Mon désir le plus ardent de Pete Fromm

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Maddy est une jeune femme qui n’est pas pressée de s’engager. Elle préfère les hommes plus âgés et refuse de faire des plans pour son avenir. Elle aime pêcher, faire du rafting sur la Buffalo Fork dans le Wyoming. Mais un jour, elle croise la route du séduisant Dalt qui a le même âge qu’elle et qui est guide de rivière. C’est un amour absolu qui naît entre eux et qu’ils scellent sur les rives de la Buffalo Fork. Rien ne peut les séparer, rien ne peut entamer ce lien qui les relit et leur passion pour le rafting. La vie prend malheureusement un malin plaisir à contrarier cette idylle. Alors qu’ils s’apprêtent à fonder leur famille, Maddy apprend une terrible nouvelle : elle est atteinte de la sclérose en plaques.

« Mon désir le plus ardent » est le premier roman de Pete Fromm que je lisais, mais il ne sera assurément pas le dernier. Une histoire d’amour sur fond de maladie, on ne peut pas imaginer sujet plus risqué. Et Pete Fromm évite tous les écueils du genre. Il n’appuie jamais sur le mélo, sur le tire-larmes qui aurait été si facile à utiliser. Tout le roman sonne juste et nous serre la gorge au fur et à mesure que l’on avance dans l’histoire. Maddy et Dalt forment un couple qui sort de l’ordinaire, ils s’appellent « Les veinards » et il n’y a aucune d’ironie là-dedans ! La force du roman tient dans la personnalité des deux protagonistes. C’est Maddy qui en est la narratrice et elle affronte sa maladie avec force et surtout avec un humour dévastateur. Elle continue à refuser de penser à l’avenir, à imaginer l’évolution inéluctable de sa maladie. Face à elle, Dalt est d’un optimisme forcené ce qui ne l’empêche pas d’anticiper  les difficultés liées à la sclérose en plaques et d’aménager la maison malgré les hurlements de Maddy. Au fil des chapitres, qui font défiler la vie du couple, Pete Fromm nous montre le quotidien mis à mal par la maladie, les rêves que l’on doit remiser au fond d’un placard, les disputes, les enfants qui doivent faire avec une mère diminuée, la frustration liée aux souvenirs de la vie d’avant. L’histoire de Maddy et Dalt est de celle que l’on oublie pas et elle est magnifiée par la plume de Pete Fromm.

Ma première lecture de Pete fromm est une réussite, j’ai adoré « Mon désir le plus ardent » qui arrive à nous parler d’une histoire d’amour hors norme sur fond de maladie sans misérabilisme et avec beaucoup de justesse.

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Shiloh de Shelby Foote

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Les 6 et 7 avril 1862 se déroula une des batailles les plus sanglantes de l’histoire des Etats-Unis : 3000 morts, 16000 blessés de part et d’autre des deux camps qui s’affrontent. Cette bataille, opposant l’armée confédérée à celle de l’Union, est connue sous le nom de Shiloh, nom de la chapelle méthodiste en rondins qui se situait en plein milieu du champ de bataille. Celle-ci servit aussi bien de QG que d’hôpital pendant ces deux journées sanglantes.

Shelby Foote était un romancier et un historien américain. Il publia ce roman sur cet épisode de la Guerre de Sécession en 1952. Il retrace cette bataille dans un roman choral. L’auteur se place à hauteur d’hommes et utilise la 1ère personne du singulier. Alternativement, des membres chaque camp exprime ce qu’il vit. Ce sont six soldats, du gradé en passant par l’éclaireur, au cavalier ou au simple soldat, dont nous entendons la voix. De chaque côté, les troupes sont constituées d’hommes inexpérimentés qui découvrent l’art de la tactique militaire et les combats. Ce que ces hommes découvrent également, c’est la peur qui s’empare d’eux et les pétrifie face à l’horreur des combats. « Malgré le bruit des coups de feu, je les ente,dais, autour de moi, qui hurlaient comme la chasse au renard mais avec de la folie en plus, comme des chevaux piégés dans une grange en feu. Je crus qu’ils avaient tous perdu la boule. Il fallait les voir : le visage ouvert en deux, la bouche tordue dans tous les sens, et ces cris de déments qui sortaient. Comme s’ils ne criaient pas avec leur gorge mais ouvraient simplement la bouche pour laisser s’échapper une chose retenue en eux. Ce fut à ce moment-là que je mesurai à quel point j’avais peur. » Certains désertent devant cet amoncellement de corps comme « (…) les feuilles à la saison des moissons. » D’autres voient leur courage décuplé comme ce général qui seul avance vers les troupes ennemies la sabre à la main.

Les personnages de Shelby Foote croisent les personnages historiques comme le général Johnston ou le général Grant. Certains vont se croiser à travers les chapitres. Ce que montre parfaitement Shelby Foote, c’est l’humanité confrontée à la violence absurde de la guerre. Une humanité fatiguée, affamée, blessée qui semble perdue. Et d’ailleurs, à la fin du roman, nous ne sommes pas certains de savoir qui l’a emporté tant chaque camp semble perdant.

« Shiloh » est un roman remarquablement documenté, minutieux dans les sentiments des différents acteurs et dans les descriptions du cadre et des changements météorologiques qui influent sur le moral des troupes. Avant la lecture du roman, je conseillerais la lecture de quelques infos sur la Guerre de Sécession et sur cette bataille en particulier afin de profiter pleinement du travail de Shelby Foote.

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Nos premiers jours de Jane Smiley

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Walter et Rosanna Langdon sont propriétaires d’une ferme dans l’Iowa. Ils viennent d’avoir leur premier enfant, Franck. Au cours des années, cinq autres enfants viendront au monde. Walter verra le monde agricole changer en profondeur. Rosanna regardera ses enfants grandir, s’affirmer et parfois s’éloigner.

« Nos premiers jours » est le premier volet de l’ambitieuse saga écrite par Jane Smiley. Ce tome débute en 1920 pour s’achever en 1953. Chaque chapitre correspond à une année. L’histoire de la famille Langdon s’inscrit dans celle de l’Amérique et dans la durée. Jane Smiley nous offre la possibilité de suivre une famille sur plusieurs générations. Dans ce premier tome, c’est la vie de Walter et Rosanna, ainsi que celle de leurs enfants devenus adultes que nous découvrons. Chaque chapitre nous donne à voir la vie de la famille au quotidien. Il n’y a rien là de spectaculaire, ce sont les évènements de la vie de tous les jours qui émaillent le roman. Il souligne l’évolution de la société, des technologies (l’arrivée du tracteur, des engrais pour les agriculteurs), et il est traversé par les grands faits historiques : la crise de 1929 qui influe sur le prix des céréales, la deuxième guerre mondiale où s’engage Franck, la chasse aux communistes qui touche Eloïse, la sœur de Rosanna, la guerre froide avec la Russie qui clos le roman.

Jane Smiley a écrit une véritable saga familiale constituée d’une impressionnante galerie de personnages. L’auteure réussit l’exploit de ne pas perdre son lecteur dans les différentes générations de Langdon. Elle les caractérise dès le plus jeune âge et sait nous les rendre attachants : Franck, l’aîné obstiné et brillant ; Joe, plus en retrait et sensible ; Lillian, la jeune fille modèle ; Henry, le rat de bibliothèque et Claire, la préférée de Walter. Il est intéressant de voir les interactions entre chacun, celles avec leurs parents (Rosanna a du mal à aimer Claire, la petite dernière) au fil des années. Mon seul bémol porte sur les parties qui concernent le retour de Franck après la guerre. Ses passages prennent beaucoup de place dans les dernières années et le reste de la famille me manquait. Ce qui m’a beaucoup plu dans ce roman est en effet l’alternance des personnages et de leurs histoires.

« Nos premiers jours » de Jane Smiley ouvre magnifiquement sa saga familiale sur fond d’Histoire Américaine. Les personnages sont finement dessinés et sont tellement attachants que l’on a envie de les retrouver rapidement.

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Le chant des revenants de Jesmyn Ward

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Jojo, 13 ans et métis, vit chez ses grands-parents maternels avec sa sœur de 3 ans, Kayla. Leur mère Léonie habite avec eux mais elle est très peu présente. Elle travaille, se drogue et surtout, elle attend la sortie de prison de son homme Michael. Ce dernier est incarcéré au pénitencier de Parchman et il va justement sortir très bientôt. Leonie veut aller le chercher en voiture et elle embarque ses deux enfants dans son voyage contre l’avis de ses parents et de Jojo.

Je n’avais encore lu Jesmyn Ward et pourtant elle est la seule femme à avoir remporté deux fois le National Book Award : pour « Bois sauvage » et pour le « Chant des revenants ». Ce dernier est un roman polyphonique qui nous donne à entendre les voix de trois personnages : Jojo, Leonie et Richie. Celui-ci est un personnage un peu particulier puisqu’il est mort depuis des décennies. « Le chant des revenants » est en effet un livre qui est à la fois très réaliste et qui joue avec le fantastique. Richie est l’un des deux fantômes de l’histoire, l’un des jeunes hommes noirs assassinés en raison de leur couleur de peau. Les deux morts violentes interviennent à des époques différentes, ce qui soulignent bien la persistance du racisme dans le Sud des Etats-Unis. Richie est vu par Jojo et Given par sa sœur Leonie, chacun a encore des choses à régler avec le monde des vivants. Richie fait partie de l’histoire du grand-père maternel de Jojo. Il fut emprisonné au pénitencier de Parchman dans sa jeunesse où il devait effectuer des travaux agricoles. Il y rencontra Richie qu’il tenta de protéger. Le grand-père raconte des bribes de cette histoire à Jojo pour lui apprendre le sort des noirs à l’époque. Mais l’histoire est si terrible qu’il ne dit pas tout à son petit fils. Le destin de Richie est absolument déchirant.

Les personnages du « Chant des revenants »sont extrêmement touchants et attachants. A commencer par le premier narrateur, Jojo, qui protège sa petite sœur, vénère son grand-père et veut lui ressembler, il se méfie de sa mère. Il fait preuve de beaucoup de maturité durant le voyage vers le pénitencier et plusieurs événements durant le voyage (notamment sa rencontre avec ses grands-parents paternels qui sont blancs…) lui montreront à quel point il est toujours aussi difficile d’être noir aux Etats-Unis. Il est entouré de personnages également touchants : le grand-père qui semble un roc et cache une grande blessure ; la grand-mère malade qui était le pilier de la famille ; Leonie qui n’est que maladresse et rudesse avec ses enfants mais qui porte le chagrin de la mort de son frère. Chacun est finement décrit et avec beaucoup d’empathie.

« Le chant des revenants » est le premier roman de Jesmyn Ward que je lisais mais il ne sera certainement pas le dernier. Parfaitement construit et maîtrisé, le roman nous offre une belle galerie de personnages touchants et marqués par le racisme du Sud des États-Unis.

Merci aux éditions Belfond pour cette découverte.

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Dans les angles morts de Elizabeth Brundage

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En février 1979, en pleine tempête de neige, le couple Pratt voit arriver chez eux George Clare, un voisin. Il vient de trouver sa femme, Catherine, assassinée dans leur maison. Leur petite fille était seule dans sa chambre quand le meurtre a eu lieu. Les Clare étaient arrivés à Chosen huit mois plus tôt. Ils avaient racheté une ancienne ferme laitière en faillite pour une bouchée de pain. George venait d’obtenir un poste d’enseignant en histoire de l’art à l’université. Après New York, le couple s’installait dans une petite ville rurale où les agriculteurs étaient en grande difficulté financière. L’achat aux enchères de la ferme des Hale  ne plut d’ailleurs pas beaucoup aux habitants. L’intégration des Clare s’annonçait donc difficile. L’assassinat de Catherine Clare jette le doute et assombrit toute la communauté. Qui aurait pu commettre un tel acte?

« Dans les angles morts » est un roman remarquable, d’une grande maîtrise narrative. Le roman s’ouvre sur la découverte du corps de Catherine Clare et pourtant il ne s’agit pas là d’un thriller à proprement parlé. Le reste du roman  ne sera pas le récit de l’enquête menant à l’arrestation du meurtrier. Bien entendu, à la fin du roman, le lecteur saura ce qu’il est arrivé à Catherine mais Elizabeth Brundage a écrit un grand roman psychologique.

Après le meurtre, l’auteur revient sur la vie du couple Clare : leur rencontre à l’université, leur mariage, la naissance de leur fille, leur emménagement à Chosen. Mais l’histoire de cette famille n’est pas la seule à occuper les pages de ce roman. Elizabeth Brundage multiplie les points de vue, fait entendre les voix de tout l’entourage du couple. Il y a les trois fils Hale qui habitaient la ferme rachetée par les Clare, Bram et Justine, un couple riche venu se retirer à la campagne pour vivre plus simplement, Mary Lawton qui travaille à l’agence immobilière, Willis, jeune femme paumée, etc… Chaque personnage s’exprime, chacun a une épaisseur psychologique. Elizabeth Brundage dissèque cette communauté rurale avec beaucoup de finesse et une incroyable fluidité narrative.

Le roman a un côté gothique qui n’était pas pour me déplaire. « Dans les angles morts » est un roman extrêmement sombre, il plonge dans la noirceur de l’âme humaine. Au fur et à mesure des chapitres, le récit devient glaçant. La maison est un personnage à part entière. « Une chose à savoir à propos des maisons, c’étaient elles qui choisissaient leurs propriétaires, et non l’inverse. Et cette maison les avait choisis, eux. » Elle est marquée du sceau de la malédiction, du malheur. La mort de Catherine Clare n’est pas le premier drame qu’abrite cette vieille ferme. Elle est inquiétante, hantée d’après Catherine Clare. Elle porte le poids des destinées tragiques des femmes qui y vécurent.

La densité du récit, le souffle romanesque, la maîtrise narrative, la galerie de personnages font de « Dans les angles morts » un très grand roman et un coup de cœur pour moi.

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Les femmes de Heart Spring Mountain de Robin MacArthur

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Août 2011, l’ouragan Irene s’abat sur les Etats-Unis et notamment sur le Vermont où de nombreux dégâts sont recensés. Des personnes ont également disparu. C’est le cas de Bonnie qui est sortie de chez elle le soir de la tempête après avoir pris de la drogue. Sa fille Vale, qui vit à la Nouvelle Orléans, apprend la nouvelle par sa tante Deb. Elle, qui n’a pas mis les pieds dans le Vermont depuis 8 ans, se précipite pourtant pour essayer de retrouver sa mère. A Heart Spring Mountain, elle retrouve donc sa tante Deb, ancienne hippie, et la vieille Hazel, la tante de sa mère. Toutes deux vivent en plein cœur de la nature sauvage où leurs ancêtres s’étaient eux-mêmes installés. Vale va se confronter à ses propres souvenirs mais également à ceux de sa famille.

« Les femmes de Heart Spring Mountain » est le premier roman de Robin MacArthur après un recueil de nouvelles. Elle dépeint, dans son livre, une lignée de femmes et en fait un roman choral. Chaque court chapitre est dédié à l’un des personnages : Bonnie, sa fille Vale, sa mère Lena, sa tante Hazel et sa belle-fille Deb. Les liens entre tous les personnages sont au début un peu difficile à établir mais ils s’éclairent au fur et à mesure de la lecture. De plus, Robin MacArthur nous fait voyager dans le temps de la fin des années 50 à 2011. Les hommes ont parfois voix au chapitre mais ils sont en minorité, ils disparaissent assez vite, s’éloignent géographiquement ou ont des destins tragiques. Robin MacArthur écrit donc un roman au féminin qui commence même avant Lena avec l’ancêtre Marie dont Vale découvre une photo. Une femme mystérieuse aux longues tresses noires qui pose la question des origines indiennes de la famille. Les Abénakis peuplaient effectivement la région avant l’arrivée des colons blanc. Les femmes de Heart Spring Mountain sont toutes plus ou moins fantasques, décalées et bohèmes. C’est sans doute cela qui les rend si attachantes. L’une d’elles l’est tout particulièrement : Lena, la grand-mère de Vale. C’est d’ailleurs la seule dont l’histoire nous est racontée à la première personne du singulier. Elle vit dans une cabane avec une chouette qu’elle a soignée et elle est en parfaite adéquation avec la nature.

Cette dernière est d’ailleurs l’autre grande thématique du roman de Robin MacArthur. Cette lignée de femmes est totalement ancrée dans le territoire de Heart Spring Mountain, ce sont leurs ancêtres qui ont nommé ainsi cette terre où ils s’installèrent. Il y a un attachement viscéral à cet endroit que redécouvre Vale en y revenant. « Vale se lève et sort pour s’éclaircir un peu les idées. Il fait froid. Un vent mordant au parfum de résine monte de la rivière. Elle s’enveloppe dans son gilet, rabat le chapeau de Lena sur ses yeux et ses oreilles. Un peu plus haut dans la montagne, la fumée d’un feu de bois s’élève du chalet de Deb ; la lumière du soleil se reflète sur la fenêtre de la cuisine de Hazel. « Chez moi », murmure-t-elle, le paysage lui apparaissant sous un jour nouveau. » Le récit est émaillé de descriptions du paysage et les événements souligne la puissance des éléments. Mais Robin MacArthur parle aussi beaucoup de ce qui détruit notre environnement, du danger qui menace des lieux comme Heart Spring Mountain. La beauté, la rudesse de la nature appelle ici à sa défense, à sa protection.

Les thématiques du roman de Robin MacArthur m’ont séduite et intéressée. Il s’agit là d’une belle découverte et d’une auteure à suivre à l’avenir.

Merci au Picabo River Book club et à Léa pour cette découverte !

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Le verger de marbre de Alex Taylor

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Au fin fond du Kentucky, la Gasping River s’écoule, profonde et tumultueuse, dans la vallée. Clem Sheetmire possède un ferry qui permet de passer d’une rive à l’autre. Certains soirs, c’est son fils Beam qui effectue les traversées. Ce mardi-là, il n’avait pris sur le ferry qu’un paysan avec son tracteur. Jusqu’à ce qu’un homme se présente en pleine nuit. Le passage d’une rive à l’autre se fit dans le calme de la nuit. « Il fit ronronner l’accélérateur et le moteur crachota, l’écume de l’eau bouillonnant autour de l’hélice tandis que le ferry progressait lentement dans le courant, les poulies grinçant sur leurs câbles. Un morceau de bois flotté s’agita sur la rivière et l’odeur âcre de vase et de fleurs de robinier s’éleva, puissante et corsée, au-dessus de la puanteur de gasoil carbonisé. Quand il s’approcha, Beam coupa le moteur et laissa le ferry accoster sur l’embarcadère (…). » Arrivé à destination, le passager refuse de payer la course, pire il tente de voler la caisse. Beam se défend et tue l’homme. Clem vient en aide à son fils en jetant le corps dans la rivière et en l’aidant à fuir. Le cadavre est en effet celui du fils de Loat Duncan, le caïd du coin.

« Le verger de marbre » est le premier roman d’Alex Taylor, ce qui est assez incroyable tant son intrigue est maîtrisée et son écriture est ciselée et de toute beauté. La quatrième de couverture compare le livre à une tragédie grecque chez les frères Coen et je trouve que l’idée résume bien le roman.

L’intrigue se déroule dans le Sud profond, rural. L’ambiance y est poisseuse, moite et perverse. Loat Duncan y fait régner la violence, les règlements de compte. Le shérif ne peut rien pour l’arrêter. L’ennui, le désespoir n’arrangent rien à la situation et ne font qu’alourdir l’atmosphère déjà sombre et pesante.

Dans ce cadre, les personnages ne semblent avoir aucune chance de s’en sortir. La famille de Beam fait partie des perdants. Beam porte cet héritage familial même si, comme il va peu à peu le découvrir, il ne le connaît pas réellement. Les Sheetmire sont rongés par leurs secrets et leur fils va devoir payer la note de ces omissions. Comme dans les tragédies grecques, son destin est totalement inéluctable.

La galerie de personnages qui l’entoure est digne d’un film des frères Coen : Loat Duncan est cruel et se promène avec une meute de chiens, le propriétaire du rade du coin est un manchot, un routier en costard se révèle être un psychopathe, un vieil homme a comme cachette privilégiée un cimetière. Les habitants sont à l’image de l’endroit où ils vivent.

« Le verger de marbre » est un premier roman noir parfaitement maîtrisé et très littéraire de par son écriture. Alex Taylor est un écrivain américain à suivre.

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Le nouveau de Tracy Chevalier

Washington DC en 1974, Osei est fils d’un diplomate ghanéen. A nouveau, il doit changer d’école et cette fois, il ne la fréquentera que quelques mois puisque la fin de l’année approche. Une jeune fille va se lier à lui immédiatement. Dee repère Osei dès son entrée dans la cour. Elle admire l’harmonie de son visage. Mais Osei ne va pas s’attirer que des bonnes grâces dans sa classe. Dans les années 70, la présence d’un enfant noir est incongru dans cette école. « Il n’y avait pas d’élèves noirs à l’école de Dee, ni d’habitants noirs dans le quartier de banlieue où elle vivait, même si en cette année 1974, Washington proprement dit possédait une population noire assez nombreuse pour être baptisée Chocolate City, la « ville-chocolat ». L’amitié instantanée de Osei et Dee, l’une des filles les plus populaires de l’école, va créer des jalousies et des inimitiés.

Après « Vinegar girl », relecture de « La mégère apprivoisée », je découvre avec « Le nouveau » une nouvelle réécriture de Shakespeare commandée par la maison d’édition Hogarth Press. Contrairement à Ann Tyler qui prenait de la distance avec l’oeuvre originale, Tracy Chevalier reste plus proche de la trame d’Othello. On retrouve notamment la quasi totalité des personnages shakespeariens : Osei-Othello, Dee-Desdémone, Ian-Iago, Mimi-Emilia, Blanca-Bianca, Casper-Cassio. Le déroulement de l’intrigue est également identique, Osei sera le jouet des machinations de Ian qui visent à anéantir sa relation avec Dee.

Tracy Chevalier choisit de transposer le drame du maure de Venise dans les années 70 aux Etats-Unis, époque où le combat pour les droits civiques faisait rage, époque que Tracy Chevalier a vécu elle-même puisqu’elle a grandi à Washington à cette époque-là. La sœur d’Osei, un des rares personnages totalement inventés par l’auteur,  est affiliée aux Black Panthers et affirme son identité avec force. Elle reste en arrière-plan mais politise l’intrigue de Shakespeare. Face à elle, Osei semble vouloir se fondre dans la masse, faire oublier sa couleur de peau pour avoir la paix. Il ne peut malgré tout pas éviter le racisme très présent dans la cour de l’école venant aussi bien des autres élèves que des enseignants. La pièce de Shakespeare trouve un écho flagrant dans la société américaine des 70’s et d’aujourd’hui. Ce qui montre aussi à quel point les thématiques shakespeariennes sont intemporelles.

Ce qui est également intéressant dans le roman de Tracy Chevalier, c’est qu’elle condense l’histoire sur une seule et unique journée. Comme le barde, elle décline son intrigue en cinq actes qui correspondent ici à une journée d’école. La tension monte petite à petit, au fur et à mesure de la journée. L’action ainsi comprimée donne plus de force à l’inéluctabilité du drame qui se joue dans cette cour d’école. Mon seul petit bémol à cette réécriture est la manière d’agir et de parler des enfants. Ils ont 11 ans et paraissent en avoir beaucoup plus, être beaucoup plus mâtures. Mais Tracy Chevalier, que j’ai eu la chance de rencontrer, nous expliquait bien se souvenir de sa propre enfance et de l’attitude de ces camarades de classe beaucoup plus adultes qu’il n’y semblait.

« Le nouveau » est une réécriture d’Othello dont l’intrigue est très judicieusement transposée dans les années 70 aux Etats-Unis où le racisme ne se cachait pas. Le livre de Tracy Chevalier souligne également à quel point les œuvres de Shakespeare sont intemporelles.

Merci à Babelio et aux éditions Phébus.

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Franny et Zooey J.D. Salinger

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« Franny » et « Zooey » furent respectivement publiés en 1955 et 1957 dans le New Yorker. J.D. Salinger les a ensuite lui-même réuni, les deux forment un diptyque autour de Franny et de sa quête de spiritualité.

Dans la première nouvelle, Franny retrouve son petit ami Lane pour dîner. Ce dernier est ravi de la revoir et il essaie de se valoriser auprès d’elle notamment du point de vue intellectuel. Franny semble ailleurs, elle n’écoute pas véritablement. Elle se pose des questions sur ses études, a abandonné la section théâtrale qu’elle aimait tant. Lane finit par découvrir que Franny est obnubilée par la lecture d’un livre : « Le chemin d’un pèlerin », un livre sur la prière perpétuelle. Le dîner se termine sur le malaise de la jeune femme.

Dans la deuxième nouvelle, nous sommes un lundi matin de novembre 1955 dans l’appartement new yorkais de la famille Glass. Zooey prend un bain et sa mère vient discuter avec son fils à propos de sa fille Franny. Cette dernière est mal dans sa peau, mange peu et dort encore moins. Mme Glass tente de convaincre son fils de parler à sa sœur.

Je suis sortie mitigée de cette lecture. J’avais adoré « L’attrape-coeur » et j’attendais peut-être trop de cette lecture. La famille Glass est composée de cinq garçons et deux filles, tous sont précoces intellectuellement et tous ont participé à un jeu radiophonique appelé « C’est un enfant avisé ! ». Les deux aînés ont depuis laissé tomber le reste de la famille : Seymour s’est suicidé et Buddy, devenu écrivain, s’est retiré du monde (ça vous rappelle quelqu’un ?). Franny et Zooey sont à un moment où ils se cherchent et ils souhaitent trouver un sens à leur vie. Ils s’interrogent sur la manière de vivre dans un monde aussi égocentrique et vaniteux. « Ce que je sais, moi, c’est que je perds la tête, dit Franny. J’en ai assez de l’ego, de l’ego, de l’ego. Du mien et de celui des autres. J’en ai assez de tous ceux qui veulent arriver à quelque chose, faire quelque chose de distingué, être intéressants. C’est écœurant, écœurant. Ce que les gens disent m’est égal. » Là aussi on croirait entendre Salinger lui-même. La réflexion est très intéressante mais c’est le véhicule de celle-ci qui m’a moins convaincue.

On retrouve dans « Zooey » beaucoup de l’humour caustique que l’on trouvait dans « L’attrape-cœur » notamment au début de la nouvelle. Buddy se fait le narrateur de l’histoire et présente sa famille avec beaucoup d’ironie. De même, la scène entre Zooey et sa mère est très réussie, elle est très cinématographique. On visualise parfaitement le pauvre jeune homme coincé dans sa baignoire pendant que sa mère monologue. Le reste de la nouvelle, comme pour « Franny », se fait essentiellement au travers de dialogues. Cette manière de faire m’a, par moments, fait penser aux films de Woody Allen. Les dialogues donnent un côté très spontané et naturel à l’histoire. Mais j’avoue avoir trouvé que le dialogue entre Franny et Zooey était trop long, il tourne en rond et manque singulièrement d’humour par rapport au début de la nouvelle. La discussion entre le frère et la sœur m’a paru verbeuse. Peut-être qu’elle passerait mieux sur grand écran ou sur les planches d’un théâtre mais j’ai vraiment eu du mal à e,n venir à bout.

« Franny et Zooey » fut malheureusement une lecture décevante, j’aurais finalement dû me contenter de « L’attrape-cœur ».

Merci aux éditions Robert-Laffont pour cette lecture.

 

Vinegar girl de Anne Tyler

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Kate Battista a bientôt 30 ans et elle vit toujours chez son père avec sa sœur adolescente. Kate gère toute la logistique du quotidien et suit le « système » institué par son père : purée de viande tous les soirs que l’on prépare une fois par semaine, le lave-vaisselle ne tourne qu’une fois qu’il est totalement plein quitte à devoir reprendre dedans la vaisselle sale, etc… Le Dr Battista a réglé le quotidien une bonne fois pour toute pour alléger son esprit de savant. Kate travaille comme assistante maternelle dans une école où son manque de tact et de diplomatie lui vaut des remontrances de la part de la directrice. La routine de Kate va bientôt être bouleversée par une idée de son père. Dans son laboratoire, il a engagé un assistant, Pyotr Cherbakov, qui va devoir retourner dans son pays. Le Dr Battista demande donc à Kate de l’épouser pour qu’il puisse rester aux États-Unis.

« Vinegar girl » est une réécriture de « La mégère apprivoisée » de Shakespeare. Ce projet de réécriture a été initié par la maison d’édition Hogarth pour célébrer en 2016 le 400ème anniversaire de sa mort. On peut déjà trouvé en France le « Macbeth » de Jo Nesbo et très bientôt « Le nouveau » de Tracy Chevalier qui est la réécriture de « Othello ». La thématique de « Vinegar girl » est donc celle de la pièce du barde de Stratford-upon-Avon : un mariage forcé qui adoucit une femme au caractère bien trempé. Comme chez Shakespeare, le ton est celui de la comédie, les répartis de Kate sont délectables. Celle-ci est bien partie pour devenir une vieille fille même si elle trouve l’un de ses collègues séduisant. Kate s’est enfermée dans les codes de son père après la mort de sa mère. Le scientifique est un personnage assez détestable et parfaitement égoïste. Kate ne semble être là que pour lui faciliter les choses. Elle n’a à ses yeux pas besoin d’une vie à elle. Au début du roman, elle semble presque autiste tant elle a des difficultés à communiquer avec autrui. On comprend mieux pourquoi lorsque l’on fait connaissance avec son père ! Comme dans « La mégère apprivoisée », le mariage forcé sera finalement plus libérateur que ce qu’il semblait être au départ !

« Vinegar girl » est une réécriture réussie qui tout en étant proche de son modèle sait aussi s’en affranchir. C’est une comédie plaisante et amusante dont le personnage principal est particulièrement attachante.