
Après avoir lu « Accordez-moi cette valse » de Zelda Fitzgerald , je me suis penchée sur « Tendre et la nuit » où Francis Scott évoque sa vie de couple.
Dans la première partie de « Tendre est la nuit », nous suivons une jeune actrice du nom de Rosemary. Elle est en vacances sur la Riviera avec sa mère. Rapidement, elle se lie d’amitié avec Dick et Nicole Diver. Le couple possède une maison sur la côté d’Azur où il attire tous leurs amis pour l’été. Le couple polarise tous les regards et symbolise totalement les années folles. « Chez les Diver, l’horaire de chaque journée avait été conçu, comme dans les civilisations les plus anciennes, pour profiter au maximum de tout ce qui s’offrait et savourer pleinement le passage d’une activité à une autre. « Les Diver sont un tourbillon étincelant qui entraînent tous les autres à leur suite. Ils semblent perpétuellement inspirés, fourmillant d’idées pour amuser et distraire leur suite. La jeune Rosemary Hoyt ne peut que succomber au charme du couple et surtout à celui de Dick : « Quant à Dick Diver – ah ! c’était la perfection même. Elle l’admirait en silence. Un teint délicatement roux, hâlé par le grand air, des cheveux coupés court, qui avaient la même couleur – et qu’on retrouvait, en toison légère, sur les mains et les bras. Des yeux d’un bleu intense, presque blessant. Un nez plutôt pointu. On savait toujours à coup sûr qui il regardait et à qui il parlait – marque d’attention particulièrement flatteuse, car qui vous regarde vraiment ? » Rosemary va suivre le couple jusqu’à Paris où elle va commencer à pressentir la fêlure derrière le couple parfait.
La deuxième partie du roman va nous révéler cette faille chez les Diver, tandis que la troisième nous montrera le délitement du couple. Comme ce roman est en partie autobiographique, on se doute assez vite que Nicole a des soucis d’ordre psychologique. Dick est un jeune psychiatre lorsqu’il rencontre Nicole. Il fait l’erreur de penser qu’il peut la sauver en l’épousant. Il y dépense beaucoup d’énergie, il tente par tous les moyens de distraire sa femme. C’est pour cela que les Diver passent leur temps à voyager d’un endroit à un autre. C’est pour cela aussi, qu’ils sont sans cesse entourés d’amis, de pique-assiettes. Mais cette multitude de mondanités monte rapidement à la tête de Dick qui tourne en rond et ne peut s’accomplir. La douleur de Dick est déchirante, il sent qu’il gâche sa carrière et qu’il n’arrive plus à aider Nicole. Dick, c’est bien entendu le double de Francis Scott et sa douleur est la sienne. On l’imagine perdu, impuissant face à la détresse de Zelda. Le désespoir de cet homme est terriblement poignant.
Ce qui fait également la grande force des livres de FS Fitzgerald est son style. Le ton du roman s’assombrit au fur et à mesure des différentes parties. On passe d’une humeur légère, brillante au début à une mélancolie de plus en plus marquée. Comme dans « Gatsby le magnifique », les années du couple Diver se couvrent d’amertume. L’indépendance voulue par Nicole est décrite de manière poignante : « Elle se battit sauvagement, courageusement, avec tous les vieux débris de faïence, de cartons, de bouteilles, tous les emballages devenus inutiles des affronts, des erreurs, des péchés qu’elle avait expiés. En l’espace de deux minutes, elle affermit définitivement son triomphe, se disculpa vis-à-vis d’elle-même, sans mensonges ni faux-fuyants, coupa elle-même, à jamais, le cordon ombilical. Puis, les jambes tremblantes, sanglotant sans bruit, elle regagna cette maison, qui lui appartenait enfin. » Toute la complexité de l’âme et ses revirements sont décrits dans cette phrase. FS Fitzgerald a l’art de décrire les affects de manière poétique.
« Tendre est la nuit » est la confirmation de l’immense admiration que je porte à Francis Scott Fitzgerald. J’avais beaucoup aimé « Accordez-moi cette valse » qui était très touchant. Mais il est bien évident que le talent du mari est inégalable. Son style musical, mélancolique emporte le lecteur. L’analyse psychologique des personnages, l’intelligence de la construction sont les marques d’un grand écrivain. Je vous préviens, une fois commencé « Tendre est la nuit », vous ne voudrez plus le lâcher et Francis Scott Fitzgerald entrera dans votre panthéon d’auteurs favoris.







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