© Romaric Cazaux
Ce matin, Romain s’est levé de bonne heure. Avec la boule au ventre. Un mélange d’anxiété et d’excitation qui lui a fait ouvrir les yeux plus tôt que de coutume. 7h10. Son rendez-vous était prévu à 11h. Ne surtout pas se rendormir, ne pas se laisser submerger par le sommeil. Il voulait faire bonne impression pour ce premier rendez-vous. Il sait que s’il se rendort, son visage aura l’air froissée, chiffonné. Hors de question pour lui d’avoir l’air négligé. Ce n’était pas dans ses habitudes.
Romain a le souci du détail, du raffinement et de l’élégance vestimentaire. Ses amis se moquaient assez de sa manière de se vêtir, de ses afféteries de dandy intemporel. Ils l’avaient d’ailleurs averti avant son rendez-vous : surtout n’en fait pas trop, ne sois pas trop intimidant avec tes costumes trois pièces et tes chapeaux. Avoir l’air abordable, pas trop original, voilà à quoi il devait arriver.
Il avait le temps pour se préparer, pour choisir soigneusement ce qu’il allait porter. Romain avait attendu longtemps ce premier rendez-vous. Un rendez-vous qui pouvait changer sa vie. En tout cas, c’est ce que Romain espérait. Un café et une longue douche pour finir de le réveiller. Rasé de près, sobrement parfumé, Romain se dirigea vers son imposante penderie. Résister au veston, penser à plus de simplicité.
La fébrilité commençait à le gagner. Rencontrer quelqu’un pour la première fois n’avait jamais été évident pour lui. Sa timidité passait pour de la distance, de l’arrogance parfois. Pour éviter de trop se dévoiler, il se lançait dans des sujets pointus comme la peinture française du 18ème siècle, le sujet de sa thèse. La conversation tournait rapidement court, la personne en face sombrait peu à peu dans l’ennui.
Le temps passait rapidement. Déjà 10h ! Vite, il fallait se décider. Une chemise, un pull, un jean noir, il ne pouvait pas faire plus abordable ! Son long imper bleu roi, un peu militaire, avec un chapeau à bords courts dans la même teinte. Sa seule fantaisie serait ses gants à clous. Son originalité devait bien apparaître quelque part !
Il fallait se décider à partir, rejoindre le RER, descendre à Versailles Rive Gauche, traverser les jardins tant aimés pour rejoindre le bureau de la conservatrice en chef des peintures du château. « Allez Romain, il faut que tu décroches ce boulot ! Le boulot de tes rêves ! »



Snow storm-Steam boat off a Harbour’s mouth
Regulus











©Romaric Cazaux



