Tamara de Lempicka de Daphné Collignon et Virginie Greiner

La bande-dessinée de Virginie Greiner et Daphné Collignon choisit de nous montrer un moment clef dans le vie de Tamara de Lempicka : l’apogée de sa carrière de peintre alors que son mariage avec Tadeusz Lempicki se défait.

Tamara de Lempicka est l’incarnation des années folles et de l’art déco. D’origines polonaises, Tamara grandit à St Pétersbourg. Elle fait partie de la bonne société russe et fait un bon mariage. La révolution bolchévique l’oblige à quitter la Russie. A Paris, c’est elle et sa peinture qui font vivre sa famille. Elle fréquente les soirées mondaines, les réceptions pour se faire connaître et obtenir des commandes de portraits. Elle devient l’amie de Gide, Cocteau, Gabriele d’Annunzio. Elle devient de plus en plus libre et indépendante ce qui déplaît fortement à son mari.

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La bande-dessinée montre parfaitement l’atmosphère des années folles, les excès, le champagne, la liberté sexuelle et la légèreté de vivre après les terribles heures de la première guerre mondiale. Tamara incarne tout cela, elle est ouvertement bisexuelle, fréquente les cercles saphiques et va dans les cabarets de travestis avec Gide. Mais Tamara est un être complexe et tient également à sauver les apparences auprès de ses domestiques. Elle est chaque matin dans le lit conjugal. Elle tient également à être présente pour sa fille Kizette.

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La bande-dessinée met également en lumière de Tamara de Lempicka qui était une travailleuse acharnée. Son art reflète le désir et pour cela elle cherche le modèle idéal dans tout Paris. Sa peinture néo-cubiste est faite de forts contrastes de lumière, de couleurs vives et saturées, la technique est très lisse, glacée. La bande-dessinée se clôt sur son nu le plus célèbre « La belle Rafaëlla » qui montre l’apogée de sa quête esthétique.

J’ai beaucoup aimé le dessin de Daphné Collignon tout en nuances sépia et dans un style très art déco. Les années folles prennent chair sous son crayon. Les visages en gros plan sont splendides et les personnages très incarnés.

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« Tamara de Lempicka » est une bande-dessinée particulièrement réussie tant au niveau de  son intrigue que de son graphisme. Tamara de Lempicka est l’incarnation des années folles qu’elle a vécu à 200%. La bande-dessinée rend magnifiquement compte de cette époque bouillonnante et de la formidable liberté de cette artiste. Pour compléter la bande-dessinée, un dossier documentaire se trouve à la fin de l’album et présente en détail la vie et l’oeuvre de l’artiste.

Bilan livresque et cinéma d’avril

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Ce mois d’avril fut un mois de découverte ou de redécouverte : relire Zweig fut un bonheur, découvrir la plume de Willa Cather avec deux courts textes, l’univers étonnant de Police lunaire, l’histoire de Tamara de Lempicka, un auteur russe du XIXème siècle et lire un grand succès de librairie en Angleterre Chère Mrs Bird. De jolies lectures et des découvertes à poursuivre notamment en ce qui concerne Willa Cather, si vous avez lu certains de ces romans je suis preneuse de vos conseils !

Deux spring reading challenge en perspective qui vont m’occuper jusqu’au mois de juin, celui organisé par le forum Whoopsy Daisy  pour lequel je dois lire les ouvrages suivants :

 

Et l’autre challenge de printemps se fait avec mes copines The Frenchbooklover et Emjy et je dois lire :

 

De bien belles lecture en perspective pour célébrer le printemps !

Et côté cinéma, que s’est-il passé en avril ?

Mes coups de cœur :

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Staline est terrassé par une attaque cérébrale le 2 mars 1953. Il attend pendant des heures sur le tapis de son bureau que quelqu’un vienne le secourir. Mais les gardes sont trop terrifiés pour oser ouvrir la porte ! Autre problème, une fois le bureau ouvert, qui va le soigner ? Les plus grands médecins de Russie ont tous été liquidés par les purges ! Staline finit par décéder et les tractations commencent pour sa succession. Veulent le pouvoir : Gueorgui Malenkov, secrétaire général adjoint du parti, Lavrenti Beria, patron de la police politique, Nikita Khrouchtchev, ministre de l’agriculture.  Tout ou presque est vrai dans ce film adapté d’une bande-dessinée de Fabien Nury et Thierry Robin. Armando Iannuci transforme la mort et la succession de Staline en farce. Les personnages sont poussés jusqu’à la caricature et sont proprement hilarants. Certaines scènes flirtent avec le burlesque et les acteurs semblent se régaler à incarner de tels personnages. La lutte entre eux est féroce, les coups bas sont permis et parfois le film se fait glaçant. La satire de Armando Iannuci montre aussi la terrible cruauté de l’empire stalinien et sa violence sans pitié. Le rire l’emporte néanmoins sur la tragédie.

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Brady était une étoile montante du rodéo à Pine Ridge dans le Dakota du Sud. Une chute de cheval a ruiné sa carrière. Sa grave blessure à la tête lui interdit de monter à cheval. Mais Brady ne peut imaginer sa vie loin des chevaux. Il a passé toute sa vie auprès d’eux comme tous ses amis et sa famille. Il doit se réinventer, imaginer une autre vie et cela va être extrêmement compliqué pour lui. tous les acteurs du film sont non professionnels et ils jouent leur propre rôle ce qui rend « The rider » extrêmement poignant. La réalisatrice Chloé Zhao filme avec beaucoup d’empathie et de délicatesse ces indiens Oglalas attachés à leur terre, à la nature. les paysages filmés à l’aube ou au crépuscule sont splendides. Cette nature, qui se déploie jusqu’à l’horizon, est grandiose et remet les hommes à leur juste place. La réalisatrice montre le lien fort qui existe entre ces cow-boys et les lieux où ils vivent. L’acteur principal, Brady Jandreau, est confondant de naturel alors qu’il doit être assez difficile d’incarner son propre rôle. Son histoire, son renouveau nécessaire à ce qu’il aime le plus est très émouvant.

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Les chiens sont banis de Megasaki City sous prétexte de grippe canine. Le maire Kobayashi mène une campagne contre les anciens meilleurs amis de l’homme alimentée par de fausses informations. Les animaux sont envoyés en exil sur une île décharge. Un enfant va changer les choses. Le neveu orphelin du maire veut à tout prix retrouver son chien Spot. Il atterrit sur l’île aux chiens et sera aidé par une bande de chiens errants. Wes Anderson réalise ici son deuxième film d’animation après « Fantastic Mr Fox ». Son film se déroule dans un Japon futuriste qui pourtant évoque le présent. Car sous ses airs enfantins, « L’île aux chiens » possède un sous-texte politique qui parle du rejet de l’autre, de l’exclusion d’un groupe d’individus. Le film est visuellement foisonnant, il fourmille d’idées. Cela va vite, très vite et il faudrait le revoir une deuxième fois pour ne rien manquer. On y retrouve les thématiques chères au réalisateur : l’enfance, la famille que l’on se choisit et la loufoquerie visuelle. « L’île aux chiens » est une fable parfaitement maîtrisée au ton décalé et à l’inventivité débridée.

Et sinon :

  • « America » de Claus Drexel : Si vous vous demandez comment Donald Trump a pu être élu, ce documentaire vous donnera des pistes de réflexion. Le documentariste de Claus Drexel est allé voir ce qui se passait en Amérique un mois avant les élections de 2016. Il choisit d’interroger les habitants d’une petite bourgade d’Arizona. Ici, les gens ont une religion : les armes à feu. Le droit à l’auto-défense est une évidence pour eux, certains ont tout un arsenal chez eux, d’autres donnent des surnoms à leur arme favorite. Ce que l’on ressent des entretiens est une haine de Hillary Clinton qui incarne la vieille politique et ses travers. Les images de carcasses de voitures, de lieux abandonnés nous montrent le déclassement, la pauvreté. Les habitants de Seligman sont loin du pouvoir, loin du rêve américain. Ils ont vu en Donald Trump un espoir de renouveau, un homme politique qui s’adressait directement à eux, les oubliés du fin fond de l’Amérique. Ce documentaire est fait avec beaucoup d’empathie, de compréhension et nous montre un autre visage de l’Amérique.

 

  • « A l’heure des souvenirs » de Ritesh Batra : Tony Webster est un sexagénaire qui tient une minuscule boutique de vieux appareils photos pour s’occuper. Il est divorcé et sa fille attend son premier enfant. Une vie calme qui va être troublée par un courrier inattendu : la mère d’une ancienne petite amie vient de mourir et elle lui lègue un journal intime. Celui-ci s’avère être celui d’Adrian, un ancien camarade de classe qui s’était suicidé. Pour obtenir ce journal, Tony va devoir revoir son ancienne petite amie Veronica et se replonger dans ses souvenirs. Pour être honnête, ma première motivation pour aller voir ce film était d’essayer de mieux comprendre le livre dont il est tiré : « Une fille, qui danse » de Julian Barnes. A la sortie du film, les mêmes interrogations sont demeurées, il est donc bien fidèle au roman ! Comme dans ce dernier, j’ai aimé la manière dont sont traités les souvenirs, la mémoire qui peut être trompeuse. La tonalité du film est mélancolique et douce-amère. Jim Broadbent a enfin un premier rôle à la hauteur de son talent, tout en subtilité et en ambiguïté. Il est accompagné par la toujours captivante Charlotte Rampling.

 

  • « Après la guerre » de Annarita Zambrano: A Bologne en 2002, un juge est assassiné. Un ancien brigadiste, Marco, est soupçonné d’avoir commandité ce meurtre. Celui-ci vit en France grâce à l’amnistie offerte par François Mitterand aux membres des Brigades Rouges. Marco avait été condamné pour meurtre et risque maintenant d’être extradé. Il s’enfuit avec sa fille Viola âgée de 16 ans. La réalisatrice s’intéresse à l’après Brigades Rouges et à la manière dont la France a traité ses membres. Le film montre aussi les dégâts collatéraux de l’engagement radical de Marco. La première victime est sa fille qui doit quitter sa vie en France, ses amis et ses passions pour vivre cachée. Mais l’on voit également la famille restée en Italie qui est encore traquée par les journalistes. Des incompréhensions, des silences ont aussi creusé des fossés entre les différents membres de la famille. Viola n’a d’ailleurs jamais mis les pieds en Italie et ne connait pas sa famille. Annarita Zambrano traite le sujet avec beaucoup de réalisme et aucune empathie avec les anciens brigades rouges.

 

  • « Mme Hyde » de Serge Bozon : Mme Géquil est professeure de sciences physiques dans un lycée technologique de banlieue. Autant dire que ses élèves n’ont que peu d’intérêt pour ce qu’elle enseigne et elle a bien du mal à s’imposer face à eux. Elle s’intéresse néanmoins à un élève handicapé, Malik, chez qui elle décèle un fort potentiel. Un soir, à la suite d’une expérience, Mme Géquil reçoit une décharge électrique qui va la transformer. Voici un film très singulier où règne une atmosphère étrange. Les personnages eux-mêmes sont très particuliers à l’image du proviseur interprété par Roman Duris qui semble quelque peu fêlé. Mme Géquil, jouée par isabelle Huppert, semble quant à elle indifférente au monde, toujours à distance. « Madame Hyde » est un film complètement décalé, étonnant, souvent drôle, peut-être un peu trop conceptuel par moments et qui met à l’honneur la passation du savoir.

 

Ordeal by innocence – BBC

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Une bouteille en cristal qui s’abat sur le crâne d’une femme. Celle-ci s’écroule sur un tapis où son sang se répand. Un cri, celui de la servante qui découvre le corps de Rachel Argyll. Dans la maison se trouvent son mari, Leo, et leurs quatre enfants adoptifs. Le cinquième, Jack, a quitté la maison quelques instants plus tôt. Jeune homme excessif, c’est sur lui que vont se porter les soupçons. Il est rapidement incarcéré. Mais son procès n’aura jamais lieu, il est assassiné en prison. Dans la demeure des Argyll ce soir-là, se trouvait également une autre personne, Gwenda, la secrétaire de Leo. Nous la retrouvons un an plus tard alors qu’elle s’apprête à épouser son ancien patron. Mais la fête va être perturbée par l’arrivée du Dr Arthur Calgary qui vient pour prouver l’innocence de Jack.

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« Ordeal by innocence » aurait du être diffusé pour Noël comme « And then there were none » et « Witness for prosecution », mais le scandale autour de Ed Westwick a obligé la BBC à repousser la diffusion. L’acteur a été remplacé par Christian Cooke et de nombreuses scènes ont été retournées.

Comme les deux précédentes adaptations, celle-ci est de grande qualité. La scène d’ouverture est particulièrement réussie. En quelques scènes, toute l’intrigue se met en place. Et celle-ci est sombre à souhait ! Il règne  dans la maison des Argyll, un climat de forte suspicion. Chacun semble coupable du meurtre de Rachel (Au moment de la découverte du corps, Gwenda a du sang sur le visage et Esther, l’une des filles adoptées par les Argyll,  porte une chemise de nuit couverte de sang) ou cachant de lourds secrets. A travers les trois épisodes, la belle photo de famille de la riche philanthrope Rachel Argyll se désagrège. cette dernière est d’ailleurs loin de la mère ou de la femme modèle. Chacun possède un motif pour l’assassiner. Les blessures sont à vif, la famille est rongée par l’amertume et la rancœur. De quoi donner beaucoup de fausses pistes aux spectateurs…

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L’intrigue est parfaitement maîtrisée, parfaitement mise en scène et luxueusement produite comme toujours avec la BBC. Ce qui rend « Ordeal by innocence » vraiment parfait est son incroyable casting : Anna Chancelor, Bill Nighy, Morven Christie, Matthew Goode, Eleanor Tomlinson, Luke Treadaway pour ne citer que les plus connus. Tous sont absolument brillants, parfaits dans leur rôle respectif. Mais j’aimerais souligner les prestations de deux d’entre eux : Anna Chancelor et Matthew Goode. Ils incarnent tous les deux des personnages détestables : hautains, méprisants, cruels (la scène au restaurant ou au petit déjeuner, où le personnage de Matthew Goode crache tout son fiel,  sont mémorables). Les deux acteurs sont éblouissants et saisissants.

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« Ordeal by innocence » est une nouvelle adaptation d’Agatha Christie qui souligne la maîtrise de la BBC dans ce genre d’exercice. Magnifiquement produite et réalisée, cette série bénéficie d’un casting trois étoiles où chaque acteur est à son meilleur niveau de jeu. Amateur d’Agatha Christie, précipitez-vous !

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Chère Mrs Bird de A.J. Pearce

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A Londres, en 1941, Emmy pense avoir trouvé le travail de ses rêves : le London Evening Chronicle cherche une assistante. Emmy veut apprendre le métier de reporter : « Toujours un calepin , prête à flairer une magouille politicienne, à adresser une question difficile à un membre du gouvernement ou, mieux encore, à sauter dans le dernier avion pour un pays lointain afin de transmettre des informations vitales sur la guerre et la résistance. » Et c’est elle que le London Evening Chronicle choisit d’engager. Malheureusement pour Emmy, le travail n’est pas tout à fait ce qu’elle espérait. Ce n’est pas pour le London Evening Chronicle qu’elle va travailler mais pour Woman’s Friend qui appartient au même propriétaire. Emmy participera au courrier des lectrices dirigé par la terrible Mrs Bird. La jeune femme de 24 ans va rapidement découvrir que Mrs Bird choisit les lettres qu’elle publie dans le magazine, elle ne garde que celles dont la morale est irréprochable. Pourtant, les femmes qui écrivent à Mrs Bird sont perdues, éplorées par la mort d’un proche ou par le manque de nouvelles du front où se trouve l’un des leurs. Emmy veut les aider malgré la rigueur de Mrs Bird et malgré les conseils de sa meilleure amie, Bunty, qui lui demande de ne pas risquer sa carrière.

Le roman de A.J. Pearce est divertissant et plein de charme. A travers le destin d’Emmy, l’auteure aborde la place des femmes durant la seconde guerre mondiale. A l’époque, les journaux comme Woman’s Friend donne des conseils de cuisine, des patrons de couture et l’important c’est d’être mariée et de respecter la morale. Mais la guerre va imposer à la société de changer, les femmes doivent remplacer les hommes partis au front. Les jeunes femmes, comme Emmy et Bunty, cherchent plus d’indépendance et veulent s’épanouir en dehors des liens sacrés du mariage.

Ces deux personnages sont d’ailleurs très attachants. Le roman est également le récit d’une profonde amitié féminine et de la solidarité qui en découle. Un autre point positif du roman est la manière dont A.J. Pearce nous parle de la vie des londoniens durant le Blitz. Les scènes de bombardements sont très réalistes et frappantes. Elles montrent également le courage des habitants qui continuent à vivre une vie normale, à sortir, à danser, à aller au cinéma sous les bombes.

En revanche, l’intrigue est malheureusement un peu convenue notamment pour ce qui concerne l’avenir d’Emmy au magazine Woman’s Friend. Il n’était peut-être pas non plus nécessaire d’ajouter un flirt épistolaire à Emmy. Cette relation n’apporte pas grand chose à l’intrigue et les lettres échangées sont assez insipides. Mais avec ce début de relation, A.J. Pearce amorce probablement la suite puisqu’elle est actuellement en train de l’écrire.

« Chère Mrs Bird » est un roman feel-good qui ne se contente pas d’être drôle et léger et nous montre avec réalisme la vie des londoniens durant la guerre. Un divertissement charmant et sympathique.

Merci aux éditions Belfond pour cette lecture.

Ces extravagantes sœurs Mitford de Annick Le Floc’hmoan

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La biographie de Annick Le Floc’hmoan sur les sœurs Mitford est absolument captivante. Elle est extrêmement fouillée, détaillée et documentée. Il est vrai que les six sœurs ont beaucoup écrit sur leurs vies, leur famille et ont eu une correspondance abondante.

Les destinées des sœurs Mitford sont intimement liées à l’Histoire, elles grandissent à une époque extrêmement riche en événements avec les deux guerres mondiales, la crise financière, la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis, etc… Passionnées, extravagantes, elles réagissent à ces événements de manière jusquauboutiste et souvent à l’opposé les unes des autres. Unity (conçue à Svastika au Canada, ça ne s’invente pas !) s’engage auprès des fascistes et devient une groupie fanatique de Hitler qu’elle rencontre à de nombreuses reprises. Diana épouse Oswald Mosley, le fondateur du parti fasciste anglais. A l’opposé, il y a Jessica qui économise de l’argent pour fuguer en Espagne avec son futur mari pour aider les républicains. Toute sa vie, Jessica reste du côté des plus démunis, de ceux qui subissent des injustices. Sa vie est exemplaire de par son engagement, sa force de conviction. Chacune des six sœurs se veut anticonformiste, originale vis-à-vis de son milieu social. Leurs vies semblent au départ se faire en réaction à l’aristocratie à laquelle elles appartiennent. Mais seule Jessica va jusqu’au bout de son rejet de son milieu. Nancy, très ambiguë et cynique, reste très attachée à son rang et se passionne pour la monarchie française du XVIIIème siècle (elle écrit une biographie de Madame de Pompadour). Diana, malgré le scandale de son divorce avec son premier mari, est très attachée à son image, à sa place dans le monde. Deborah devient, grâce à son mariage, duchesse de Devonshire. Les sœurs Mitford m’ont semblé être la parfaite incarnation de l’aristocratie anglaise dans ses travers (cette classe soutenait au départ Hitler et voulait éviter la guerre) et dans son côté fantasque.

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Et finalement, la biographie des sœurs Mitford est aussi celle de l’agonie de l’aristocratie anglaise : »Le déclin de l’aristocratie britannique a été lent, sans coup d’état ni effusion de sang, effectué avec les seules armes du vote et de la démocratie. Et dans cet après-guerre, l’ère de l’homme ordinaire commence. L' »ère de la médiocrité, diront ceux dont c’est la défaite. Les grandes maisons où s’affairaient des nuées de domestiques ne sont plus qu’un souvenir. Réquisitionnés pour le travail de guerre, les femmes de chambre et les valets ont quitté les manoirs au début du conflit. (…)Leurs fortunes écornées, les nobles vendent leurs châteaux aux nouvelles fortunes, aux champions du commerce et bientôt  aux stars de l’industrie du spectacle. Pour ceux qui, comme les Redesdale (David Mitford, le père, porte le titre de Lord Redesdale), assistent à la fin de leur monde, c’est un crève-cœur. » Cet aspect de la vie des sœurs Mitford est un des points de vue les plus intéressants de la biographie de Annick Le Floc’hmoan. Mais je pourrais en aborder tant d’autres. Nancy pourrait être, à elle seule, le sujet d’un billet tant sa personnalité est complexe et tant elle s’est inspirée de sa vie, de sa famille pour écrire ses romans.

La lecture de « ces extravagantes sœurs Mitford » m’a enthousiasmée. Cette biographie est d’une grande richesse et la famille Mitford est un sujet absolument passionnant. J’en recommande donc la lecture d’autant plus qu’elle se lit comme un roman.

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Police lunaire de Tom Gauld

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Le policier lunaire arpente continuellement les vastes étendues rocailleuses. Son taux de résolution des crimes est de 100%. Et c’est bien normal puisqu’il n’y a aucun crime à résoudre sur la lune. La vie du policier se résume à surveiller des espaces vides, à manger des donuts (même dans l’espace, les policiers gardent leurs bonnes habitudes !) et à dormir ! Le policier voit son immeuble se réduire et ses voisins quitter la lune pour rejoindre la terre.

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« Police lunaire » m’a fait penser à Samuel Beckett, le policier semble remplir une mission parfaitement absurde. Pourquoi avoir un policier alors qu’aucun crime n’est commis ? Pourquoi doit-il rester sur la lune alors que tout le monde part ? La bande-dessinée de Tom Gauld nous surprend par son vide, les dessins sont épurés, presque enfantin et l’intrigue est réduite à son minimum. Cela nous fait bien ressentir la mélancolie, la solitude du policier à qui on livre un robot-psy !

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Tom Gauld nous montre au travers de sa bande-dessinée qu’il ne sert à rien de changer de planète. Sur la lune, l’homme reproduit les mêmes habitudes que sur la terre : les donuts du policier, la vieille dame qui promène son chien, le supermarché. Et les machines sont omniprésentes et remplacent petit à petit les hommes qui repartent sur terre. La solitude du policer n’en est que plus forte, plus prégnante.

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La bande-dessinée de Tom Gauld est surprenante par son vide, par sa mélancolie et nous offre un étonnant voyage sur la lune.

Merci à Anne et Arnaud.

« Police lunaire » fait partie de la sélection BD du prix polars SNCF.

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La peur de Stefan Zweig

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« Elle était parfaitement heureuse au côté d’un mari fortuné et intellectuellement supérieur, avec ses deux enfants, paresseusement installée dans une existence bourgeoise confortable et sans nuages. Mais il est une mollesse de l’atmosphère qui rend aussi sensuelle que les chaleurs lourdes ou les orages, un bonheur bien tempéré plus exaspérant que le malheur, et pour bon nombre de femmes, l’absence de désir est aussi fatale qu’une longue frustration due à l’absence d’espoir. La satiété irrite autant que la faim, et l’absence de danger, cette vie en sécurité, éveillait en elle la curiosité de l’aventure. »  Pour se sentir en vie, Irène Wagner prend un amant, un jeune musicien. Elle se rend régulièrement dans l’appartement du jeune homme. Jusqu’au jour où elle est bousculée par une femme en sortant de l’immeuble de son amant. La femme la reconnaît, l’insulte en pleine rue. Irène s’enfuit, paniquée par cette mauvaise rencontre. Mais la femme connaît son adresse et débute alors un odieux chantage qui met en péril le confort bourgeois d’Irène.

« La peur » a été publiée  pour la première fois en 1920 et elle est rééditée cette année dans une nouvelle traduction. Cette nouvelle de Stefan Zweig est un petit bijou qui montre avec quelle acuité l’auteur austro-hongrois peut décrire les sentiments, les mouvements de l’âme. Toute la nouvelle décrit la psychologie d’Irène. Jeune femme protégée, elle finit par s’ennuyer dans son douillet cocon. Son aventure, le danger réveillent ses sens. Même la première rencontre avec la maîtresse-chanteuse la galvanise au départ. Mais au fur et à mesure du chantage, c’est la peur et l’angoisse qui étreignent le cœur d’Irène. Son mari soupçonne quelque chose, il tente de faire parler Irène qui s’enfonce dans la honte et le silence. Le récit des affres psychologiques d’Irène est parfaitement maîtrisé. Zweig fait monter progressivement la terreur d’Irène qui se trouve totalement prise au piège (surtout ne lisez pas la préface si vous ne connaissez pas la fin de l’histoire, tout y est malheureusement dévoilé).

« La peur » est également le portrait d’une femme au prise avec ses contradictions. Irène se sent à l’étroit dans son couple. Son confort matériel, la tiède affection de son mari ne lui suffisent pas. Elle est prisonnière du rôle que lui assignent les conventions sociales. Elle rêve à plus d’indépendance, de liberté. Mais quand la peur la sait à la gorge, elle s’accroche désespérément à sa vie bourgeoise et craint, autant que le chantage, de voir son monde disparaître. Elle veut à tout prix conserver son image, sa réputation auprès de son mari. « La peur » souligne bien le rôle impossible des femmes dans cette société bourgeoise et leur difficile émancipation.

« La peur » est un texte marquant par sa justesse, par la qualité de son écriture et par la psychologie de son héroïne.

Merci aux éditions Robert-Laffont.

 

Quatre sœurs – Enid de Malika Ferdjoukh et Cati Baur

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Les cinq sœurs Verdelaine (Enid, Hortense, Bettina, Geneviève et Charlie) vivent seules à la Vill’hervé au bord de la falaise et de la mer. Leurs parents sont morts deux ans auparavant dans un terrible accident de voiture. Charlie, l’aînée, a laissé tomber ses études pour s’occuper de la tribu. Elle essaie de tout gérer mais ce n’est pas simple tous les jours. Entre Enid qui croit entendre ses fantômes, Bettina qui passe deux heures dans la salle de bain et Hortense qui se réfugie continuellement dans les livres et l’écriture de son journal, Charlie a de quoi occuper ses journées ! Heureusement, il y a Geneviève qui s’occupe de faire à manger, de repasser et des bobos de toute la famille. Il y a aussi le doux Basile, l’amoureux de Charlie qui est toujours prêt à donner un coup de main à la famille Verdelaine. Leur quotidien va être chamboulé par l’arrivée de Colombe, la fille d’une collègue de Charlie.

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Honte à moi, je n’ai toujours pas lu les quatre romans de Malika Ferdjoukh consacrés aux sœurs Verdelaine ! Mais pour célébrer la sortie de « Geneviève », le quatrième tome dessiné par Cati Baur, le forum littéraire Whoopsy Daisy nous a proposé une relecture des quatre bande-dessinées. J’ai donc relu avec un très grand plaisir ce premier tome consacré à la plus jeune des sœurs : Enid.

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C’est un personnage tout particulièrement attachant. Enid est intrépide lorsqu’elle se lance à la recherche de sa chauve-souris au fond d’un puits mais reste encore une enfant sensible et fragile qui a perdu ses parents trop tôt. Chaque sœur a un caractère bien trempé et on prend plaisir à apprendre à les connaître dans ce premier volet (sauf Bettina qui est vraiment infect dans ce premier tome !)

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Le dessin de Cati Baur est une merveille. Les pages sont colorées, les quatre sœurs formidablement expressives ; chaque lieu, chaque paysage est incroyablement détaillé. L’ambiance dans la Vill’Hervé est énergique, vivante mais Enid représente l’automne et l’album est parcouru de mélancolie (la mort et l’absence des parents, la tempête, la disparition des animaux sauvages d’Enid, l’histoire tragique de Guillemette Auberjonois) et d’un soupçon de fantastique. Les couleurs, les dessins de Cati Baur rendent aussi parfaitement compte de cette dimension automnale. Mais les quatre sœurs, c’est aussi beaucoup d’humour avec les dialogues piquants et ciselés de Malika Ferdjoukh.

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« Quatre sœurs-1-Enid » est une bande-dessinée indispensable, à découvrir ou à redécouvrir d’urgence. Une bande-dessinée vers laquelle on a envie de retourner pour se blottir auprès des quatre sœurs Verdelaine magnifiquement dessinées par Cati Baur et pour retrouver les mots de Malika Ferdjoukh. Et promis, dès que j’ai relu toutes les bande-dessinées, je m’attaque aux romans !

 

Les nuits blanches de Dostoëvski

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Une nuit claire à  Saint-Pétersbourg, un jeune homme rêveur se promène, salue du regard les endroits qu’il connait. Sur sa route, il croise une jeune femme penchée sur la rambarde d’un canal. Entendant des sanglots, le jeune homme s’arrête, la suit et la sauve des attentions déplacées d’un autre homme. Cet évènement lui permet de faire la connaissance de Nastenka. Pour apprendre à  se connaître mieux, ils se promettent de se revoir la nuit suivante. Un dialogue s’installe, une intimité se crée au fil des mots, des nuits passées ensemble dans les rues de  Saint-Pétersbourg.

« Les nuits blanches » semblent être un doux rêve d’amour. Le jeune narrateur est un rêveur qui n’a jamais rien vécu. C’est un solitaire, un timide qui n’ose pas entrer en contact avec les autres. Pourtant il en rêve, la jeune femme idéale est certainement là, tout près dans les rues de Saint-Pétersbourg. Et voilà qu’il croise Nastenka et elle a le cœur brisé. Elle attend le retour d’un homme qu’elle a aimé il y a un an. La rencontre de ces deux personnages est belle, la romance peut commencer. Mais ce serait oublier que nous sommes chez Dostoïevski. La réalité n’est pas un conte de fées, les illusions ne durent pas. Le court texte est beaucoup plus sombre et ironique qu’il n’y paraît. Le bonheur du jeune narrateur est fugace, il l’entraperçoit subrepticement avant qu’il ne lui soit retiré. Il retourne alors à sa vie terne, morne de petit employé si souvent décrit par Gogol : « Un rayon de soleil apparaissant soudain derrière un gros nuage noir, se cacha-t-il à nouveau derrière un nuage de pluie, assombrissant tout ce qui se trouvait devant mes yeux ; ou vis-je devant moi, si triste et si revêche, la perspective de mon avenir et me découvris-je tel que je suis en ce moment, mais dans quinze ans, vieilli, dans la même chambre, avec la même Matriona, qui, toutes ces années, n’aura pris une once de sagesse ? » La médiocrité du quotidien l’emporte, elle baigne la ville même, comme l’explique le jeune homme à Nastenka : « Dans ces recoins, ma chère Nastenka, semble survivre une toute autre vie, très différente de celle qui bouillonne autour de nous…Et cette vie est un mélange d’on ne sait quoi de purement fantastique, de violemment idéal avec quelque chose d’autre…de morne, de prosaïque, d’ordinaire, pour ne pas dire : invraisemblablement vulgaire. »  Le malaise, la laideur entourent nos deux amoureux, nos deux jeunes rêveurs.

Dans « Les nuits blanches », Dostoïevski se joue des histoires d’amour, il montre que les rêves sont illusoires : c’est l’amertume qui perdure une fois le livre refermé.

Bilan livresque et cinéma de mars

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Un petit mois de mars au niveau de mon nombre de lectures, j’aurais aimé que le bilan soit plus important. Les livres lus sont pourtant à la hauteur mais j’ai eu l’impression de lire à la vitesse de l’escargot… J’ai néanmoins réussi à vous parler de « Une bonne école », le dernier Richard Yates publié chez Robert-Laffont, qui m’a séduit par son ton mélancolique et désabusé, de l’âpre « C’en est fini de moi » de Alfred Hayes à l’atmosphère sombre et désenchantée, « Un héritage » de Sybille Bedford qui nous transporte dans l’Allemagne de 1870. Et j’espère vous parler très rapidement de la formidable biographie des sœurs Mitford de Annick Le Floc’hmoan.

Cinq films à mon compteur pour le mois de mars et un énorme coup cœur :

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Été 1983, Elio, 17 ans, et sa famille s’installent dans leur villa du XVIIème siècle dans la campagne lombarde. Les parents sont des intellectuels, cosmopolites et polyglottes. Elio est un érudit qui s’intéresse tout particulièrement à la musique. Comme chaque année, la famille accueille un thésard venu travailler avec le père sur des recherches archéologiques. Cette année, c’est un américain qui vient passer l’été en Italie. Oliver, séduisant et charismatique, agace autant qu’il fascine Elio. L’adolescent l’observe, le suit, tourne autour et le rejette tout à la fois. Entre eux naît une irrésistible attraction. Quel bonheur et quelle réussite que ce film de Luca Guadagnino ! « Call me by your name » est une parenthèse enchantée pour Elio et pour le spectateur. Il retrace un premier amour fulgurant, d’une rare intensité. Elio est l’incarnation de la nonchalance adolescente qui colle parfaitement avec la langueur de l’été italien. Elio est aussi l’incarnation de la naissance du désir et des troubles qu’il engendre. Elio papillonne entre Marzia, son amie d’enfance, et le bel Apollon qu’est Oliver, hésitant, peu sûr de lui et de ses sentiments. Elio, comme tous les adolescents, expérimente avant d’être frappé par l’éblouissement du premier amour. « Call me by your name » est aussi l’apprentissage de la souffrance, de la perte, l’entrée de plain-pied dans l’âge adulte. Le film est splendidement réalisé et maîtrisé. Il est lumineux, sensuel, cruel et tendre. Les acteurs sont tous à la hauteur de la réalisation à commencer par les deux acteurs principaux : le jeune et éblouissant Timothée Chalamet et le sensible et touchant Armie Hammer. Ils concourent tous les deux à la beauté solaire de ce film d’apprentissage. Un gros coup de cœur qui me donne envie de ma précipiter sur le roman d’André Aciman.

 

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Le film s’ouvre dans le bureau d’une juge. Antoine et Miriam divorcent et sont là pour décider des conditions de la garde de leur fils Julien, 11 ans. Leur fille va avoir 18 ans et refuse de voir son père. La tension est palpable, Miriam semble pétrifié. Les deux avocats s’affrontent, l’une dénonçant la violence d’Antoine, l’autre affirmant que Julien ne peut pas vivre sans son père. Qui croire ? La juge accorde la garde partagée. Pris entre sa mère et son père, Julien va tout faire pour éviter qu’un drame arrive. « Jusqu’à la garde » commence comme un film réaliste avec la scène très juste chez le juge et se poursuit comme un thriller. Tout le film tourne autour de la peur, celle de Julien qui cherche à protéger sa mère sans y parvenir et qui craint son père. Le jeune acteur Thomas Gioria est remarquable et touchant. La tension, l’angoisse grandit au fur et à mesure que l’on découvre la vrai nature du père : intrusif, jaloux, colérique mais aussi blessé et torturé. Denis Ménochet y est impressionnant, passant en une seconde d’un regard doux à un regard brutal et menaçant. Et que dire de Léa Drucker qui fait bloc devant son monstre de mari avec force et dignité. La malaise est présent tout le long du film, l’anxiété nous gagne sans que jamais les coups ne soient montrés, la violence est sourde. Et la fin du film est saisissante.

Et sinon :

  • Lady Bird de Greta Gerwig : A 17 ans, Christine McPherson veut échapper à la morosité de son quotidien à Sacramento. Elle se fait appeler Lady Bird et dessine des femmes à tête d’oiseau pour sa campagne aux élections de son établissement catholique. Sa famille fait partie de la classe moyenne qui a des fins de mois difficiles et qui rêve des maisons cossues de l’autre côté de la voie ferrée. Le premier film de Greta Gerwig est en grande partie autobiographique. Lady Bird est un personnage fantasque, en marge des autres adolescents. Elle est agaçante et touchante dans son désir de rejoindre New York où la vraie vie semble palpiter. La relation avec la mère est particulièrement bien traitée. Entre engueulades et complicité, leur relation vibre d’émotions et de tendresse non avouée. Saoirse Ronan prête son visage à Lady Bird et elle illumine le film de sa présence énergique et vulnérable. Le film porte la voix singulière de Greta Gerwig et du cinéma indépendant américain.

 

  • The disaster artist de James Franco : Tommy Wiseau est un acteur calamiteux mais il se pense incompris. Il rencontre un jeune acteur dans un cours de théâtre. Ensemble, ils partent tenter leur chance à Hollywood. Rien ne fonctionne et les deux hommes restent sur le carreau. Mais Tommy est richissime et il décide d’écrire et de réaliser son propre film. Il en sera également l’acteur principal aux côtés de son ami. Le film de James Franco s’inspire d’un personnage réel. Tommy Wiseau, dont l’âge et l’origine de la fortune restent inconnus, est le Ed Wood des années 2000. Son film « The room » est devenu un nanar culte aux Etats-Unis. Les scènes du tournage (qui sont des reconstitutions à l’identique du film original comme le montre la fin du film) donnent l’impression d’une exécrable sitcom où le jeu de Tommy Wiseau est absolument ridicule. Le film de Franco est une comédie très drôle, très enlevée. Le personnage central est totalement démesuré, fantasque et barré. Mais il étonne aussi par sa démesure, sa fêlure intérieure et son besoin démesuré de reconnaissance. Un personnage surréaliste qui valait bien un film.

 

  • Eva de Benoît Jacquot : Bertrand est un dramaturge à la mode, adulé mais qui peine à rendre son prochain manuscrit. Et pour cause, son succès il le doit au travail d’un autre, un vieil écrivain chez qui il faisait le gigolo et à qui il a volé un manuscrit après l’avoir laissé mourir dans sa baignoire. Bertrand croise le chemin d’une prostituée de luxe, Eva, qui va rapidement l’obséder. Leur relation devient rapidement toxique. Benoit Jacquot tire son film d’un roman de James Hadley Chase. Il en fait un polar vénéneux, d’une perversité toute cérébrale. C’est un film sur la mystérieuse fascination qu’un être peut exercer sur un autre. Les deux acteurs sont évidemment brillants comme à leur habitude : Gaspard Ulliel dévoré par son attirance pour Eva et Isabelle Huppert glaçante d’indifférence. Peut-être peut-on regretter la distance un peu froide entre le spectateur et le film mais la relation entre les deux personnages n’en reste pas moins fascinante.