Merci Jeeves de P.G. Wodehouse

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Bertram Wooster, jeune aristocrate londonien, s’est mis à jouer du banjo au grand désespoir de ses voisins mais également de son majordome Jeeves. Mis à la porte par ses voisins, Bertie décide de s’exiler avec son banjo à la campagne dans un cottage prêté par un ami. Malheureusement pour lui, Jeeves refuse catégoriquement d’entendre encore une seule note de banjo et donne son congé. Cette retraite campagnarde est également l’occasion d’éviter Mr Stoker et sa fille Pauline avec laquelle Bertie fut fiancé, ainsi que Sir Glossop avec qui il a eu des différends. Les trois viennent tout juste d’arriver à Londres. Mais l’aristocratie anglaise est un bien petit monde puisque Bertie retrouve à la campagne les trois personnes qu’il cherchait à fuir. Jeeves est également de la partie puisqu’il s’est fait embaucher par le baron Chuffnell, l’ami-propriétaire de cottage de Bertie.

En France, nous avons le théâtre de boulevard, en Angleterre ils ont Wodehouse ! Notre cher Bertie a en effet le chic pour se mettre dans des situations inextricables. Lorsqu’il cherche à aider un ami, il ne crée que des quiproquos en pagaille. Heureusement, l’astucieux et stoïque Jeeves est là pour tout arranger. Les évènements se succèdent à un rythme effréné, Bertie est forcé de dormir dans sa remise, est enlevé sur un yacht, se déguise en musicien noir, sa maison prend feu et son banjo aussi ! La campagne anglaise est loin d’être aussi calme que ce que l’on croyait ! Tout cela est totalement rocambolesque, farfelu et bien évidemment extrêmement drôle.

C’est léger, enlevé, terriblement anglais et le duo Jeeves/Bertie fonctionne à merveille. Un divertissement fort sympathique qui m’a bien amusée.

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Les jonquilles de Green Park

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Londres, 1940. Tommy Bratford, sa sœur Jenny et ses parents tentent de vivre le plus normalement possible malgré les bombes et les ruines qui s’accumulent dans la ville. La mère travaille dans une usine de fabrication d’ampoules pendant que le père met au point des inventions fantasques. La dernière en date est une sorte d’armure-moyen de locomotion en forme de tatou. Jenny veut s’engager comme volontaire à l’hôpital, pas tellement pour aider ses concitoyens mais pour voir Clark Gable qui y passerait régulièrement. Tommy a 13 ans et il rêve de devenir écrivain. Il écrit déjà des nouvelles aventures pour Buck Rogers, un de ses héros préférés. Comme tous les garçons de son âge, ils jouent avec sa bande de copains, se mesurent aux petites frappes du coin et surtout tombe amoureux de la belle Mila Jacobson. Une alerte à la bombe, les entraînant tous dans les sous-sols de Lord Papoum, permet à Tommy de se rapprocher d’elle. Celle-ci lui avoue que ce qui la fait tenir durant ses moments difficiles, c’est l’espoir de revoir les jonquilles de Green Park en avril, lorsqu’elles se dressent « belles et fières (…) ». Tommy se jure alors de les voir à ses côtés.

Après « Aide-moi si tu peux » et son policier nostalgique des années 80, Jérôme Attal change complètement d’atmosphère et nous entraîne dans le quotidien des habitants de Londres au moment du Blitz. L’angle de vue choisi, le regard d’un adolescent et son quotidien, ne l’empêche pas de montrer l’horreur de la guerre. Les enfants, pour se repérer dans la ville sinistrée, comptent les cratères et rencontrent à cette occasion la photographe Lee Miller. Winston Churchill est à leurs yeux un super-héros qui les défend contre l’ennemi. Les monceaux de vêtements, de détritus amoncelés et sortis des immeubles en ruines, deviennent un possible terrain de jeu. Les aventures de Tommy, les inventions farfelues de son père sont autant de trouvailles qui poétisent et éloignent pour un temps le conflit.

Mais le véritable sujet de Jérôme Attal est ailleurs et il est au cœur de son œuvre. Ce thème récurrent c’est l’enfance, sa préservation, la protection et l’amour d’une famille. Chaque livre de Jérôme Attal ravive cette période de notre vie : « J’avais l’âge d’être un homme et pourtant je ne désirais qu’une chose : rester môme le plus longtemps possible parce que, j’en étais certain, il n’y avait pas de plus grand bonheur que d’avoir un chez-soi et d’être dans sa chambre, et que votre mère vienne vous border et qu’elle vous autorise à lire une dernière page de votre BD de Superman, et qu’ensuite elle revienne vous border. Tout le monde devrait avoir une mère et un chez-soi. » 

Comme dans chacun de ses livres, Jérôme Attal traite avec poésie et tendresse de son rapport à l’enfance. Tommy Bratford se voit forcer de grandir rapidement sous la pluie de bombes qui s’abat sur Londres mais son âme reste celui d’un enfant rêveur. Un joli moment de lecture comme toujours avec Jérôme Attal.

Merci aux éditions Robert Laffont pour cette lecture.

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Une jolie fille comme ça de Alfred Hayes

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Lors d’une soirée, le narrateur, un scénariste hollywoodien à succès, sort prendre l’air sur une terrasse donnant sur la plage. C’est de là qu’il voit une jeune femme ivre se diriger avec détermination vers la mer. Elle s’y enfonce dangereusement et le narrateur se précipite pour la secourir. Suicide ? Bain de minuit trop arrosé ? Difficile de savoir ce que la jeune femme voulait réellement faire. Deux jours plus tard, elle contacte le narrateur pour le remercier, le revoir. Il est surpris de son appel mais sent qu’un lien s’est créé entre eux lors de la fameuse nuit : « En lui sauvant la vie, j’avais, je le constatais, accompli un acte intime, et une sorte de relation s’était créée entre nous à la suite de cet évènement. Elle s’était étranglée en recrachant de l’eau de mer ; elle s’était trouvée là, devant moi, à nu, sans la moindre affectation, en train de vomir ; elle avait été comme ça, dans mes bras, avant que j’aie pu la connaître, avant de lui avoir parlé. A cet instant, il n’y avait eu rien d’autre entre nous, aucune autre émotion. »  Un premier rendez-vous, un deuxième, l’engrenage vers le drame se met en place.

Alfred Hayes était un romancier,  un scénariste et comme son personnage, il travailla à Hollywood. « Une jolie fille comme ça » est un roman noir dans le Los Angeles des années 50. L’ambiance est sombre, crépusculaire. Les deux personnages, qui resteront anonymes, semblent absolument sans illusion sur la vie, l’amour. Ils ne paraissent pas se plaire plus que ça. Le narrateur trouve la jeune femme belle mais n’est pas attiré par elle. Il est lui-même marié, sa femme vit à New York. Et pourtant, une relation se noue, ils sortent ensemble. Le désir est triste dans ce roman d’Alfred Hayes. L’envie, le plaisir ne sont pas au programme dans la vie de ces deux-là. La lassitude, l’ennui les poussent dans les bras l’un de l’autre. Les deux personnages sont rapidement pris au piège de cette histoire et leurs sentiments sont disséqués par l’auteur. C’est presque sur un ton froid, clinique que Alfred Hayes nous décrit cette relation vouée à l’échec et à la tragédie. Tout semble écrit d’avance, le poids de la fatalité pèse sur la destinée de la jeune femme dévorée, comme tant d’autres, par l’ogre hollywoodien.

« Une jolie fille comme ça » est une belle redécouverte à l’atmosphère venimeuse et désabusée qui nous rappelle l’univers de Raymond Chandler et des films noirs des années 50.

Maurice de E.M. Forster

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Avant d’arriver à Cambridge, Maurice Hall avait connu un parcours sans histoire, sans éclat. Il ne brillait ni intellectuellement, ni physiquement. « Bien qu’assez gauche, il ne manquait ni de force ni de courage physique, mais il n’était pas fameux en cricket. Comme il avait subi à son arrivée les brimades habituelles, à son tour il brimait les plus faibles ou les moins bien armés, non par cruauté, mais parce que c’était l’usage. En un mot, il fut un membre médiocre d’un collège médiocre, et il laissa derrière lui un souvenir vague mais plutôt favorable : « Hall ? Attendez voir ! C’était lequel, déjà ? Ah oui, je me souviens un chic type. » A Cambridge, il fait la connaissance de Clive, un esthète avec qui il noue une amitié amoureuse très forte. Cette première proximité avec un homme va permettre à Maurice d’ouvrir  les yeux sur son être véritable et sera la première étape vers l’acceptation de son homosexualité.

E.M. Forster écrivit « Maurice » entre 1913 et 1914. Mais il ne fut publié qu’en 1971, un an après la mort de son auteur. Il faut rappeler que l’homosexualité ne fut dépénalisée en Angleterre qu’en 1967. Le sujet ne pouvait que créer un tollé gigantesque au moment de sa sortie. Le roman est d’ailleurs scandaleux à plus d’un titre. « Maurice » est un roman sur l’éveil d’un homme à son homosexualité,  sur l’acceptation de soi. Le chemin est bien évidemment long et difficile. Maurice met du temps à admettre ce qu’il est véritablement. Après Clive, il consultera plusieurs médecins espérant accéder à la normalité de son époque et de son milieu. Le mariage, la famille étaient les seules solutions acceptables. C’est d’ailleurs le choix que fera Clive qui avait totalement intellectualisé sa relation avec Maurice. Il s’agissait pour lui d’une relation purement platonique, d’un idéal. Forster nous montre bien les affres, les souffrances liées au désir contrarié. Maurice aspire à plus.

Tout change lorsqu’il rencontre Alec, le garde-chasse de Clive. Comme dans « L’amant de Lady Chatterley », l’épanouissement sexuel et charnel vient d’une personne de classe inférieure. La relation entre les deux hommes n’en était que plus choquante. Ce qui empêchait encore plus la publication du roman aux yeux de Forster était le fait que le livre se termine sur une note positive, optimiste. C’était presque « pousser au crime » que d’imaginer qu’une telle relation pouvait être viable. Sans doute l’auteur espérait-il la même chose pour lui-même, lui qui n’assuma jamais réellement sa propre homosexualité.

« Maurice » est un roman d’apprentissage intimiste, psychologique qui montre brillamment et subtilement l’évolution de son personnage central.  Maurice, un homme fade et médiocre, devient lumineux, courageux en acceptant son homosexualité. Pour compléter cette formidable lecture, je vous conseille de voir le très beau film de James Ivory avec James Wilby, Hugh Grant et Rupert Graves dans les rôles titres.

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Des mille et une façon de quitter la Moldavie de Vladimir Lortchenkov

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« Alors, qui souhaite partir travailler en Italie ? A Larga où vivaient cinq cent vingt-trois âmes, mille quarante cinq mains se levèrent. Par précaution, tous les adultes de l’assistance avaient levé les deux mains, le nombre impair résultant de la présence parmi eux du garde Sergueï Mocanu, qui avait perdu un bras à la guerre. » L’Italie, pour ce village moldave, est un véritable el dorado, un paradis dont certains mettent en doute l’existence. Tous les habitants de Larga vont tout mettre en œuvre pour rejoindre cette terre rêvée. Le premier d’entre eux est Séraphim Botezatu qui est tombé amoureux de l’Italie, de sa culture et a appris la langue grâce aux manuels de la bibliothèque. Il faudra beaucoup d’ingéniosité à Séraphim et ses compatriotes pour atteindre le pays de leurs rêves.

« Des mille et une façon de quitter la Moldavie » est une satire, une pochade qui en dit long sur l’état du pays au sortir de l’ex-URSS. La pays est tellement pauvre que personne ne veut y rester quelque soit le prix à payer ou l’endroit où l’on va. Les habitants de Larga se sont focalisés sur l’Italie, sur l’Europe impossible à atteindre alors que la Moldavie est censée rejoindre l’UE prochainement. Les aventures des habitants de Larga sont totalement rocambolesques et fantaisistes. Certains décident de monter une équipe de curling afin d’obtenir plus facilement des visas. D’autres, comme le pope, mèneront de saintes croisades contre l’impure Italie. Même le président de la Moldavie fera tout pour quitter son pays préférant ouvrir une pizzeria en Italie plutôt que de rester aux commandes d’un tel pays. Séraphim utilisera quant à lui des moyens plus originaux, plus poétiques.

« Des mille et une façons de quitter la Moldavie » est plein d’humour mais il nous fait également grincer des dents. L’auteur, moldave lui-même, pousse la critique et l’autodérision très loin. Après avoir lu ce roman décapant, vous n’aurez aucune envie d’aller faire un tour en Moldavie ! Pas étonnant que Vladimir Lortchenko ait du subir des interrogatoires du Procureur Général de la République. Les moldaves semblent finalement avoir moins d’humour que dans ce roman.

 

 

Veronica de Nelly Kaprièlian

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« Les bijoux Cartier ruisselaient dans les piscines Art déco, le Dom Pérignon coulait 24 h sur 24, parfois, un revolver tonnait au rythme d’un faux suicide. Ils aimaient le drame, ils avaient beau traverser les grilles après leur journée de travail, ils exportaient le cinéma jusque dans leurs vies. »  L’envers du décor de Hollywood est ce qui empoisonne la vie de Veronica, née Nicole Smith d’un père disparu tôt et d’une mère envahissante. C’est cette dernière qui poussa sa fille sous les lumières aveuglantes des plateaux de cinéma. Veronica devint rapidement une icône, une star reconnaissable à sa longue chevelure blonde, une mèche lui barrant le visage. Elle joue les femmes fatales mais sa vie privée est chaotique. Elle boit beaucoup, jalouse ses autres partenaires féminines, devient difficile et capricieuse sur les tournages. Sa vie devient un cauchemar, Hollywood l’étouffe, la rend littéralement folle. La descente aux enfers commence pour elle… C’est une journaliste française, présente à Los Angeles pour la vente d’une partie des cendres de l’actrice, qui revient sur son parcours tumultueux et revisite les lieux de sa vie.

Le deuxième roman de Nelly Kaprièlian reprend la trame et les thématiques de son premier roman « Le manteau de Garbo« . Une vente aux enchères est le prétexte à une enquête sur une star des années 40 (le prétexte de départ était le même dans le premier roman). Ici, on pense bien évidemment à Veronica Lake et à sa célèbre chevelure. Mais elle n’est pas clairement nommée. Nelly Kaprièlian joue subtilement entre la réalité et la fiction, et c’est également le cas du portrait de la journaliste qui est elle sans l’être totalement.

L’auteur aborde toujours le thème de la féminité et le rapport avec les hommes, le cinéma est au centre de son travail et celui du double également. Il est même ici le thème principal de l’intrigue. Nelly Kaprièlian convoque ici le « Mulholland drive » de David Lynch mais on pense également à « Sueurs froides » d’Alfred Hitchcock, les deux cinéastes y traitant du double et de la femme fatale. L’écriture et la forme du récit de « Veronica » est par ailleurs totalement lynchien. Il n’est pas si évident de rentrer dans ce texte, il en est de même pour les films du réalisateur américain tant le rêve (ou plutôt le cauchemar) et la réalité se mélangent. Mais une fois entré dans le roman, l’univers créé est passionnant, étouffant et totalement crépusculaire. Le reportage de la journaliste se transforme en enquête (on pense également à Chandler et à son univers désenchanté) où se croisent les doubles de Veronica et ceux de la journaliste. De même, le Los Angeles d’autrefois se superpose avec celui d’aujourd’hui et semble être une ville fantôme où l’illusion est toujours reine.

Nelly Kaprièlian  creuse son sillon littéraire dans ce deuxième roman singulier et dont il faut saluer l’audace.

Merci à NetGalley pour cette lecture.

Guerre et paix – BBC 2015

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 En janvier, la BBC nous proposait une nouvelle adaptation du roman de L. Tolstoï « Guerre et paix ». Après avoir vu le charmant film de King Vidor, la très austère et russe fresque de S. Bondartchouk et la calamiteuse version de Mathilde et Luca Bernabei et Nicolas Traube, il me fallait voir ce que la BBC allait faire du chef-d’œuvre de Tolstoï.La chaîne anglaise s’est donnée les moyens de ses ambitions avec Andrew Davies au scénario (« La maison d’Apre-vent », « Orgueil et préjugés », « Docteur Jivago »), Tom Harper à la réalisation (« This is England ’86 », des épisodes de « Peaky blinders ») et Harvey Weinstein à la production. La série de six épisodes fut tournée en Russie pour donner plus d’authenticité et plonger la myriade d’acteurs dans l’ambiance du roman.

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L’adaptation est globalement très fidèle au roman de Tolstoï. Comme dans la version de Bondartchouk, la durée de la série permet de montrer l’ampleur du roman, de donner plus de places aux personnages secondaires. Ici, chacun trouve sa place, a de l’épaisseur, une présence qui est également due aux formidables acteurs choisis pour la série. Nous les découvrons d’ailleurs presque tous dans la scène d’ouverture (la même que dans le roman) : le salon d’Anna Pavlovna (Gillian Anderson). Chacun s’y affirme déjà : Pierre (Paul Dano) est maladroit et idéaliste, le prince Andreï (James Norton) est sombre et ténébreux, Anatole et Hélène Kouragine (Callum Turner et Tuppence Middleton) sont venimeux et pervers, la mère de Boris Drubetskoy est prête à toutes les bassesses pour placer son fils. Les autres personnages viendront par la suite : Marya Bolskonskya (Jessie Buckley) douce et humble et son tyrannique père (Jim Broadbent) puis la famille Rostov avec la juvénile et délicieuse Natsha (Lily James). Une très belle galerie de personnages qui souligne bien la complexité et le foisonnement du roman. Andrew Davies a magnifiquement su rendre ces aspects.

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Après le travail du scénario, il faut souligner la puissance, la beauté de la mise en scène de Tom Harper. La série BBC ne se contente pas de nous offrir un spectacle classique, elle a choisi un réalisateur capable de sublimer le travail de Tolstoï puis celui d’Andrew Davies. Les scènes de générique et d’ouverture de chaque épisode sont extrêmement travaillées. La première nous montre un paisible paysage de montagne dans la brume qui s’évapore petit à petit. Nous découvrons alors qu’il s’agit d’un champ de bataille surplombé par un homme de dos sur son cheval : Napoléon (Matthieu Kassovitz). La mise en scène de Tom Harper est splendide, efficace et élégante. Elle est très picturale, habitée d’un souffle épique pour rendre compte de la violence des champs de bataille (celle de Borodino est une réussite) et d’une subtile délicatesse pour les scènes plus intimes (je citerai en exemple la scène du bal et les différentes conversations entre Pierre et Andreï). La musique est un atout supplémentaire qui souligne, amplifie la réalisation tout en donnant un caractère traditionnel russe grâce à son thème principal entêtant.

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En plus des talents d’Andrew Davies et de Tom Harper, la BBC s’est offert un casting cinq étoiles avec des acteurs chevronnés (Gillian Anderson, Jim Broadbent, Stephen Rea ou Greta Scacchi) mais également avec la fine fleur des jeunes talents britanniques (Tom Burke avec un Dolokhov mémorable, Aneurin Barnard, Callum Turner ou Aisling Loftus). Mais le poids de la série repose surtout sur les épaules des trois acteurs principaux : Lily James, James Norton et Paul Dano qui sont exceptionnels. La première est un ravissement. Fraîche, exaltée, romantique, elle saura très bien également incarnée une Natasha fragilisée et plus adulte. James Norton est le meilleur Prince Andreï que j’ai pu voir. Contrairement aux versions précédentes, James Norton n’incarne pas un idéal mais un homme de chair et de sang, un être torturé, malheureux en amour mais avec un sens aigu du devoir. Malgré mon infinie admiration pour le jeu de James Norton, je dois avouer que celui qui m’a le plus impressionnée est Paul Dano. Le talent de cet acteur ne cesse de me surprendre et ce n’est pas exagéré de dire qu’il est un véritable caméléon. Je trouve qu’il ne joue pas Pierre, il est Pierre. Dès sa première apparition à l’écran (on le voit se diriger de dos vers la demeure d’Anna Pavlovna), il est complètement dans la peau du personnage. Il est maladroit, naïf, pataud, touchant, colérique. Le jeu de Paul Dano est d’une subtilité saisissante et il est pour moi le plus grand acteur américain de sa génération.

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Vous l’aurez compris, cette série BBC est une totale réussite. Je n’ai eu qu’un seul bémol : la scène de la mort du Prince Andreï, trop appuyée, trop clichée mais j’avais reproché la même chose à King Vidor et Sergueï Bondartchouk. Les acteurs, la réalisation la musique, tout contribue à faire de ce « Guerre et paix » un grand spectacle de haute tenue.

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Le billet d’Emjy qui fut également enthousiasmée par cette série.

Les étranges talents de Flavia de Luce de Alan Bradley

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Le manoir georgien de Buckshaw appartient à la famille de Luce depuis des lustres. Les habitants actuels forment une famille atypique : le père, le colonel, passe son temps à collectionner les timbres ; Ophélia, 17 ans, se préoccupe essentiellement de son apparence ; Daphné, 13 ans, est toujours plongée dans un livre ; Flavia, 11 ans, est une chimiste chevronnée. Elle est notamment passionnée par les poisons et possède son propre laboratoire dans le manoir. Elle pratique d’ailleurs quelques unes de ses expériences directement sur ses sœurs qui ne cessent de la tourmenter ou de la moquer. Mais bientôt Flavia va pouvoir mettre en pratique ses talents  et son intelligence. Un matin est retrouvé devant la porte des cuisines un martin-pêcheur mort avec un timbre épinglé sur le bec. Quelques jours après cette découverte, c’est cette fois le corps d’un homme sans vie qui est retrouvé dans le jardin de Buckshaw. Le colonel de Luce est rapidement suspecté. Flavia décide de mener l’enquête.

« Les étranges talents de Flavia de Luce » est le premier volet des aventures de la jeune héroïne. Le charme du roman réside avant tout dans la personnalité de Flavia, la chimiste de 11 ans. D’une intelligence remarquable, elle est aussi impertinente, drôle, vive et elle parcourt la campagne anglaise en long et en large sur Gladys (son vélo) pour prouver l’innocence de son père. On suit ses péripéties avec amusement et sympathie. Elle arrive à rivaliser avec la police quelque peu étonnée de trouver cette gamine sur sa route !

Écrit au départ pour un public jeunesse, l’intrigue en est quand même assez intéressante pour un public adulte. Il y est question de tour de magie, de vie dans un college anglais, de timbres rares, de suicide. Les thèmes sont variés, peut-être un peu trop lorsque l’Histoire de l’Angleterre se mêle à celle de l’enquête. Il faut bien reconnaître que l’intrigue n’a pas été simplifiée à l’intention d’un public jeune, c’est sans doute pour cette raison que le roman est sorti dans la collection « Grands détectives » des éditions 10/18.

« Les étranges talents de Flavia de Luce » est un roman fort plaisant avec une jeune héroïne originale et attachante.

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Merci Alice de me l’avoir offert !

Jézabel de Irène Némirovsky

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Gladys Eysenbach est dans le box des accusés. C’est encore une belle femme malgré son âge. Elle accuse néanmoins la fatigue du procès et des témoignages qui se succèdent. Gladys est jugée pour le meurtre d’un  jeune homme de 20 ans, Bernard Martin, probablement son nouvel amant. La vie de Gladys est exposée aux yeux de tous durant le procès : sa richesse, son oisiveté, ses voyages, sa liberté, ses nombreux amants. Elle aimerait que le procès s’arrête, que personne n’entende les témoins. Elle a reconnu le meurtre, cela ne suffit-il pas ? « Je mérite la mort et le malheur, mais pourquoi cet étalage de honte ? »

Dans la première partie du roman, Irène Nemirovsky nous présente une femme accablée par ce qu’elle a fait, ravagée par la douleur et les larmes. Gladys fait peine à voir. La deuxième partie revient sur sa vie, de l’âge de 18 ans au meurtre de Bernard Martin. Et c’est une toute autre femme que l’on découvre. Gladys est terriblement belle et elle en a pleinement conscience. A 18 ans, elle se rend compte que son physique parfait lui donne le pouvoir sur tous les hommes. Aucun ne peut lui résister. Sa vie ne tourne  plus alors qu’autour de son pouvoir de séduction et du désir des hommes. « L’amour, le désir d’un homme, ces mains tremblantes, ce zèle à la servir, ces regards amoureux, jaloux, de cela elle ne se lasserait jamais. »

Mais le temps passe et fane la beauté. Gladys devient obsédée par son apparence et son âge. Elle est égoïste, capricieuse et affreusement orgueilleuse. Elle est prête à tout pour cacher son âge : falsifier ses papiers d’identité comme gâcher le bonheur de sa fille. La compassion que nous pouvions ressentir pendant le procès s’évanouit au fur et à mesure que nous découvrons la véritable Gladys Eysenbach. C’est un personnage à la Dorian Gray, elle est prête aux pires horreurs pour conserver son infinie beauté. Comme le personnage d’Oscar Wilde, elle s’avère hideuse à l’intérieur. Le portrait que dresse ici Irène Nemirovsky est accablant pour Gladys. D’une grande finesse psychologique, il est également d’une grande cruauté.

« Jézabel » est un court mais dense roman qui présente un personnage de femme vénéneuse et particulièrement odieuse.

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La nouvelle espérance de Anna de Noailles

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« Son être fatigué des vives passions de l’enfance, des hasards d’un mariage hâtif, des douleurs de la maternité malheureuse, se reposait ainsi au creux des après-midi molles, bercé du plaisir de vivre faiblement à la sensuelle crainte de la mort. » Sabine de Fontenay est une jeune aristocrate qui ne vit que pour sentir le feu des sentiments, de la passion. Son mari l’aime faiblement, par habitude, avec tendresse mais sans ferveur. Sabine recherche dans la vie ce qu’elle a lu dans les livres de Musset, Balzac, dans « Les souffrances du jeune Werther » ou « Tristan et Iseult ». Cette nécessité viscérale à être aimée l’a fait s’intéresser à différents hommes, l’a fait rêver et espérer.

Anna de Noailles nous parle, à travers le destin de Sabine, du sort des femmes au début du 20ème siècle. Son héroïne n’a pas de but dans la vie, elle ne fait rien, ne pense à rien, la vacuité de son quotidien transparaît dans son caractère. Malheureusement, Sabine a perdu un enfant à qui elle aurait pu se consacrer entièrement et qu’elle aurait pu aimer éperdument. Au lieu de ça, elle jette son dévolu sur les hommes qui l’entourent, les amis de son mari : Jérôme et Pierre avant de rencontrer Philippe. Le roman est découpé en trois parties, chacune dédiée à l’un des trois hommes. Le quotidien de Sabine se charge alors d’émotions, de tourments délicieux qui la rapprochent du romantisme des livres qu’elle adore. Sabine ne sait pas se contenter de tiédeur, elle veut se consumer d’amour. On voit bien qu’en ce début de 20ème siècle, les femmes sont toujours prisonnières des conventions, du mariage et n’ont pas d’autonomie. Anna de Noailles avait au moins l’écriture pour s’échapper.

Et la langue d’Anna de Noailles est surprenante, audacieuse dans ses comparaisons ou ses métaphores. C’est une écriture élégante, précieuse, très attentive aux états d’âme de son héroïne mais également aux saisons, à l’environnement dans lequel elle évolue : « Comme elle s’était amusée en juillet, assise devant les graviers chauds des jardins, et en automne, à courir le long du feuillage rouge des noisetiers, où luisaient, durement chevillées à leurs capuchons verts, les noisettes en bois de soie (…) Elle avait aimé aussi toutes les choses des maisons et des chambres, l’aurore d’été, prise dans les rideaux de perse gommée, et quand on ouvrait la fenêtre les matins d’octobre, la première entrée du vent froid, qui sentait l’anis et le raisin… »

Roman de l’ennui mondain, du romantisme rêvé et de la place des femmes au début du 20ème siècle, « La nouvelle espérance » est un roman singulier de par le style raffiné, poétique d’Anna de Noailles. Sa langue m’a envoûtée.