La servante écarlate de Margaret Atwood

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Depuis la fondation de la république de Gilead, Defred est au service du Commandant et de son épouse. Elle est une servante écarlate, une femme fertile qui doit permettre à ce couple d’avoir un enfant. Suite à une catastrophe, le taux des naissances est en chute libre. La république de Gilead a donc pris les femmes les plus fertiles, les a formées pour qu’elles deviennent des esclaves sexuelles au service des familles les plus importantes. Leur formation s’apparente à un lavage de cerveau pour les rendre dociles et leur faire oublier leurs vies d’avant. Les servantes écarlates doivent oublier jusqu’à leur propre nom. « Je ne m’appelle pas Defred, j’ai un autre nom dont personne ne se sert maintenant parce que c’est interdit. Je me dis que ça n’a pas d’importance un prénom, c’est comme son propre numéro de téléphone, cela ne sert qu’aux autres. Mais ce que je me dis est faux, cela a de l’importance. Je garde le savoir de ce nom comme quelque chose de caché, un trésor que je reviendrai déterrer, un jour. Je pense à ce nom comme à quelque chose qui serait enfoui. Ce nom a une aura, comme une amulette, un talisman qui a survécu à un passé si lointain qu’on ne peut l’imaginer. » Le passé de Defred ne cesse de la hanter, pourra-t-elle continuer à tenir son rang alors qu’elle ne rêve que de s’en échapper ?

« La servante écarlate » a été publiée pour la première fois en 1985. La série de Bruce Miller a permis au roman de Margaret Atwood de connaître un succès planétaire. Il est même devenu un manifeste anti-Trump contre la misogynie du président des Etats-Unis et contre les menaces qui planent sur les droits des femmes. Il était donc grand temps que je découvre ce roman de Margaret Atwood dont j’apprécie beaucoup le travail.

Le roman de Margaret Atwood est souvent comparé à « 1984 » de George Orwell. Les deux romans sont en effet des dystopies qui montrent un régime totalitaire. Les deux ont également en commun le fait de montrer une situation plausible, un futur sombre qui pourrait bien advenir. Margaret Atwood souligne d’ailleurs dans la postface du livre qu’elle n’a souhaité mettre dans son livre que ce que l’humanité avait déjà fait à travers l’histoire. « Je ne voulais pas me voir accusée de sombres inventions tordues, ou d’exagérer l’aptitude humaine à se comporter de façon déplorable. » Et c’est sans aucun doute cette véracité qui rend « La servante écarlate » si glaçant.

Le récit de Defred se fait à la première personne du singulier, elle nous raconte son quotidien monotone, paranoïaque puisqu’elle ne peut faire confiance à personne. Durant son récit, elle repense à sa vie d’avant, celle où elle avait un mari et une petite fille. Elle nous explique comment la république de Gilead s’est peu à peu mise en place, comment des fanatiques religieux ont pis le pouvoir. Et comme tout pouvoir totalitaire et religieux, la république s’en prend aux femmes en leur supprimant leurs comptes en banque, leurs possibilités de travailler, d’aller à l’école. L’étape suivante est de faire de certaines d’entre elles des instruments de procréation pour les dignitaires du régime. Une oppression contre les femmes qui est malheureusement toujours d’actualité dans les zones de conflit. Et même dans les démocraties, on sait que les droits des femmes sont toujours fragiles, sans cesse menacés. Il n’est donc pas étonnant que le livre de Margaret Atwood et la série qui en a été tiré connaissent un succès aussi important.

« La servante écarlate » est une dystopie qui fait froid dans le dos tant le récit en est plausible. Un livre qu’il est nécessaire de lire afin de ne pas oublier qu’il est important de défendre nos droits et nos libertés.

Sombres citrouilles de Malika Ferdjoukh

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Aujourd’hui 31 octobre, c’est l’anniversaire de Papigrand. Comme chaque année, la famille Coudrier se réunit pour fêter l’événement dans la propriété familiale de la Collinière. Hermès attend avec impatience l’arrivée de sa cousine Madeleine dont il est amoureux. En attendant son arrivée, Hermès et ses cousins Colin-Six ans, Annette et Violette sont chargés d’aller chercher des potirons au potager pour les voisins américains de Mamigrand et Papigrand. C’est là qu’ils font une découverte macabre. Un homme gît sur la terre du potager. Après vérification, l’individu est mort, il y a du sang sur lui. C’est alors que sonne la cloche du déjeuner et que Hermès prend une décision surprenante : celle de cacher le corps du défunt. « Oui, sans cette foutue cloche, j’en suis certain, sans elle, les choses auraient été moins tortues, j’aurais moins réfléchi, je n’aurais jamais soufflé aux petits : -Allez ! on le planque…Faut pas qu’on le trouve. »

Il est toujours plaisant de lire des livres en adéquation avec la période de l’année mais si j’y parviens rarement. « Sombres citrouilles » de Malika Ferdjoukh tombait donc à point nommé en cette semaine d’Halloween. Le récit se fait exclusivement par le biais des enfants. Chaque enfant se succède pour raconter son histoire et ce qu’il voit. Chacun a des préoccupations de son âge : les adolescents Hermès et Madeleine sont amoureux mais cette dernière ne l’est pas de son cousin, Violette prend soin de sa jumelle Annette qui a un léger handicap, Colin-Six ans tente d’apprivoiser et de soigner un renard blessé par les chasseurs du village. Malgré ces préoccupations de leurs âges, les enfants ne ratent rien de ce qui se passe autour d’eux. Ils observent avec acuité les adultes, c’est ainsi qu’ils voient la professeure de musique des jumelles se rhabiller dans le jardin ou un inconnu venu faire chanter Papigrand. Des choses étranges qui viennent compléter un environnement déroutant pour les enfants : l’oncle Dimitri qui s’est étrangement noyé, tante Edith qui vit recluse dans une petite maison au fond du jardin, l’accident de voiture qui a cloué Papigrand dans un fauteuil-roulant. Halloween sera l’occasion de faire tomber les masques, de révéler aux enfants les failles et les faiblesses des adultes qui les entourent.

Le ton du début du roman est à l’image d’une des références qui l’ont inspiré, « Mais qui a tué Harry ? » d’Alfred Hitchcock : le ton est léger, la découverte du corps est plus ennuyeuse qu’effrayante pour les enfants. Mais plus on avance dans la lecture et plus la réalité se révèle sombre et inquiétante. C’est d’ailleurs l’un des intérêts du roman de nous faire passer de la légèreté à la gravité. Les personnages des enfants sont également bien construits, ils sont tous très attachants. Enfin, Malika Ferdjoukh glisse de nombreuses références qui pourront combler son public adulte : Jacques Becker, Fred Astaire, Michael Powell, Sacha Guitry, Ed McBain.

Encore une fois, j’ai eu grand plaisir à retrouver la plume de Malika Ferdjoukh qui a l’art de s’adresser aussi bien aux enfants qu’aux adultes et de nous faire frémir avec ses « Sombres citrouilles ».

Bilan livresque et cinéma d’octobre

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Le froid nous saisit, c’est le moment rêvé pour filer sous la couette avec un bon livre et un thé bien chaud ! J’en ai lu quatre ce mois-ci : le formidable premier roman de Adeline Dieudonné, le très bel hommage de Vanessa Schneider à sa cousine Maria, le dernier roman de Maylis de Kerangal qui m’a malheureusement déçue et je poursuis ma lecture de l’ensemble des Rougon-Macquart dans l’ordre avec « Germinal ». J’ai également pu lire deux bande-dessinées dont je n’ai pas eu l’occasion de vous parler : l’excellente adaptation de « Profession du père » de Sorj Chalandon par Sébastien Gnaedig et « Gramercy Park » de Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux dont j’ai beaucoup apprécié le dessin.

Un excellent mois au niveau du cinéma avec des films de grande qualité dont trois coups de cœur :

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Jacques débarque sans prévenir, en peignoir et claquettes, dans la communauté Emmaüs dirigée par sa sœur Monique. Toute sa vie, il a rêvé d’être immensément riche. Il admire Bill Gates et Bernard Tapie. Et cette fois, il en est sûr, il a trouvé l’idée qui va lui permettre d’accéder à son rêve. Il veut rendre beaux les plus pauvres et il veut leur proposer une chirurgie esthétique low-cost. Monique essaie de canaliser son frère tout en ne le contrariant pas. Quel plaisir de replonger dans l’univers de Kervern et Delépine ! Entre Groland et les Deschiens, ces deux-là s’intéressent toujours aux déclassés, aux cabossés du libéralisme qui broie sans vergogne les plus faibles, les plus tendres. La communauté Emmaüs du film existe vraiment et montre une alternative à notre consumérisme effréné. C’est toujours avec beaucoup de tendresse, d’humanisme que les réalisateurs posent leur regard sur les autres. Même sur Jacques, qui incarne tout ce qu’ils détestent, mais qui est au fond perdu, un peu idiot. Yolande Moreau et Jean Dujardin sont excellents chacun dans leurs rôles, elle en grande sœur lunaire et lui battant pathétique. C’est foutraque, extrêmement drôle et d’une grande humanité.

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La femme d’Olivier quitte son foyer sans laisser aucune trace, aucune explication. Olivier, contremaître dans une usine, se retrouve seul face à ses deux enfants. Il doit apprendre à gérer son travail, les contraintes liées aux emplois du temps des enfants tout en cherchant sa femme. Perdu, débordé, Olivier peine à tout concilier et cherche l’aide temporaire de sa mère ou de sa sœur. Le film de Guillaume Senez est formidablement sensible et subtil. Il réussit à capturer les deux pans de la vie d’Olivier : son quotidien au travail et celui auprès de ses enfants. Le film est à la fois un film social (le début parle du suicide d’un employé près à être licencié en raison de son âge) et un film intime (la reconstruction de la famille après la disparition de la mère). Romain Duris est Olivier, son interprétation est magistrale de vérité, de profondeur et de sensibilité. Le comédien a également de très belles scènes avec Laëtitia Dosch, toujours aussi fantasque et confondante de naturel. « Nos batailles » est au plus près des combats quotidiens d’Olivier, de sa fatigue, de la grisaille de son travail à l’usine, de sa volonté de ne pas s’écrouler pour ses enfants. Une belle chronique sur un homme attachant et émouvant.

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Lara, 15 ans, veut devenir danseuse étoile. Elle souhaite intégrer une école à Bruxelles qui la prend à l’essai. Lara a en effet beaucoup de retard par rapport aux autres danseuses. Sa technique est excellente mais Lara débute sur les pointes. Elle est en effet née garçon et c’est dans ce genre qu’elle a appris à danser. Il lui faut donc travailler dur, très dur pour être à la hauteur de ses camarades. Dans le même temps, Lara commence un traitement hormonal préalable à l’opération qui fera d’elle une femme à part entière. Mais son corps tiendra-t-il le coup ? « Girl » est le premier film de Lukas Dhont et il est bluffant de maîtrise et d’une force incroyable. Le personnage de Lara est de ceux que l’on oublie pas. Le réalisateur ne la lâche pas. Elle est d’une ténacité, d’une détermination folles. Et d’une terrible impatience malgré un père bienveillant qui l’accompagne à chaque étape de sa transformation. Ce que montre Lukas Dhont c’est un corps souffrant, un corps indésirable que Lara combat avec violence. Elle semble totalement prisonnière de cette identité qui ne lui correspond pas. Ce corps, ce visage angélique et mutique, sont ceux de Victor Polster. Sa performance est proprement extraordinaire. Il se donne corps et âme à ce rôle, épousant les douleurs, les doutes, les espoirs de Lara. Un film à voir absolument.

Et sinon :

  • « Le grand bain » de Gilles Lellouche : Bertrand fait une dépression depuis plusieurs années. Il se fait embaucher par son  exécrable beau-frère comme vendeur de meubles. Pour se changer les idées, il s’inscrit à un club de natation synchronisée pour hommes. Il y retrouve une bande de quadra-quinquagénaires aussi en difficulté que lui : Simon qui travaille dans une cantine le jour et fait des concerts de hard-rock le soir dans des salles des fêtes, Thierry est un gardien de piscine lunaire et moqué, Marcus est au bord de la faillite, Laurent vient de se faire larguer par sa femme. Leur entraîneuse n’est pas tellement mieux, c’est une ancienne alcoolique qui vit dans le passé. La petite troupe décide pourtant de participer aux championnats du monde de natation synchronisée. Le premier film de Gilles Lellouche fait bien entendu penser à « The full monty » version natation synchronisée. On y retrouve des hommes au bout du rouleau qui sont loin d’être des sex-symbols et qui vont se transcender dans une activité qui sort de l’ordinaire. Ce sont des hommes fragiles, conscients de leurs faiblesses et qui n’ont plus peur de l’avouer. Ensemble, ils relèvent la tête et c’est cette solidarité qui est mise en avant. Gilles Lellouche allie dans son film les scènes de groupe et les scènes intimes ce qui rend particulièrement touchants ces personnages. Bien entendu, il y a également beaucoup d’humour et des dialogues particulièrement bien écrits qui font mouche. Le casting est irréprochable, tous les acteurs sont particulièrement bien choisis et tous jouent leurs partitions à merveille. Une comédie française comme on aimerait en voir plus souvent.

 

  • « Dilili à Paris » de Michel Ocelot : Dilili est venue de Nouvelle Calédonie pour être exposée aux yeux des parisiens dans un village indigène reconstitué. Fort heureusement pour elle, elle fit la rencontre d’une comtesse durant le voyage qui la prend sous son aile. C’est habillée comme une jolie poupée avec dentelles et nœuds qu’elle part visiter Paris. Elle le fait à bord du triporteur du bel Orel. A travers son voyage, Dilili rencontre les personnages les plus brillants de l’époque : Marie Curie, Louise Michel ( qui fut son institutrice en Nouvelle Calédonie), la cantatrice Emma Calvé, Toulouse-Lautrec, Marcel Proust, Matisse, Suzanne Valadon, Erik Satie, Louis Pasteur, etc… Mais les trajets dans la capitale française ne sont pas que joyeux car des jeunes filles sont enlevées. On soupçonne une secte, les Mâles-Maîtres, d’être derrière ces rapts. Dilili et Orel deviennent enquêteurs. Encore une fois, Michel Ocelot nous émerveille. Il mêle dans « Dilili à Paris » des photographies de Paris à ses dessins. Le résultat est surprenant, le Paris 1900 semble revivre devant nos yeux. Michel Ocelot semble s’être beaucoup amusé en composant sa galerie de personnages célèbres. Dilili est heureuse de les rencontrer et pourra probablement éveiller la curiosité des jeunes spectateurs qui assisteront à ses aventures. Mais le film n’est pas qu’une simple carte postale. L’enquête, qui fait penser à Gaston Leroux et Maurice Leblanc, est bien menée et elle se double de propos féministes. De quoi ravir les petits comme les grands.

 

  • « L’amour flou » de Romane Bohringer et Philippe Rebbot : Romane Bohringer et Philippe Rebbot ont décidé de se séparer. Il ne s’aime plus assez pour continuer à partager leur quotidien. Mais comment faire pour que leurs deux enfants n’en pâtissent pas ? C’est Romane qui trouve la solution : un grand appartement séparé en deux avec une pièce centrale qui communique avec les deux parties : la chambre des enfants. Mais comment refaire sa vie quand son ex habite juste à côté ? Les deux acteurs racontent, à travers ce film, leur véritable séparation, on y croise d’ailleurs leurs familles respectives. Mais l’autofiction se mélange à l’imagination comme le personnage de Reda Kateb, amoureux fou de sa chienne et qui lui parle comme à un enfant. « L’amour flou » est à l’image du couple : fantasque, bohème, drôle et surtout plein de tendresse. Et c’est toujours un plaisir de voir la silhouette dégingandée et lunaire de Philippe Rebbot !

 

  • « Frères ennemis » de David Oelhoffen : Imrane et Manuel font du trafic de drogue. Lors d’une sortie de leur cache, Imrane est assassiné en pleine rue. Manuel en réchappe, se planque mais il devient rapidement suspect dans leur cité. Le fait qu’il soit encore en vie ne plaide pas en sa faveur. Une personne va lui proposer son aide : Driss, un policier des stups. Le flic et le voyou ont grandi ensemble dans une cité des Lilas. Ils sont les deux côtés d’une même pièce, peu de choses les séparent. « Frères ennemis » est un bon polar à l’ancienne, sous tension du début à la fin et où l’intime prend une place essentielle dans l’histoire. Les états d’âme de Driss et Manuel, leurs confrontations, leurs souvenirs communs font tout le sel du film de David Oelhoffen. Autre atout majeur : deux acteurs remarquables et intenses Reda Kateb et Matthias Schoenaerts. Leur face-à-face est un grand plaisir cinématographique.

 

  • « The little stranger » de Lenny Abrahamson : Le docteur Faraday est devenu médecin de campagne dans la petite ville qui l’a vue grandir. Il recroise la route de la famille Ayres et leur manoir Hundreds Hall où sa mère fut employée de maison. Fasciné par cet endroit depuis son enfance, il décide tout naturellement de soigner le fils Ayres, revenu gravement blessé de la deuxième guerre mondiale. Hundreds Hall n’abrite plus que Mrs Ayres, sa fille, son fils et une jeune domestique. Le docteur Faraday va découvrir que d’étranges événements se déroulent derrière les murs du manoir. « The little stranger » est adapté d’un roman de Sarah Waters, traduit en français sous le titre « L’indésirable ». L’ambiance est l’atout principal du film. Elle est inquiétante, pesante, gothique au possible ! Domhnall Gleeson est également remarquable, glaçant et presque fantomatique. Les autres acteurs sont très bien, le casting est haut de gamme avec Ruth Wilson et Charlotte Rampling. Mais il s’agit là d’une adaptation un peu lisse, très classique dans sa réalisation, soignée dans les décors et les costumes mais manquant un peu d’épaisseur, de relief.

Tu t’appelais Maria Schneider de Vanessa Schneider

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«  »J’ai eu une belle vie ». Tu as glissé cette phrase comme un doigt fatigué se promène sur une panne de velours avec un sourire doux et le regard envolé vers des souvenirs heureux. » Ses propos, tenus par Maria Schneider à la fin de sa vie, sont le départ de la réflexion de sa cousine Vanessa, journaliste à Libération, à Marianne et aujourd’hui au Monde. Elle s’adresse à la deuxième personne du singulier à sa cousine, son livre est comme lettre ouverte à celle qui a connu beaucoup de désillusions et de mal-être au cours de sa vie. Tout le monde se souvient du scandale lié au « Dernier tango à Paris » de Bernardo Bertolucci, ce film sulfureux qui relança la carrière de Marlon Brando, âgé alors de 50 ans, et qui devait lancer celle de Maria, âgée de 19 ans. Ce ne fut bien évidemment pas le cas. Tout d’abord parce qu’aucun réalisateur ne voulait la faire tourner habillée et parce que Maria fut totalement traumatisée par une scène d’une violence inouïe. Cette dernière, imaginée par Bertolucci et Brando, ne figurait pas dans le scénario, la terreur de Maria Schneider à l’écran n’était en rien simulée. Sa vie bascule totalement après cela dans l’alcool et les drogues dures. Elle fréquente, très jeune, les soirées mondaines et les lieux interlopes aux bras de son père, Daniel Gélin, retrouvé à l’âge adulte. Le cinéma ne lui apporte malheureusement que peu de rôles intéressants mais lui offre de belles amitiés comme celle de Brigitte Bardot ou Alain Delon, tous deux présents jusqu’au bout.

Vanessa, de vingt ans sa cadette, voit sa cousine, tant admirée,  sombrer peu à peu. Maria, rejetée très tôt par sa mère, venait se réfugier chez les parents de Vanessa Schneider. Un couple bohème dont le père, le psychanalyste Michel Schneider, était un maoïste dur. L’évocation du destin tragique de sa cousine, permet à l’auteure de parler de sa famille fantasque aux origines compliquées où « (…) la folie et le malheur ne sont jamais très loin. » Vanessa Schneider évoque avec justesse et lucidité la période des années 70-80, elle parle de sa difficulté à être différente dans la cour de l’école et de son désir de rentrer dans le moule. Dans son roman, elle oscille entre l’intime et un tableau plus large de l’époque. Elle est toujours sur le fil, jamais voyeuriste lorsqu’elle parle de sa cousine dont elle dresse un portrait sensible, émouvant et sincère.

Vanessa Schneider aurait aimé écrire ce livre à quatre mains comme sa cousine en avait émis le souhait. Le projet, resté inabouti, prend aujourd’hui forme sous la belle plume de la journaliste qui rend un magnifique hommage à Maria Schneider, à sa difficulté à vivre, à son destin brisé avec pudeur, lucidité et colère.

 

 

Appelle-moi par ton nom de André Aciman

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« Je ne savais pas de quoi j’avais peur, ni pourquoi j’étais si anxieux, ni pourquoi cette chose qui pouvait si aisément provoquer l’effroi me donnait parfois un sentiment d’espoir, et, comme l’espoir dans les moments les plus sombres m’apportait une telle joie, une joie irréelle, une joie précaire et menacée. Le bond de mon cœur dans ma poitrine quand je le voyais à l’improviste me terrifiait et me grisait à la fois. J’avais peur quand il apparaissait, peur quand il ne se montrait pas, peur quand il me regardait , et encore plus encore quand il ne me regardait pas. Ce tourment finit par m’épuiser, et , certains après-midi brûlants, je m’effondrais et m’assoupissais sur le divan du séjour (…) ».  Elio, l’été de ses 17 ans, fait la connaissance d’Oliver, un jeune enseignant en philosophie. Chaque année, le père d’Elio, brillant professeur, fait venir un jeune universitaire dans sa villa italienne. Oliver est séduisant, décontracté et il plait à toute la famille. Surtout à Elio qui tombe rapidement sous le charme sans savoir si l’attraction est réciproque. Le jeune garçon découvre les affres du désir sous le soleil caressant et sensuel de la côte italienne.

Le roman d’André Aciman a été publié en 2007 et n’existait plus en français. C’est grâce au formidable film de Luca Guadagnino que le livre ressort chez Grasset. J’ai adoré le film et n’est aucunement été déçue par le roman. Rarement un livre aura su aussi subtilement décortiquer la naissance du désir et du sentiment amoureux chez un jeune homme. Elio raconte des années plus tard sa rencontre avec Oliver. Leur histoire d’amour est de celle qui marque une vie, son souvenir brûlant hantera toute leur vie les deux protagonistes. Cette histoire a en effet tout d’une idylle parfaite. Malgré la différence d’âge, les deux hommes sont en parfaite connexion aussi bien physique qu’intellectuelle. Elio est un jeune homme mâture, extrêmement cultivé qui peut discuter d’égal à égal avec le jeune universitaire américain. Le lieu est lui aussi parfaitement idyllique, l’été en Italie, la chaleur, la torpeur, les bains de mer, tout concourt à faire naître la sensualité. Les pages d’André Aciman en sont empruntes, la langue se fait ardente pour décrire les sentiments complexes d’Elio qui fait face à un véritable torrent d’émotions contradictoires et déroutantes. La tension sexuelle entre les deux hommes est palpable, crue sans jamais être vulgaire. Ce désir n’est en effet que le reflet, la transcription physique d’un sentiment amoureux sublime, d’une grande pureté. La grandeur, la beauté de la relation d’Elio et Oliver nous transporte, nous émeut et compte parmi les plus belles histoires d’amour de la littérature.

La sensualité d’un été sur la côté italienne, l’éblouissement de la naissance d’un grand amour, une prose stylisée et audacieuse = un grand coup de cœur pour ce roman dont je conseille très, très chaudement l’adaptation.

Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal

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Au sortir du lycée, Paula cherche sa voie. Elle hésite, glande beaucoup. Et pourtant, c’est avec décision qu’elle choisit d’entrer dans une école de peintures en trompe-l’œil, rue du Métal à Bruxelles. Au grand étonnement de ses parents, Paula prend les choses en main, elle trouve en trois jours un appartement et le colocataire qui va avec ; elle quitte sa famille et ses amis sans se retourner ; elle déménage loin de sa routine douillette. L’apprentissage de la rue du Métal est difficile, âpre, douloureux physiquement. Paula travaille beaucoup, apprend à apprivoiser les souffrances physiques. Elle peint sans relâche et commence à appréhender la matière grâce à son colocataire, Jonas, lui aussi inscrit dans la même école. Leur duo se transforme rapidement en trio avec Kate, une fantasque écossaise. Tous trois doivent faire front face aux critiques qui les traitent de simple copistes et devront questionner ce qu’est la création.

J’avais adoré « Naissance d’une pont » et « Réparer les vivants », à la suite de ces deux lectures, je pensais pouvoir suivre Maylis de Kerangal dans toutes ses aventures littéraires. Malheureusement, je ressors de « Un monde à portée de main » un peu déçue. J’ai pourtant retrouvé dans ce roman la splendide langue de l’auteure, précise, ciselée. Comme dans ces deux précédents romans, elle a choisi d’explorer une technique, celle de la peinture en trompe-l’œil. Son roman est très documenté, Maylis de Kerangal aime à employer le mot juste pour chaque geste, chaque matière. C’est autant un plaisir de la langue qu’une volonté de sonner juste, d’être dans le concret du métier. D’ailleurs, la partie consacrée à l’apprentissage de Paula m’a beaucoup plu. L’excitation du nouvel apprentissage, la quête commune de la perfection sont très bien rendues. La phrase est vibrante, elle nous entraîne dans la fièvre créatrice de Paula et de ses deux compères.

Par la suite, je trouve que l’on perd totalement Paula. Elle disparait sous l’enchaînement des contrats qu’elle doit trouver après l’obtention de son diplôme. La vie quotidienne sur les plateaux de Cinecittà est, par exemple, très détaillée mais Paula devient une silhouette dans toute cette partie. Malheureusement, cela ne s’arrange pas dans la dernière partie. Paula est engagée pour travailler sur le fac-similé de la grotte de Lascaux. Là, l’héroïne disparaît complètement au profit de l’histoire de la grotte, de sa découverte aux fac-similés. Outre le fait que cette histoire est bien connue, qu’apporte-t-elle au récit de Maylis de Kerangal ? A mon sens, rien, elle ne fait que nous éloigner encore un peu plus de Paula. Et c’est fort dommage car l’idée de la peinture en trompe-l’œil posait des questions intéressantes sur la création.

Après deux coups de cœur, j’attendais beaucoup du nouveau roman de Maylis de Kerangal. Même si j’ai lu « Un monde à portée de main » sans déplaisir, je n’ai pas ressenti le même enthousiasme que pour les précédents romans. La langue est là, le sujet est intéressant mais on perd de vue l’héroïne au fur et à mesure de la lecture et le roman perd de son intérêt. Rendez-vous manqué pour cette fois.

Merci à Rakuten et aux matchs littéraires pour cette lecture.

 

La vraie vie de Adeline Dieudonné

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« A la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et de celle des cadavres. » C’est ainsi que débute le récit de la jeune narratrice de dix ans qui vit dans un lotissement morose. Les cadavres, ce sont des animaux tués par le père et qui font sa fierté. La mère est transparente, une amibe, craintive et soumise à un mari régulièrement violent. La narratrice se donne pour mission de préserver son petit frère de ce quotidien sombre. Elle l’emmène dans une décharge de voitures où il s’amusent au volant, chez Monica, une voisine fantasque, qui invente des histoires. Et puis, il y a les premières notes de la valse des fleurs du Casse-noisette de Tchaïkovski, jouées par la camionnette du marchand de glaces. Malheureusement, un accident brutal vient tout remettre en cause. Gilles, qui y assiste avec sa sœur, se renferme, devient taciturne et ne sourit plus. Sa grande sœur voudrait pouvoir revenir en arrière, effacer l’accident pour retrouver le rire de son frère. Elle se plonge alors dans des recherches pour fabriquer une machine à remonter le temps.

« La vraie vie », premier roman d’Adeline Dieudonné, est à la fois un conte et un roman d’apprentissage. Le livre a toutes les caractéristiques des contes cruels : un ogre inquiétant, une forêt mystérieuse, deux enfants perdus qui doivent se débrouiller tout seuls. Le récit de la narratrice ressemble à un cauchemar oppressant. Elle l’imagine ainsi car elle pense pouvoir reprendre le cour de la « vraie vie » grâce à sa machine à remonter le temps et revenir au moment où Gilles riait encore.

Mais « La vraie vie » est aussi un roman d’apprentissage très réaliste. Le rêve de la narratrice va la plonger dans les lois de la physique, elle découvre l’incroyable destin de Marie Curie et elle se met à la vénérer. Elle va commencer à ressentir les prémices de la puberté : un corps qui change et qui la transforme en proie. Mais, il lui fait également ressentir ses premiers émois auprès du voisin, ancien champion de karaté. La narratrice prend conscience également qu’elle peut influer sur le cour de sa vie, qu’elle peut ne pas devenir une amibe comme sa mère. Elle apprend d’ailleurs à mieux connaître cette dernière. Le chemin vers l’âge adulte est pavé d’épreuves, celles que devra subir la narratrice seront terribles. Elle aura à choisir entre la faiblesse ou la force.

« La vraie vie » est un roman noir, très noir. Un conte terrifiant où la tension grandit au fil des pages. Adeline Dieudonné, qui a reçu le prix Fnac, maîtrise parfaitement sa narration et dresse le magnifique portrait d’une enfant pugnace et pleine de ressources. Un premier roman fort et original.

Sous les branches de l’udala de Chinelo Okparanta

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1968, le Biafra, jeune république, est en guerre contre le Nigéria. Ijeoma a alors onze ans et elle perd son père dans un bombardement. Sa mère, perturbée par ce décès et sans ressource, décide d’envoyer sa fille chez un couple d’amis. Elle y restera tant que sa mère n’aura pas trouvé un moyen de les faire vivre toutes les deux. Le couple fait d’Ijeoma leur domestique en échange du paiement de ses futures études. Alors qu’elle va faire le marché, elle croise la route d’une autre jeune fille, Amina, qui semble également sans famille. Ijeoma réussit à convaincre sa famille d’accueil d’héberger Amina pour qu’elle l’aide dans ses tâches quotidiennes. Rapidement, l’amitié des jeunes filles se transforment en une attirance beaucoup plus sensuelle. Mais au Biafra, dans les années 70, l’homosexualité est interdite. La mère d’Ijeoma vient la récupérer et décide chaque jour de la bombarder de passages de la Bible pour la purifier et la remettre dans le droit chemin.

Chinelo Okparanta a décidé d’écrire ce roman suite à la loi du 7/01/2014 au Nigéria qui criminalise les relations entre personnes du même sexe, ainsi que le soutien apporté à ce genre de relations, rendant de tels actes passibles de peines de prison. Elle explique également, à la fin de son livre, que dans certains états, la lapidation est prévue. Son roman est bien évidemment une mise en lumière des personnes LGBT et de leurs conditions de vie qui sont très loin de s’améliorer dans certains pays. Il faut dire que le Nigéria est l’un des pays les plus religieux. Durant la guerre du Biafra, deux ethnies s’affrontent : les Haoussa qui sont musulmans et les Igbo qui sont catholiques. Les deux religions sont au moins d’accord sur un point : le bannissement (voire le meurtre comme le montre l’une des scènes bouleversantes du roman). des personnes homosexuelles. Ijeoma et Amina sont chacune d’une ethnie et d’une religion différentes. La difficulté n’en est que plus grande de s’aimer.

« Sous les branches de l’udala » est un roman d’apprentissage, on suit Ijeoma de 1968 à 2014. Son parcours est douloureux, brutal mais jamais elle ne se renie, toujours elle gardera au fond de son cœur l’image d’Amina. Malgré la violence de ce qui se joue, Chinelo Okparanta nous raconte son histoire avec une écriture extrêmement fluide et elle arrive à tirer son histoire vers la lumière et l’espoir. A aucun moment, l’auteure ne juge ceux qui rejette Ijeoma. Il n’y a aucune haine, aucun ressentiment dans les pages de « Sous les branches de l’udala ».

Dans son premier roman, Chinelo Okparanta prête sa plume et ses mots au combat des personnes LGBT du Nigéria. Avec limpidité et force, elle nous emporte et nous rend ses personnages extrêmement touchants. Une nouvelle écrivaine à suivre.

Merci aux éditions Belfond pour cette découverte.

Avec toutes mes sympathies de Olivia de Lamberterie

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J’ai toujours trouvé courageux les critiques littéraires qui se lançaient dans l’écriture d’un livre. Il n’est jamais évident de se retrouver de l’autre côté du miroir. Ça l’est d’autant moins lorsque l’on écrit un livre aussi personnel que « Avec toutes mes sympathies ». Olivia de Lamberterie a ressenti la nécessité de prendre la plume suite au suicide de son frère cadet Alexandre en 2015 à Montréal où il vivait avec sa femme et ses enfants.

La douleur et l’incompréhension ne diminuant pas, Olivia de Lamberterie tente de comprendre le geste de son frère et lui rend un hommage vibrant. Alexandre était un homme flamboyant, surprenant, drôle. Sa vie semblait une parfaite réussite sur le plan personnel et professionnel. Mais Olivia de Lamberterie explique que dans leur famille, les émotions et les sentiments ne s’expriment pas au grand jour. Il faut se créer une carapace de politesse à présenter aux autres. Au fil du temps, cette façade se fissure et la mélancolie gagne du terrain. L’auteure est également menacée par la dépression dont elle réussit à sortir. Pourquoi Alexandre n’a-t-il pas connu le même sort ? Quelqu’un, quelque chose aurait-il pu le retenir ? « Et là, c’est à moi de crever le mystère. J’écris pour chérir mon frère mort. J’écris pour imprimer sur une page blanche son sourire lumineux et son dernier cri. Pour dire ce crime dont il est à la fois la victime et le coupable. A moins que nous ne soyons tous coupables, nous qui n’avons pas su l’empêcher, ou tous victimes, nous qui ne vivrons plus qu’à demi. Mais je ne crois pas qu’on empêche les gars de son espèce désespérée de se suicider. Est-ce un service à leur rendre ? C’est une vraie putain de question. » 

Mais le livre de Olivia de Lamberterie n’est pas un tombeau. Malgré l’absence terrible, le récit est lumineux parce qu’Alexandre l’était. L’auteure veut inventer une « manière joyeuse d’être triste ». Elle crée de nouveaux rituels pour cette vie sans son frère comme ce premier Noël après son suicide où tout le monde se déguise car il adorait ça. La douleur vive ne doit pas empêcher la joie, garder Alexandre vivant en soi ne doit pas empêcher de savourer la vie. « Pour le première fois depuis le 14 octobre, j’éprouve le sentiment que la douleur logée à jamais dans nos organes est capable aussi de teinter la joie retrouvée d’une intensité inédite. Nous rions aux étoiles, nous dansons, le vertige est proche, mais nous sommes debout parmi les debout. Nous ne sommes plus tristes à en mourir, juste tristes, à en vivre. On s’habitue au couteau planté dans les tripes. »  La dernière phrase du livre, que je vous laisse découvrir, éclaire le lecteur d’espoir et de réconfort.

« Où es-tu, mon frère » scande Olivia de Lamberterie durant son récit. Il est là entre les pages du livre, dans chaque mot choisi avec une grande justesse ;  Olivia de Lamberterie le fait revivre, le partage avec ses lecteurs. Émouvant, délicat, drôle, « Avec toutes mes sympathies » réussit à nous faire passer par de nombreuses émotions et nous touche infiniment.

Merci aux éditions Stock pour cette lecture.

Bilan livresque et cinéma de septembre

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Et voilà, le mois de septembre a déjà cédé sa place à octobre. Le mois américain aura passé bien vite et je n’ai bien entendu pas réussi à lire tous les titres de ma liste de départ ! J’ai quand même publié onze billets dont la plupart était signée d’auteurs présents au festival America. Sans le vouloir, j’ai lu des romans sur des thématiques proches : « Un autre Brooklyn » et « Le cœur battant de nos mères » sur des adolescentes ayant perdu leurs mères, « Le poids de la neige » et « Les sables de l’Armagosa »qui sont des dystopies ayant comme point de départ un problème climatique, « Attachement féroce » et « Une femme qui fuit » font le portrait de mère ou de grand-mère aux caractères bien trempés. J’ai également croisé la route du chenapan Tom Sawyer, des touchants frères Sisters, de la première bombe platine d’Hollywood et d’un couple fusionnel qui tient grâce aux mensonges. Je remercie tous les participants au mois américain pour vos nombreuses lectures et votre enthousiasme qui perdure d’année en année.

Je n’ai malheureusement pas eu le temps de vous parler de la formidable « Servante écarlate » de Margaret Atwood que j’ai enfin découvert. Le mois de septembre fut également l’occasion de continuer mes découvertes de la rentrée littéraire avec deux titres dont je vous parle très vite : « Avec toutes mes sympathies » de Olivia de Lamberterie et « Sous les branches de l’udala » de Chinelo Okparanta. Et pour changer de l’Amérique, je suis allée faire un tour en Écosse avec la facétieuse Astrid Bromure, une BD pour enfant absolument charmante et drôle.

Et côté cinéma ?

Mes coups de cœur du mois :

 

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En Oregon, en 1851, les frères Sisters sont des tueurs qui travaillent pour le Commodore . Leu prochaine mission va les emmener en Californie pour y retrouver un chercheur d’or : Hermann Kermit Warm. Ce dernier est déjà surveillé par un émissaire du Commodore, Henry Morris. Jacques Audiard a eu l’excellente idée d’adapter le roman de Patrick DeWitt qui lui permet encore une fois de mettre à l’honneur des relations entre hommes. Ici, deux tandems d’hommes, deux formes de fraternité sont au centre du film. Eli, le mélancolique, qui veut changer de vie, se dispute avec son frère Charlie, le plus violent des deux. Malgré cet antagonisme, les deux frères sont inséparables comme le sont devenus Warm, le scientifique, et Morris, le détective privé. Rencontrés grâce aux hasards de la vie, ces deux-là ne se quitteront plus. Le casting est absolument remarquable, les acteurs collent parfaitement à leurs rôles respectifs : John C. Reilly qui trouve enfin un rôle à la mesure de son talent, Joaquin Phoenix, Riz Ahmed et Jake Gyllenhaal. Comme le roman éponyme, « Les frères Sisters » est un hommage au western réussi, emprunt de mélancolie et d’un beau sentiment de fraternité.

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Mme de la Pommeraye est une jeune veuve qui se réjouit d’en avoir fini avec l’amour. Elle vit retirée dans son château et c’est chez elle que le marquis des Arcis vient la courtiser. Galant homme, séducteur patenté, le marquis prend son mal en patience et ne baisse pas les bras face aux rebuffades de Mme de la Pommeraye. Sa pugnacité sera récompensée, la jeune femme finit par lui céder. Leurs amours durent quelques années mais l’inconstant marquis finit par reprendre sa liberté. Mais Mme de la Pommeraye ne compte pas en rester là. L’intrigue du dernier film d’Emmanuel Mouret est tiré d’un passage de « Jacques le fataliste ». Le réalisateur a toujours adoré les films bavards, très dialogués. La langue du XVIIIème siècle , aux dialogues ciselés, lui va comme un gant. Elle convient également parfaitement au fantasque Edouard Baer qui l’utilise avec un naturel confondant. Cécile de France fait montre d’une extrême subtilité dans son jeu. La réalisation, les cadrages sont d’une grande élégance. « Mademoiselle de Joncquières » est sans aucun doute le film le plus abouti d’Emmanuel Mouret ».

Et sinon :

  • « Guy » de Alex Lutz : Ce faux documentaire est la bonne surprise du mois. Un jeune homme décide de faire un documentaire sur Guy Jamet, une ancienne vedette de la chanson dans les années 70-80. La mère du jeune homme lui aurait avoué que Guy Jamet était son père. Le chanteur tente de faire un retour sur scène avec une tournée et toute une série d’interviews. L’incarnation d’Alex Lutz est en tout point parfaite, les cinq heures de maquillage ne font pas tout. L’acteur-réalisateur incarne, donne vie à ce personnage par des attitudes, une démarche, des intonations qui rendent son personnage parfaitement crédible. A l’appui de cette interprétation, il y a tout le décorum autour du personnage : les chansons, les clips, les pochettes de disques, aucune fausse note n’est à relever. Tout nous replonge dans la variété des années 70-80. Mais ce faux documentaire n’est pas là pour railler ce chanteur ringard sur le retour. Il y a beaucoup d’empathie, de tendresse dans le regard qui est porté sur lui. Guy Jamet lui-même est bien conscient qu’il est à la fin de sa carrière, qu’il ne retrouvera pas sa gloire passée et il en ressort une jolie mélancolie.
  • « The guilty » de Gustav Möller : Un policier est au standard de police secours. Il reçoit l’appel d’une femme qui semble en détresse et qui semble ne pas pouvoir s’exprimer librement. Rapidement, le policier comprend que la jeune femme a été kidnappée et que ses enfants sont restés seuls chez elle. Le policier, qui devait arrêter son service, refuse de quitter son poste et prend les choses beaucoup trop à cœur. Ce premier film est un huis clos, on ne quitte pas le centre d’appel de la police danoise. Le thriller ne naît que des appels de la jeune femme et de l’angoisse qui naît chez le policier. Le suspens grimpe au fur et à mesure des appels qui éclairent petit à petit la situation. Ce tour de force cinématographique est parfaitement mené et le polar fonctionne totalement.