Le temps des grêlons d’Olivier Mak-Bouchard

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C’est dans un parc d’attractions sur le Far West que Peter se rend compte qu’il y a un problème avec les photos. Son amie Gwendo essaie de prendre un indien en photo mais seul le paysage apparaît sur l’écran du téléphone. Rapidement, le problème ne concerne pas que les photos, le présentateur du journal télévisé n’apparaît plus non plus à l’antenne. Le phénomène interroge et il semble que « le nuage » soit tellement saturé de portraits, d’images de personnes que plus rien ne s’y imprime. Pire, des personnes prises en photo ou filmées au XIXème siècle réapparaissent. On les surnomme les grêlons et ils reviennent sur terre par ordre chronologique. Certains sont très attendus comme le grêlon d’Arthur Rimbaud. Mais rapidement, on s’aperçoit que les grêlons sont amorphes, apathiques et ils ne savent plus parler. Que faire d’eux, d’autant plus que leur nombre devient inquiétant ?

L’année dernière, j’avais été totalement envoûtée par le premier roman d’Olivier Mak-Bouchard « Le dit du mistral »  et je n’ai pas été déçue par « Le temps des grêlons ». Même si l’auteur nous plonge à nouveau dans une fable, l’univers de son deuxième roman est totalement différent du premier. « Le temps des grêlons » est un roman dystopique qui critique subtilement un monde où l’image de soi, sa mise en scène domine. Le texte regorge de trouvailles et d’inventions. L’idée de départ ne s’essouffle à aucun moment et elle est parfaitement exploitée du début à la fin.

Le début du roman est léger, le narrateur et ses amis sont encore enfants, leur regard est naïf et amusé par les évènements. La candeur laisse peu à peu la place à la gravité, les enfants grandissent et les temps s’assombrissent. Les trois amis, Peter, Gwendo et Jean-Jean, sont infiniment touchants, j’ai apprécié de les suivre, de les voir évoluer dans ce monde inquiétant et finalement menaçant. Et puis il y a Arthur Rimbaud…mais là je vous laisse découvrir le rôle qu’il occupe dans cette histoire.

Olivier Mak-Bouchard réussit à nouveau à surprendre son lecteur en créant un univers singulier où l’imagination et l’inventivité sont reines. « Le temps des grêlons » m’a transportée et je n’ai qu’une hâte : lire le prochain roman de l’auteur !

Un mois à la campagne de J.L. Carr

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Eté 1920, Tom Birkin vient s’installer dans le village d’Oxgodby dans le Yorkshire pour restaurer une fresque murale de l’église. Une riche habitante a légué à sa mort une somme d’argent pour cette restauration mais également pour la mise au jour d’une tombe datant du Moyen-Âge. Un archéologue, Charles Moon, est déjà sur les lieux et a commencé les recherches. Les deux jeunes hommes sympathisent immédiatement. Un passé traumatique les unie : tous deux sont des rescapés de la 1ère guerre mondiale, Tom en porte les séquelles sur son visage. L’accueil chaleureux des villageois, la plénitude de l’été, la tranquillité des paysages les éloigneront de leurs souvenirs douloureux.

Le texte de J.L. Carr est plein de charme, de délicatesse mais également de mélancolie. Tom écrit sur cet été 1920 cinquante ans après l’avoir vécu. Cette période de sa vie lui apparait comme une parenthèse enchantée où il a pu reprendre goût à la vie. La beauté simple des paysages l’enchante : « Jamais je n’avais eu autant de temps que cet été-là – ce merveilleux été. Jour après jour, la brume se levait au-dessus des près, le ciel pâlissait, les haies, les granges et les bois prenaient forme peu à peu jusqu’au moment où le long dos voûté des collines montait au-dessus de la plaine. C’était magique. » Tout concourt à faire de cet été un moment unique et suspendu. Tom y oublie la guerre mais aussi les fréquentes disputes avec sa femme et leur récente séparation. Un nouveau départ semble possible à Oxgodby où personne ne connaît sa vie mais l’été ne dure jamais.

« Un mois à la campagne » est une lecture délicieuse, propice à la contemplation et qui célèbre ses moments de bonheur passés que l’on aimerait tant retrouver.

Encabanée de Gabrielle Filteau-Chiba

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Anouk décide de quitter Montréal pour s’installer dans une cabane rustique au Kamouraska. « J’ai aimé cet endroit dès que j’y ai trempé les orteils. La rivière et la cabane au creux d’une forêt tranquille. Je pouvais posséder toute une forêt pour le prix d’un appartement en ville ! Toute cette terre, cette eau, ce bois et une cachette secrète pour une si maigre somme…alors j’ai fait le saut. » Dans cette nature sauvage et rude, Anouk apprend les bases de la survie et les tâches quotidiennes occupent tout son temps : couper du bois, faire fondre la neige pour avoir de l’eau, alimenter le feu de cheminée, surveiller les animaux sauvages, etc… Pour les moments de doute, la jeune femme est venue accompagner de quelques livres notamment de poésie. Heureuse de vivre loin du chaos, du brouhaha de la ville, Anouk ne regrette que la présence d’un compagnon à ses côtés.

Gabrielle Filteau-Chiba s’est inspirée de sa propre expérience puisqu’en 2013, elle s’est elle-même encabanée. Le texte est court et se présente comme un journal de bord de sa vie retirée du monde. « Encabanée » est le premier volet d’une trilogie engagée pour la défense de la nature. L’autrice parle du bonheur d’un retour à la frugalité, de la liberté retrouvée, du silence apaisant et la beauté des paysages. « Il y avait aussi ce silence qui laissait place la nuit à la chorale d’animaux sauvages et au bruissement des feuilles de peupliers faux-trembles. Des milliards d’étoiles et un bout de chandelle pour seul éclairage. Les plus belles saisons de ma vie ont commencé ici, à créer en ce lieu un îlot propre à mes valeurs. Simplicité, autonomie, respect de la nature. Le temps de méditer sur ce qui compte vraiment. Le temps que la symphonie des prédateurs la nuit, laisse la place à l’émerveillement. » Gabrielle Filteau-Chiba n’idéalise pas non plus ce qu’elle a vécu. Les difficultés, la rudesse des conditions climatiques ne sont pas occultées dans le texte.

« Encabanée » est le récit d’un retrait du monde, un isolement volontaire au cœur de la nature sauvage. Gabrielle Filteau-Chiba, comme son personnage Anouk, est allée au bout de son engagement écologique et nous fait partager son expérience dans un texte fort et sincère.

Ultramarins de Mariette Navarro

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Elle commande des navires depuis des années. Sa rigueur, son autorité lui ont permis de s’imposer face aux hommes qui composent son équipage. Elle est perpétuellement sur le qui-vive et dans le contrôle. Et pourtant, durant une traversée de l’Atlantique, quelque chose cède, une faiblesse qui lui fait accepter une baignade en plein milieu de l’océan. Ses vingt marins plongent nus dans le bleu profond, une demi-heure qui va bousculer les certitudes, libérer les esprits et les corps mais l’immensité est également source d’inquiétude. « Ils n’auront pas dessiné un filet bien large au milieu de l’océan. Ils n’auront pas nagé plus de 35 minutes. Ils n’auront pas été autre chose que des créatures terrestres qui paniquent dans le bleu. Ils auront vu leur vie résumée dans une vague, espéré le rivage et le réveil. » Le retour des hommes sur le cargo sera accompagné d’évènements étranges.

Le premier roman de Mariette Navarro, poétesse et dramaturge, prend des allures de fable. Il est source de vertige, de perte de repères pour les personnages et pour le lecteur. Les personnages n’ont pas de noms, le mystère qui va s’installer sur le bateau (brume envahissante, un personnage énigmatique, les machines qui ralentissent sans raison) ne sera jamais explicité. L’évènement déstabilisant, perturbateur est la baignade superbement décrite par Mariette Navarro. Tant de sentiments s’y mélangent : la joie pure, le lâcher-prise, la solitude, l’introspection, la panique. Cette parenthèse imprévue va également agir sur la commandante qui n’y participe pourtant pas. Elle l’oblige à plonger en elle-même, à questionner ses choix de vie et ses envies.

« Ultramarins » nous enveloppe d’une douce et lumineuse poésie, nous incitant à ralentir, à nous poser, à faire un pas de côté. Un roman à l’ambiance et à l’écriture envoûtante qui s’amuse à brouiller les pistes. Laissez-vous emporter.

Bilan livresque et cinéma de juin

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Le mois de juin fut placé, comme chaque année, sous le signe de la littérature anglaise. Ce fut à nouveau un grand plaisir d’organiser ce mois anglais aux côtés de Lou et nous remercions chaleureusement les participants. En dehors des lectures dont je vous ai déjà parlées, j’ai eu le plaisir de découvrir deux autrices : Gabrielle Filteau-Chiba avec « Encabanée » et Mariette Navarro avec « Ultramarins. J’ai également pu poursuivre la lecture de la série Blackwater de Michael McDowell, une saga populaire et totalement addictive !

Du côté du cinéma, voici mes deux films préférés :

Nitram

Nitram est un jeune homme décalé, en marge. Il vit toujours avec ses parents qui semblent incapables de gérer leur fils étrange et parfois inquiétant. Instable, il ne trouve pas de travail mais s’improvise parfois jardinier. C’est ainsi qu’il croise la route d’une héritière vieillissante et solitaire qui le prend sous son aile. Tous deux vivent ensemble et nouent un lien bizarre. La mort de l’héritière va faire totalement basculer Nitram dans la folie. 

Justin Kurzel s’est inspiré d’un fait divers réel : en 1996 à Port Arthur, un déséquilibré a tiré sur la foule, tuant 35 personnes et faisant de nombreux blessés. Le film montre le parcours d’un jeune homme lunaire, un peu dérangé qui n’est pas compris et accompagné par sa famille. Nitram semble très seul, pouvant laisser libre court à ses délires. Le film met mal à l’aise, l’ambiance est poisseuse, sombre. Cela est du à la réalisation de Justin Kurzel mais aussi à l’interprétation de Caleb Landry Jones qui avait reçu le prix d’interprétation à Cannes en 2021. Un film glaçant et percutant. 

I am your man

Alma est spécialiste de l’écriture cunéiforme. Pour financer ses recherches, elle accepte de tester pendant trois semaines un androïdes, prénommé Tom, qui doit correspondre à son idéal masculin. Mais Alma n’a pas très envie de jouer le jeu et ne se laisse pas séduire facilement. Les tentatives romantiques, comme un bain à la bougie, de Tom tombent toutes à l’eau. Pourtant, au fil des jours, le robot semble s’adapter au caractère imprévisible, et non programmé, des humains qui l’entourent.

« I’m your man » est une comédie romantique originale et pleine de charme. Maria Schrader a écrit un très beau et sensible portrait de femme, incarnée avec beaucoup de talent par Maren Eggert. Alma est une femme indépendante pour qui le bonheur n’est pas une fin en soi. Le film souligne la complexité de l’être humain, ses aspirations qui vont bien au-delà d’un simple algorithme. Mais il questionne également l’amour, la mémoire, notre insatisfaction perpétuelle. Dan Stevens est impeccable et crédible en androïde. « I’m your man » est un film délicat, profond et qui nous offre de beaux moments de poésie. 

Et sinon :

  • « The duke » de Roger Mitchell : 1961, Kempton Bunton, chauffeur de taxi sexagénaire et militant de gauche, réussit à dérober le portrait du duc de Wellington peint par à Goya et présenté à la National Gallery. Sa revendication pour rendre le tableau : que les personnes âgées ne paient plus de redevance t.v ! Cette comédie est inspirée d’une histoire vraie et le procès de Kempton Bunton fit grand bruit dans la presse. Le personnage est plein d’humour et de fantaisie. Le film de Roger Mitchell met en scène deux grand acteurs britanniques : Helen Mirren et Jim Broadbent, un régal de les regarder évoluer sur grand écran. 

 

  • « Petite fleur » de Santiago Mitre : José est un dessinateur de BD argentin qui s’est installé en France avec sa femme et leur bébé. Il peine à trouver l’inspiration au fin fond du Massif Central. Il fait alors connaissance avec Jean-Claude, leur voisin amateur de jazz. Dandy chaleureux et bavard, il finit par taper sur les nerfs de José qui l’assassine au son du Petite fleur de Sydney Bechet. Le problème, c’est que Jean-Claude réapparait quelques jours après. Santiago Mitre réalise ici une comédie réjouissante, une fable noire et drolatique. L’univers de « Petite fleur » m’a beaucoup fait penser à la fantaisie de Raoul Ruiz. La présence de Melvil Poupaud ne fait que renforcer cette comparaison et sa prestation est extrêmement savoureuse en voisin qui ne meurt jamais. « Petite fleur » est une comédie décalée, absurde et pleine de charme. 

 

  • « Men » de Alex Garland : Harper a loué une maison à la campagne anglaise pour se remettre d’un évènement traumatique. Loin d’être reposantes, ses vacances vont rapidement se transformer en cauchemar. Le village semble être habité par des hommes toxiques, pervers er voyeurs. Harper, qui a été maltraitée par son ancien petit ami, devient une proie. « Men » est un film d’horreur au message politique un peu trop appuyée. Tous les personnages masculins du village sont joués par un seul et même acteur, Rory Kinnear, comme si tous les hommes étaient dangereux et menaçants pour Harper. L’ambiance est de plus en plus angoissante et le film se clôt par une scène hallucinante, digne de David Cronenberg. Même si le film est parfois maladroit, il faut saluer les prestations de ses deux acteurs : Jessie Buckley et Rory Kinnear. 

 

  • « Incroyable mais vrai » de Quentin Dupieux : Marie et Alain deviennent propriétaires d’une maison un peu vieillotte mais qui possède un passage secret aux pouvoirs étonnants. Marie devient rapidement totalement obsédée par ce tunnel alors qu’Alain ne s’y intéresse pas. Comme toujours, Quentin Dupieux a de nouveau réalisé un film absurde er loufoque. Le sommet de « Incroyable mais vrai » réside dans une scène de repas où Maris et Alain reçoivent le patron d’Alain et sa petite amie. Je vous laisse découvrir ce qui sera révélé lors du diner. Le film de Quentin Dupieux questionne la virilité, la peur de vieillir et il est servi par un quatuor d’acteurs qui semble follement s’amuser : Léa Drucker, Anaïs Dumoustier, Alain Chabat et Benoit Magimel. 

Dear reader de Cathy Rentzenbrink

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Dans « Dear reader », Cathy Rentzenbrink revient sur son parcours personnel et professionnel. Elle rend un vibrant et touchant hommage aux livres. Durant toute sa vie, ils furent ses compagnons dans la joie mais aussi dans les drames terribles qui émaillèrent sa vie. Cathy Rentzenbrink nous raconte son parcours de lectrice à autrice. Entre les deux, elle fut longtemps libraire chez Harrod’s, Hatchards, Waterstone puis elle a travaillé dans une association qui tente de démocratiser la lecture (notamment dans les prisons) et a été critique littéraire. Toute la chaine du livre est contenu dans « Dear reader » qui contient de nombreuses anecdotes vécues par l’autrice, drôles, touchantes, triviales aussi.

Les livres sont pour elle, un réconfort, une consolation, une respiration et une formidable ouverture sur le monde. La lecture peut sembler être une activité solitaire, mais « Dear reader » démontre le contraire. Les livres forment un pont entre les personnes : l’échange autour des livres est un bon moyen de rencontrer d’autres passionnés. C’est d’ailleurs ce que Cathy Rentzenbrink  préférait dans son métier de libraire. Son livre est également un très bel hommage à son père et son chemin vers la lecture alors qu’il savait à peine lire et écrire.

Entre chaque chapitre, l’autrice partage des listes de livres autour d’une thématique (les livres pour enfant qu’elle aime relire, les séries, les livres sur les librairies et les libraires, les mères et leurs enfants, les livres sur la lecture, etc…). De quoi faire grossir ma pal qui n’en avait évidemment pas besoin !

J’ai beaucoup apprécié la lecture de ce livre, la sincérité des propos de son autrice et sa passion infinie pour la lecture.

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Mr Loveman de Bernardine Evaristo

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A 74 ans, Barrington Jedidiah Walker a l’élégance et le raffinement des dandys. Natif d’Antigua, il a fait fortune dans les années 60 grâce à un formidable flair dans l’immobilier londonien. Autodidacte, Barry aime les mots et se plait à citer Shakespeare dès qu’il le peut. Il est marié à Carmel, ils sont venus ensemble vivre à Londres. Bigote, Carmel se plaint des virées nocturnes de son mari. Elle le soupçonne depuis des années d’avoir des maîtresses. Barry le jure, il ne l’a jamais trompée avec une autre femme. En fait, depuis sa jeunesse, il vit une belle histoire d’amour avec Morris Courtney. Carmel et Barry ont eu deux filles, aujourd’hui adultes. Notre gentleman caribéen n’a donc plus de raison de rester avec Carmel. Mais comment faire son coming out à 74 ans ?

J’avais eu un gros coup de cœur pour « Fille, femme, autre » publié en 2020 et qui avait obtenu le Booker Prize en 2019. Et je n’ai pas été déçue par la lecture de « Mr Loveman », roman drôle et particulièrement réjouissant. On retrouve dans ce roman, publié en 2013 en Grande-Bretagne, la liberté narrative qui faisait la force de « Fille, femme, autre ». Au centre du roman est Barry, qui a du s’enfermer dans une cage dorée. Son homosexualité, répréhensible en Angleterre jusque dans les années 60, était absolument inavouable à Antigua. Barry et Morris étaient obligés de se marier pour éviter le rejet et la violence de la société. Leur relation sera plus forte et elle est très émouvante.

Mais les autres personnages ne sont pas oubliés, notamment Carmel dont le point de vue s’exprime en alternance avec celui de Barry. Et comme son mari, elle cache bien des secrets. Les deux filles, le petit fils complètent le tableau de cette famille haute en couleurs.

Sous couvert de divertissement, Bernardine Evaristo aborde des thèmes graves comme l’immigration des antillais dans les années 60, le tabou de l’homosexualité. Elle montre aussi l’évolution des mœurs au travers des différentes générations. Joyeux, enthousiasmant, je ne peux que vous conseiller de découvrir ce roman et de faire connaissance avec Mr Loveman.

Traduction Françoise Adelstain

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Virginia Woolf de Liuba Gabriele

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La bande dessinée s’ouvre en mars 1941, Virginia Woolf marche aux bords de la rivière Ouse. Elle pense à l’horreur qui a envahi l’Europe et qui la mine profondément. Des réminiscences, des souvenirs de sa vie remontent à la surface.

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La bande dessinée de Liuba Gabriele n’est pas réellement une biographie de Virginia Woolf mais plutôt une évocation de sa personnalité et de son œuvre. Ce sont des moments éparses qui nous sont présentés : la rencontre avec Vita Sackville-West, l’écriture de « Mrs Dalloway » ou de « Orlando », l’évocation des chers disparus, le suicide. Il me semble que cette bande dessinée est réservée aux lecteurs qui ont déjà une bonne connaissance de l’autrice des « Vagues » sous peine d’être perdus. Liuba Gabriele n’a choisi que quelques moments clefs pour illustrer son portrait. J’aurais sans doute préféré qu’elle étoffe sa biographie pour donner plus d’ampleur à sa première bande dessinée.

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Cela est d’autant plus regrettable que la beauté plastique des pages illustrées par Liuba Gabriele est saisissante. Elle est poétesse, peintre et illustratrice. Les couleurs flamboient, le dessin illustre parfaitement les émotions de Virginia Woolf. Le dessin est audacieux, très personnel. Certaines pages sont particulièrement frappantes comme celles qui constituent le chapitre « Les vagues » et qui illustrent l’angoisse qui submerge Virginia Woolf. D’ailleurs, j’ai beaucoup apprécié que Liuba Gabriele souligne le côté politique de son suicide.

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« Virginia Woolf » est une bande dessinée très personnelle, singulière dont les couleurs vives et intenses m’ont séduite. Ce n’est pas du tout une biographie exhaustive mais un portrait par petites touches, impressionniste (même si le dessin est plutôt expressionniste) de l’auteure de « Mrs Dalloway ».

Traduction Paloma Desoille

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L’arche dans la tempête d’Elizabeth Goudge

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Guernesey, 1888, une tempête frappe l’île et les cloches de détresse signalent un bateau en perdition. Tous les habitants se précipitent pour sauver les marins et les voyageurs. L’un des rescapés, Ranulph Mabier, va être recueilli par la famille du Frocq. La mère, Rachel, a en effet rêvé qu’un étranger, échevelé et ayant une cicatrice sur le visage, viendrait sauver sa famille. Ranulph correspond parfaitement à cette vision. Il va découvrir une famille attachante mais en danger financièrement. Le mari de Rachel, André, a tenu à devenir fermier, allant ainsi à l’encontre des désirs de son père, un médecin autoritaire. Mais André est un rêveur, un poète et il a du mal à faire vivre sa famille composée de quatre filles et d’un garçon. L’arrivée de Ranulph va peu à peu changer l’atmosphère à la ferme de Bon Repos. L’espoir qu’il fait naître pourra-t-il durer ?

« L’arche dans la tempête » est le premier roman d’Elizabeth Goudge et cela se sent. L’intrigue est plus charmante que palpitante. Ranulph Mabier semble entouré de mystère mais celui-ci se devine très rapidement (pour le lecteur en tout cas car nos personnages semblent totalement aveugles). La majeure partie de l’intrigue consiste en scènes de la vie quotidienne au sein de la famille du Frocq, les dissensions entre frère et sœurs, leurs vocations, la dureté du climat, les différentes fêtes, etc… Si ces scènes peuvent s’avérer plaisantes, elles deviennent surtout ennuyeuses sur la longueur. Le propos est également alourdi par de bons sentiments, une morale vertueuse régulièrement assénée aux enfants.

Les personnages sont néanmoins attachants, notamment les enfants qui offrent un joli panel de caractères entre l’intellectuelle Michelle, la bienveillante Péronelle, la capricieuse Jacqueline ou l’aventurier Colin. Ce qui est vraiment réussi dans le roman, ce sont les descriptions de la nature sauvage de l’île de Guernesey, le déchainement des éléments lors des tempêtes. « L’eau était agitée comme dans un grand chaudron posé sur les braises de l’enfer, et les mouettes, ballottées par les rafales, poussaient des cris lugubres. Au-delà de la baie, de grandes vagues accouraient avec l’impétuosité d’une charge de cavalerie, s’arrondissaient à hauteur d’homme, puis se brisaient avec un bruit sinistre sur les rochers déchiquetés dont les pointes détruisaient leur immense volute en produisant une écume bouillonnante qu’elles relançaient avec fracas sur les galets. Les récifs voisins de la baie aux Mouettes, qu’on appelait les Barbées, étaient presque invisibles au travers des tours et des flèches de cette écume sifflante. » 

« L’arche dans la tempête » est un premier roman dont l’intrigue est maladroite et souvent ennuyeuse. Les belles descriptions de la nature environnante n’arrivent pas à le sauver. 

Traduction Madeleine T. Guéritte

Tessa de Margaret Kennedy

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Albert Sanger est un compositeur et un chef d’orchestre anglais qui mène une vie de bohême avec sa troisième femme et sept enfants. Ils passent l’été dans leur maison du Tyrol autrichien où ils reçoivent des amis et connaissances. L’un d’eux est un compositeur prometteur et talentueux, Lewis Dodd, 35 ans. Tessa, l’une des filles de Sanger, est secrètement amoureuse de lui. L’adolescente est certes la préférée de Lewis mais il la considère toujours comme une enfant. Tessa dégage pourtant un charme singulier. « Il l’avait toujours considérée comme la plus jolie fleur du bouquet. C’était une délicieuse petite friponne abandonnée, et tout à fait de son goût. Elle l’amusait toujours. Et chose étrange, elle était innocente. C’était bizarre à dire de l’une des filles de Sanger, mais c’était la vérité. Innocente était le seul mot qu’il pût trouver pour la solitude sauvage et pleine de fantaisie de son esprit. » Mais lorsque Sanger meurt brutalement, la famille se désagrège. Tessa et ses frère et sœurs sont confiés à l’un de leurs oncles. Leur cousine, Florence, vient les chercher et elle tombe sous le charme de Lewis, au grand désespoir de Tessa.

Après avoir été conquise par « Le festin », j’ai prolongé ma découverte de Margaret Kennedy avec son roman le plus connu « Tessa » (« The constant nymph » en vo). Ce roman, publié en 1924, a effectivement eu beaucoup de succès et il a été adapté plusieurs fois au cinéma et au théâtre (notamment par Jean Giraudoux). « Tessa » est un roman qui a beaucoup de charme, comme « Le festin » nous sommes entre la comédie de mœurs et le drame. La famille Singer, atypique et originale, est tout de suite très attachante. L’éducation fantasque des enfants, leur passion pour la musique, leur impossibilité à se plier à toute forme d’autorité, tout cela dresse un portrait singulier et sympathique du « cirque Singer » comme la famille est surnommée. Les personnages sont tous parfaitement dessinés et Tessa se détache indéniablement par sa fragilité mais également sa détermination à aimer Lewis Dodd.

Ce milieu artistique bohême, qui évoluent loin des règles de la société anglaise, est parfaitement bien décrit. L’autrice nous offre de très belles pages sur la musique, notamment le concourt de Lewis à la fin du roman, et questionne le comportement de ses personnages : être artiste excuse-t-il tous les comportements ?

Ma deuxième lecture de Margaret Kennedy a été aussi probante que la première et j’espère avoir l’occasion de découvrir d’autres romans de cette autrice.

Traduction Louis Guilloux