1974, une bombe artisanale explose dans un appartement sordide de Glasgow. Celui qui l’a préparée s’est fait exploser par accident. Comme il ne semble affilié à aucun mouvement terroriste, l’affaire revient à l’inspecteur Harry McCoy et son jeune adjoint Wattie. Parallèlement à cette enquête, l’inspecteur va aider un ancien officier de la marine américaine a retrouvé son fils. Ce dernier était sur une base militaire à Glasgow et personne ne semble savoir où il est passé. Comme toujours, McCoy sera également mêlé aux affaires criminelles de son ami d’enfance Cooper. On comprend pourquoi notre policier Glaswégien se retrouve avec un ulcère carabiné à l’estomac.

Je continue ma découverte des enquêtes de Harry McCoy, un flic humain trop humain. Pessimiste, détestant la vue du sang et ayant un penchant plus que prononcé pour l’alcool, il n’est pas un superhéros aux intuitions fulgurantes. Mais il a un sens aigu de la justice et sa fragilité psychologique nous le rend attachant. L’ambiance âpre, poisseuse est toujours l’un des points forts de la série. L’intrigue est également très bien mené, réservant des surprises et nous plongeant dans la plus profonde noirceur. J’ai juste été agacée à deux reprises par le manque de réactivité de la police de Glasgow face à des évidences mais globalement l’intrigue tient parfaitement la route.

« Les morts d’avril » nous montre une ville de Glasgow toujours aussi sombre et violente. Harry McCoy est un personnage attachant, complexe, incarné dont je veux continuer à découvrir les aventures.

Traduction Olivier Deparis

Alma, la liberté de Timothée de Fombelle

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« Il est sept heures du matin, le 12 juillet 1789. C’est un des premiers dimanches de l’été. En bas, la ville a l’air en embuscade. Rien ne bouge. Le fond des rues s’efface entre les immeubles. Seuls des cordons de fumée montent avec les odeurs de lessive ou de pain chaud. » C’est à Paris que nous retrouvons Alma, Joseph Mars et Sirim. Bientôt, nos trois amis vont se retrouver au cœur d’événements qui vont bouleverser l’Histoire de la France. Mais Alma veut toujours traverser l’Atlantique pour retrouver son frère Lam, alors que Joseph espère encore trouver son trésor. Loin de là, à St Domingue, Amélie Bassac reprend les plantations de Terres Rouges pour sauver l’honneur et les finances de sa famille. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que l’infâme Saint Ange manigance un plan pour récupérer ses terres et se rapprocher d’elle.

La trilogie de Timothée de Fombelle touche à sa fin et le troisième  tome est tout aussi réussi que les deux premiers. Il nous plonge au cœur de la Révolution avec la prise de la Bastille que nous vivons de l’intérieur ou la fuite à Varennes du roi et de sa famille. De l’autre côté de l’Atlantique, une autre révolte nous attend : celle des esclaves de St Domingue. Ce tome 3 est donc riche en événements historiques mais également en rebondissements pour nos héros. Encore une fois, Timothée de Fombelle mélange à merveille ces deux niveaux de péripéties et nous tient en haleine jusqu’à la dernière page. Quelle tristesse de quitter Alma et ses proches auxquels nous nous sommes attachés durant trois tomes superbement écrits et construits. Et il ne faut pas oublier de souligner le travail de François Place qui parsème le roman de ses formidables illustrations.

J’ai fermé ce troisième tome à regret tant cette trilogie m’aura procurée d’émotions et de plaisir de lecture.

Les éphémères d’Andrew O’Hagan

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Eté 1986, dans le Comté du Ayrshire, James est livré à lui-même depuis la séparation de ses parents. Il réussit à décrocher son entrée à l’université et, en attendant, il doit trouver un petit boulot, ce qui n’est pas chose aisée dans une région meurtrie par la politique de la dame de fer. « Nous n’avions pas d’emplois pour autant. Le thatchérisme avait traversé la ville comme les fléaux de l’Exode. Nous avions eu le sang et les grenouilles, et nous attendions les furoncles et les sauterelles. » Cet été-là restera pourtant gravé à jamais dans la mémoire de Jimmy. Son meilleur ami Tully, qui travaille dans une usine métallurgique, décide d’emmener toute sa bande de copains à Manchester pour un concert réunissant New Order, The Smiths, les Fall et Magazine. Cette virée au cœur de la New Wave marquera aussi la fin de leur adolescence.

Un roman dans lequel sont cités dans ses cinquante premières pages Henry James, E.M. Forster, Chostakovitch, Shakespeare, Evelyn Waugh, Edith Sitwell, The Smiths, New Order, les ravages du thatchérisme, était forcément un livre pour moi. « Les éphémères » mélange réalisme social – nos héros viennent de la classe ouvrière – et beaucoup d’humour. Je l’aurais bien vu adapté par Ken Loach. Le roman se découpe en deux parties : été 1986 et automne 2017. La première période nous présente de jeunes hommes fougueux, provocateurs, torturant leurs amis en les obligeant à écouter du Phil Collins ! Leur week-end à Manchester leur permettra d’oublier leurs problèmes, leurs questionnements. Même si le récit est teinté de nostalgie, se dégage de cet été 1986 une folle et joyeuse insouciance.

L’automne 2017 est plus tragique, même si les vannes restent de mise. Cette partie souligne surtout la puissance de l’amitié de Tully et Jimmy qui s’est nouée autour de références musicales, cinématographiques et qui se révèle indéfectible. Le temps a passé, mais les personnalités de chacun sont restées intactes. Il est émouvant de voir ce qu’ils sont tous devenus, comment ils ont tracé leur route depuis Manchester.

« Les éphémères » est un très beau roman sur l’amitié, sur le tourbillon de la jeunesse, dont les personnages sont profondément attachants et qui parle formidablement bien de musique.

Traduction Céline Schwaller