Le testament de Marie de Colm Toibin

9782221134900

« Mais tout est peut-être simple, en réalité. Peut-être cela le sera-t-il plus encore après ma mort. Et je vais mourir bientôt. Alors, ce sera comme si tout ce que j’ai vu et ressenti n’avait pas eu lieu, ou avait eu lieu de la même façon qu’un petit oiseau bat des ailes par un jour sans vent dans le ciel immense. Ils veulent faire en sorte que ce qui s’est produit vive à tout jamais. C’est ce qu’ils m’ont dit. Ce qu’ils écrivent en ce moment me disent-ils, va changer le monde. » Et l’histoire que les deux hommes, qui protègent (ou gardent – la frontière entre les deux est floue) la narratrice, n’est pas ordinaire. Il s’agit de celle du fils de Dieu, de Jésus. Et la femme qui va bientôt mourir et dont nous lisons les derniers mots est bien Marie.

Pas étonnant que le texte de Colm Toibin, qui fut en 2012 une pièce de théâtre, ait fait scandale lorsqu’il fut monté à Broadway. Car sous sa plume, Marie a perdu sa sainteté. C’est une femme, une mère ordinaire qui a vu son fils devenir une sorte de gourou et proférer d’étranges paroles à ses disciples. Des choses extraordinaires lui furent rapportées : qu’il avait guéri un paralytique, qu’il avait marché sur l’eau ou encore qu’il avait ressuscité Lazare. Mais Marie n’était pas là, ce sont des personnes qui lui racontèrent ses évènements. La vieille femme se moque de ce qu’on lui rapporte, ce qui l’inquiète est le sort de son fils. Ce dernier est surveillé, il trouble l’ordre public. Et c’est comme une mère que Marie réagit en essayant de l’engager à fuir avec elle lors des noces de Cana. C’est également par le regard d’une mère pétrifiée que nous assistons à la crucifixion. Une scène de torture, de douleur nous est racontée et non celle magnifiée du Nouveau Testament. Et dans la foule, une mère regarde son fils agoniser et elle repense à son enfant, son bébé et aux moments heureux qu’ils vécurent ensemble avant, qu’adulte, il ne lui échappe.

L’auteur irlandais nous montre l’humanité derrière le mythe et la manière dont celui-ci se construit. Les hommes, qui sont aux côtés de Marie dans ses derniers jours, ne sont pas là pour recueillir son témoignage mais pour réinterpréter ce qu’elle a vécu.  Ils incorporent également ses rêves à leur récit, à ce qui restera lorsque les témoins ne pourront plus rétablir la vérité.

Le court texte de Colm Toibin est véritablement poignant, le témoignage de Marie est douloureux et se présente à nous comme une litanie, un chant d’adieu à son fils disparu.

Merci aux éditions Robert-Laffont pour cette lecture.

Une photo, quelques mots (206ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

KOT© Kot(images)

La journée fut fructueuse pour Sam. Il la passa aux courses, au Yonkers raceway, comme tous les samedis depuis des années. Aujourd’hui, il n’avait pas perdu d’argent, il en avait même gagné un peu. Une satisfaction qui le faisait sourire alors qu’il attendait son bus pour rejoindre son appartement dans le Bronx. Il avait gardé, dans la poche de sa veste, le journal du matin. Il le sortit pour jeter un coup d’œil aux nouvelles locales. Un encart arrêta son regard. Un texte de quelques lignes encadré par un mince filet noir. L’annonce d’un décès : celui de Henry Mercer à l’âge de 75 ans, il était pleuré par sa veuve Felicia. Felicia Mercer… sa Felicia…

Ce prénom plongea Sam dans de douloureux souvenirs. Cela faisait presque trente ans qu’il n’avait pas vu Felicia, son ex-femme. Ils avaient été présentés par un ami commun lors d’une soirée. Il se rappelait parfaitement de la première fois où il avait vu Felicia. Cette petite rouquine, à la peau de porcelaine constellée de tâches de rousseur et au sourire ravageur, lui avait fait forte impression dès son entrée dans la pièce. Quelque chose d’infiniment lumineux se dégageait d’elle. Sam, qui détestait le sentimentalisme, devait bien reconnaître que les débuts de leur histoire ressemblait à un roman à l’eau de rose ! Ils se marièrent rapidement et c’est là que tout bascula. Leurs amis ne trouvèrent rien de mieux que de leur offrir une lune de miel à Las Vegas. Pourquoi ne les avaient-ils pas envoyés à Hawaï ou à Malibu ? N’importe où mais pas à Las Vegas. Qu’y-a-t-il d’autre à faire là-bas à part écumer les casinos ? Sam n’avait jamais véritablement joué mais à Las Vegas, au milieu des machines à sous, des tables de craps, des roulettes, la fièvre s’était emparée de lui. Irrésistible, incontrôlable, Sam ne pouvait plus s’arrêter. En dix jours de voyage de noces, il n’avait dîné que deux fois avec sa jeune et délicieuse épouse. Un désastre…

Au retour, malheureusement, la fièvre n’était pas tombée. L’adrénaline sécrétée au moment des paris était une drogue qui jamais ne laissait l’âme de Sam en paix. Pourtant, il était conscient du mal qu’il faisait à Felicia. Toujours absent, vidant inlassablement leur compte en banque et leur livret d’épargne, Sam s’enfonçait toujours plus. Perdre lui donnait toujours plus envie de jouer, de se refaire, de forcer la chance et son destin. La coupe fut pleine pour Felicia lorsqu’il mit en gage leurs deux alliances. Il n’essaya pas de la retenir et ne tenta jamais de la revoir. Il avait assez gâché sa vie.

Et aujourd’hui, elle réapparaissait dans sa vie. Un signe, c’était forcément un signe. L’annonce de décès comportait une adresse, il n’eut aucun mal à trouver son numéro. Mais oserait-il la recontacter ? Il avait changé, les courses étaient sont seul vice aujourd’hui et il jouait toujours peu. Il attendit quinze jours pour l’appeler :

« Allo ?

– Felicia ?

– Oui, elle-même. Qui est à l’appareil ?

– C’est Sam, Sam Arlen.

– Je n’ai connu qu’un seul Sam. Comme c’est étrange de t’entendre après toutes ces années. Comment vas-tu ?

– Oh, ça va, on fait aller. Mes condoléances pour ton mari.

– Merci, je vois que tu n’as pas perdu l’habitude d’éplucher le journal !

– Les habitudes ont la vie dures !

– Toutes les habitudes ?

– Non, pas toutes. Certaines ont fini par passer. Dis, est-ce que l’on pourrait se voir pour discuter. Je ne suis pas très à l’aise avec le téléphone.

– Bien sûr, veux-tu passer chez moi demain après-midi ?

– Avec plaisir.

– Mon immeuble est juste à côté de la station de bus Greyhound après le pont de Brooklyn. On dit 15h ?

– Parfait, à demain Felicia ! »

Sam sentait son cœur bondir dans sa cage thoracique. Il fallait faire vite : donner un coup de fer à son plus beau costume, aller chez le coiffeur, rendre présentable ce que l’âge avait fait de lui. Le lendemain arriva très vite malgré la nuit blanche passée à se tourner et se retourner en imaginant leurs retrouvailles. Sam ne tenait plus en place chez lui. Il partit tôt, descendit au pont de Brooklyn, flâna un peu. Tout lui paraissait plus net, plus vif. Tout semblait neuf, lumineux à ses yeux. Une sensation d’ivresse, de joie totale l’habitait.

A l’approche de 15h, il se dirigea vers la rue de Felicia. Il ne pouvait s’empêcher de sourire comme un gamin. Les yeux rivés vers l’immeuble, il essayait de deviner quelle fenêtre était celle de Felicia. En traversant, Sam ne vit pas le bus Greyhound qui sortait de la station, il ne vit pas non plus le chauffeur paniqué qui essaya de freiner mais n’y arriva pas à temps.

une-photo-quelques-mots-atelier-décriture-en-ligne-300x199

Splendeurs et misères-Images de la prostitution, 1850-1910-Musée d’Orsay

Splendeurs et misères. Images de la prostitution 1850-1910, Musée d’Orsay Paris

L’exposition « Splendeurs et misères. Images de la prostitution, 1850-1910 » vient de fermer ses portes. Elle montrait la fascination des artistes, peintres et écrivains, pour cette thématique. Paris était d’ailleurs à l’époque la capitale mondiale de la prostitution.

L’exposition m’a semblé très complète sur le thème abordé, les mouvements artistiques l’illustrant et les médiums exposés. Les œuvres présentaient en effet les différents aspects de la prostitution :

  • la prostituée occasionnelle en raison de fins de mois difficiles et d’une pauvreté galopante (les tableaux soulignent d’ailleurs l’ambiguïté de cette position comme le montre le tableau de James Tissot ou « L’attente » de Béraud)
TissotLa demoiselle de magasin-James Tissot
  • celle qui fait ce métier à plein temps et travaille dans la rue ou dans une maison close
the-salon-de-la-rue-des-moulins-1894Le salon-Toulouse-Lautrec
  • la cocotte ou demie-mondaine, les œuvres qui illustrent cette partie sont présentées dans un véritable boudoir recouvert de tapisserie et agrémenté de meubles ayant appartenu à l’une de ces prostituées de luxe.
Mlle de LanceyMlle de Lancey-Carolus Duran

Mais l’exposition n’en oubliait pas les conséquences ou les raisons de la prostitution. « La prune » de Manet ou « L’absinthe » de Degas montrent bien la tristesse, la désespérance de ces femmes.

degas.absinthe-2L’absinthe-Degas

« La mélancolie » de Picasso illustre le volet consacré à la prison de St Lazare où étaient enfermées les filles de rue. La prison servait également d’hôpital puisque les maladies vénériennes sont rapidement devenues un problème de salubrité publique.

mélancolieLa mélancolie-Picasso

L’exposition montrait un bel éventail d’artistes avec des peintres moins connus comme Beraud, Gervex, Valtat ou Forain et des grands noms comme Manet, Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Picasso, Munch ou Van Dongen. Outre les tableaux, de nombreux objets étaient présentés comme le fauteuil de volupté du Prince de Galles, des cartes de visite promettant des massages thérapeutes, une canne de flagellation, un pique-couilles ou des préservatifs. Pour compléter l’ensemble, à l’abri de lourds rideaux rouges étaient présentés des photographies et des films pornographiques d’époque.

f1b3c432-fd48-11e4-88cc-06fdc3d62260Les jarretières violettes-Van Dongen

Manquant un peu d’homogénéité dans sa muséographie et d’un point de vue fort,  « Splendeurs et misères » reste une exposition intéressante abordant le sujet de la prostitution au travers de petits et grands maîtres et de nombreux objets émoustillant l’imaginaire des visiteurs.

challenge-lart-dans-tous-ses-c3a9tats-2015

 

 

Un brin de verdure de Barbara Pym

pym

Emma Howick est venue s’installer dans un cottage d’un petit village de l’Oxfordshire pour travailler sur un livre. Elle est anthropologue et la maison appartient à sa mère, professeur de littérature anglaise. Le projet d’Emma est d’étudier la vie du village. Elle participe donc activement à la vie locale : promenade à Pâques dans les jardins du château, participation à des ventes de charité, réunion de la société d’histoire locale, pique-nique dans un parc. Emma ne rate rien et elle s’entend plutôt bien avec le nouveau médecin Martin Shrubsole et le pasteur Tom Dagnall. De vieilles filles sont bien souvent à l’origine des différents évènements. Le séjour d’Emma s’annonce malgré tout assez calme, voire plan-plan ! Mais un ancien amant fait une réapparition et décide lui aussi de s’installer dans le village.

Je prends toujours beaucoup de plaisir à plonger dans l’univers campagnard de Barbara Pym. Un monde so english où une tasse de thé apporte « un confort universel » et « une consolation plus puissante encore que l’alcool ». Nous sommes plongés dans le quotidien de cette petite communauté. Il ne s’y passe pas grand-chose, les nouvelles circulent vite, chacun connaît la vie de son voisin. En cela, « Un brin de verdure » m’a beaucoup fait penser au « Cranford » de Elizabeth Gaskell. Les petits riens, les petites jalousies, les petites mesquineries, les tristesses et les joies émaillent la vie des personnages de Barbara Pym. L’humour, l’ironie de l’auteur font le reste. Mais elle traite ses personnages toujours avec beaucoup de tendresse et de compréhension.

« Un brin de verdure » confirme l’affection que j’éprouve pour l’univers de Barbara Pym qui savait comme personne décrire le petit monde d’un village anglais entre tasses de thé, médisances et possibles remariages.

 Logo by Eliza

And then there were none, BBC 2015

6056

Pour le 125ème anniversaire d’Agatha Christie, la BBC a tourné une adaptation des « Dix petits nègres ». L’histoire se déroule en 1939 et dix personnes d’horizons fort différents se font piéger sur une île du Devon par les mystérieux M. et Mme Owen.

Agatha-Christie-murder-And-Then-There-Were-None-BBC-UploadExpress-James-Rampton-627981

L’adaptation est dans l’ensemble très fidèle au roman, même dans son rythme. La série se découpe en trois épisodes avec un premier de présentation et de mise en place. Le début du roman est lui-même plutôt lent, il faut présenter chacun des dix personnages pour ensuite installer le huis-clos. Nous découvrons la visage de chacun au début de la série lorsque leurs noms sont tapés sur une machine à écrire. Ensuite nous les retrouvons dans le train, leur voiture, comme dans le roman, en direction de l’île. De judicieux flash-back nous permettront d’en savoir plus sur sur les crimes pour lesquels ils sont mis en accusation. Comme dans le livre, les événements s’accélèrent jusqu’au dénouement.

and-then-there-were-none-homepage-header

Dans cette adaptation, il y a quelques arrangements avec le livre qui ne sont pas dérangeants. La fin en fait partie  et c’est la plus grosse différence avec l’original. Sans en dévoiler trop, le roman se termine par une lettre jetée à la mer qui explicite longuement ce qui s’est déroulé sur l’île. Très explicative, très détaillée, cette fin n’aurait pas été très télégénique et je trouve le choix de la scénariste astucieux et pertinent. Certains meurtres sont également modifiés, ceux perpétrés par M. Rogers et le général MacArthur. Ils sont plus violents, plus directs comme pour les empêcher de se trouver des excuses. C’est un peu dommage car c’était l’intérêt du roman d’interroger son lecteur sur la nécessité d’un châtiment pour certains personnages. Mais le seul vrai défaut pour moi de cette adaptation est la relation entre Vera et Philip Lombard, les faire coucher ensemble est totalement inutile et n’apporte rien.

And-Then-There-Were-None

Je chipote, je chipote car « And then there were none » est parfaitement réussie. La tension psychologique et physique est parfaitement présente dès le début et ne se relâche à aucun moment. La photographie, les décors et la réalisation sont particulièrement soignés. Et que dire du casting cinq étoiles ? Charles Dance, Sam Neil, Anna Maxwell Martin, Miranda Richardson, Toby Stephens, Douglas Booth, Aidan Turner, pour ne citer que les plus connus, sont tous impeccables dans leurs rôle respectif, leur performance fait tout le sel de ce glaçant huis-clos.

And-Then-There-Were-None (1)

La BBC nous offre ici ce qu’elle sait faire de mieux : une adaptation soignée, parfaitement maîtrisée au casting de haute volée. A voir absolument.

Logo by Eliza

Dix petits nègres d’Agatha Christie

9782702435823

Huit personnes se rendent par train ou par voitures sur l’île du Nègre. Une île qui fit couler beaucoup d’encre dans l’actualité. A-t-elle été rachetée par un millionnaire américain, par une star de Hollywood ou par le mystérieux M. Owen ? Les invités, poussés par la curiosité, ont tous accepté sans hésitation de se rendre dans le Devon. Tous ont des motivations différentes : certains ont été attirés par une promesse d’emploi, d’autres doivent y retrouver des connaissances, d’autres encore sont en mission de surveillance. Tous viennent d’horizons différents : un juge, un play-boy, un ancien policier, une secrétaire vont se côtoyer pendant leur séjour sur l’île. Tous ignorent qu’ils sont plusieurs à avoir été conviés sur l’île en cette journée du 8 août, tous sont donc surpris à la vue des autres au point de rendez-vous. Vera Claythorne, la secrétaire, est saisie à la vue de l’île du nègre : « Elle se l’était imaginée très différente, toute proche du rivage, couronnée d’une magnifique maison blanche. Mais aucune habitation ne se présentait au regard. On apercevait seulement une énorme silhouette rocheuse ressemblant vaguement à un profil de nègre. Son aspect lui parut sinistre et elle frissonna. » Sur l’île, les attendent deux serviteurs : M. et Mme Rogers. Ils sont donc dix sur l’île, comme les dix petits nègres de la comptine encadrée dans chaque chambre et comme les dix figurines présentées sur un plateau dans le salon. Mais aucune trace de leur hôte, M. Owen…

J’avais lu les « Dix petits nègres » il y a plus de vingt ans et j’ai eu grand plaisir à le relire à l’occasion d’une lecture commune organisée par Shelbylee sur Whoopsy Daisy. Agatha Christie met ici en place un redoutable huis-clos qu’il est impossible de lâcher. La construction est brillante puisqu’il y a une parfaite corrélation entre la comptine, les figurines et ce qui va arriver aux dix personnes présentes sur l’île. C’est donc avec effroi que l’on anticipe les événements. L’intrigue se met en place doucement, les protagonistes mettent un peu de temps à comprendre le piège dans lequel ils se sont mis. La panique, la suspicion, l’angoisse les gagnent tandis que le tempo s’accélère, ne laissant souffler ni les acteurs, ni les lecteurs. En plus d’être un parfait roman policier, « Dix petits nègres » est également un grand roman psychologique grâce à son panel de personnages qui tous réagissent de manière différente. Nous sommes nous même manipulés puisqu’aucun indice ne nous est laissé pour découvrir l’identité de M. Owen. J’ai relu le roman en me souvenant parfaitement de la fin et je trouve qu’Agatha Christie ne nous met absolument pas sur la piste.

« Dix petits nègres » est un modèle de roman à suspens. L’idée de départ est extrêmement originale et parfaitement menée de bout en bout. Les lecteurs, comme les personnages, sont manipulés par Lady Agatha pour le plus grand plaisir des premiers et le grand malheur des seconds !

Logo by Eliza

Une photo, quelques mots (204ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

image11© Ada

Je connais chaque recoin de cette chambre, chaque spirale du dessin de la moquette, chaque pli du rideau, chaque étagère de l’armoire, chaque marque sur le mobilier. Tout m’est profondément familier. Cela fait dix ans que je viens dans cette chambre d’hôtel. Quatre à cinq fois dans l’année, nous nous retrouvons ici, dans la même chambre. On dit que les marins ont une femme dans chaque port. Je suis l’une d’entre elles.

Je n’ai jamais osé lui demander combien d’autres femmes l’attendaient aux autres escales. Le temps était trop précieux, chaque minute avec lui comptait. Il valait mieux les passer à s’aimer qu’à se disputer. Un accord tacite entre nous : pas de question sur nos vies respectives en dehors des moments que nous passions ensemble. Sauf que moi, je ne vivais que pour ces heures passées au creux de son épaule. Le reste de ma vie me paraissait fade en comparaison, comme une photo aux couleurs passées.

Dix ans à essayer de ne rien espérer d’autre de cet homme. Dix ans à l’attendre, à guetter l’arrivée de son cargo. Dix ans à me réveiller dans cette chambre, après trois jours passés avec lui, et à trouver les draps froids à côté de moi. Dix ans à regarder par la fenêtre son bateau lentement s’éloigner au large. Dix ans… Comment ai-je pu supporter cette situation aussi longtemps ?

Aujourd’hui, ma patience est à bout. Je ne peux plus continuer. Son odeur, la chaleur de ses bras, son rire éclatant, sa bouche pulpeuse me manqueront. Mais aujourd’hui, je fuis pour me sauver, pour m’offrir une autre vie. Aujourd’hui, c’est lui qui trouvera des draps froids et le vide à ses côtés.

une-photo-quelques-mots-atelier-décriture-en-ligne-300x199

La variante chilienne de Pierre Raufast

la_variante_chilienne

Pascal, professeur de philosophie, a loué un gîte pour les grandes vacances dans la vallée de Chantebrie. En douce, il y emmène également Margaux, une élève en délicatesse avec son père. Tous deux avaient besoin de tranquillité, de solitude pour écrire un livre pour Pascal et préparer l’année universitaire pour Margaux. Sur place, ils n’ont qu’un seul et unique voisin auquel Pascal décide de rendre visite un soir. Les deux hommes se lient d’amitié au gré de soirées passées à fumer la pipe et à boire du vin. C’est au cours de l’une d’elle que Florin révèle son secret à Pascal. Suite à un accident et à dix jours de coma, il est incapable de ressentir la moindre émotion. Et sans émotion, pas de souvenirs. Florin a donc développé un autre moyen mnémotechnique : pour chaque souvenir qu’il veut conserver correspond un caillou dont le simple toucher le ramène en arrière. Et Florin a eu une vie rocambolesque, ce qui promet à Pascal de bien belles soirées…

Comme pour « La fractale des raviolis » (à laquelle Pierre Raufast fait référence dans son nouveau roman sous forme de jolis clins d’œil), il faut saluer le talent de conteur et l’imagination débordante de l’auteur. Les histoires qui se succèdent ici sont en grande partie celles de Florin mais également celles de Pascal et de Margaux qui finit par rejoindre les deux compères autour de la table. C’est autour d’un lapin aux olives ou de cailles trop cuites que vous apprendrez pourquoi le valet de cœur se nomme La Hire, comment Jorge Luis Borges a manqué son prix Nobel en passant la soirée dans un bordel marseillais, comment on peut gagner une maison en jouant au capateros dans sa variante chilienne ou encore comment on peut entendre la voix de Clodomir (fils de Clovis Ier) dans les rainures décoratives d’une poterie. Les histoires de Florin débordent de fantaisie, de loufoquerie et parfois sont quelque peu macabres. Mais c’est un régal de se laisser porter par elles, de s’imaginer autour de la table en compagnie de ces trois personnages qui sont plus construits, plus attachants que ceux de « La fractale des raviolis ».

Avec son nouveau roman, Pierre Raufast confirme tout le bien que je pensais de lui. Si vous aimez être plongés dans un imaginaire touffu et farfelu, si vous aimez que l’on vous conte d’incroyables aventures, ce roman est incontestablement fait pour vous.

Challenge Tudors

Je vous l’annonçais dans mon billet bilan de l’année 2015, Shelbylee et moi-même vous proposons un nouveau challenge qui sera consacré aux Tudors. Ayant fait l’acquisition des deux films avec Cate Blanchett sur Elizabeth, ainsi que de « The Virgin Queen » et ayant depuis longtemps dans ma PAL « Kenilworth », j’ai pensé qu’un challenge sur les Tudors serait le bienvenu. Et pour m’accompagner, un nom s’est tout de suite imposé à moi : Shelbylee qui avait fait un billet sur sa tudormania !

Alors pour un challenge réussi, il nous faut deux ingrédients :

-un logo :

12476060_10208543243009601_1905822000_n

-une bibliographie (non exhaustive mais quand même très complète) :

  • Les ouvrages historiques généraux sur les Tudors :  

Les Tudorsde Liliane Crété (il y a 2 versions, une de poche et une illustrée, les textes ne sont pas les mêmes).

  • Les ouvrages historiques sur Henry VIII :  

Henri VIII : Le pouvoir par la force de Bernard Cottret

  • Les ouvrages de fiction oùHenry VIII n’est pas le personnage principal :

Le prince et le pauvre de Mark Twain
Deux sœurs pour un roi de Philippa Gregory
L’héritage Boleyn de Philippa Gregory
La malédiction du roi de Philippa Gregory
Reines de cœur de Catherine Hermary-Vieille
Les lionnes d’Angleterre de Catherine Hermary-Vieille
Série Matthew Shardlake de CJ Sansom
Dans l’ombre des Tudors (Wolf Hall) d’Hilary Mantel
Le pouvoir d’Hilary Mantel
Mariée et soumise au temps des Tudors d’Elizabeth Moss

  •  Les séries sur Henry VIII :  

Les six femmes d’Henry VIII, BBC (1970)
Henry VIII, ITV (2003)
Les Tudors, Showtime (2007-2010)

  •  Les films sur Henry VIII 

La vie privée d’Henry VIII d’Alexander Korda (1933)

  •  Les films et les séries oùHenry VIII apparaît, mais n’est pas le personnage principal

Le prince et le pauvre de Willian Keighley (1937)
La rose et l’épée de Ken Annakin (1953)
Un homme pour l’éternité de Fred Zinnemann (1966)
La reine des 1000 jours de Charles Jarrott (1969)
Deux sœurs pour un roi, BBC (2003)
Deux sœurs pour un roi de Justin Chadwick (2008)
Wolf Hall, BBC (2015)

  •  Les ouvrages historiques sur Elizabeth I : 

La royauté au féminin : Elisabeth Ire d’Angleterre de Bernard Cottret

  • Les séries sur Elizabeth I:

Kenilworth, BBC (1967)
ElizabethR, BBC (1971)
ElizabethI, HBO (2005)
Elizabeth, The Virgin Queen, BBC (2006)

  •  Les films sur Elizabeth I:

La vie privée d’Elizabethd’Angleterre de Michael Curtiz (1939)
La reine vierge de George Sidney (1953)
Le seigneur de l’aventure de Henry Koster (1955)
Elizabethde Shekhar Kapur (1998)
Elizabeth, The Golden Age de Shekhar Kapur (2007)

  • Les films et les séries oùElizabethI apparaît, mais n’est pas le personnage principal

Mary Stuart, reine d’Ecosse de Charles Jarrott (1971)
Blackadder, (de nombreux épisodes) BBC (1986-1999)
Shakespeare in love de John Madden (1998)
Gunpowder, Treason & Plot, BBC (2004)
Doctor Who, S3Ep2, BBC (2007)
Les Tudors, S4, Showtime (2010) :
Anonymous de Roland Emmerich (2011)
Doctor Who, The day of the doctor, BBC (2013)
Bill de Richard Bracewell (2015)

La chaîne Arte participe à notre challenge puisque les 21 et 28 janvier sera diffusée la série « Wolf Hall » qui est l’adaptation des romans d’Hillary Mantel. Nous vous proposons donc un billet commun portant soit sur le roman, soit sur la série pour le 5 février.

Nous espérons que vous serez nombreux à nous rejoindre dans notre découverte de la dynastie des Tudors. Si vous souhaitez participer,  il vous suffit de nous le préciser en commentaire de ce billet ou de celui de Shelbylee.