Les infortunes d’Alice de Barbara Comyns

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« Quelquefois, la vie que je menais m’apparaissait tellement triste et sans espoir que je m’efforçais d’imaginer que j’étais transportée dans un autre monde. Alors, tous les objets noirâtres et sinistres de la cuisine se métamorphosaient en immenses fleurs exotiques, je me trouvais dans une sorte de jungle et, lorsque le perroquet criait dans sa prison des cabinets, c’était un superbe paon immaculé qui m’appelait. » Alice Rowlands a dix sept ans, elle vit avec sa mère malade et son père, un vétérinaire tyrannique et autoritaire. Dans ce quartier pauvre et sinistre de Londres, la jeune fille n’a qu’une seule amie. A la mort de sa mère, Alice doit s’occuper des repas, de la maison, des animaux et elle subit à son tour la brutalité de son père. Sa situation va malheureusement s’aggraver lorsque le père va installer chez lui sa maitresse vulgaire et méprisante.

Après avoir découvert Barbara Comyns avec le formidable « Ceux qui changent et ceux qui meurent », je me suis précipitée sur « Les infortunes d’Alice. » Comme dans ma précédente lecture de l’autrice, l’atmosphère est particulièrement marquante. Barbara Comyns mélange dans ce roman un réalisme très marqué (le quotidien de la famille, le quartier pauvre où elle vit) avec une dose surprenante de fantastique. Ce qui donne un roman extrêmement singulier, sombre et quelque peu gothique. Dans « Ceux qui changent et ceux qui meurent », l’autrice nous offrait une scène d’ouverture saisissante, ici c’est la scène de clôture qui m’a profondément marquée et qui me restera longtemps en mémoire.

Barbara Comyns met beaucoup d’éléments autobiographiques dans ses romans : la pauvreté, le père tyrannique, la maison proche de la décrépitude où vivent de nombreux animaux. Au travers de son roman, elle parle également de la violence du patriarcat. La place des femmes n’y est guère enviable et le mariage semble encore la seule porte de sortie pour elles (le roman fut publié en 1959).

« Les infortunes d’Alice » est un court roman insolite, surprenant. Moins facile d’accès que « Ceux qui changent et ceux qui meurent », il montre néanmoins à quel point le talent de Barbara Comyns est unique et décalé.

Traduction Suzanne Mayoux

The little books of the little Brontës de Sara O’Leary et Briony May Smith

« The little books of the little Brontës », traduit en français sous le titre « Au pays des histoires », retrace l’enfance des quatre enfants Brontë : Charlotte, Branwell, Emily et Anne. J’ai toujours été fascinée par cette fratrie et leur incroyable imaginaire qui est parfaitement mis en avant dans cet album destiné à la jeunesse.

Les enfants Brontë développent très tôt un goût immodéré pour la lecture. La famille vit de façon isolée entre la lande et Haworth ce qui contribue certainement à leur envie de s’évader dans la fiction. La mort de leurs deux sœurs aînées et de leur mère est également un facteur décisif. Ils créent leurs propres livres miniatures avec les moyens du bord, les chutes de papier-peint servent de couverture. Et les enfants s’offraient leurs histoires. Ils créent des royaumes imaginaires (Gondal et Angria) où évoluent des personnages héroïques et flamboyants. Un véritable refuge qu’ils ne quittèrent jamais réellement.

Ce que j’ai trouvé très beau dans cet album, c’est le choix de Sara O’Leary d’imaginer une enfance plutôt heureuse grâce aux livres et au lien fort qui liait les quatre enfants. Le texte, comme les dessins de Briony May Smith, est d’une grande douceur, d’une grande délicatesse et l’on sent beaucoup d’admiration et de tendresse envers les enfants Brontë.

« The little books of the little Brontës » est un très joli album qui rend hommage à la famille Brontë, à la lecture et à la force de l’imaginaire. Un album plein de charme que je suis ravie d’avoir ajouté à mes livres consacrés à la famille Brontë.

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Elizabeth et son jardin allemand d’Elizabeth von Arnim

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En 1897, Mary Anne Beauchamp, comtesse von Arnim Schligenthil, écrit la chronique de la vie de l’épouse anglaise d’un comte prussien dans leur domaine de Poméranie. L’héroïne, nommée Elizabeth, décide de créer un jardin anglais alors qu’elle n’a aucune notion de botanique ou de jardinage. Celle-ci est bien entendu un double de l’autrice qui publiera ce texte anonymement en 1898 et sera baptisée Elizabeth von Arnim par Virago Press après sa mort.

Avec enthousiasme et opiniâtreté, elle se consacre à son jardin. En mettant les mains dans la terre, elle compromet sa réputation puisque le jardinage était réservé aux hommes. « Toute au bonheur de posséder mon propre jardin et très impatiente de voir fleurir les lieux les plus désolés, il m’est arrivé un beau dimanche d’avril dernier, durant le repas des domestiques, de me glisser hors de la maison armée d’une pelle et d’un râteau et bécher fiévreusement un petit carré de terre afin d’y planter quelques volubilis (…). » Loin de son mari, qu’elle nomme L’homme de colère, des contraintes de la cour, Elizabeth s’épanouit dans son jardin qui devient sa chambre à soi, un lieu de libération et d’indépendance. « Elizabeth et son jardin allemand » est féministe, l’autrice se moque des propos tenus par le mari qui montre peu de considération pour les femmes, leur intelligence et leur capacité à être indépendantes. Elle fait également l’éloge de la solitude, du temps libre qui permet de lire, de rêver et de paresser. Allant à l’encontre des conventions de son milieu, Elizabeth s’efforce de vivre comme elle l’entend dans un environnement protégé qu’elle a créé.

Je prends toujours un grand plaisir à lire les romans d’Elizabeth von Arnim. Même si « Elizabeth et son jardin allemand » est un texte plus mineur que « Avril enchanté, « Vera » ou « Père », il s’en dégage un charme certain et comme toujours l’humour mordant de l’autrice est un régal.

Traduction François Dupuigrenet Desroussilles

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Voici la fin de Stella Benson

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Printemps 1916, Jay Martin est contrôleuse de bus, elle réside dans un quartier pauvre de Londres. Pour s’émanciper, elle a choisi de quitter sa famille composée de son frère Kew, qui est parti combattre sur le front français, son cousin Gustus, qui les a recueillis, et sa femme Anonyma, qui est une romancière plutôt populaire et excentrique.  Lorsque Kew revient en permission après une blessure, l’ensemble des membres de la famille décide de retrouver Jay. La jeune femme leur écrit des lettres régulièrement où elle mentionne de façon très vague une maison en bord de mer.

Après avoir découvert Stella Benson avec « La vie seule » (publié en 1919), j’étais ravie de découvrir la sortie de « Voici la fin », publié originellement en 1917. Entrer dans un roman de cette autrice est décidément désarçonnant. J’ai mis un peu de temps à pénétrer dans cette intrigue qui fait à nouveau la part belle à la fantaisie. Jay et son frère Kew ont toujours eu une passion pour la fiction, l’imaginaire et ils ont tendance à enjoliver leur quotidien. Avec la guerre et le départ de Kew au front, Jay s’est inventée une histoire secrète où évolue un ami imaginaire. Elle s’y réfugie dès qu’elle le peut. Sa bulle enchanteresse et protectrice l’emmène dans un paysage de champs pommelés, de crique, de falaise où se niche une maison. « Il n’y a que les rêves, pensait-elle avec beaucoup de lucidité, qui peuvent maintenir nos âmes en vie. Nous avons de la chance si nous faisons de bons rêves. Nous n’aurons jamais rien de mieux. » 

Etant donné le contexte, il est compréhensible de souhaiter s’échapper de la réalité. Stella Benson rend parfaitement compte de celle-ci avec les hommes qui ne reviennent pas du front ou sont blessés, la pauvreté de certaines femmes laissées seules. Stella Benson les a d’ailleurs elle-même aidées au travers de la Charity Organization Society. En fervente suffragette, elle souligne également les changements dans la vie des femmes en raison du départ des hommes au front (elles doivent évidemment travailler et dans des domaines réservés jusque là aux hommes).

« Voici la fin » est un roman surprenant où l’autrice mêle, comme dans « La vie seule », la réalité à l’imaginaire. Même si l’humour a une place importante (notamment dans la caractérisation des personnages), la fin du texte se révèle extrêmement touchante.

Traduction Leslie De Bont

Travail utile, fatigue inutile et Art, bien-être et richesse de William Morris

Ces deux recueils de William Morris regroupent des conférences et des articles dont les thématiques se rejoignent. L’artiste a rejoint très tôt la Democratie Federation, seule organisation socialiste en Angleterre à l’époque. Il resta toute sa vie un fervent militant socialiste, il réalisa de nombreuses conférences jusqu’à la fin de sa vie.

Ses idéaux englobent aussi bien l’art (on y sent au début l’influence de John Ruskin) que la société. William Morris se désolait face au progrès du capitalisme et de l’industrialisation à outrance. La mécanisation déshumanise, est abrutissante pour les ouvriers et creuse les inégalités de classes. La production de masse se révèle de piètre qualité. William Morris s’aperçoit également que l’industrialisation détruit les paysages qu’il aime tant et pollue. 

Face à ce constat, il préconise une réforme profonde de la société où tout est lié : le logement, l’éducation, les conditions de travail et l’art. Aux yeux de William Morris, les travailleurs doivent avoir un temps de repos suffisant, une pénibilité réduite au maximum et aucun travail inutile. A ces conditions, le travail peut procurer du plaisir et de la satisfaction à voir le résultat final. L’artisanat parait donc être la meilleure façon d’apporter du bonheur aux ouvriers. Durant toute sa carrière d’artiste, William Morris a mis en valeur ce type de production, participant lui-même à de nombreuses réalisations.

En plus d’être un artiste complet, ces deux recueils de textes nous montrent un militant infatigable pour la justice sociale, la beauté partagée par tous et la préservation du patrimoine architectural et naturel. Des propos qui restent malheureusement très actuels.

Traduction de Thierry Gillyboeuf pour « Travail utile, fatigue inutile » et de Hervé Picton pour « Art, bien-être et richesse »

Beautiful useful things, what William Morris made de Beth Kephart et Melodie Stacey

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L’album de Beth Kephart est une splendide évocation de la vie et du travail de William Morris. Le texte est extrêmement poétique et il rend hommage aux multiples talents du créateur : écrivain, peintre, imprimeur, designer de textiles, de papier-peint, meubles, vitraux, etc… L’album souligne également son engagement politique pour la défense des travailleurs, contre le capitalisme et sa production à outrance (je vous en reparle très vite au travers de deux essais publiés aux éditions Rivages).

« Have nothing in your houses that you do not know to be useful or believe to be beautiful ». Tout l’art, toute la vie de William Morris est résumé dans cette phrase. Beth Kephart insiste beaucoup sur l’observation de la beauté et notamment celle de la nature au milieu de laquelle l’artiste a grandi et qu’il se désole de voir disparaître en raison de l’industrialisation. L’album ne rentre pas dans le détail de la biographie de William Morris mais l’on reconnaît au détour des pages Kelmscott Manor, Jane Morris, Edward Burne-Jones, les filles du couple Morris Jenny et May qui sera également une artiste de grand talent qui poursuivra l’œuvre de son père.

L’album, grâce aux dessins de Melodie Stacey, est d’une grande beauté. Il est foisonnant, très richement et délicatement illustré.

Je suis totalement sous le charme de cet album qui, en peu de pages, donne un portrait très juste et très complet de la vie et du travail de William Morris. Un grand merci à Emjy pour cette merveilleuse découverte.

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Ceux qui changent et ceux qui meurent de Barbara Comyns

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1911, comté du Warwickshire, le petit village, où vit la famille Willoweed, vit des moments étranges. En plein été, une terrible inondation submerge tout et charrie les cadavres des animaux comme des humains. Pourtant, le village va connaître bien pire par la suite. Le meunier, qui semble avoir perdu la tête, se noie. Peu de temps après, le boucher se tranche la gorge. Les accès de démence semblent toucher les habitants les uns après les autres. Dans leur propriété, Emma, Hattie, Dennis, leur père Ebin, leur grand-mère et ses domestiques voient le chaos s’abattre autour d’eux sans qu’ils puissent rien y faire.

Depuis que je suis le compte de Pear Jelly sur instagram, j’ai très envie de découvrir Barbara Comyns dont elle parle avec enthousiasme très régulièrement. J’étais donc ravie de découvrir les publications de « Ceux qui changent et ceux qui meurent » et des « Infortunes d’Alice » aux éditions Robert-Laffont.  Le premier roman s’ouvre sur des scènes très marquantes : les corps des animaux noyés pénètrent dans la demeure des Willoweed, certains crient et se débattent pour ne pas sombrer sous l’eau. Et Ebin ne trouve rien de mieux  que de faire un tour en barque avec ses enfants, affligés par le spectacle ! Cette ouverture donne le ton de ce qui va suivre puisque les morts vont s’enchainer. La folie semble se répandre comme une maladie contagieuse. L’atmosphère du roman est inquiétante, tragique, par moments sanglante. Malgré la noirceur de l’intrigue, il faut préciser que Barbara Comyns apporte beaucoup d’humour à son roman et cela n’est pas la moindre de ses qualités.

Elle nous offre également une galerie d’incroyables personnages. La famille Willoweed est totalement dysfonctionnelle. La grand-mère est tyrannique et absolument sans empathie. (lors de l’inondation, elle se désole de la perte de ses massifs de fleurs et pas du tout de celle des humains ou des animaux). Elle fait régner la terreur sur son domaine qui est pourtant proche de la décrépitude. Elle s’inquiète beaucoup pour son héritage qu’elle ne veut pas voir aller à son fils, incapable et paresseux. Les trois enfants, coupés du monde, essaient de rester solidaires face à l’égoïsme de leurs aînés.

Ecrit en 1954, ce roman de Barbara Comyns m’a enchantée. Son atmosphère insolite, l’humour pince-sans-rire, l’écriture très visuelle, j’ai absolument tout adoré dans « Ceux qui changent et ceux qui meurent ». « Les infortunes d’Alice » ne devrait pas attendre longtemps avant de sortir de ma pal et j’espère que d’autres traductions suivront.

Traduction Aline Azoulay-Pacvon

Hot milk de Deborah Levy

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« Je n’ai pas de profession à proprement parler, ni d’occupation, d’ailleurs mais j’ai une préoccupation et elle s’appelle Rose. » Sofia Papastergiadis a 25 ans, elle est diplômée en anthropologie mais elle travaille comme serveuse dans un café à Londres. Depuis que sa mère, Rose, est tombée malade, Sofia s’occupe de sa mère. Son père, grec, a quitté le domicile depuis que sa fille a cinq ans. Les symptômes  et les douleurs de Rose s’aggravant sans raison apparente, elle décide d’hypothéquer sa maison pour s’offrir les soins du controversé docteur Gomez à Almeria. Bien entendu, Sofia accompagne sa mère sur la côte andalouse. 

Après avoir lu l’autobiographie de Deborah Levy et son recueil de textes « La positon de la cuillère », j’étais ravie de pouvoir découvrir sa plume de romancière. « Hot milk » a été publié en 2016 en Angleterre. Il s’agit d’un roman initiatique puisque Sofia devra apprendre à se défaire de l’emprise de sa mère, totalement hypocondriaque, et apprendre à pardonner à son père qui a refait sa vie à Athènes. En bonne anthropologue, Sofia observe, immobile, sa mère et ses nombreux symptômes. Sous le soleil de plomb et l’épaisse chaleur d’Almeria, la jeune femme va être obligée de se mettre en mouvement, des piqûres de méduses vont l’y aider et la réveiller. Deborah Levy utilise très judicieusement le mythe de la Méduse et c’est l’un des motifs qui circule dans le roman. La sensualité et les rencontres vont également lui permettre de se libérer. Entre les chapitres racontés par Sofia, s’intercalent de courts textes en gras qui nous offrent un regard extérieur sur l’héroïne. L’anthropologue est à son tour regardée, observée attentivement dans chacun de ses gestes. A travers la relation complexe de Sofia et Rose, Deborah Levy déploie tout son talent et une atmosphère venimeuse, ambigüe et teintée d’humour. « Hot milk » se lit avec beaucoup de plaisir et de délectation. 

Je ressors enchantée par la lecture du roman de Deborah Levy, par son côté insolite, la profondeur des thèmes abordés, son humour et son atmosphère moite et sensuelle qui enveloppe toute l’intrigue. 

 

Traduction Céline Leroy

Juliette Pommerol chez les angliches de Valentine Goby

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Après avoir du rentrer en urgence de classe de neige car ses parents lui manquaient terriblement, Juliette Pommerol est la risée de la cour d’école. Alors quand Flavie se vante de partir en Angleterre pendant l’été dans une famille d’accueil, Juliette se précipite à la mairie pour remplir le formulaire lui permettant de faire de même. C’est ainsi qu’en juillet, Juliette prend l’eurostar pour Londres où elle sera accueillie par la famille Littlestone. « A l’intérieur, je me sentais comme un funambule débutant face au vide. L’Angleterre toute seule pendant deux semaines, c’était le gouffre sous mes pieds. Seulement je devais partir, je l’avais voulu, désormais, mon honneur en dépendait. » Heureusement ses onze peluches ont fait le voyage avec elle.

La couverture pop et colorée de ce roman jeunesse donne bien le ton de son intrigue : pétillante, joyeuse et tendre. Juliette, très attachée à sa famille, s’est lancée un défit de taille, d’autant plus que l’anglais n’est pas son point fort à l’école. Elle va découvrir de nouvelles habitudes culinaires, la ville de Londres au pas de course et même le camping dans les Highlands et ses terribles midges (ça lui apprendra à mentir sur le formulaire de la mairie). Le choc des cultures est vraiment amusant à lire. 

« Juliette Pommerol chez les Angliches » est un roman charmant, malicieux où notre jeune héroïne va franchir un pas important vers l’âge adulte. 

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Qui a écrit Trixie ? de William Caine

Trixie

Londres 1920, l’archidiacre Samson Roach a écrit dans le plus grand secret un roman sentimental. Cela pourrait rester un passe-temps un peu honteux mais notre homme d’église veut que le monde entier profite de son talent. Espérant devenir évêque, Samson Roach ne peut pas se permettre de publier son roman « Trixie » sous son nom. Il pense alors au soupirant de sa fille Chloé, Bisham Dunkle, un piètre et prétentieux poète. Contre compensations financières et la promesse d’obtenir la main de Chloé, Dunkle accepte de devenir le prête-nom de l’archidiacre. Ce qui n’était pas prévu, c’est le succès retentissant de « Trixie ». La fortune du couple Dunkle est assurée. Mais l’artiste qui sommeille en Samson Roach réclame sa part de notoriété. L’archidiacre veut officiellement reconnaître la paternité de « Trixie », ce qui n’est pas du tout du goût des très dépensiers Dunkle.

Le roman de William Caine a été publié en 1924 et il n’avait jamais été traduit en français. C’est grâce à la collection « Dans la bibliothèque de  » des éditions Feuillantines que nous avons aujourd’hui l’immense plaisir de le lire. « The author of Trixie » fait en effet partie de la bibliothèque de Sebastian Knight, héros du premier roman de Vladimir Nabokov. Hervé Lavergne, directeur de la collection et traducteur, nous explique, dans sa très intéressante postface, comment il a retrouvé le texte et pourquoi Nabokov avait choisi ce roman. On ne peut que saluer son travail pour exhumer cette petite pépite d’humour anglais. William Caine écrit un roman satirique sur la société de l’entre-deux-guerres, se moquant aussi bien des ecclésiastiques, des liens familiaux ou des écrivains. La bataille pour la paternité de « Trixie » est extrêmement réjouissante, d’ailleurs on ne saura jamais rien de l’intrigue de ce roman à l’eau de rose. William Caine semble s’être beaucoup amusé à construire son intrigue avec notamment des interventions malicieuses et truculentes du narrateur qui s’adresse à son lecteur.

Si vous appréciez la causticité, l’ironie de l’humour anglais, il faut vous précipiter sur « Qui a écrit Trixie ?  » qui vous réjouira du début à la fin.

Traduction Hervé Lavergne

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