Marilou est partout de Sarah Elaine Smith

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Greene County, Pennsylvanie, Cindy vit avec sa mère et ses deux frères dans le dénuement. La mère part durant de longues semaines pour travailler. Les trois adolescents sont totalement livrés à eux-mêmes. Cindy s’ennuie, sa vie n’a rien de palpitant et ne s’ouvre sur aucun horizon positif. « Ma vie était un désert. De là où je me tenais, elle brûlait d’une lueur terne et sans merci. » Lorsque Jude Vanderjohn, surnommée Marilou, disparaît, la vie de Cindy bascule. Elle se rapproche de la mère de Jude, Bernadette, et s’installe petit à petit à la place de l’adolescente disparue.

« Marilou est partout » est le premier roman de Sarah Elaine Smith qui est elle-même née et a grandi en Pennsylvanie. Le début du roman nous laisse penser que l’intrigue principale tournera autour de l’enlèvement de Jude et peut-être de l’enquête menée pour la retrouver. En réalité, le roman est celui de Cindy, il s’agit de son témoignage sur les évènements qui ont marqués sa vie. Elle est élevée dans une Pennsylvanie rurale, une campagne profonde avec peu d’ouverture sur le monde et où Jude est l’unique jeune fille de couleur noire. Cindy n’a aucun point de repère, aucun adulte pour la guider ou la valoriser. Elle n’a pas d’amies, se sent quelconque et aimerait disparaître. Et c’est ce qu’elle fait en se glissant dans la peau de Jude. Elle découvre un autre monde, Bernadette lui fait écouter de l’opéra et Cindy découvre la lecture. L’immense solitude de l’adolescente est comblée par les livres comme ce fut le cas pour Sarah Elaine Smith dont les parents travaillaient beaucoup. Le portrait de Cindy est vraiment saisissant et approfondi. Cette gamine, en mal d’attention, n’est jamais jugée. En face d’elle, l’auteure fait vivre une Bernadette instable psychologiquement, au bord de la folie. Ce face-à-face improbable est magnifiquement rendu par l’écriture fluide et vibrante de Sarah Elaine Smith.

« Marilou est partout » est un étrange et étonnant roman d’apprentissage où une adolescente trouve sa voix en s’appropriant la vie d’une autre.

Traduction Héloïse Esquie

La brodeuse de Winchester de Tracy Chevalier

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1932, Violet Speedwell a 38 ans, elle est célibataire et travaille comme dactylo pour une compagnie d’assurances à Winchester. Elle s’est installée récemment dans la ville après avoir fui Southampton et sa mère devenue trop acariâtre. La famille a connu plusieurs décès :  l’ainé, George, durant la guerre et le père. Violet a également perdu son fiancé Laurence, lui aussi sur le champ de bataille. L’autre frère, Tom, est revenu sain et sauf et a fondé une famille. Violet aspirait à plus d’indépendance et celle-ci est le but de son déménagement à Winchester. La nouvelle vie de Violet est loin d’être facile, son maigre salaire de dactylo ne lui permet pas de manger à sa faim et elle est logée dans une pension où elle est aussi surveillée qu’elle l’était par sa mère. C’est lors d’une visite à la cathédrale que Violet va faire une rencontre décisive. Elle y découvre le cercle des brodeuses qui confectionnent des agenouilloirs et des coussins pour la cathédrale. Violet fera tout pour entrer à son tour dans le cercle et laisser une trace durable dans la cathédrale.

Tracy Chevalier a décidément l’art de nous plonger dans des époques historiques variées. Cette fois, elle a choisi l’Angleterre de l’entre deux guerres. Une Angleterre et des familles  qui sont profondément meurtries par les nombreux jeunes hommes disparus sur les champs de bataille. Violet fait partie des femmes « excédentaires », victimes collatérales de la guerre et qui sont condamnées à rester sans mari. Dans la société de la petite ville de Winchester, il est difficile d’évoluer en étant une femme célibataire. Tous les gestes, les rencontres sont scrutés et doivent correspondre aux bonnes mœurs. Ces vieilles filles, qui n’ont pas forcément choisi cet état civil, sont vues comme des fardeaux, leurs familles devront un jour ou l’autre pourvoir à leurs besoins. C’est ce que Violet veut éviter à tout prix. Elle prend donc sa destinée en main en venant vivre à Winchester.  Le chemin vers l’émancipation sera long et parfois douloureux pour Violet. Sa participation au cercle de brodeuses va l’aider à s’épanouir et à s’assumer. Elle y croise des femmes déterminées et sûres d’elles comme Miss Louisa Pesel, fondatrice bien réelle du cercle des Brodeuses de Winchester. Ce sont ces rencontres, les amitiés qui en découlent qui vont soutenir Violet vers l’émancipation malgré le regard des autres. Au fil des pages, Violet affirme sa personnalité, ses choix et elle en devient de plus en plus attachante.

« La brodeuse de Winchester » est un roman d’émancipation à la tonalité fortement féministe. La plume fluide de Tracy Chevalier accompagne le désir d’indépendance de Violet Speedwell et nous offre un très beau moment de lecture. Les descriptions de l’art de broder sont absolument splendides et participent à l’atmosphère riche et réussie du livre.

 

L’intemporalité perdue et autres nouvelles de Anaïs Nin

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L’écrivaine américaine Anaïs Nin (1903-177) est surtout réputée pour son monumental journal, qu’elle écrivit dès l’âge de 11 ans et pendant 60 ans. Cette femme libre et indépendante, cérébrale et ardente, avait adopté la devise de Rabelais : « Fay ce que vouldras ». Elle se marie à 20 ans avec un banquier,  le couple s’installe à Paris. Mais Anaïs Nin n’est pas satisfaite par cette relation. Elle connaîtra des amours adultères nombreuses, avec des écrivains comme Antonin Artaud et Henry Miller (et la femme de celui-ci, June) ou avec ses psychanalystes Otto Rank et Roger Allendy, et sera toujours en quête d’une vie intellectuelle, artistique et sensuelle intense.

Anaïs Nin a aussi écrit des romans et des nouvelles. Celles de ce recueil ont été écrites lorsqu’elle avait 26, 27 ans, c’est-à-dire à une période où elle prend conscience de sa vocation d’écrivaine et d’artiste, et où elle aspire à une vie de femme épanouie. Ces nouvelles portent en elles les observations et interrogations de cette femme artiste en devenir. Elle y évoque le désir d’évasion, les affres de la création artistique, la prépondérance de l’art, l’inaccomplissement, les difficultés de communication entre les êtres, en particulier entre les femmes et les hommes, la recherche de l’amour vrai et la difficulté de l’accorder à une vie d’artiste.

Deux nouvelles ont particulièrement retenu mon attention. Dans « Tishnar », courte histoire teintée de fantastique, une jeune femme qui recherche « un moment au cours duquel  elle serait parfaitement seule, […] un lieu où elle pourrait se faire oublier et se perdre » alors qu’elle  marche dans les rues de Paris, finit par prendre un bus bondé à l’avant duquel est écrit « Un autre monde ». Dans « Un sol glissant », une danseuse professionnelle, dévouée à son art, résiste aux hommes qui la courtisent, en attendant de tomber réellement amoureuse. Un soir, sa mère, une actrice volage, qui l’a abandonnée quand elle avait quatre ans, vient la trouver dans sa loge. Elle rencontrera également l’amant de sa mère, un peintre, délaissé par sa maîtresse.

On peut reprocher à ces nouvelles leur manque de chair et d’ancrage dans la réalité, leur côté intellectualisant et onirique. Il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’oeuvres de jeunesse d’une apprentie écrivaine, qui ont le mérite de nous introduire à l’univers d’Anaïs Nin. Y sont déjà présentes les préoccupations qu’elle développera de façon magistrale dans son journal.

Propriétés privées de Lionel Shriver

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« Propriétés privées » est le premier recueil de nouvelles de l’écrivaine américaine Lionel Shriver. Il se compose de dix nouvelles et de deux novellas qui ouvrent et ferment le recueil. L’auteure  y questionne la propriété, la possession avide des objets comme des gens. Elle y parle du pouvoir engendré par la propriété et de l’aliénation qui en découle. Celle-ci modifie irrémédiablement le caractère des gens. Le sentiment de propriété fait ressortir la mesquinerie des personnages. Dans « Le lustre en pied », une femme  offre à son meilleur ami (et ancien amant) un lustre très original et artistique qu’elle a confectionné comme cadeau de mariage. Mais la future épouse ne veut pas l’inviter aux noces. Celle-ci tombe néanmoins sous le charme du lustre et refuse de le rendre ! Dans « Sous-locataire », une journaliste free-lance décide de quitter Belfast où elle couvre le conflit depuis longtemps. Elle met une annonce pour sous-louer son appartement. Mais quand la nouvelle locataire s’installe, elle ne supporte pas de la voir dans ses meubles. Elle devient mesquine et se bagarre pour le moindre objet, le moindre pot de mayonnaise. La possession soulève également la question de l’argent et certains personnages, comme le père dans « Taux de change », est d’une radinerie détestable envers son fils.

La propriété s’incarne dans les textes de Lionel Shriver avec des maisons qui sont au centre de certaines nouvelles. C’est le cas dans « Les nuisibles » avec une demeure à Brooklyn qui envoûte ses futurs propriétaires ou dans « Repossession » où la maison va avoir un pouvoir néfaste sur sa nouvelle propriétaire. Les nouvelles sont souvent cruelles, acides et ironiques. Mais toutes ne sont pas sombres. La lumière peut parfois surgir de la défense obstinée d’un territoire (« Sycomore »), d’une impossibilité à divorcer en raison d’une hypothèque (« Capitaux propres négatifs ») ou d’une usurpation d’identité (« Poste restante »).

Ma nouvelle préférée est sans contexte « Terrorisme domestique » où des parents tentent désespérément de se débarrasser de leur fils adulte, sorte de Tanguy refusant de quitter le nid. Se dégage de cette nouvelle tellement d’ironie, de mesquinerie, de passivité agressive que cela en devient extrêmement drôle.

Je n’ai pas encore lu les romans de Lionel Shriver (alors que j’avais adoré l’adaptation de « Il faut que l’on parle de Kevin ») et je suis ravie de l’avoir découverte avec ce recueil de nouvelles où sa lucidité sur notre monde, son acuité à décrire la psychologie de ses personnages, son ironie font mouche.

Merci aux éditions Belfond pour cette lecture.

Le mois américain 2020

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Après le mois anglais, voici le retour du mois américain pour sa 9ème année ! A partir du 1er septembre, je vous propose de prendre un aller simple pour la littérature américaine.

Et voici le programme que je vous propose cette année  :

-4 septembre : ladies first (auteure américaine, livre féministe, héroïne marquante)

-8 septembre : la figure du cow-boy

-10 septembre : séries tv

-12 septembre: roman du 19ème siècle ou se déroulant au 19ème siècle

-15 septembre : le désir

-17 septembre : polar/roman noir/thriller

-19 septembre : un roman jeunesse/young adult

-22 septembre : black lives matter

-24 septembre : la guerre

-26 septembre : la famille

Bien entendu, vous êtes totalement libres de suivre tout ou partie de ce programme ou de ne pas en tenir compte !

Comme chaque année, je mettrai en ligne un billet récapitulatif, vous pourrez mettre les liens vers vos billets en commentaire de celui-ci. Vous pouvez également nous rejoindre sur le groupe facebook dédié à ce mois thématique. Cette année, si vous souhaitez participer au mois américain sur instagram, il vous suffira de mettre le #lemoisamericain pour que je puisse voir vos publications.

J’espère que vous serez nombreux à partager vos lectures ici et ailleurs. Vous avez tout l’été pour vous préparer à ce mois américain et concocter votre programme de lectures.  Je vous souhaite donc un très bel été et un beau voyage dans la littérature américaine. See you in september !

Tous les vivants de C.E. Morgan

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Aloma rejoint Orren dans sa ferme au fin fond du Kentucky. Tous les deux se sont connus et aimés à l’école de la mission catholique où Aloma se trouvait depuis l’âge de 12 ans. Elle perdit ses parents à 3 ans et vécut chez son oncle et sa tante. Les deux jeunes gens tombent amoureux et imaginent leur futur ensemble : « Elle lui raconta qu’un jour viendrait où elle quitterait ces montagnes et partirait jouer du piano, et il lui détaillait encore et encore la ferme qu’il posséderait un jour, et ni Aloma ni Orren ne semblaient remarquer que ces deux trajectoires ne pourraient jamais converger. » Et pourtant, quand Orren demanda à Aloma de venir le rejoindre, elle répondit oui sans hésitation. Elle n’imaginait pas qu’elle allait trouver un Orren très différent. En effet, il vient de perdre sa mère et son frère aîné dans un accident de voiture. Orren est plongé dans un deuil profond et il se renferme totalement sur lui-même.

« Tous les vivants » est le premier roman de C.E. Morgan et il fut écrit il y a dix ans. L’auteur dresse le portrait d’une jeune femme plongée dans une situation qu’elle n’arrive pas à maîtriser. Orren a besoin d’une femme qui s’occupe de son foyer, de ses repas alors qu’Aloma ne sait même pas cuire le riz. Tous deux sont dans l’incompréhension, dans l’incommunicabilité. Orren semble avoir une dette envers sa famille, il doit rester pour exploiter des terres arides pour leur rendre hommage. Aloma n’a pas de racines, pas de maison. Elle est aussi soumise à Orren qu’elle est en colère contre lui. Leurs deux âmes blessées ne font que s’affronter. Aloma ne trouve le calme et la liberté que lorsqu’elle joue du piano. Elle s’échappe alors des contraintes de son foyer, de ces étouffantes montagnes qu’elle ne supporte plus. Mais en s’échappant ainsi, elle s’éloigne dangereusement d’Orren. La plume de C.E. Morgan est remarquable d’âpreté, d’acuité dans la description de la psychologie des personnages.

« Tous les vivants » nous fait pénétrer dans l’intimité, la psychologie d’un couple et dresse le portrait de deux âmes blessées. La plume, juste et âpre, de C.E. Morgan fait merveille.

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Dans la gueule de l’ours de James McLaughlin

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Après un séjour en prison, Rice Moore réussit à trouver un travail. Il devient le gardien d’une réserve dans les Appalaches. Vivant seul au milieu de la nature, il espère se faire oublier du cartel mexicain qu’il a trahi. Mais Rice prend son travail très à cœur et la découverte d’un ours abattu va le rendre imprudent. En tant que garde-forestier, il doit étudier et protéger la faune et la flore. Il semble que certains habitants des environs font du trafic avec les vésicules d’ours. Et cela, Rice ne peut le tolérer. Il se met donc en chasse des braconniers.

Le premier roman de James McLaughlin est surprenant. L’auteur est un photographe passionné de nature et cela se sent à travers son livre. « Dans la gueule de l’ours » est un hybride entre le polar et le nature-writing. Pour ceux qui apprécient les polars haletants, celui-ci n’est absolument pas pour vous ! L’intrigue prend son temps, elle se déploie lentement entre les descriptions de la nature, les balades de Rice et sa forte interaction avec le lieu où il se trouve. La préservation de la nature est l’une des grandes préoccupations du roman. Et James McLaughlin maîtrise totalement les descriptions de l’environnement de la réserve, elles sont extrêmement détaillées et visuelles.

Malgré tout, l’intrigue va s’accélérer de manière spectaculaire dans les cent dernières pages. Le braconnage d’ours va se retrouver entremêlé avec le cartel mexicain qui recherche Rice. Et finalement, cette partie du roman est réellement sombre, noire et fait de « Dans la gueule de l’ours » un polar à part entière.

« Dans la gueule de l’ours » est un premier roman qui se déploie lentement mais sûrement entre polar et nature-writing. Extrêmement bien écrit (et traduit par Brice Matthieussent), ce livre propose une réflexion sur la nature et notre cohabitation avec elle et un personnage central de plus en plus attachant au fil des pages.

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Un garçon sur le pas de la porte d’Anne Tyler

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Micah Mortimer, la quarantaine, vit seul à Baltimore. Après avoir quitté une start-up, il a créé sa propre boîte de dépannage informatique « Techno crack ». En plus de ce travail, Micah est le factotum de son immeuble en échange d’une exonération de loyer. Il suit une routine très établie, très cadrée avec des tâches qui se répètent de semaine en semaine. Micah est un garçon très ordonné, très maniaque avec son intérieur. Il a quand même une petite amie, Cassie, qui est enseignante. Mais chacun mène sa vie de son côté. Micah est heureux de sa vie paisible. Mais celle-ci va être perturbée par l’arrivée d’un jeune homme sur le pas de sa porte. Brink Adams a 18 ans et il pense que Micah est son père biologique. Dans le même temps, Cassie souhaite mettre un terme à sa relation avec Micah. De quoi perturber grandement la routine de notre héros.

« Un garçon sur le pas de la porte » est le deuxième roman d’Anne Tyler que je lis. J’avais découvert la romancière américaine avec « Vinegar girl » qui était une relecture de « La mégère apprivoisée » de Shakespeare. J’ai eu grand plaisir à lire son dernier roman, son écriture fluide participe à cela. Elle décortique ici une vie ordinaire, moyenne, sans beaucoup de relief au niveau romanesque. Micah se complait dans sa routine, s’enferme dans ses habitudes pour éviter d’être blessé par la vie. Il m’a fait penser à Oblomov ou à Bartleby qui préfère ne pas. Sa vie aurait du se poursuivre ainsi mais deux évènements viennent la perturber la belle ordonnance de Micah. Brink Adams le fait réfléchir sur sa vie passée, sur ce qu’il a manqué. Le départ de Cassie le fait réfléchir sur sa relation actuelle, sur sa façon d’être avec les autres. Micah est personnage extrêmement attachant. Il est bienveillant, toujours prêt à aider son prochain. Les scènes où Micah retrouve sa famille, uniquement des sœurs, sont particulièrement réjouissantes et réussies. Les sœurs de Micah sont son opposé : bordéliques, bruyantes, conviviales mais toutes veulent une vie plus réjouissante pour leur frère. Et le lecteur également !

Dans son dernier roman, Anne Tyler étudie une vie banale, un homme à la routine bien établie avec profondeur, justesse et un grand sens de l’observation.

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Les enfants s’ennuient le dimanche de Jean Stafford

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Jean Stafford (1915-1979) n’avait jusqu’à présent jamais été traduite en français. Et pourtant son talent est grandement apprécié aux Etats-Unis par des auteurs comme Joyce Carol Oates et elle a reçu en 1970 le prix Pulitzer de la fiction pour The collected stories of Jean Stafford. Elle écrivit quelques romans et surtout une quarantaine de nouvelles publiées dans de prestigieuses revues comme The New Yorker, Vogue ou Harper’s bazaar.

« Les enfants s’ennuient le dimanche » nous permet de découvrir huit d’entre elles. Chacune nous fait découvrir la vie de femmes allant de la naissance à la mort. Il se dégage de beaucoup d’entre elles une grande solitude comme dans « Le coffre aux espérances » où une vieille femme vit seule avec sa femme de chambre et ne partage le jour de Noël qu’avec elle. Cette solitude se teinte souvent de mélancolie, d’une profonde tristesse comme dans « J’aime quelqu’un » où la narratrice écoute les bruits de la ville et se dit : « Si je me sens esseulée dans la chaleur, dans cette lumière mauve, face à une soirée vide, c’est pour d’autres raisons ; je viens de comprendre trop tard que j’aurais dû rechercher une quelconque compagnie, imaginer quelque chose à faire. » Le bonheur, dans les nouvelles de Jean Stafford, ne semble pas pouvoir durer. Dans « Le jour le plus beau », Judy reçoit une demande en mariage du garçon qu’elle aime. Mais cette lumineuse journée d’été va s’achever sur un terrible drame venant teinté d’amertume la joie de Judy.

La vie des femmes chez Jean Stafford est souvent faite de désillusion comme celle de May dans « Le traîneau » qui voit son mariage se désagréger. Le monde est cruel envers les femmes et la nouvelle intitulée « La fin d’une carrière » en est l’incarnation. « Pour ceux de ses amis enclins à l’hyperbole, Angelica était la plus belle femme de l’histoire universelle. Ceux qui avaient plus de retenue ne tenaient pas compte de l’histoire dans leurs louanges et se contentaient d’affirmer que Mrs Early était certainement l’une des plus belles femmes de l’époque. » Toute la vie d’Angelica est basée sur sa beauté, son physique saisissant mais que lui arrive-t-il lorsqu’elle se met à vieillir ?

Les nouvelles de Jean Stafford sont imprégnées par sa propre vie, c’est notamment le cas dans « Le château intérieur ». L’auteure eut un grave accident de voiture à 23 ans. La nouvelle raconte le calvaire d’une jeune femme qui se fait opérer du nez après un accident de voiture : douleur, profonde solitude, angoisse face à la mort constituent le cœur de la nouvelle.

L’écriture ciselée, élégante et teintée d’ironie de Jean Stafford renforce le plaisir que j’ai eu à lire ce recueil de nouvelles qui nous livre des tranches de vie de femmes entre désillusion et mélancolie.

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Sugar run de Mesha Maren

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Jodi sort de prison après y être restée 18 ans. Elle fut condamnée à perpétuité lorsqu’elle avait 17 ans. Sa peine vient d’être commuée et elle va pouvoir retourner dans les Appalaches où l’attend la maison de sa grand-mère. C’est cette dernière qui l’a élevée, ses parents ne s’en sortaient pas avec trois enfants. Après la mort de sa grand-mère, Jodi décida de rester dans sa maison qu’elle considère comme son havre de paix. C’est là qu’elle souhaite aller à sa sortie de prison. Elle veut également y emmener Ricky, le frère de son amie Paula avec qui elle avait vécu avant d’être incarcérée. Elle se sent investie d’une mission, celle de retirer Ricky des pattes d’un père brutal. Sur sa route, Jodi croise la route de Miranda. Belle, paumée, elle vient de se séparer de son mari et tente de récupérer la garde de ses trois fils. Rien de plus simple pour Jodi, il suffit d’aller les chercher ! Tout ce petit monde va donc s’installer dans la maison des Appalaches.

Le premier roman de Mesha Maren m’a fait penser au film « Thelma et Louise ». Jodi et Miranda sont toutes les deux en cavale, elles essaient d’oublier leur passé et de se construire un avenir ensemble. Jodi rêve de voir sa famille recomposée s’installer définitivement dans la maison de sa grand-mère. Sa quête de rédemption, de réhabilitation passe par ce retour à la terre, à ses origines. Mais Jodi fait partie de ceux pour qui une seconde chance n’est pas permise. Elle est restée une ado influençable et qui prend de mauvaises décisions. Mesha Maren développe son roman sur deux temporalités : avant et après l’incarcération de Jodi. Et l’on voit bien que celle-ci répète les mêmes schémas, les mêmes erreurs. Il faut dire que sa famille, n’aide pas beaucoup, entre ses parents alcooliques et l’un de ses frères qui fait du trafic de drogue.

Le rêve de Jodi reste totalement inaccessible. Il l’est d’autant plus que le terrain de sa grand-mère ne lui appartient plus. Il risque d’être acheté par une société qui extrait du gaz de schiste. Le paysage magnifique des Appalaches est peu à peu détruit. J’ai regretté que Mesha Maren ajoute cette thématique aux nombreuses autres qu’elle aborde (réhabilitation, homosexualité, drogue, maltraitance d’enfant). Il me semble qu’elle aurait du se concentrer sur l’intrigue principale et son côté roman noir. C’est un premier roman et elle a certainement voulu y mettre beaucoup de thèmes qui lui tenait à cœur.

« Sugar run » est un premier roman sombre dont le personnage central, qui fait partie des oubliés, des laisser-pour-compte de l’Amérique, est extrêmement attachant malgré ses erreurs. Une auteure dont j’attends de découvrir la suite de sa carrière.

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