Bilan livresque et cinéma de juin

Juin

Le mois de juin fut placé sous le signe des dix ans de notre mois anglais et encore une fois vos participations nous ont fait chaud au cœur. Alors un grand merci à tous les participants et mes co-organisatrices du tonnerre : Lou et Cryssilda. Si vous souhaitez continuer à nous accompagner dans nos lectures anglaises, le challenge « A year in England » se poursuit jusqu’à la fin de l’année. En dehors des lectures pour le mois anglais dont j’ai déjà pu vous parler, j’ai eu le plaisir de lire deux BD/romans jeunesse : « Lettres d’amour de 0 à 10 » de Susie Morgenstern et Thomas Baas et « Le plus bel hôtel du monde » de Gwenaëlle Barussaud et Lucie Durbiano. Je vous reparle très vite de la formidable bande-dessinée de Cy « Radium girl », de l’incroyable destinée du « Colosse » de Pascal Dessaint et de la révolution écologique dont parle Pierre Ducrozet dans « Le grand vertige ».

Le cinéma m’a énormément manqué durant les différents confinements et je me suis bien rattrapée ce mois-ci puisque j’ai vu dix films ! Et je vais commencer par mes coups de cœur :

174_cinemovies_fda_0a6_a51d9e7343ac564d2b8b46ed75_medecin-de-nuit movies-277729-21771241

Mikaël est médecin de nuit, il parcourt Paris dans son break et enfoncé dans sa veste de cuir noir. Il est convoqué par l’assurance maladie qui lui reproche de prescrire trop de subutex. Mikaël aime certes aider les toxicos mais il est surtout coincé dans un trafic d’ordonnance pour aider son cousin pharmacien. Durant une nuit, il va essayer de remettre de l’ordre dans sa vie.

Le film d’Elie Wajeman est un formidable et captivant film noir. L’excellente idée est de ramasser son intrigue sur une seule et unique nuit ce qui génère beaucoup de tension. On voit Mikaël se débattre entre le bien et le mal, entre ses convictions et son affection profonde pour son cousin. Elie Wajeman nous montre également les patients du médecin : l’anxiété, la solitude dues à la nuit sont son quotidien. Les consultations sont des bulles d’humanité dans la noirceur du récit. Je ne suis pas toujours convaincue par les prestations de Vincent Macaigne mais là je suis éblouie par son incarnation de Mikaël; tout en puissance physique et en tourments. « Médecin de nuit » est un film noir maîtrisé, compact avec un Vincent Macaigne saisissant.

La_Nuee

Après le décès de son mari, Virginie décide de transformer son exploitation agricole. Des chèvres, elle passe aux sauterelles dont elle tire de la farine hyper-protéinée pour l’alimentation d’autres animaux. Virginie doit travailler énormément pour se faire connaître et produire assez de farine pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses deux enfants. Elle gère seule sa vie professionnelle et sa vie personnelle et les difficultés se multiplient jusqu’à ce qu’elle trouve un moyen de doper la reproduction des sauterelles.

Le premier film de Just Philippot est une réussite : tendu, horrifique, maîtrisé de bout en bout. Il commence de manière réaliste, on suit le quotidien âpre de Virginie : son courage à vouloir poursuivre son travail comme ses déconvenues. Mais dès le départ, l’ambiance distille de l’anxiété et on sent que les choses ne vont pas tourner comme l’espère Virginie. L’excellente idée de Just Philippot est d’avoir choisi les sauterelles, un insecte qui n’inquiète personne et pourtant il réussit à les rendre de plus en plus menaçantes. L’angoisse, la violence augmentent au fil de l’intrigue et l’étau se resserre impitoyablement sur l’héroïne. Les personnages sont très attachants, notamment Virginie incarnée avec densité par Suliane Brahim. « La nuée » est un formidable film, original et surprenant.

m_affiche

Fern vivait à Empire, ville du Nevada balayée par la récession. L’usine de plâtre qui faisait vivre toute la ville a fermé et le lieu s’est totalement vidé de ses habitants jusqu’à disparaitre. Fern, qui est veuve, n’a alors d’autres choix que de prendre la route. De petits boulots en petits boulots, elle parcourt l’Amérique. Et elle est loin d’être seule à avoir adopté ce mode de vie nomade. Par goût ou par nécessité, ils sont nombreux à se croiser dans les vastes paysages américains.

J’avais beaucoup aimé « The rider », le précédent film de Chloé Zhao et je retrouve son art de filmer des western modernes. Ici, les nomades, pour la plupart âgés, sont de nouveaux pionniers qui sillonnent le territoire et s’inventent un nouveau mode de vie. Une communauté (bien réelle car la quasi totalité des acteurs sont non-professionnels) s’est créée, se retrouve une fois par an et se donne des conseils sur la vie nomade, les boulots saisonniers. Chloé Zhao nous montre une Amérique alternative, celle des déclassés, comme Fern, qui tentent de survivre. Le film se déploie avec lenteur, s’attarde sur le quotidien de Fern : ses difficultés, sa mélancolie, sa douceur. Frances McDormand habite avec naturel, évidence ce personnage qui n’a pas été épargné par la rudesse du monde. Elle nous bouleverse comme tous les autres personnages aux destins singuliers.

Et sinon :

  • « Balloon » de Pema Tseden : Drolkar et son mari Dargye vivent sur les hauts plateaux du Tibet avec leurs trois enfants et le père de Dargye. La petite famille élève des brebis. Les deux jeunes garçons s’amusent un jour avec des ballons qu’ils ont trouvé dans la chambre de leurs parents. Le problème est qu’il s’agit en réalité des derniers préservatifs de leurs parents. Les autorités chinoises n’autorisent que trois enfants aux paysans tibétains et Drolkar a beaucoup de difficulté à trouver des préservatifs. Leur utilisation est mal vu dans la communauté et le planning familial est bien loin. Le réalisateur Pema Tseden nous propose presque un documentaire sur la vie de cette famille tibétaine. On suit  les personnages dans leurs différentes activités, dans les rituels bouddhistes au fil des jours. « Balloon » est en cela un film très intéressant et les magnifiques paysages des hauts plateaux ne font que renforcer notre plaisir de spectateur. Mais le film est bien plus qu’un documentaire. Le réalisateur choisit un angle féministe en se focalisant sur le destin de Drolkar et sa sœur qui est devenue nonne suite à une déception amoureuse. Toutes les deux sont des femmes fortes, courageuses qui sont prêtes à beaucoup de sacrifices pour affirmer leurs convictions ou leurs droits. Un très beau film poétique et réaliste.
  • « Vaurien » de Peter Dourountzis : Djé vit à la marge. Il n’a pas d’argent, pas de logement. Grâce à son charme, il trouve des petits boulots à droite à gauche, il se fait héberge par des personnes rencontrées le jour même. Ce sont surtout les femmes qu’il cherche à séduire. Mais sous le sourire narquois se cache un prédateur impitoyable. Le premier long-métrage de Peter Dourountzis est un thriller efficace, troublant et féministe. Le réalisateur fait tout d’abord le choix de ne jamais montrer la violence qu’exerce Djé sur les femmes. Ce qu’il montre en revanche parfaitement, c’est le malaise créé par Djé et le sentiment d’être une proie (la première scène dans le train où il s’impose face à une jeune femme, son regard insistant dans un bus). Mais il y aussi des femmes fortes dans le film, des femmes qui résistent et se défendent contre le machisme. La scène dans un bar où Ophélie Bau finit par plonger un tampon hygiénique dans le verre de rouge d’un client est explosive et réjouissante. Pour incarner ce monstre froid et séduisant, il fallait tout le talent de Pierre Deladonchamps qui est encore une fois exceptionnel. « Vaurien » est un thriller réaliste et féministe avec un personnage central glaçant. 
  • « Les deux Alfred » de Bruno Podalydès : Alexandre doit absolument trouver un travail. Chômeur de longue durée, il a été mis à l’épreuve par sa femme après un petit écart. Elle l’a laissé seul avec leurs deux enfants, il doit donc réussir à tout gérer. Il réussit à décrocher un travail de « reacting process » dans une boîte nommée The box. L’ambiance y semble décontractée mais le patron n’embauche que des salariés sans enfant. Alexandre va devoir se débrouiller pour cacher l’existence des siens. Il sera aider par Arcimboldo, rencontré à la crèche, qui enchaîne les petits boulots farfelus (il recharge les drones livreurs tombés en panne sur le trottoir, il remplace ses clients dans les manifs, il revend des stocks de montres connectées). Depuis « Versailles-rive-gauche », je prends toujours un grand plaisir à retrouver l’univers de Bruno Podalydès. Ce dernier opus m’a fait penser à ce moyen métrage : on y retrouve les acteurs fétiches du réalisateur (son frère Denis naturellement, Michel Vuillermoz, Isabelle Candelier, Jean-Noël Brouté, Philippe Uchan) et sa fantaisie débridée. Cette dernière est au service d’une douce critique de notre société ultralibérale et de ses absurdités. Comme toujours, Bruno Podalydès distille beaucoup de poésie dans son film, ses personnages sont lunaires et ils ont conservés une part d’enfance en eux. En plus d’Alexandre (Denis) et Arcimboldo (Bruno), un troisième personnage vient se rajouter, il s’agit de Séverine (Sandrine Kiberlain), qui est chief prospect officer. Brusque, sèche, elle s’avèrera aussi paumée qu’Alexandre dans cette modernité trop connectée ! « Les deux Alfred » est un film drolatique, tendre au casting parfait qui parle de fraternité et de solidarité.
  • « Playlist » de Nine Antico : Sophie a 28 ans, elle est dessinatrice mais sans formation, elle peine à trouver du travail. Elle est également à la recherche du grand amour. Les deux s’avèrent très compliqués. Nine Antico, autrice de bande-dessinée, a choisi le noir et blanc pour nous raconter les difficultés de Sophie. Ce qui n’est pas sans rappeler la Nouvelle Vague d’autant plus que le ton du film est très naturel et réaliste. Ce récit d’apprentissage est semé d’embûches et de personnages aussi fantaisistes que comiques. Entre un patron cyclothymique qui balance des objets sur les bureaux de ses employés, un jeune vendeur de matelas qui ne veux pas faire l’amour ou la meilleure amie de Sophie, actrice en devenir, qui transforme une formation de secouriste en drame déchirant, Sophie est bien entourée ! « Playlist » est un film plein de charme, léger, servi par Sara Forestier et Laëtitia Dosch, toutes deux formidables.
  • « Des hommes » de Lucas Belvaux : Feu-de-bois, un homme solitaire, tient à participer à la fête d’anniversaire de sa sœur Solange. Mais, à part elle, personne ne souhaite voir Feu-de-bois, revenu violent et raciste de la guerre d’Algérie vingt ans plus tôt. La fête tourne bien évidemment au vinaigre et Rabut doit sortir son cousin de la salle. Feu-de-bois va alors s’enfoncer encore un peu plus dans la violence. Le dernier film de Lucas Belvaux est tiré du roman éponyme de Laurent Mauvignier que j’avais beaucoup aimé. On retrouve dans le film la complexité de Feu-de-bois et de Rabut, les deux cousins envoyés ensemble en Algérie. Le premier ne s’est jamais remis de ce qu’il a vu là-bas. Et à son retour, il n’a jamais pu en parler, se libérer. Rabut, quant à lui, n’arrive plus à comprendre son cousin mais il continue à chercher sa part d’humanité. Lucas Belvaux, comme dans le roman, fait des aller-retours entre le présent et la période de la guerre. Et c’est sans conteste cette deuxième partie qui est la plus réussie dans le film. La tension, l’émotion sont palpables et les deux comédiens (Yoann Zimmer et Edouard Sulpice) n’ont rien à envier à leurs prestigieux aînés (Gérard Depardieu et Jean-Pierre Darroussin). « Des hommes » ne m’a pas entièrement convaincue mais la partie algérienne du film vaut vraiment la peine d’être vue.
  • « Petite maman » de Céline Sciamma : Nelly, 8 ans, vient de perdre sa grand-mère. Elle vient vivre dans la maison de celle-ci avec ses parents afin de la vider. Sa mère s’enferme dans son chagrin et finit par quitter la maison de son enfance. En se promenant dans les bois, Nelly rencontre une autre petite fille qui lui ressemble énormément. Nelly comprend rapidement que cette petite fille est en réalité sa mère à l’âge de 8 ans. Céline Sciamma met en scène un conte sans mettre en scène aucune magie. Le croisement temporel se déroule dans un décor réaliste et la forêt fait office de porte sur le passé. L’idée est jolie, les deux petites filles sont filles uniques et semblent par moment bien seules. Leur amitié, leur ressemblance les unissent, les renforcent. Et ce lien consolidé perdurera entre la mère et la fille une fois le sortilège terminé. Même si j’ai trouvé charmant le dernier film de Céline Sciamma, il n’a ni la force, ni la poésie de « Portrait de la jeune fille en feu » que j’avais adoré.
  • « Le discours » de Laurent Tirard : Sonia a mis sa relation avec Adrien en pause. Et cela dure depuis trente huit jours au grand désespoir de ce dernier. Cela ne va pas s’arranger pour lui lorsque le petit ami de sa sœur lui demande, lors d’un repas de famille, s’il pourrait faire un discours lors de leur mariage. Un véritable cauchemar pour Adrien et s’ajoute à cela le fait que Sonia n’a toujours pas répondu au sms qu’il lui a envoyé à 17h26. Voilà un film que je me réjouissais de voir tant j’ai aimé le roman de Fabrice Caro dont il est tiré. Hélas, trois fois hélas, j’en suis ressortie fort déçue. Rien à reprocher aux acteurs, Benjamin Lavernhe en tête, qui sont tous très bien. Mais la réalisation manque de trouvailles visuelles, de fantaisie pour rendre le côté décalé et hilarant du livre. Le film n’est pas non plus assez rythmé pour nous captiver sur la longueur. En clair : lisez le roman de Fabrice Caro plutôt que de voir son adaptation !

Concours Presses de la Cité

mail

Le Mois anglais est terminé, mais nous avons le plaisir de continuer à vous gâter, d’autant plus que nous passons l’année avec vous pour fêter les 10 ans de notre challenge !

Et pour souffler ces dix bougies, nous avons la chance d’être accompagnées cette année encore par les Presses de la Cité, que nous remercions vivement !

Après « La Prisonnière du temps » ou encore « La Fabrique des Poupées », nous avons le plaisir de mettre en jeu 2 exemplaires du « Voleur de Curiosités », dont voici le résumé :

Londres, 1863. Bridie Devine, détective spécialisée dans les cas délicats, fait face à l’affaire la plus complexe et la plus insolite de toute sa carrière. Christabel Berwick, l’héritière d’un baronet, a été kidnappée. Mais Christabel n’est pas une enfant ordinaire. Son existence a été cachée aux yeux de tous et ses étranges talents semblent effrayer son entourage autant qu’ils attirent l’attention des collectionneurs de curiosités.
Ne ménageant pas ses efforts pour retrouver l’enfant, Bridie entre dans un monde de chirurgiens déments et de saltimbanques mercenaires. Aidée dans sa quête par le fantôme tatoué d’un boxeur mélancolique qu’elle seule peut voir et par une femme de chambre à la carrure impressionnante, la jeune femme suit pas à pas les traces laissées par les ravisseurs, s’exposant ainsi à un passé qu’elle a tenté d’oublier.

Résurrectionniste, chimiste excentrique, créature aquatique légendaire : autant de personnages qui hantent les pages de ce roman lyrique et gothique où le spectacle est roi, mais qui fait la part belle à une enquête digne des plus grandes énigmes policières.

Comment fonctionne le concours ?

Nous vous proposons un concours sur nos blogs, et un autre sur le compte Instagram officiel du Mois anglais, @ayearinengland2021, géré par les trois créatrices du mois. Si vous suivez le challenge uniquement sur le groupe Facebook, vous pouvez tout à fait participer via nos blogs.

Pour participer et tenter de gagner un exemplaire sur nos blogs, c’est tout simple ! On vous propose de:

  • nous indiquer votre période historique favorite
  • nous dire quel(s) titre(s) des éditions des Presses de la Cité vous recommanderiez à une personne qui souhaiterait découvrir leur catalogue
  • bien nous préciser votre blog et / ou pseudo, pour que nous puissions vous reconnaître, notamment si vous n’avez pas de blog.

Il faudra avoir rempli ces trois conditions pour valider votre participation.

Ce concours est ouvert jusqu’au 10 juillet. Les gagnant.e.s seront désigné.e.s par tirage au sort.

Bonne chances à tous et à toutes !

Et nous remercions encore chaleureusement les Presses de la Cité qui nous accompagnent une nouvelle fois pour cet anniversaire qui nous tient à cœur !

Trouve-moi d’André Aciman

9782246822899-001-T

Samuel rencontre dans un train une jeune femme nommé Miranda avec qui il engage une discussion qui va se prolonger même après leur arrivée à Rome. Elio fait la connaissance de Michel après un concert dans une église à Paris. Leur intérêt réciproque pour la musique va les rapprocher. Oliver organise, dans son appartement new yorkais, une soirée pour fêter son départ. Il y invite notamment deux personnes qui l’intriguent : Erica et Paul.

Si vous êtes familier de l’œuvre d’André Aciman, ces prénoms vous sont forcément familiers. L’auteur reprend ici les personnages de « Call me by your name » mais ceux qui espèrent une suite à ce fabuleux roman vont être déçus. J’ai trouvé que « Trouve-moi » se rapprochait plus des « Variations sentimentales » que de « Call me by your name ». Les histoires de Samuel, Elio et Oliver sont indépendantes les unes des autres et forment des chapitres distincts. Bien entendu, les histoires des uns influent sur celles des autres puisque les personnages sont liés. Mais chaque chapitre pourrait parfaitement se lire comme une nouvelle. Ils portent tous des titres en rapport avec la musique (tempo, cadence, capriccio et da capo) comme s’ils étaient une variation autour de celle-ci.

Comme toujours André Aciman aime mêler l’art à ses histoires. Ici la musique prend une place prépondérante en raison des titres de chapitre et du métier d’Elio. Le dernier temps du livre ne pouvait d’ailleurs pas trouver meilleur titre que da capo, je vous laisse découvrir pourquoi.

Comme dans « Call me by your name » ou « Les variations sentimentales », André Aciman excelle à parler du désir naissant et qui flamboie. Ses différentes histoires sont empruntes de sensualité, d’une infinie tendresse également. Mais j’ai surtout trouvé que l’auteur nous parlait du temps. Il y a bien entendu la mélancolie des moments passés et des fantômes qui continuent à hanter les personnages. Samuel et son fils Elio se promènent dans Rome en passant par leurs endroits « vigiles », des lieux qui leur évoquent des souvenirs. Elio et Michel vont partir à la recherche de la jeunesse du père de ce dernier. Et la grande histoire d’amour d’Elio et Oliver ne cesse de revenir et d’habiter les esprits des uns et des autres.

Mais le rapport au temps n’est pas que nostalgique. Deux des couples de « Trouve-moi » sont composés d’une personne jeune et d’un homme d’âge mûr. Leur histoire d’amour est inespérée, inattendue. André Aciman semble nous dire qu’il ne faut jamais désespérer de la vie et qu’elle peut nous offrir des cadeaux à tout âge.

Même si « Trouve-moi » ne peut égaler l’éblouissement que fut pour moi « Call me by your name », je n’ai pas boudé mon plaisir et j’ai apprécié mes retrouvailles avec Samuel, Elio et Oliver.

Traduction Anne Damour

Merci Netgalley pour cette lecture.

Le jardin secret de Frances H. Burnett

Le_Jardin_secret

Mary Lennox a grandi en Inde où de multiples serviteurs s’occupaient d’elle. Elle voyait très peu sa mère qui préférait les soirées et les cocktails à l’éducation de sa fille. A la mort de ses parents suite à une épidémie de choléra, Mary est envoyée à Misselthwaite dans le Yorkshire pour vivre dans le grand manoir de son oncle. C’est une petite fille rétive, amère et malingre que découvrent les domestiques du manoir. La vie ne semble d’ailleurs toujours pas sourire à Mary : son oncle est absent, il n’y a pas de gouvernante pour prendre soin d’elle et la lande est d’une tristesse infinie. Martha, une jeune servante, va pourtant réussir à éveiller la curiosité de Mary en lui parlant de la beauté des paysages environnants et de son frère Dickon qui apprivoise les animaux sauvages.

« Le jardin secret » est un classique de la littérature jeunesse anglaise. Frances H. Burnett y raconte la renaissance de Mary mais également de son cousin Colin et du fameux jardin secret. L’histoire est extrêmement positive et même si l’intrigue ne présente pas de surprises, la lecture en est très plaisante. Cela tient aux trois personnages principaux qui sont très attachants et plutôt atypiques : Mary et son passé en Inde, Dickon qui parle le langage des rouge-gorges, Colin qui ne sort jamais de son lit et se pense mourant. Tous les trois redécouvriront les plaisirs de l’enfance et du printemps en se côtoyant.

Les descriptions de la nature sont proprement merveilleuses. Frances H. Burnett excelle à décrire la nature, les floraisons qui explosent au printemps. Elle sait insuffler de la magie dans ses mots. « Le long des murs, sur le sol, sur les vrilles oscillant au vent, le long des troncs, le long des branches, le merveilleux voile de verdure s’était couvert d’une myriade de minuscules feuilles naissantes. Partout, dans l’herbe, dans les charmilles, éclataient des touches de blancheur, mêlées d’or et de pourpre. Les arbres s’étaient parés de fleurs rose pâle, et il régnait un tel silence qu’on aurait pu entendre un frémissement d’ailes…Puis les chants flûtés recommencèrent, mille bourdonnements d’abeilles résonnèrent. »

« Le jardin secret » est un délicieux roman jeunesse dont se dégage beaucoup de douceur et de fraîcheur.

Traduction Antoine Lermuzeaux

10 ans du mois anglais

Connexion de Kae Tempest

« Connexion » a été écrit durant le confinement par Kae Tempest et il s’agit de son premier texte de non fiction. Le texte est hybride, il débute comme un essai et nous emmène petit à petit vers l’autobiographie. Le constat de départ est le manque de connexion entre les êtres humains malgré (ou à cause) les nombreux réseaux sociaux et moyens de communication. L’apathie générale n’aide pas à créer du lien. « L’ordre établi compte sur ton apathie. Tu es là pour consommer. Tu n’as aucune autre utilité aux yeux de ceux qui gouvernent. Tu n’es rien. Tu graisses les rouages d’une machine qui s’appuie sur ta complicité et ta malléabilité fervente. » Le système capitaliste est basé sur la consommation à l’excès, la compétition pour atteindre un statut social enviable. Pour Kae Tempest, le seul remède possible à cette situation est la création, la créativité qui sont source d’empathie et balaient les différences. « Se plonger dans l’histoire d’autres personnes, cela cultive l’empathie. » Cette dernière est, pour Kae Tempest, la plus grande réussite de l’espèce humaine.

Ce constat permet à l’auteur(e) d’examiner son cas personnel. Elle explique la manière dont la scène (poésie et musique) lui permet de se transcender. Mais elle est en même temps source de déséquilibre pour elle : « La scène squatte ma tête. Je ne peux pas m’empêcher de comparer tout ce que je vis à l’expérience de la scène, de la musique live. Je souffre de dépression, d’angoisse, de crises de panique. Parfois les activités les plus banales du quotidien me dépassent. » Sa frénésie de scène dévore le reste de sa vie, l’excitation qu’elle engendre rend le reste bien terne. Kae Tempest tente de trouver un équilibre dans sa vie, elle explique son cheminement vers une forme d’apaisement. Ce qu’elle cherche avant tout, c’est de se réconcilier avec elle-même pour lui permettre de se lier aux autres. Cette partie biographique du texte est livrée avec franchise, lucidité et à aucun moment Kae Tempest  ne s’apitoie sur elle-même.

J’avais été emballée par la lecture du premier roman de Kae Tempest « Écoute la ville tomber » et je le suis tout autant par ce texte percutant, lucide et qui est, au final, un bel hommage à la puissance de la création.

Traduction Madeleine Nasalik

 

Intempéries de Rosamond Lehmann

008078677

Londres 1930, Olivia Curtis habite chez sa cousine Etty et elle travaille comme assistante pour une amie photographe. Elle ne vit plus avec son mari mais le divorce n’est pas envisageable. Olivia mène une vie bohème et pauvre. Elle semble être passée à côté de sa vie, contrairement à sa sœur Kate, mariée et mère de famille. En rentrant chez ses parents, elle rencontre dans le train Rollo Spencer. Ce dernier est le frère de sa grande amie d’enfance Marigold. Lors de son premier bal, le jeune homme lui avait fait forte impression. Ses retrouvailles vont se prolonger et se transformer en liaison alors que Rollo est également marié.

Nous avions quitté Olivia Curtis au sortir de l’adolescence dans « L’invitation à la valse« . La vie et ses possibles s’offraient alors à elle. Nous la retrouvons désenchantée, vulnérable, incertaine quant à son avenir. Sa liaison avec Rollo est une planche salvatrice sur laquelle elle peut s’appuyer. Elle remplit un vide dans la vie d’Olivia mais également dans celle de Rollo dont la vie conjugale n’est pas très heureuse. Rosamond Lehmann décrit avec minutie, acuité la liaison adultère d’Olivia et Rollo. Leurs sentiments sont détaillés : le désir, la culpabilité, la jalousie, la désillusion. Chacun des deux protagonistes est observé finement dans les soubresauts de leur histoire.

« Intempéries » est un roman moderne par son fond et sa forme. Rosamond Lehmann utilise à nombreuses reprises le flux de conscience des différents personnages. Il s’intercale avec le récit, les dialogues, nous plongeant ainsi  dans l’esprit de chacun des protagonistes. L’auteure réalise ce passage entre l’extérieur et l’intérieur avec une grande fluidité. Le roman est moderne également dans ses thèmes. Même si sa vie est difficile, Olivia assume son choix de vie à l’écart des codes sociaux de l’époque et la liberté induite par celui-ci. Une scène m’a marquée et elle a choqué au moment de la publication du roman en 1936. Rosamond Lehmann raconte dans une longue scène l’avortement d’Olivia , une scène à la fois ordinaire et extraordinaire. Ce moment du roman est puissant tout en étant écrit avec beaucoup de retenue et de pudeur.

En deux romans, Rosamond Lehmann dresse le portrait d’une jeune femme de son adolescence au début de l’âge adulte avec une grande précision dans la description de son état psychologique et avec une empathie infinie.

Traduction Jean Talva

20210522_175412_0000

Se construire avec patience de Charlotte Brontë

9788831312653

« Se construire avec patience » est constitué d’un échantillon des lettres de Charlotte Brontë écrites à son amie d’enfance Ellen Nursey, à son éditeur, à Constantin Héger, professeur rencontré à Bruxelles, à Elizabeth Gaskell, etc… Comme toujours avec les plis des éditions L’Orma, ce petit volume offre une belle porte d’entrée dans l’univers de l’écrivain. A travers les lettres de Charlotte Brontë, on découvre la vie quasiment monacale qui était de mise au presbytère de Haworth où officiait le révérend Brontë. Elle y parle de ses sœurs Emily et Anne, de la difficulté de vivre auprès de son frère Branwell qui se détruit à petit feu, de la maladie qui décime sa famille au fil des années. Le portrait qui se dessine, est celui d’une jeune femme déterminée et ambitieuse. C’est elle qui convaincra ses sœurs de publier leurs poèmes et leurs romans.

Charlotte se refuse à subir le sort qui est réservé aux femmes à l’époque victorienne. La seule carrière possible pour les sœurs Brontë est celle de gouvernante (Anne décrit parfaitement ce métier dans « Agnès Grey »). Charlotte souhaite alors ouvrir une institution pour jeunes filles avec ses sœurs et part à Bruxelles pour se former. Elle veut prendre en main son destin et surtout être indépendante, cela est d’autant plus nécessaire que Branwell est incapable de travailler. Toute sa volonté sera également nécessaire pour arriver à faire publier ses textes. Comme le disait Virginia Woolf dans « Un lieu à soi », la littérature doit rester un passe-temps pour les femmes de cette époque. Un éditeur indique à Charlotte Brontë que l’écriture ne doit pas empiéter sur ses obligations féminines naturelles ! Fort heureusement pour nous, la littérature et l’invention étaient bien ancrées chez les Brontë : « Car encore, l’imagination est une faculté puissante et bouillonnante, qui nous intime de l’écouter et de l’exercer ; devons-nous demeurer sourds à son appel et insensibles à son combat ? Quand elle nous montre de vibrantes images, ne devons-nous jamais les contempler et tâcher de les reproduire ? Et lorsque, éloquente, véloce et insistante elle nous murmure à l’oreille, ne devons-nous pas coucher sur le papier ce qu’elle nous dicte ? »

Au travers de ce recueil de lettres se dessinent la détermination, la volonté d’indépendance, l’exaltation et le talent de Charlotte Brontë.

Traduction Margaux Bricler

10 ans du mois anglais

La mystérieuse affaire de Styles de Jean-François Vivier et Romuald Gleyse

Styles couv

En 1917, le capitaine Hastings revient en Angleterre après avoir été blessé sur le front. Il rencontre par hasard un vieil ami, John Cavendish, qui lui propose de venir passer quelques jours dans la propriété familiale de Styles Court. Hastings connaît bien les lieux où il a déjà été invité auparavant. La mère de John s’est récemment remariée avec Alfred Inglethorp qui n’est pas très apprécié par les autres membres de la famille Cavendish. L’ambiance à Styles Court est loin d’être  détendue. Durant la première nuit du séjour du capitaine Hastings, un drame survint : Mrs Inglethorp est prise de convulsions et elle s’effondre, morte, sur ses oreillers. Après les constats des médecins, Hastings propose de contacter son ami Hercule Poirot, un détective privé belge.

STYLES_mep.indd

« La mystérieuse affaire de Styles » est le premier roman où apparait Hercule Poirot. Il est ici adapté par Jean-François Vivier et Romuald Gleyse en bande-dessinée. Les éditions Paquet ont déjà préalablement édité plusieurs roman d’Agatha Christie en BD. Le roman montrait la forte influence de Conan Doyle sur  Agatha Christie. La construction du récit est en effet proche de celle des aventures de Sherlock Holmes. Cela se ressent moins dans la bande-dessinée mais globalement l’intrigue est fidèle à l’œuvre originale.

Styles 1

Nous sommes ici chez des adeptes de la ligne claire qui m’a toujours beaucoup séduite et que je retrouve toujours avec plaisir. Ce choix est parfait, il n’est pas nécessaire d’en rajouter lorsque l’on adapte la reine anglaise du crime et que l’intrigue est pleine de rebondissements. Il ne faut pas se fier aux couleurs vives, c’est bien un drame familial et un esprit fort retors qui seront le nœud de cette enquête. Notre cher Poirot prend vie dans les pages de cette BD, il est presque bondissant (je crois que personne n’a jamais tenu compte du fait qu’il est censé boiter après une blessure).

Cette bande-dessinée, très plaisante à lire, ne peut que donner envie de découvrir le roman original et de faire plus ample connaissance avec les redoutables petites cellules grises de Hercule Poirot.

20210522_175412_0000

Concours la Table Ronde

mail

C’est avec beaucoup de joie que nous nous associons aux éditions de la Table Ronde pour vous gâter aujourd’hui pour les 10 ans du mois anglais. Outre les fabuleux trésors que recèle le catalogue de cette belle maison, ce partenariat nous fait particulièrement plaisir car il fait écho à plusieurs années d’échanges chaleureux.

Comment fonctionne le concours ?

Comme le Mois anglais est un tout, entre les blogs (où le challenge est né), le groupe Facebook dédié et Instagram, nous vous proposons un concours sur nos blogs, et un autre sur le compte Instagram des créatrices du Mois anglais, @ayearinengland2021. Si vous participez uniquement sur le groupe Facebook, vous pouvez tout à fait participer via nos blogs.

Deux magnifiques romans à découvrir !

Pour participer et tenter de gagner un exemplaire d’Une Saison à Hydra ou de L’Invitation à la vie conjugale, c’est tout simple ! On vous propose de:

  • nous indiquer le titre que vous aimeriez remporter
  • nous dire quel(s) titre(s) des éditions de la Table Ronde vous recommanderiez à une personne qui souhaiterait découvrir leur catalogue
  • bien nous préciser votre blog et / ou pseudo, pour que nous puissions vous reconnaître, notamment si vous n’avez pas de blog.

Il faudra avoir rempli ces trois conditions pour valider votre participation.

Ce concours est ouvert jusqu’au 24 juin. Les gagnant.e.s seront désigné.e.s par tirage au sort.

Bonne chances à tous et à toutes !

Et nous remercions une nouvelle fois chaleureusement les éditions de la Table Ronde qui nous aident à souffler aujourd’hui les 10 bougies de notre challenge !

10 ans du mois anglais

La seconde vie de Jane Austen de Mary Dollinger

009203241

En septembre 2010, Jane Austen s’installe dans un petit village de la Drôme. Son médecin lui a conseillé de s’éloigner de l’humidité du Hampshire. Au calme, dans sa nouvelle maison, elle peut laisser libre cours à son imagination. « Je considère mon déménagement comme le vrai début de ma vie d’écrivain. Après toutes ces esquisses, ces bribes d’histoires inachevées, j’ai maintenant devant mes yeux, mon premier roman abouti. » Ce livre, qui sera rejeté par les éditions Gallimard (la lettre de refus est somptueuse !), est « Raison et sentiments » et il sera le début d’un succès retentissant.

Faire vivre Jane Austen en France au 21ème siècle, c’est ce que j’appelle un pari culotté. Et le plus beau, c’est que Mary Dollinger le réussit avec panache et humour. Le roman est constitué de lettres à sa sœur Cassandra, d’articles de presse, d’émissions de radio, de télévision ; on y croise Olivia de Lamberterie, François Busnel ou Laure Adler. Mary Dollinger assume totalement les anachronismes : Jane Austen écrit une chronique dans Femme actuelle où elle répond aux lecteurs ( en leur conseillant l’emploi du subjonctif !), des photos d’elle apparaissent dans Gala ou Paris Match, elle remercie Virginia Woolf à qui elle doit beaucoup (le compliment n’en est d’ailleurs pas vraiment un). Toutes les idées sont réjouissantes et irrésistibles. Mary Dollinger profite de sa fable pour égratigner le monde de l’édition. Jane Austen est prise au piège du jeu médiatique de la promotion : « Des signatures, je ne suis pas contre, de plus Frédéric trouve cela amusant, mais je ne suis vraiment faite ni pour la télévision ni pour la radio. Ces joutes oratoires me fatiguent, m’épuisent même et me privent d’un temps précieux qui doit être consacré à l’écriture. »

Si « La seconde vide Jane Austen » fonctionne aussi bien, c’est sans doute aussi parce que tout n’est pas fantaisiste. Mary Dollinger respecte la chronologie de publication des romans de Jane Austen. Et l’on sent l’admiration profonde qu’elle a pour la romancière. Celle-ci nous est montrée comme déterminée, sûre de son talent, refusant les modifications souhaitées par son éditrice, tout cela en restant réservée. Et surtout, le roman nous permet de retrouver l’ironie mordante de Jane Austen.

« La seconde vie de Jane Austen » est un régal, une lecture, à l’idée principale décalée et maitrisée, qui m’a enchantée.

10 ans du mois anglais