Guerre et paix – BBC 2015

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 En janvier, la BBC nous proposait une nouvelle adaptation du roman de L. Tolstoï « Guerre et paix ». Après avoir vu le charmant film de King Vidor, la très austère et russe fresque de S. Bondartchouk et la calamiteuse version de Mathilde et Luca Bernabei et Nicolas Traube, il me fallait voir ce que la BBC allait faire du chef-d’œuvre de Tolstoï.La chaîne anglaise s’est donnée les moyens de ses ambitions avec Andrew Davies au scénario (« La maison d’Apre-vent », « Orgueil et préjugés », « Docteur Jivago »), Tom Harper à la réalisation (« This is England ’86 », des épisodes de « Peaky blinders ») et Harvey Weinstein à la production. La série de six épisodes fut tournée en Russie pour donner plus d’authenticité et plonger la myriade d’acteurs dans l’ambiance du roman.

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L’adaptation est globalement très fidèle au roman de Tolstoï. Comme dans la version de Bondartchouk, la durée de la série permet de montrer l’ampleur du roman, de donner plus de places aux personnages secondaires. Ici, chacun trouve sa place, a de l’épaisseur, une présence qui est également due aux formidables acteurs choisis pour la série. Nous les découvrons d’ailleurs presque tous dans la scène d’ouverture (la même que dans le roman) : le salon d’Anna Pavlovna (Gillian Anderson). Chacun s’y affirme déjà : Pierre (Paul Dano) est maladroit et idéaliste, le prince Andreï (James Norton) est sombre et ténébreux, Anatole et Hélène Kouragine (Callum Turner et Tuppence Middleton) sont venimeux et pervers, la mère de Boris Drubetskoy est prête à toutes les bassesses pour placer son fils. Les autres personnages viendront par la suite : Marya Bolskonskya (Jessie Buckley) douce et humble et son tyrannique père (Jim Broadbent) puis la famille Rostov avec la juvénile et délicieuse Natsha (Lily James). Une très belle galerie de personnages qui souligne bien la complexité et le foisonnement du roman. Andrew Davies a magnifiquement su rendre ces aspects.

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Après le travail du scénario, il faut souligner la puissance, la beauté de la mise en scène de Tom Harper. La série BBC ne se contente pas de nous offrir un spectacle classique, elle a choisi un réalisateur capable de sublimer le travail de Tolstoï puis celui d’Andrew Davies. Les scènes de générique et d’ouverture de chaque épisode sont extrêmement travaillées. La première nous montre un paisible paysage de montagne dans la brume qui s’évapore petit à petit. Nous découvrons alors qu’il s’agit d’un champ de bataille surplombé par un homme de dos sur son cheval : Napoléon (Matthieu Kassovitz). La mise en scène de Tom Harper est splendide, efficace et élégante. Elle est très picturale, habitée d’un souffle épique pour rendre compte de la violence des champs de bataille (celle de Borodino est une réussite) et d’une subtile délicatesse pour les scènes plus intimes (je citerai en exemple la scène du bal et les différentes conversations entre Pierre et Andreï). La musique est un atout supplémentaire qui souligne, amplifie la réalisation tout en donnant un caractère traditionnel russe grâce à son thème principal entêtant.

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En plus des talents d’Andrew Davies et de Tom Harper, la BBC s’est offert un casting cinq étoiles avec des acteurs chevronnés (Gillian Anderson, Jim Broadbent, Stephen Rea ou Greta Scacchi) mais également avec la fine fleur des jeunes talents britanniques (Tom Burke avec un Dolokhov mémorable, Aneurin Barnard, Callum Turner ou Aisling Loftus). Mais le poids de la série repose surtout sur les épaules des trois acteurs principaux : Lily James, James Norton et Paul Dano qui sont exceptionnels. La première est un ravissement. Fraîche, exaltée, romantique, elle saura très bien également incarnée une Natasha fragilisée et plus adulte. James Norton est le meilleur Prince Andreï que j’ai pu voir. Contrairement aux versions précédentes, James Norton n’incarne pas un idéal mais un homme de chair et de sang, un être torturé, malheureux en amour mais avec un sens aigu du devoir. Malgré mon infinie admiration pour le jeu de James Norton, je dois avouer que celui qui m’a le plus impressionnée est Paul Dano. Le talent de cet acteur ne cesse de me surprendre et ce n’est pas exagéré de dire qu’il est un véritable caméléon. Je trouve qu’il ne joue pas Pierre, il est Pierre. Dès sa première apparition à l’écran (on le voit se diriger de dos vers la demeure d’Anna Pavlovna), il est complètement dans la peau du personnage. Il est maladroit, naïf, pataud, touchant, colérique. Le jeu de Paul Dano est d’une subtilité saisissante et il est pour moi le plus grand acteur américain de sa génération.

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Vous l’aurez compris, cette série BBC est une totale réussite. Je n’ai eu qu’un seul bémol : la scène de la mort du Prince Andreï, trop appuyée, trop clichée mais j’avais reproché la même chose à King Vidor et Sergueï Bondartchouk. Les acteurs, la réalisation la musique, tout contribue à faire de ce « Guerre et paix » un grand spectacle de haute tenue.

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Le billet d’Emjy qui fut également enthousiasmée par cette série.

Les étranges talents de Flavia de Luce de Alan Bradley

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Le manoir georgien de Buckshaw appartient à la famille de Luce depuis des lustres. Les habitants actuels forment une famille atypique : le père, le colonel, passe son temps à collectionner les timbres ; Ophélia, 17 ans, se préoccupe essentiellement de son apparence ; Daphné, 13 ans, est toujours plongée dans un livre ; Flavia, 11 ans, est une chimiste chevronnée. Elle est notamment passionnée par les poisons et possède son propre laboratoire dans le manoir. Elle pratique d’ailleurs quelques unes de ses expériences directement sur ses sœurs qui ne cessent de la tourmenter ou de la moquer. Mais bientôt Flavia va pouvoir mettre en pratique ses talents  et son intelligence. Un matin est retrouvé devant la porte des cuisines un martin-pêcheur mort avec un timbre épinglé sur le bec. Quelques jours après cette découverte, c’est cette fois le corps d’un homme sans vie qui est retrouvé dans le jardin de Buckshaw. Le colonel de Luce est rapidement suspecté. Flavia décide de mener l’enquête.

« Les étranges talents de Flavia de Luce » est le premier volet des aventures de la jeune héroïne. Le charme du roman réside avant tout dans la personnalité de Flavia, la chimiste de 11 ans. D’une intelligence remarquable, elle est aussi impertinente, drôle, vive et elle parcourt la campagne anglaise en long et en large sur Gladys (son vélo) pour prouver l’innocence de son père. On suit ses péripéties avec amusement et sympathie. Elle arrive à rivaliser avec la police quelque peu étonnée de trouver cette gamine sur sa route !

Écrit au départ pour un public jeunesse, l’intrigue en est quand même assez intéressante pour un public adulte. Il y est question de tour de magie, de vie dans un college anglais, de timbres rares, de suicide. Les thèmes sont variés, peut-être un peu trop lorsque l’Histoire de l’Angleterre se mêle à celle de l’enquête. Il faut bien reconnaître que l’intrigue n’a pas été simplifiée à l’intention d’un public jeune, c’est sans doute pour cette raison que le roman est sorti dans la collection « Grands détectives » des éditions 10/18.

« Les étranges talents de Flavia de Luce » est un roman fort plaisant avec une jeune héroïne originale et attachante.

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Merci Alice de me l’avoir offert !

Une photo, quelques mots (212ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

 
© Claude Huré

Émile aimait achever sa promenade matinale dans le parc. Il s’achetait les journaux du jour et passait une demi-heure sur un banc à les éplucher. Il était d’autant plus ravi ce matin que les premiers rayons du soleil, annonciateurs du printemps, étaient éclatants. Pas l’ombre d’un nuage, la journée s’annonçait belle. Le banc, qu’il choisit sous les marronniers, commençait à être baigné par la lumiere. Émile se penchait un peu tout en lisant pour sentir cette douce chaleur. Elle pénétrait les couches de vêtements et le réconfortait. Il avait bien besoin de cette dose de bien-être. Sa promenade du matin était une pause nécessaire, le soleil lui donnait l’occasion de la prolonger un peu. Ce n’est pas que les nouvelles du monde étaient tellement réjouissantes mais Émile aimait à se tenir au courant. Cela lui donnait l’impression de toujours faire partie du monde.

Il n’y avait pas grand monde ce matin dans le parc. D’habitude, Émile voyait passer quelques coureurs matinaux qui se défoulaient avant de rejoindre leurs bureaux en costume cravate. Étonnant de voir le parc si vide à 9h30, c’était reposant de n’entendre que les stridulations joyeuses des oiseaux. Ah mais c’est vrai que c’est le début des vacances, Mme Daugier lui avait dit la semaine dernière qu’elle prendrait la deuxième semaine et qu’une autre infirmière passerait s’occuper de Lucette.

A propos de Mme Daugier, il était temps qu’il se remette en route. Elle avait d’autres patients à voir. Il serait bien resté encore un peu au soleil Émile. Mais il ne pouvait plus laisser Lucette toute seule. Elle était capable de sortir de l’immeuble et elle ne pourrait pas revenir toute seule. En plus de ne plus se souvenir de l’adresse, elle commençait à ne plus se souvenir de son nom. Elle donnait son nom de jeune fille. Émile se sentait las. Il ne savait pas combien de temps il allait encore tenir, Mme Daugier ne pouvait pas rester plus d’une heure par jour. Émile se dit alors que la question ne se posait pas aujourd’hui, qu’il pouvait encore rester avec sa Lucette et qu’il était grand temps maintenant d’aller la retrouver.

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Bilan livresque et films de février

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Les lectures de février m’ont apportée de belles surprises avec la bande-dessinée les « Quatre soeurs » de Cati Baur adaptée des romans de Malika Ferdjoukh, la première partie du diptyque de Evan S. Connell et le premier tome des enquêtes d’Agatha Raisin. Elles ont également confirmé mon envie de continuer à découvrir l’oeuvre de Irène Nemirovsky et celle de Nina Berberova que je n’avais pas lue depuis longtemps. Une seule déception à mon comptoir ce mois-ci : « La ballade et la source » de Rosamond Lehmann.

Les films de février sont un bon cru avec une seule déception : « Ave Cesar !  » :

Mes coups de cœur :

45 ans

Kate (Charlotte Rampling) et Geoff (Tom Courtenay) Mercer s’apprêtent à fêter leur 45ème anniversaire de mariage. Alors qu’ils préparent l’évènement, Geoff reçoit une lettre qui le renvoie à son passé. Le corps de son ancienne compagne a été découvert dans un glacier en Suisse. Celle-ci avait disparu dans les années 60 durant une randonnée en montagne. Geoff est extrêmement perturbé par cette lettre et montre à quel point il a aimé cette femme. Et il n’avait jamais parlé d’elle avec Kate qui a alors l’impression d’avoir été un pis aller. Tous ses souvenirs sonnent alors faux. Le doute, la douleur s’insinuent irrémédiablement dans le cœur de Kate. Les deux interprètes sont extraordinaires, tout en subtilité, en silences qui en disent long sur l’avenir du couple. « 45 ans » est un film à la cruauté discrète, sur l’effondrement d’un couple.

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Pendant la dictature argentine, Arquimedes Puccio aidait le pouvoir et les services de renseignement. Une fois la démocratie en place, il continue ses exactions en kidnappant de riches personnes contre rançon mirobolante de leurs familles. Il se fait aider par sa famille et notamment par son fils Alejandro, star du rugby. Le problème, c’est que chaque enlèvement se termine en exécution. Cette histoire est basée sur un fait divers réel. La famille  Puccio vit au milieu des cris des personnes kidnappées sans que cela ne les perturbe. Seul un fils choisit d’abandonner le navire. A aucun moment, Aquimedes Puccio n’a de remords, il deviendra même avocat en prison ! Le personnage cynique, joué magnifiquement par Guillermo Francella, fascine sa famille par son charisme et son histoire est proprement étonnante.

Et sinon :

  • Spotlight de Tom McCarthy : En 2001 à Boston, l’équipe de journalistes « Spotlight » met au jour un énorme scandale : pendant des décennies l’Église catholique a couvert des prêtres pédophiles. Le film est un hommage au journalisme d’investigation à la manière des « Hommes du président » de Pakula. Ce que l’on voit à l’écran, c’est le travail de recherche, le recoupement minutieux des infos, l’écoute des victimes et l’enquête approfondie se fait sur plusieurs mois. C’est sans doute également une critique sur la manière dont les scoups doivent se succéder aujourd’hui. Le film classique et efficace est servi par un casting trois étoiles : Michael Keaton, Marc Ruffalo, Rachel McAdams et Liev Schreider.
  • Les chevaliers blancs de Joachim Lafosse : Jacques Arnault (Vincent Lindon) et son ONG veulent évacuer 300 orphelins d’Afrique pour la France où des familles les attendent pour les adopter. Mais cela se fait sans que les chefs de villages  ne soient au courant, Jacques et son équipe leur font croire qu’ils prennent les enfants uniquement pour les soigner et leur offrir une éducation. Le film de Joachim Lafosse s’inspire de l’affaire de l’arche de Zoé et son intérêt  est son ambiguïté. Jacques est-il un grand naïf prêt à tout pour sauver des enfants ou est-il un cynique qui achète des enfants ? Vincent Lindon est comme toujours parfait dans ce personnage trouble.
  • Béliers de Grimur Hakonarson : En Islande, dans un village reculé, deux frères habitent côte à côte et élèvent des moutons. Mais voilà quarante ans qu’ils ne s’adressent plus la parole. Tous deux se partagent les prix des meilleurs béliers. Tout change lorsque l’une des bêtes tombe malade. Tous les troupeaux de la région doivent alors être abattus. Les paysages sont froids, rudes et les rapports entre les hommes sont du même acabit. La seule tendresse présente est pour les animaux qui sont toute la vie de leurs éleveurs. Les deux frères ennemis ont plus de points commun qu’ils ne le pensent et c’est leur humanité qui finira par l’emporter. La scène finale est sans aucun doute la plus émouvante que j’ai vue depuis le début de l’année.
  • Anomalisa de Charlie Kauffman et Duke Johnson : Michael Stone doit participer à un congrès. Dans sa chambre d’hôtel, il tourne en rond. Le cœur n’y est pas, la cinquantaine venue, Michael semble s’ennuyer alors qu’il est reconnu dans son travail et qu’il a une famille. Il tente d’occuper sa soirée en recontactant une ex mais cela tourne au désastre. C’est alors qu’il rencontre deux jeunes femmes venues assister à sa conférence. L’une d’elle fera renaître l’espoir chez Michael. « Anomalisa » est un film d’animation sur la désespérance, l’ennui de nos sociétés modernes. Malgré le trop plein matériel, nous peinons à trouver un sens à nos existences. Le constat est noir mais la lumineuse Lisa apportera quelques moments d’espoir.
  • Ave César ! de Joel et Ethan Coen : Sur le tournage d’un péplum, c’est l’effarement, leur star (George Clooney) a été kidnappée. Il revient à l’homme de main des studios (Josh Brolin) de régler le problème. Le dernier film des frères Coen peut être considéré comme mineur. Trop de personnages, trop de sujets, l’intrigue manque singulièrement de fil rouge. « Ave Cesar ! » est un hommage au cinéma des années 50, à ses différents genres. Certains moments sont d’ailleurs très drôles (Alden Ehrenreich, acteur de western, que l’on fait tourner dans un film plus sérieux) ou très réussis (la scène de claquettes de Channing Tatum sous l’influence de Gene Kelly). Malheureusement, toutes ces scènes mises bout à bout ne constituent pas un film.

Jézabel de Irène Némirovsky

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Gladys Eysenbach est dans le box des accusés. C’est encore une belle femme malgré son âge. Elle accuse néanmoins la fatigue du procès et des témoignages qui se succèdent. Gladys est jugée pour le meurtre d’un  jeune homme de 20 ans, Bernard Martin, probablement son nouvel amant. La vie de Gladys est exposée aux yeux de tous durant le procès : sa richesse, son oisiveté, ses voyages, sa liberté, ses nombreux amants. Elle aimerait que le procès s’arrête, que personne n’entende les témoins. Elle a reconnu le meurtre, cela ne suffit-il pas ? « Je mérite la mort et le malheur, mais pourquoi cet étalage de honte ? »

Dans la première partie du roman, Irène Nemirovsky nous présente une femme accablée par ce qu’elle a fait, ravagée par la douleur et les larmes. Gladys fait peine à voir. La deuxième partie revient sur sa vie, de l’âge de 18 ans au meurtre de Bernard Martin. Et c’est une toute autre femme que l’on découvre. Gladys est terriblement belle et elle en a pleinement conscience. A 18 ans, elle se rend compte que son physique parfait lui donne le pouvoir sur tous les hommes. Aucun ne peut lui résister. Sa vie ne tourne  plus alors qu’autour de son pouvoir de séduction et du désir des hommes. « L’amour, le désir d’un homme, ces mains tremblantes, ce zèle à la servir, ces regards amoureux, jaloux, de cela elle ne se lasserait jamais. »

Mais le temps passe et fane la beauté. Gladys devient obsédée par son apparence et son âge. Elle est égoïste, capricieuse et affreusement orgueilleuse. Elle est prête à tout pour cacher son âge : falsifier ses papiers d’identité comme gâcher le bonheur de sa fille. La compassion que nous pouvions ressentir pendant le procès s’évanouit au fur et à mesure que nous découvrons la véritable Gladys Eysenbach. C’est un personnage à la Dorian Gray, elle est prête aux pires horreurs pour conserver son infinie beauté. Comme le personnage d’Oscar Wilde, elle s’avère hideuse à l’intérieur. Le portrait que dresse ici Irène Nemirovsky est accablant pour Gladys. D’une grande finesse psychologique, il est également d’une grande cruauté.

« Jézabel » est un court mais dense roman qui présente un personnage de femme vénéneuse et particulièrement odieuse.

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Une photo, quelques mots (211ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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L’eau fraîche ruisselait sur tout le corps de Shanti. Les gouttes parcouraient un chemin sinueux le long de ses bras, de ses jambes avant de s’écraser sur la pierre du temple. Shanti sentait son corps se détendre petit à petit. Les douleurs de son cou, de son dos s’apaisaient. Il aimait ce moment de purification de son corps et de son âme. Il aimerait pouvoir rester sous l’eau plus longuement, se délasser plus durablement.

Shanti était arrivé la veille au soir à Katmandou. Il avait achevé un nouveau trek dans les hautes vallées himalayennes et déposé son groupe à leur hôtel. Il imaginait ces touristes en train de se prélasser dans leurs lits confortables, fiers et heureux d’avoir « fait » l’Himalaya. Shanti avait gravi ses flancs tant de fois qu’il ne pouvait les compter. Il avait parfois l’impression de faire corps avec la montagne, de lui appartenir.

Shanti s’était épuisé, son corps peinait de plus en plus à porter les sacs, les vivres. Les douleurs s’installaient, s’incrustaient partout. Il aimerait tant retourner définitivement dans la vallée de Langtang, rester avec sa famille et enfin pouvoir profiter de ses enfants qui grandissaient sans lui. Mais Shanti n’avait pas encore gagné assez d’argent pour assurer leur avenir.

Alors, il déplia lentement son corps noueux, se sécha et se rhabilla. Shanti était attendu dans l’après-midi. Un autre groupe arrivait pour s’émerveiller de la beauté de l’Himalaya.

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La nouvelle espérance de Anna de Noailles

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« Son être fatigué des vives passions de l’enfance, des hasards d’un mariage hâtif, des douleurs de la maternité malheureuse, se reposait ainsi au creux des après-midi molles, bercé du plaisir de vivre faiblement à la sensuelle crainte de la mort. » Sabine de Fontenay est une jeune aristocrate qui ne vit que pour sentir le feu des sentiments, de la passion. Son mari l’aime faiblement, par habitude, avec tendresse mais sans ferveur. Sabine recherche dans la vie ce qu’elle a lu dans les livres de Musset, Balzac, dans « Les souffrances du jeune Werther » ou « Tristan et Iseult ». Cette nécessité viscérale à être aimée l’a fait s’intéresser à différents hommes, l’a fait rêver et espérer.

Anna de Noailles nous parle, à travers le destin de Sabine, du sort des femmes au début du 20ème siècle. Son héroïne n’a pas de but dans la vie, elle ne fait rien, ne pense à rien, la vacuité de son quotidien transparaît dans son caractère. Malheureusement, Sabine a perdu un enfant à qui elle aurait pu se consacrer entièrement et qu’elle aurait pu aimer éperdument. Au lieu de ça, elle jette son dévolu sur les hommes qui l’entourent, les amis de son mari : Jérôme et Pierre avant de rencontrer Philippe. Le roman est découpé en trois parties, chacune dédiée à l’un des trois hommes. Le quotidien de Sabine se charge alors d’émotions, de tourments délicieux qui la rapprochent du romantisme des livres qu’elle adore. Sabine ne sait pas se contenter de tiédeur, elle veut se consumer d’amour. On voit bien qu’en ce début de 20ème siècle, les femmes sont toujours prisonnières des conventions, du mariage et n’ont pas d’autonomie. Anna de Noailles avait au moins l’écriture pour s’échapper.

Et la langue d’Anna de Noailles est surprenante, audacieuse dans ses comparaisons ou ses métaphores. C’est une écriture élégante, précieuse, très attentive aux états d’âme de son héroïne mais également aux saisons, à l’environnement dans lequel elle évolue : « Comme elle s’était amusée en juillet, assise devant les graviers chauds des jardins, et en automne, à courir le long du feuillage rouge des noisetiers, où luisaient, durement chevillées à leurs capuchons verts, les noisettes en bois de soie (…) Elle avait aimé aussi toutes les choses des maisons et des chambres, l’aurore d’été, prise dans les rideaux de perse gommée, et quand on ouvrait la fenêtre les matins d’octobre, la première entrée du vent froid, qui sentait l’anis et le raisin… »

Roman de l’ennui mondain, du romantisme rêvé et de la place des femmes au début du 20ème siècle, « La nouvelle espérance » est un roman singulier de par le style raffiné, poétique d’Anna de Noailles. Sa langue m’a envoûtée.

Agatha Raisin and the quiche of death de MC Beaton

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A 53 ans, Agatha Raisin décide de partir à la retraite. Elle vend son agence de communication londonienne pour aller s’installer dans un cottage à Carsely dans les Cotswold. La dynamique et piquante Agatha n’avait pas pensé qu’il serait si difficile de s’intégrer dans un petit village où chacun connaît tout sur ses voisins. Pour faire connaissance avec les autres habitants et combattre l’ennui qui la gagne, elle décide de s’inscrire au concours annuel de quiche. Le problème c’est qu’Agatha n’a jamais cuisiné de sa  vie et n’aime pas perdre. Elle va donc acheter à Londres une quiche aux épinards dans un restaurant. Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu. Non seulement Agatha ne remporte pas le concours de la meilleure quiche mais en plus le président du jury meurt après avoir ingéré un morceau de sa quiche. L’intégration d’Agatha à Carserly est loin d’être gagnée…

« Agatha Raisin and the quiche of death » est le premier tome d’une longue série. L’ambiance de cosy mystery fait penser aux romans d’Agatha Christie avec Miss Marple  qui se déroulaient également au milieu de charmants cottages et des cancans entre voisins. Nous sommes donc dans un petit village de campagne en apparence tranquille et paisible. Mais Agatha va rapidement découvrir qu’il est également le lieu de nombreux secrets et que ses habitants sont plus dangereux qu’ils n’en ont l’air. L’intrigue policière n’a certes rien de révolutionnaire mais elle est bien menée et apporte son lot de rebondissements comme les différentes tentatives d’assassinat à l’encontre de notre héroïne.

Ce qui fait tout le sel du roman est son humour et sa galerie de personnages. Agatha Raisin a un fort caractère, c’est une meneuse qui dans le monde de la com ne s’embarrassait pas de politesse ou de précaution. Il lui faudra apprendre la patience et à contrôler sa langue pour conquérir Carsely. MC Beaton n’épargne pas son héroïne qui est bien souvent ridicule pour notre plus grand plaisir ! Et au fur et à mesure de ses aventures pour démasquer le meurtrier, le personnage devient plus touchant et plus sympathique. Notre Agatha est également bien entourée avec sa voisine Mrs Barr qui passe son temps à l’insulter, la douce femme du pasteur, Mrs Bloxby, qui prend plaisir à voir un spectacle de striptease, le patron du pub qui ne parle que du temps qu’il fait ou encore les autres dames du village toujours prêtes à participer aux concours de quiches/chiens/confitures !

« Agatha Raisin and the quiche of death » est un divertissement fort sympathique, drôle, léger qui développe une belle galerie de personnages et surtout une héroïne que l’on a très envie de retrouver.

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La ballade et la source de Rosamond Lehmann

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Dans le voisinage de la maison de Rebecca, dix ans, revient s’installer Mrs Sybil Jardine. La vieille femme n’était pas revenue sur sa propriété depuis de nombreuses années. Mrs Jardine était très amie avec la grand-mère de Rebecca mais par la suite les liens furent rompus entre les deux familles. Rebecca est très intriguée par la vie de Mrs Jardine et elle est enchantée lorsqu’elle celle-ci l’invite avec sa sœur à lui rendre visite. Entre Rebecca et Mrs Jardine une affection mutuelle se développe. L’enfant devient la confidente de la vieille femme qui lui raconte les épisodes marquants de sa vie mouvementée. Dans le même temps, Rebecca devient amie avec la petite fille de Mrs Jardine, Maisie. Rebecca est totalement fascinée par l’histoire de la famille.

« La ballade et la source » est un roman très mélodramatique. Il y est question de suicide, de folie, possiblement d’inceste, d’abandon d’enfants. Le sceau du malheur s’abat sans cesse sur la famille de Mrs Jardine comme pour la punir de son péché originel : avoir quitté son mari pour un autre homme. Le personnage de Mrs Jardine est très fort. C’est une femme de caractère, indépendante qui sacrifie tout à sa liberté et est prête à en payer le prix. Mais c’est également un personnage ambigu. En tentant de récupérer sa fille, elle l’entrainera à sa perte. Mrs Jardine est une femme très manipulatrice grâce à son charme qu’elle exerce sur son entourage. Rebecca est totalement envoûtée et se retrouve, à dix ans, la confidente d’évènements terribles et souvent scabreux.

Malgré un personnage central complexe, mon avis est mitigé sur ce roman. L’histoire de Mrs Jardine, puis de sa fille Ianthé, est uniquement racontée par des dialogues. Au milieu du livre, le lecteur se retrouve à devoir ingérer plus de cinquante pages de dialogues entre Rebecca et Mrs Jardine. J’ai réellement peiné à en venir à bout, j’ai trouvé ce biais de narration assez indigeste. Et malheureusement la fin du roman reprend ce procédé entre Maisie et Rebecca. Un autre problème du livre me semble-t-il est justement le personnage de Rebecca. Elle n’existe que comme confidente, elle n’est qu’un prétexte à la narration et n’a aucune épaisseur. Il m’aurait paru intéressant d’étudier l’impact des révélations de Mrs Jardine sur une si jeune enfant.

« La ballade et la source » fut donc un rendez-vous manqué avec Rosamond Lehmann malgré le fort pouvoir d’attraction de son personnage principal.

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Hiver de Christopher Nicholson

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Dans un cottage retiré de la campagne du Dorset, vivent Thomas et Florence Hardy. Le grand écrivain a 84 ans et sa seconde épouse 45. Il passe ses journées entre les promenades avec son chien Wessex et son bureau où il se force à écrire chaque jour. Quelques phrases, des poèmes, Thomas Hardy écrit ou réfléchit pendant des heures dans son bureau. Un évènement va rompre ce quotidien monotone. « Tess » va être adapté en pièce de théâtre dans la ville voisine. Après des années de refus, Thomas Hardy a fini par accepter l’adaptation de son livre le plus cher. L’actrice, qui va interpréter Tess, va bouleverser le grand écrivain. Elle se nomme Gertrude Bugler et elle est la fille de la jeune paysanne qui inspira Hardy pour son roman. Au grand dam de Florence, son mari va totalement s’enticher de Gertrude et va même lui écrire des poèmes. Florence devait déjà lutter contre le fantôme de la première femme de Thomas Hardy, Emma, il lui faut maintenant rivaliser avec une jeune femme de 25 ans.

Le roman de Christopher Nicholson porte magnifiquement bien son titre. C’est l’hiver de la vie d’un homme et le délitement d’un couple. Christopher Nicholson change de narrateurs en fonction des chapitres et donne voix à chacun. La première à se faire entendre est celle, désemparée, de Florence Hardy. Elle est remplie d’amertume, de jalousie, elle regrette son mariage avec un homme qui ne pouvait lui offrir un véritable foyer avec enfants. A défaut de pouvoir être sa muse, Florence devint sa secrétaire, elle se voulait indispensable au quotidien et au bien-être du grand homme. Et aujourd’hui, elle se voit préférer une jeune campagnarde. Oppressée par les grands arbres qui entourent leur maison et par son quotidien, Florence est en plein désarroi. Son désespoir est palpable.

Face à elle, Thomas Hardy est toujours à la recherche de son idéal féminin, de sa muse. Tess en est le modèle, Gertrude son incarnation. Une quête impossible qui semble maintenir l’écrivain en vie. Car le vieil homme est bien conscient que son temps est compté. C’est l’hiver de sa vie, le moment où l’on se demande ce qui restera de nous : « Il eut une pensée lugubre : ce qui se passa cet après-midi-là, seuls elle (Emma) et moi l’ont jamais su, mais elle est morte et enterrée, et quand je disparaitrai à mon tour, ce souvenir disparaitra également. A la mort d’un homme, tous les souvenirs de son existence sur terre, tous ces fragments de temps emmagasinés et catalogués, consultés et vérifiés, expirent avec lui. » Heureusement, dans le cas de Thomas Hardy, tout son esprit n’a pas disparu puisqu’il nous reste ses fabuleux romans.

« Hiver » est un très beau roman à la tonalité mélancolique sur la fin d’un couple, sur la fin d’un homme.

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