Literary life de Posy Simmonds

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« Literary life » est un recueil de chroniques publiées entre 2002 et 2005 dans The Guardian Review par Posy Simmonds. Il s’agit du supplément littéraire du grand quotidien et c’est bien de la vie littéraire  dont nous parle l’auteur de « Gemma Bovery ». Et plus précisément des coulisses de la vie littéraire : la solitude de l’écrivain devant la feuille blanche, les séances de dédicace où personne ne vient, les cocktails de maison d’édition mais également la vie d’une petite librairie de quartier et l’impact du métier d’écrivain sur l’entourage. Posy Simmonds nous montre des écrivains à l’ego démesuré, malmenés, qui sont souvent coupés du monde réel et à la sensibilité à fleur de peau. Le regard de l’auteur est très acide, ironique sur ce monde littéraire mais il y a aussi de la tendresse envers les écrivains qui souffrent souvent de solitude et sont habités par le doute.

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Elle nous entraîne également dans la fiction pure avec deux personnages récurrents : Rick Raker, agent spécial qui fait penser à Bogart quand il incarnait Marlowe, et le docteur Derek assisté de nurse Tozer. Le premier peut vous aider à ruiner la réputation d’un adversaire écrivain. Le second soigne tous les bobos de l’écrivain : la panne d’écriture, l’étreintement par les critiques, l’accouchement de l’œuvre, la diarrhée verbale. Le docteur Derek a une solution à tous les problèmes ! C’est un personnage très réussi, très drôle et l’on prend plaisir à le retrouver.

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La dessinatrice alterne aussi les formats avec des pages de bandes dessinées classiques en noir et blanc et des dessins pleine page en couleurs.

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L’ensemble est très homogène et très plaisant avec des moments touchants mais surtout avec beaucoup d’humour. Mention spéciale à la page consacrée à Jane Austen qui se demande si elle va revenir du pays des morts pour recevoir les nombreux éloges qui lui sont adressés de nos jours. Je vous laisse découvrir si elle choisit où non de passer de l’autre côté !

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Mapp & Lucia

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A Tilling dans le Sussex, a lieu tous les étés une drôle de migration. Les habitants louent les maisons de leurs voisins, chacun passant dans la demeure de l’autre lorsque les beaux jours arrivent. Ce manège semble ne profiter qu’à une seule personne : Miss Elizabeth Mapp qui loue sa maison à une étrangère et beaucoup plus chère que les autres. Miss Mapp domine le petit cercle de Tilling et dicte ses lois aux autres habitants. Elle aime être au centre de l’attention. Sa popularité va être mise à mal par la femme à qui elle loue sa maison pour l’été, Mrs Emmeline Lucas surnommée Lucia par ses proches. Elle emménage avec un ami, Mr Georgie Pilson. Et Lucia aime autant être populaire que Miss Mapp. La guerre est déclarée immédiatement entre les deux femmes. Le combat s’annonce féroce.

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Cette série de trois épisodes est tirée des livres de EF Benson. L’univers est so british. Nous sommes dans un petit village anglais aux cottages verdoyants, aux jardins bien entretenus où l’on prend le thé ou joue au bridge.  La politesse y est obséquieuse surtout entre les deux rivales. Mais sous ce vernis policé, l’ironie est mordante, les répliques acides. Lucia est une belle femme cultivée qui va rapidement éblouir les habitants de la petite bourgade par ses talents multiples (dessin, musique, capacité à parler italien) et son originalité. Miss Mapp n’aura de cesse de prouver aux autres que Lucia est un imposteur et ainsi regagner sa notoriété perdue. Et le pire dans tout ça, c’est que Lucia est bel et bien une fraude ! Elle décalque un dessin dans un livre, ne parle que trois mots d’italien et il lui faut des jours pour déchiffrer une partition ! Lucia est la reine de l’esbroufe et elle le fait avec une rare classe et une ingéniosité remarquable.

Mapp and Lucia … everyone seemed genuinely, infectiously pleased to be there.

Miranda Richardson et Anna Chancellor interprètent les deux femmes et elles sont toutes deux épatantes. Elles se complètent parfaitement et sont également bien entourées par des seconds rôles à la hauteur de ce duo. Les pauvres habitants de Tilling sont perpétuellement tiraillés entre les deux femmes  et doivent choisir leur camp.

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« Mapp & Lucia » est une série très réussie, aux saillies drôlatiques et d’une ironie féroce. Les actrices semblent prendre beaucoup de plaisir à interpréter ces deux fortes personnalités. Les trois épisodes laissent un goût de trop peu, on aimerait assister à d’autres affrontements, d’autres manigances pour attirer l’attention à soi. Une réjouissante série toute en légèreté et en humour grinçant.

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L’amour dans l’âme de Daphné du Maurier

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A Plyn en Cornouailles, Janet Coombe rêve de prendre la mer. Cet élément la fascine et elle passe des heures à l’observer du haut des falaises de la petite ville. Malheureusement pour elle, Janet est née femme et en 1830 celles-ci doivent être épouse et mère et non capitaine de navire. Sa famille pense que le mariage calmera sa fougue et son côté sauvage. Janet épouse donc son cousin Thomas qui construit des voiliers. Janet semble s’apaiser et s’occuper parfaitement de son foyer et de ses enfants. Mais sa passion pour la mer est loin d’avoir disparu. Elle va se transmettre à l’un des fils de Janet : Joseph. Il accomplira le destin que sa mère n’a pu réaliser : devenir marin et parcourir les mers.

« L’amour dans l’âme » est le premier roman de Daphné du Maurier, publié en 1931. On y trouve déjà les grandes thématiques que l’auteur développera tout le long de son œuvre. Il y a tout d’abord le lieu de l’intrigue, la Cornouailles natale de Daphné du Maurier où se dérouleront également « L’auberge de la Jamaïque », « La maison sur le rivage » ou « Rebecca ». Le paysage a toujours une place centrale dans les romans de l’auteur. La mer est ici au cœur des relations familiales des Coombe. Janet et sa descendance se promènent sans relâche sur les falaises de Plyn, à la manière des personnages des « Hauts de Hurlevent » qui errent sur la lande, fouettés eux aussi par le vent et la pluie.

L’ambiance de « L’amour dans l’âme » est extrêmement romantique. Daphné du Maurier y raconte quatre générations d’amoureux de la mer : Janet, son fils joseph, son petit-fils Christopher et son arrière petite-fille Jennifer, de 1830 à 1930. Tous ressentent le besoin impérieux d’être proches de la mer et chacun tente de susciter l’admiration de ses parents. Le personnage de Joseph est sans nul doute le plus réussi et le plus romantique. Fougueux, impulsif, sauvage, Joseph est incontrôlable. Sa relation à sa mère est totalement fusionnelle et existe par-delà la mort. Daphné du Maurier insuffle un peu de fantastique au début du roman avec la rencontre entre Janet jeune et Joseph âgé sur la falaise de Plyn. « La maison sur la rivage » sera également empreint de fantastique.

Déjà dans « L’amour dans l’âme », Daphné du Maurier explore méticuleusement la psyché de ses personnages. Même si la partie sur Christopher est moins réussie, chaque Coombe a une véritable densité psychologique. Chacun imprime fortement son caractère. Et l’on sent déjà que ce qui intéresse profondément Daphné du Maurier, c’est l’étude de l’âme humaine.

Malgré quelques maladresses, « L’amour dans l’âme » montre déjà la grande originalité de Daphné du Maurier et son talent de conteuse. Une œuvre fort plaisante qui vous donnera envie de découvrir les falaises escarpées de la Cornouailles ! Merci à Eliza de me l’avoir fait découvrir.

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La tête de la reine de Edward Marston

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En février 1587 au château de Fotheringhay, c’est la fin de Marie Stuart. Sa cousine, Elizabeth Ière, l’a condamnée à mort. Marie sera décapitée, sa tête montrée à la foule. A Londres, à l’auberge de la tête de la reine, la troupe théâtrale des hommes de Westfield répètent pour leur nouvelle pièce. Au centre de la troupe : Nicolas Bracewell le régisseur et bien plus encore : « Nicholas Bracewell se montrait si capable et si ingénieux que ses attributions ne cessaient d’englober de nouvelles responsabilités. Non content d’organiser la mise en scène à partir de l’unique exemplaire complet d’une pièce, il assurait le rôle de souffleur, supervisait les répétitions, contribuait à former les apprentis, s’occupait des musiciens, amadouait les machinistes, conseillait en matière de costumes et d’accessoires, et négociait les licences des nouvelles pièces auprès de l’Intendant des menus plaisirs de la reine. » Sans lui, la troupe s’écroulerait. A la fin de la répétition, Nicholas accompagne un comédien, Will Fowler, pour boire un verre avec une ancienne connaissance. A la taverne, une bagarre se déclenche entre Will et un autre client. Les épées sont dégainées et un coup fatal est porté à Will. Nicholas, effondré par la perte de son ami, ne tarde pas à découvrir que cette mort est loin d’être accidentelle. Il se lance alors dans une enquête pour retrouver le meurtrier de Will.

Voici un roman fort sympathique qui remplit parfaitement son rôle de divertissement. Les personnages sont bien dessinés et deviennent rapidement attachants à l’instar du héros Nicholas Bracewell. Le directeur et acteur principal des hommes de Westfield, Lawrence Firethorn, est un personnage haut en couleur. Orgueilleux, séducteur, fougueux, il est éclatant sur scène où il interprète tous les rôles importants. Il y a également le pauvre Edmund Hoode qui doit écrire des pièces au débotté en fonction de l’actualité et des caprices de Lawrence Firethorn. Barnaby Gill, autre acteur de la troupe, est beaucoup moins sympathique et surtout il a des vues sur les jeunes apprentis de la troupe ce que Nicholas ne peut admettre.

L’atout principal de cette série est la découverte de la vie d’une troupe de théâtre à l’époque de Shakespeare. Edward Marston montre bien toutes les difficultés rencontrées par les comédiens. La concurrence faisait rage, il y avait énormément de jalousie entre les troupes. Il fallait donc sans cesse innover et surtout proposer de nouvelles pièces. Celles-ci pouvaient se référer à l’actualité mais toujours de manière indirecte. On le voit bien dans « La tête de la reine » avec la pièce glorifiant la victoire sur l’invincible Armada. Les auteurs devaient également faire en sorte que les pièces plaisent à tout type de public,  puisque aussi bien les nobles que les pauvres assistaient aux spectacles. Les pièces devaient donc s’enchainer à un rythme infernal sans quoi la troupe pouvait tomber dans l’oubli.

« La tête de la reine » est très plaisant à lire et nous plonge dans les coulisses du théâtre élisabéthain pour le plus grand plaisir des amateurs de cette période.

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Mr Brown d’Agatha Christie

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Au moment où sombre le Lusitania, un homme confie des documents de la plus haute importance à une inconnue pour qu’elle les remette au gouvernement britannique.

Après la première Guerre Mondiale, Prudence Cowley, surnommée Tuppence, et Thomas Beresford, amis d’enfance, se rencontrent par hasard à Londres. Après leur démobilisation, ils éprouvent des difficultés à trouver du travail. Tous deux ont besoin d’action et surtout d’argent. Tuppence a ainsi l’idée de passer une annonce pour proposer les services des jeunes aventuriers pour n’importe quelle mission.  Un possible employeur ne tarde pas à prendre contact avec eux. Tuppence devra se rendre dans une pension de jeunes filles et observer ce qui s’y passe. Elle doit se choisir un nom d’emprunt et choisit celui de Jane Finn, nom entendu dans la rue. A ce nom, son futur employeur s’empourpre, s’énerve. Le lendemain, il disparaît complètement. Qui est donc cette Jane Finn ? C’est ce que Tuppence et Tommy vont tenter de découvrir et ils vont devoir faire face au machiavélique et mystérieux Mr Brown.

Ce roman est le deuxième d’Agatha Christie après « La mystérieuse affaire de Styles ». Il s’agit de la toute première fois qu’apparaît le duo Tuppence et Tommy, deux personnages très attachants dès le premier opus. Tuppence est très dynamique, très fantasque, fonçant tête baissée. Elle rêve d’indépendance mais ne dirait pas non à un riche mari ! Tommy est beaucoup plus réfléchi, terre à terre, moins intrépide que son amie. Nous verrons dans « Mr Brown » que les deux caractères se complètent à merveille.

L’intrigue est proche des films de la période anglaise d’Alfred Hitchcock comme « Les trente-neuf marches » ou « Une femme disparaît ». Tuppence et Tommy vont affronter une organisation criminelle expérimentée à la tête de laquelle se trouve le fameux Mr Brown. Leur enquête s’articule autour d’un secret d’état qui, s’il était découvert, pourrait renverser le gouvernement en place. Comme dans les films mentionnés plus haut, l’intrigue est menée tambour battant et est émaillée de nombreux rebondissements. Et malgré toutes leurs mésaventures, Tuppence et Tommy ne perdent pas leur sens de l’humour, so english !

« Mr Brown » est un agréable divertissement : c’est suranné, délicieux, enlevé et léger comme une crème anglaise ! Une lecture très plaisante comme toujours avec Lady Agatha !

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Billet récapitulatif du mois anglais 2015

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3 juin :

4 juin :

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6 juin :

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8 juin :

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28 juin : 

29 juin : 

30 juin : 

 

Le liseur de Bernhard Schlink

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A 15 ans, Michael fait la connaissance de Hanna Schmitz. Elle a vingt ans de plus que lui mais une relation amoureuse se noue entre eux. Un rituel se met d’ailleurs en place dans leur couple : l’adolescent arrive, tous deux se lavent, font l’amour et ensuite Michael fait la lecture à Hanna. Celle-ci est avide de découvrir de nouveaux ouvrages, elle écoute attentivement son « garçon ». Le jeune Michael tombe rapidement amoureux d’elle. Il est chaque jour plus impatient de la retrouver, il la suit dans le tramway où elle est contrôleuse. Hanna est une femme pleine de mystères et de sensualité, ce qui ne pouvait que fasciner ce jeune homme. Pourtant, leur relation se termine brutalement six mois après. Du jour au lendemain, Hanna disparait totalement de son appartement, de sa ville. Elle ne laisse aucun message au grand désarroi de Michael. Ce n’est que sept ans après qu’il la retrouve : « J’ai revu Hanna en cour d’assises. Ce n’était pas le premier des procès sur les camps de concentration, ni l’un des plus grands. Notre professeur à l’université, l’un des rares à l’époque qui travaillaient sur le passé nazi et sur les procès qui y avaient trait, avait fait de celui-là le sujet de son séminaire, en escomptant qu’avec l’aide d’étudiants il pourrait suivre et l’étudier de bout en bout ». Michael va assister à chaque journée du procès où Hanna comparait avec quatre autres anciennes surveillantes de camp.

Le livre de Bernhard Schlink interroge bien évidemment la responsabilité. En choisissant le personnage d’Hanna, il veut exprimer la difficulté dans certains cas à choisir son camp. La question que chaque allemand de cette génération aurait dû se poser était : qu’aurais-je fait à sa place ? Non que cette interrogation dédouane ou déculpabilise, mais elle peut permettre d’engager un véritable débat et de voir que tout n’est pas inévitablement noir ou blanc. L’histoire d’Hanna, son handicap social, que je ne dévoilerai pas pour ceux qui n’auraient pas lu le roman, expliquent ses choix sans pour autant les justifier. Le personnage d’Hanna est magnifique et d’une belle complexité. Les zones d’ombres de la première partie du roman s’éclairent dans la deuxième pour la rendre encore plus touchante et fragile. Cette femme, qui semble forte et parfois abrupte, se révèle en lutte perpétuelle, en fuite constante pour garder son secret. Elle tente de se rendre invisible et vit dans une grande solitude lorsqu’elle rencontre Michael. « Le liseur » est également le récit d’une belle et profonde histoire d’amour. Michael ne se remettra jamais de sa rencontre avec Hanna. Il ne l’oubliera jamais, elle le hantera et l’empêchera de vivre une autre histoire.

Le film où Hanna est interprétée par la toujours parfaite Kate Winslet m’a un peu gâché le livre puisque je connaissais le secret d’Hanna. J’ai néanmoins pris un grand plaisir à le découvrir et j’ai apprécié la délicatesse et la subtilité avec laquelle Bernhard Schlink abordait le sujet.

 

Bilan plan Orsec et films de mai

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Ce mois anglais fut tourné presque entièrement vers l’Angleterre et la préparation du mois anglais. Cela aura eu l’avantage de faire baisser ma PAL, ce qui n’est pas rien !

Côté cinéma, deux très beaux et justes films sociaux auront marqué mon mois de mai :

Mes coups de cœur :

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La première fois que Malony a rendez-vous chez la juge pour enfant (Catherine Deneuve), il a six ans. Orphelin de père, il est élevé par une mère (Sarah Forestier) totalement immature et hystérique. Ce rendez-vous n’est que le premier d’une longue liste puisque Malony commence un long parcours de petit délinquant. On le voit grandir et évoluer entre centres d’accueil et prison. Malony est une boule de rage et de violence, il est incarné par Rod Paradot avec justesse et énergie. Face à lui, Catherine Deneuve est son point d’ancrage à travers le temps, son roc face aux vicissitudes de son parcours. Comme toujours, l’actrice est parfaite, oscillant entre l’attention, la fermeté et la tendresse. On retrouve également avec plaisir Benoit Magimel en éducateur fragile, blessé et trop concerné par son travail. Emmanuelle Bercot signe avec « La tête haute » un film social fort, poignant, émaillé de belles scènes lumineuses d’optimisme.

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Thierry Taugourdeau (Vincent Lindon), la cinquantaine, a rendez-vous au pôle emploi. Il s’y plaint d’avoir été envoyé faire un stage qui ne lui permet pas de retrouver un emploi. L’urgence se fait sentir puisqu’il arrive en fin de droits. Entre les crédits à rembourser et son fils handicapé, Thierry ne peut se permettre de rester son travail. Il accepte donc d’être vigile dans un supermarché. Le film de Stéphane Brizé ressemble à un documentaire. Il ne lâche jamais son personnage et entoure Vincent Lindon d’acteurs non professionnels. Se dégage de ce film un fort réalisme. Vincent Lindon est prodigieux de vérité, de justesse. Il donne au personnage une identité, un vécu, une épaisseur dès les premières minutes. « La loi du marché » est un film social, plein d’humanité pour tous les humiliés de la société libérale.

Et sinon :

  • « Trois souvenirs de ma jeunesse » d’Arnaud Desplechin : Il y a des films qui marquent nos vies de cinéphile. « Comment je me suis disputé…(ma vie sexuelle) » en fait partie pour moi. Paul Dedalus (Mathieu Amalric) y était maître-assistant en philosophie et se débattait avec sa vie sentimentale. Il s’y séparait d’Esther après dix ans de vie commune. Comment ces deux-là s’étaient-ils rencontrés ? C’est ce qu’Arnaud Desplechin nous montre dans son dernier film. Paul (Quentin Dolmaire) vient d’entrer à la fac pour des études d’anthropologie. Il retourne régulièrement à Roubaix pour voir sa famille (surtout son frère et sa sœur puisque sa mère s’est suicidée et son père est absent) et il y rencontre Esther (Lou Roy-Lecollinet). Ensemble, ils reprennent le motif de Truffaut dans « La femme d’à côté » : « Ni avec toi, ni sans toi ». Et c’est un plaisir de retrouver ces deux personnages, leur amour est d’ailleurs le même au début et à la fin. Ils se déchirent, s’adorent, se trompent. C’est avec passion et romantisme que Desplechin traite leur histoire. On aimerait, on espère revoir Paul Dedalus, qu’il nous accompagne comme l’avait fait Antoine Doisnel chez Truffaut.
  • « Le labyrinthe du silence » de Giulio Ricciarelli : Le coeur du film est la volonté du procureur Radmann (Alexander Fehling) de juger d’anciens nazis sur le sol allemand. Il se heurte à la réprobation générale, à l’envie de tous de ne pas revenir sur le passé. Le réalisateur souligne parfaitement les enjeux de ce procès et la question à laquelle personne ne veut se confronter : mon père était-il un nazi ? « Le labyrinthe du silence » est un film à la facture classique et dont la mission pédagogique est parfaitement remplie. Les acteurs, tous très bons, y sont également pour beaucoup.
  • « Les optimistes » de Gunhild Magnor : Voici un documentaire fort sympathique sur des joueuses norvégiennes de volley aux âges canoniques puisque la plus âgée a presque cent ans. Elles jouent ensemble depuis plusieurs années sans trop se soucier des règles. Pour se motiver, elles se lancent le défi d’affronter une équipe sénior de joueurs suédois. Et elles font vraiment plaisir à voir, pleines de volonté et d’énergie malgré les blessures ou les maladies. On se souhaite la même force, la même vitalité au même âge !
  • « Broadway therapy » de Peter Bogdanovich  : Un écrivain à succès (Owen Wilson) vient à New York pour les répétitions de sa nouvelle pièce. Venu sans famille, il fait appel à une call-girl à qui il conseille d’arrêter ce métier en raison de ses qualités, de son potentiel. Ce qu’il ne sait pas, c’est que la call-girl rêve d’être actrice et qu’elle postule pour sa pièce où joue également sa femme. Le film de Peter Bogdanovich évoque bien évidemment ceux de Woody Allen. C’est léger, drôle, un peu long mais on passe un bon moment au milieu des nombreux personnages tous totalement farfelus.

Lulu, femme nue de Étienne Davodeau

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Lulu passe un entretien d’embauche après s’être occupée pendant seize ans de ses trois enfants. Son manque d’expérience et de confiance est rédhibitoire pour l’employeur potentiel. Déprimée, Lulu décide de ne pas rentrer chez elle le soir même. Elle dîne  avec une femme rencontrée dans l’hôtel où elle passe la nuit. Elle propose à Lulu de la déposer le lendemain sur la côte vendéenne. Lulu refuse puis change d’avis le lendemain matin. Une fois sur la côte, elle se promène, observe les gens et surtout décide de profiter de quelques jours de liberté loin de ses proches pour faire un point sur sa vie. L’errance de Lulu lui fera rencontrer de belles personnes comme Charles et ses frères, Marthe une vieille femme qui l’hébergera pendant quelques temps.

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J’avais absolument adoré le film de Sólveig Anspach tiré de la bande dessinée de Étienne Davodeau. J’ai retrouvé dans la bande dessinée des personnages originaux et attachants ainsi qu’un magnifique souffle de liberté. Lulu semble être happée par le vent du large, l’horizon immense de la mer. Au fur et à mesure de son errance, elle se libère de son quotidien morose et ankylosé. Elle apprend à écouter les autres, à les observer, à agir selon ses envies. Les conversations de ses amis, réunis pour tenter de comprendre sa fugue, montrent une femme éteinte, fatiguée et attestent de l’audace de son geste. Cette bande dessinée est pleine d’humanisme, de tendresse pour les personnages. Lulu y découvre que les petits riens peuvent produire de grandes histoires et qu’ils font parfois le sel de la vie. Une femme ordinaire de quarante ans qui s’évade pour se retrouver, qui n’a pas rêvé un jour de vivre une telle parenthèse enchantée loin du train-train de la vie ?

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Mon seul bémol par rapport à cette bande dessinée concerne la fin. Le film présentait une fin quelque peu différente qui me semble mieux souligner le changement de Lulu, sa capacité à se prendre à nouveau en main et signait son indépendance.

Cette bande dessinée démontre encore une fois l’humanisme de l’auteur qui sait être attentif et en empathie avec ses personnages. Une jolie ode à la liberté.

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Une lecture commune avec Noctenbule.

Une photo, quelques mots (177ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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Il est fatigué Robert. Fatigué d’avoir passé sa vie à faire le clown. À 69 ans, il serait temps qu’il raccroche son nez rouge. Cela fait plus de cinquante ans qu’il se grime, se déguise pour aller bosser. Il est presque né dans le cirque des frères Étienne. Clown de père en fils ! Il a repris le flambeau. Avec son corps massif et courtaud, il ne risquait pas d’accompagner les voltiges aériennes de sa mère trapéziste.

Il a tout appris au côté de son père, l’assistant puis le remplaçant quand sa santé a commencé à flancher. Une crise cardiaque sur la piste, voilà comment son père avait fini. Les artistes de cirque rêvent souvent de disparaître sur scène, d’offrir leur dernier souffle au public. Robert ne voulait pas de cette mort sous les feux de la rampe. Il voulait s’arrêter avant, quitter le cirque pour découvrir la vie en dehors des deux spectacles par jour, des montages et démontages de chapiteau. Robert n’avait connu que cette vie de bohème, que ce monde certes rassurant mais clos sur lui-même. Non pas qu’il ait été malheureux mais la tentation de l’ailleurs l’a souvent démangé. À 69 ans, il était grand temps qu’il découvre ce que le monde avait à  donner à un vieux clown comme lui.

Encore une fois, Robert se maquille dans sa caravane. Beaucoup de rouge sur les joues, le nez, les lèves enduites de blanc, le chapeau trop petit vissé sur la tête et le gilet rigolo enfilé, Robert était prêt pour le spectacle de 17h. Son préféré, celui où il y avait le plus d’enfants. Il rentre dans l’arène, fait quelques pas, trébuche maladroitement. Le crépitement des rires emplit l’espace. Robert est heureux, son envie d’ailleurs à disparu.

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